‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 19 sur 79 · CHAP. VIL — GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. VIL — GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

Agriculture. — L'Algérie est essentiellement consacrée à Vagriculture et à Y élevage, déjà bien transformés du reste par les colons. Aussi bien la nature argilo-calcaire ou limoneuse des plaines et des vallées, la température relativement élevée et le sol accidenté du Tell, qui donnent parfois dans la même commune des plantes de pays chaud, tempéré et froid, permettraient-ils d'obtenir toutes les cultures, à part celles des tropiques, si les pluies ne faisaient complètement défaut en été, ou du moins si elles étaient suffisamment suppléées par des dérivations et des barragesréservoirs, les deux procédés employés pour l'irrigation algérienne.

Aux produits si variés du Tell, où 3000000 d'hectares sont cultivés, il faut ajouter les ressources spéciales du Sahara et même celles des Hauts- Plateaux, dont on commence une exploitation très productive.

Végétaux. — Les céréales sont le principal produit agricole de l'Algérie, aujourd'hui comme du temps où celle-ci était l'un des greniers de Rome. On y récolte plus de 25000000 d'hectolitres de grains divers.

Vorge, préférée ici pour les chevaux, au lieu de l'avoine qui serait trop échauffante, est alimentaire même pour l'homme; elle s'exporte en partie pour les pays à bière ; son produit tient le premier rang, avec 10 millions d'hectolitres.

Vient ensuite le blé dur (7 millions d'hectolitres), avec lequel on fabrique le couscoussou; puis le blé tendre (2 millions d'hectolitres), importé d'Europe et plus délicat. Le maïs, exigeant un sol humide, est assez peu cultivé ; on le remplace par la variété de sorgho appelée bechna.

Les légumineuses: fèves, haricots verts et petits pois, ainsi que les pommes de terre et les artichauts de la plaine d'Alger, les fraises, les cerises, le raisin, les oranges, les mandarines et les amandes du Tell, s'exportent comme primeurs à Paris, Lyon, Marseille et dans les grandes villes du Nord. »

La vigne est en grand progrès dans les districts d'Alger, Médéa, Miliana, Oran, