‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 17 sur 79 · DEPARTEMENT DE CONSTANTINE · texte numérisé non relu

DEPARTEMENT DE CONSTANTINE

GONSTANTINE, f , 58000 habitants, est une ville que sa position rendait jadis presque imprenable. Assise sur un plateau rocheux de 600 mètres d'altitude, elle est aux trois quarts entourée par un abîme profond de 30 à 200 mètres ; au fond , le Rummel roule ses eaux jau-

nâtres en passant sous quatre voûtes naturelles et formant de belles cascades ; un € chemin des touristes » en permet aujourd'hui la visite complète.

Constantine répond à l'antique Çirta, la capitale de la Numidie sous Massinissa et Jugurtha, puis de la Mauritanie césarienne sous les Romains. Ruinée en 311 , cette ville fut rebâtie par Constantin, dont elle prit le nom ; plus tard , elle servit successivement de forteresse aux Byzantins, aux Arabes et aux Turcs. Les Français la prirent d'assaut en 1837; ils l'avaient vainement assiégée l'année précédente. On y remarque,

Constantine.

entre autres antiquités, un pont romain, un arc de triomphe et l'ancien palais du bey. Les industries européennes sont la minoterie et la fabrication des pâtes alimentaires; l'industrie indigène consiste surtout dans la tannerie, la sellerie, la cordonnerie et la fabrication des tissus de laine pour haïks, gandouras et burnous. Cette ville, le principal marché aux grains de l'Afrique française, a pour port Philippeville.

« Avant de s'engager dans l'étroite gorge qui a donné sa force militaire à la « cité aérienne », le Rummel, ou « Rivière des Sables », s'est uni au Bou-Merzoug, la « Rivière qui féconde ». Le passage est soudain de la vallée lumineuse à la noire allée de roches. Le torrent, brusquement rétréci, passe à côté d'un établissement thermal niché dans une anfractuosité de la roche, puis sous l'arcade du <r pont du Diable », et s'enfuit en

rapides dans la gorge sinueuse. Des bords de l'abîme, on ne voit pas le courant d'eau, caché par le détour du ravin: les assises saillantes des rochers qui se correspondent d'une falaise à l'autre, et que des couloirs verticaux rayent de distance en distance, empêchent le regard de descendre jusqu'au fond du gouffre, où tournoient des hirondelles.

a Cinq ponts unissaient autrefois les deux lèvres de l'abîme : de quatre d'entre eux il ne reste que des fragments informes ; le cinquième , bâti à l'angle oriental du rocher de Constantine, a toujours été reconstruit, et sous sa grande arcade de fer, jetée récemment à 105 mètres de hauteur par les ingénieurs français, se superposent des pans de murs de toutes les époques, depuis les temps d'Antonin le Pieux. Immédiatement au-dessous du pont, le Rummel disparaît sous une voûte de rochers; le ravin n'est plus qu'un val déchiré et percé de puisards, du fond desquels monte le murmure des cascades; à 300 mètres plus loin, le torrent émerge de ces noires galeries, et, de part et d'autre, les falaises descendent verticalement jusqu'au fond de la cluse ; seule une arcade isolée, ogive naturelle d'une étonnante régularité de forme, unit encore les deux parois opposées. C'est là que la déchirure du sol offre son caractère le plus grandiose: les murailles, diversement colorées et çà et là surplombantes, se dressent à plus de 200 mètres de hauteur, portant quelques constructions au sommet; là -haut se trouvaient jadis les « trois pierres j> placées sur le kef Chekora ou « rocher du Sac », du haut duquel le pacha faisait précipiter, cousus dans un sac, les victimes ou les esclaves dont il voulait se défaire. En bas, le torrent se divise en plusieurs bras entre les pierres, puis, arrivé à l'issue de la gorge, plonge par trois ressauts successifs dans la vallée inférieure, cirque immense de verdure, parsemé de moulins et de maisonnettes et rayé de routes blanches descendant en brusques lacets. Des cascades du Rummel, on peut s'aventurer jusqu'à une certaine distance dans le défilé; mais l'odeur qui s'en échappe est méphitique. La cause en est exprimée par le proverbe souvent cité: « Ailleurs, les corce beaux fientent sur les hommes; à Constantine, les hommes fientent sur « les corbeaux, » et c'est ainsi que le ravin a été changé en égout...

« Les maisons se pressent sur le grand bloc de pierre, au-dessus de la gorge profonde et silencieuse du Rummel. Au nord sont les constructions militaires, les casernes, l'hôpital, l'arsenal et la kasbah proprement dite. Au sud de la kasbah s'entrecroisent les rues régulières du quartier européen; les juifs habitent, à l'est, un labyrinthe de rues inégales; vers le centre, se groupent les Mozabites; au sud, dans la ville basse, grouillent les Arabes dans un dédale de ruelles et de cours, où les Européens ne s'aventurent d'ordinaire qu'accompagnés d'un guide. Trop à l'étroit dans leur quartier, les Arabes ont débordé de îa ville et couvrent de leurs cabanes pittoresques un talus situé près de la porte occidentale. L'édifice le plus curieux et l'une des demeures mauresques les plus intéressantes

de l'Algérie est le palais du dernier bey, Ahmed, occupé maintenant par l'état-major de la garnison française. Vu du dehors, c'est un ensemble de masures; mais à l'intérieur il a de riches colonnades ornées de sculptures, de faïence, même de fresques, et ses beaux jardins contrastent délicieusement avec le mouvement et le bruit des rues environnantes. » (É. Reclus, l'Afrique septentrionale .)

Au nord- ouest, Mila, 3-10000 habitants, est la Mileva romaine, qui eut pour évoque au ive siècle l'illustre saint Optât, adversaire des donatistes. — Au sud, Kroub, 1200-10000 habitants, est le premier marché aux bestiaux du département.

Sétif, 13-22000 habitants, à 1085 mètres d'altitude, est un centre agricole, sur le chemin de fer d'Alger à Gonstantine. Cette ville prospère fut fondée par les Français en 1839 sur l'emplacement de la Sitifis romaine, capitale de la Mauritanie sitifienne. Ses environs, qui sont fertiles en céréales et élèvent des chevaux, furent incendiés en 1871 par les Kabyles insurgés.

M'Sila, 5000 habitants, dans le Hodna, fut presque entièrement détruit par un tremblement de terre en décembre 1885.

Bordj-Bou-Arréridj, 2-9000 habitants, grand marché dans la haute et fertile plaine de la Medjana, commande le défilé des Portes de Fer ou des Bibans, dont les gorges, célèbres par leur profondeur, lurent franchies en 1839 par le duc d'Orléans. Ses environs sont peut-être l'endroit du monde le plus riche en menhirs, que l'on appelle Es-Snam ou les Idoles; on en compte par milliers, et l'un d'eux a 16 mètres de hauteur sur 11 d'épaisseur.

Reprenons au nord, le long du département de Gonstantine.

Bougie, 17500 habitants, au fond occidental du golfe de même nom, à trois kilomètres nord de l'embouchure du Sahel , possède un bon port bien abrité par la presqu'île du mont Gouraya et qui fait un commerce assez important. Cette cité kabyle est entourée d'un nombre considérable d'orangers, de grenadiers et de figuiers. Elle a donné son nom à une sorte de chandelle qu'elle fabrique depuis longtemps.

Bougie, de Bedjaïa, nom d'une tribu, la Saldœ romaine, l'ut la capitale d'un royaume vandale, puis berbère, et eut peut-être alors 50000 habitants.

Djidjelli, 8000 habitants, Ylgilgili des Carthaginois, qui creusèrent dans le roc des tombeaux que l'on y voit encore, devint colonie romaine, puis ville épiscopale chrétienne. Nid de corsaires au commencement du dernier siècle, française depuis 1839, elle a été régulièrement reconstruite après le tremblement de terre de 1856; son port est peu abrité et d'un accès difficile.

Collo, 3000 habitants, le Collops magnus des Romains, est situé au sud-est du large massif des Sébarou-Bougiarone ; son port de pêche est

petit, mais sûr; ses environs possèdent des minières et des forêts de chênes liège.

Philippeville, 26000 habitants, fut construite en 4838 par le maréchal Valée au bord de la mer, sur l'emplacement de la Rusicada romaine. Son excellent port artificiel en fait l'entrepôt d'une grande partie du commerce avec Constantine et son département.

A quatre kilomètres nord-ouest de Philippeville se trouve la crique de Stora, 3000 habitants, qui a été jusqu'à ces derniers temps l'unique port de la baie, quoique peu sûr ; ce n'est plus aujourd'hui qu'un lieu de pêche.

Bône, 43000 habitants, voisine des ruines d'Hippone, illustrée par l'épiscopat de saint Augustin , est VAnnaba ou <r ville des jujubiers j> des Kabyles ; elle est située au pied de l'Edough , à deux kilomètres nord de l'embouchure de la Seybouse, sur la côte occidentale d'une large baie. Son port, l'un des meilleurs et le 3e en importance de l'Algérie, exporte activement les produits de la région: huiles, vins, céréales, lièges, minerai de fer d'Aïn-Mokra, ainsi que les phosphates de Tébessa. La ville est entourée d'un mur crénelé et défendue par le fort Génois , qui couronne le cap de Garde.

La Calle, 5000 habitants, sur un rocher isolé et relié au continent par une plage de sable, est le centre d'importantes pêcheries de corail. A l'ouest, se trouvent la tour du Bastion de Finance ou Vieille-Galle, fondée en 1561, et les riches mines de plomb de Kef-oum-Téboul, avec fonderies et hauts fourneaux. On y exploite aussi activement des forêts de chênes liège.

Guelma, 10000 habitants, la Calama des Romains, est une petite ville prospère située sur un plateau fertile et boisé, à deux kilomètres sud de la Seybouse. Desservie par la voie ferrée de Bône, c'est un des plus importants marchés pour les bestiaux algériens qui sont exportés en France. On y trouve des ruines romaines.

Les bains des Maudits. — A quinze kilomètres ouest de Guelma, sur les ruines de l'antique Aquse Tibilitanœ, se voient les célèbres sources thermales d'Hammam-Meskhoutine, c'est-à-dire des Bains enchantés ou bakis des Maudits. Ces sources, jaillissant au milieu de sites pittoresques, donnent par heure 80000 litres d'eau à une température de 80 à 95 degrés.

« ... De loin déjà on reconnaît l'emplacement des eaux aux masses de vapeur qui s'élèvent au-dessus d'elles. Elles surgissent actuellement avec le plus d'abondance à l'extrémité d'un plateau où elles forment dix bouillons, dont l'un s'élève à quelques décimètres au-dessus du sol. Contenant en dissolution des sels calcaires blancs qui se déposent à mesure qu'elles se refroidissent, elles construisent elles-mêmes, en descendant les pentes, la roche sur laquelle elles tombent en cascade. Les formes de ce travertin (c'est le nom que les géologues donnent aux roches constituées ainsi par

les eaux minérales) sont aussi variées qu'élégantes. Leur blancheur éblouissante ou leur couleur d'un brun rougeâtre donne à l'eau qui les baigne tantôt une teinte d'un bleu clair, quand le fond est blanc, tantôt une coloration brune lorsqu'elle repose sur du travertin coloré par l'oxyde de fer ou par des matières tinctoriales employées par les Arabes. Quand la pente n'est pas trop forte, l'eau déposant de tous côtés les sels dont elle est chargée, il en résulte qu'elle se forme à elle-même de petites

Les bains des Maudits.

digues de quelques centimètres de hauteur. De là des bassins à rebords circulaires plus ou moins ondulés, étages l'un au-dessus de l'autre; l'eau tombe d'un bassin dans l'autre en faisant autour de petites cascades , ou glissant sur le travertin déjà formé.

« Quand on approche des bains d'Hammam-Meskhoutine, on aperçoit au haut du plateau une surface d'un hectare environ de superficie, sur laquelle s'élèvent plus de cent petits cônes formés par les eaux jaillissantes retombant sur elles-mêmes. Les uns ont une large base, les autres semblent des aiguilles. Il y en a de toutes grandeurs, depuis quelques décimètres jusqu'à quatre à cinq mètres; les uns sont isolés, les autres

disposés par groupes, ou même soudés entre eux deux à deux. La végétation s'est emparée de quelques-uns, et souvent au sommet un petit olivier sauvage ou un pistachier-térébinthe pousse comme dans un pot de fleurs. Rien de plus bizarre et de plus inexplicable au premier abord. Aussi l'imagination superstitieuse des Anciens a cru voir dans ces élévations des personnages fantastiques subitement changés en pierre par une malédiction due à leurs crimes. De là le nom de bains des Maudits.

« L'art pourrait , en guidant ces sources , les forcer à élever les constructions les plus compliquées, et même à mouler des vases, des statues, des bas-reliefs, comme on le fait aux eaux de Saint-Allyre, à Clermont en Auvergne. L'abondance de la source africaine est un élément qui manque à celle de l'Europe; on estime, en effet, son débit à 80000 litres d'eau à l'heure. Il peut se comparer à celui des eaux de Louèche en Suisse, et d'Aix en Savoie. Les Romains n'ont pas plus négligé les richesses thermales de la Numidie que celles de la Gaule et de la Germanie. Actuellement il existe près de ces sources un grand hôpital militaire. »

(X., Magasin pittoresque.)

Souk-Ahras, « Marché aux nippes, » 10000 habitants, bâti sur l'emplacement de Thagaste, patrie de saint Augustin, est situé sur le chemin de fer de Constantine à Tunis; superbes sont ses vignobles et ses forêts, très prospère est son commerce.

Aïn-Béida, 8000 habitants, est une ville neuve dans une région qui expédie beaucoup de phosphates.

Tébessa, 7000 habitants, près de la frontière tunisienne, s'élève par 1 100 mètres d'altitude, au milieu des nombreuses ruines de Theveste. On y remarque l'arc de triomphe dédié à Septime- Sévère, le temple de Minerve, aujourd'hui église catholique, et les débris d'une basilique. La plupart de ses maisons sont construites en pierres romaines, et la monnaie romaine y avait encore cours à l'arrivée des Français en 1842. Tébessa est un marché important et le centre d'une exploitation active de phosphates.

Batna, 9000 habitants, dont le nom arabe signifie « bivouac », est à 1 000 mètres d'altitude une ville militaire qui surveille les pentes nord de l'Aurès ; c'est aussi un centre d'échanges entre le Tell et le Sahara. Elle a des rues larges bordées de platanes, un jardin public, un musée archéologique et, à cinq kilomètres nord-ouest, une belle forêt de cèdres.

Lambèse, 3000 habitants, avec une maison centrale de correction, se trouve à dix kilomètres sud-est de Batna, au milieu des remarquables ruines de Lambessa ou Lambœsis, la capitale militaire de la Numidie romaine. « On a dans Pompéi la ville enfouie sous les cendres et surprise dans toutes les occupations de la vie; Lambœsis nous montre la ville abandonnée de ses habitants et dont le temps seul a rongé les pierres au milieu d'une imposante solitude. — Découverte de nombreux autels et

tombeaux, de cinq belles mosaïques et d'inscriptions innombrables ; pr&torium long de 28 mètres, large de 20, haut de 15 (c'est là qu'est logé le musée); quatre portes; restes d'un aqueduc conduisant à la colonie la source d'Ain- Boubena; ruines d'un temple d'Esculape élevé par les ordres de Marc-Aurèle et de Lucius Verus; ruines d'un temple de la Victoire; cirque de 104 mètres de diamètre avec quatorze portes ; tombeau de Flavius Maximus, préfet de la troisième légion: monument carré de 6 mètres de haut, terminé en pyramide; rues dallées conservant l'empreinte laissée par les roues des chars, etc.: l'inventaire et la description de ces ruines exceptionnelles demanderaient un volume, d (Joanne.)

Toutefois, les ruines de Timgad, situées à quinze kilomètres à l'est, sont d'une architecture supérieure à celle de Lambèse. C'est que l'ancienne Thamugas était probablement le centre agricole et commercial du pays. On y remarque surtout une citadelle grandiose de 114 mètres sur 70, défendue par huit tours; un fort bel arc de triomphe en grès et en marbre blanc, un vaste théâtre, des débris de colonnades du Forum, le Capitole ou temple de Jupiter.

Le Medracen, le Kbor Madrons ou tombeau de Madrous des Arabes, est un monument analogue au tombeau de la Chrétienne dont on a parlé plus haut; mais il est plus ancien et de moindres proportions. 11 se trouve à gauche de la route de Constantine à Batna, sur un plateau mamelonné, triste et nu, non loin du lac salé de Djendeli. Sa ressemblance avec le monument de la Chrétienne nous dispense de le décrire. On le considère comme ayant été bâti pour servir de tombeau à Massinissa, roi des Numides, et à ses descendants. .

El-Kantara. « Au sud-ouest de Batna, la route du désert et le chemin de fer se dirigent vers le col d'El-Biar (1090 mètres), c'est-à-dire « des Puits t> , où commence, d'abord insensible, la descente vers le Sahara; un petit ruisseau, l'oued El-Kantara, qui descend brusquement par une succession de cascatelles d'une hauteur de plus de 300 mètres, coule à côté de la route. A droite, à gauche, se dressent des rochers calcaires, coupés de failles, hérissés de dents, offrant à peine çà et là, dans leurs anfractuosités , un peu de terre végétale où pousse un arbrisseau. Soudain les falaises s'écartent, le ruisseau se précipite en cascade, traversé par un pont romain d'une arche qui a donné à la vallée le nom d'El-Kantara : c'est le « Pont » par excellence, celui qui relie le Tell au Sahara. De tous les sites de l'Algérie, si riche pourtant en beaux paysages, nul n'est plus fameux: là est le contraste le plus net entre les plateaux et les oasis; l'Orient se montre soudain par une « porte d'or ». D'un côté est la région de l'hiver, de l'autre celle de l'été; en haut est le Tell, en bas le Sahara ; sur un versant, la montagne est noire et couleur de pluie; sur l'autre, rose et couleur de beau temps. A ses pieds on voit s'ouvrir une vallée où l'eau serpente à l'ombre de palmiers; trois groupes de

maisonnettes, formant ensemble le village d'El-Kantara, se montrent dans les clairières de l'oasis , tout différents de ceux qu'on a vus dans la région septentrionale: les demeures et les jardins, même les troupeaux et les hommes, tout a changé d'aspect, et c'est une autre lumière qui éclaire ces tableaux. Toutefois ce n'est pas d'El-Kantara que l'on peut contempler l'immense horizon du désert: il faut encore dépasser le vaste et fertile bassin d'El-Outaïa, sa montagne de sel et les thermes de Font-Chaude,

El-Kantara.

appelés Hammam-es-Salehin ou « Bains des Saints j> par les indigènes et situés à six kilomètres de Biskra ; puis gravir un seuil, le col de Sfa, pour voir s'étendre au sud la mer des sables tachetée des archipels d'oasis : c'est là que s'ouvre la <r Porte du Désert », Foum es-Sahara, et que l'on voit la plaine immense se dérouler jusqu'à la ligne rouge ou violette, noire parfois, de l'horizon des sables. L'illusion est complète: cette barre lointaine, on dirait l'Océan! » (É. Reclus, ï Afrique septentrionale .)

Biskra, 4-10000 habitants, YAdPiscinam des Romains, « la Reine » du pays des Ziban ou du Zab, est un poste militaire avec une redoute appelée fort Saint-Germain, au pied méridional de l'Aurès, à l'entrée du Grand Désert; elle a un marché arabe très prospère et l'on y fabrique des

burnous, des haïks et de beaux tapis. L'oasis de Biskra renferme 150000 dattiers, qui ont là plus qu'ailleurs ce qu'ils demandent : « les pieds dans l'eau et la tête dans le feu; » ses 5000 oliviers datent, dit- on, des Romains. Dans la villa Landon, tout près de Biskra, s'épanouissent toutes les merveilles de la végétation tropicale: ficus, bananiers, bambous, cocotiers, caféiers, cannes à sucre, eucalyptus, etc. etc. On y admire en toutes saisons les fleurs les plus belles et les plus rares. Aussi, à côté de la ville indigène, s'est-il élevée une ville européenne devenue une station hivernale, que fréquentent chaque année des milliers de malades et de touristes. Le cardinal Lavigerie y a établi une maison de Sœurs blanches; il se proposait d'y créer la confrérie chevaleresque et religieuse des Frères du Sahara, destinés à soutenir militairement les Pères Blancs dans leurs missions périlleuses.

Les Galaas de FAurès. Les populations montagnardes de l'Aurès, occupant un pays très pauvre, ont coutume d'abandonner leurs villages quand vient l'époque des moissons, afin d'aller louer ailleurs le service de leurs bras. Les « Ghaouïa », c'est le nom de ces populations encore toutes primitives , ont imaginé en conséquence de construire par corvées, — dans une partie élevée de leurs rochers, qui n'est souvent accessible que par le moyen d'échelles ou de cordes, — des bâtiments appelés galaas, qui leur servent de garde -meubles et de magasins de grains, et dans lesquels chaque membre de la communauté (du village ou fraction de village) a droit à une chambre par famille. Dans cette chambre, le Ghaouïa apportera au moment de son départ tout ce qu'il veut mettre en sûreté ; puis, en présence du gardien (assès), il en fermera la porte au cadenas et scellera ce cadenas d'un sceau ad hoc appelé « taba », littéralement: cachet.

Page 1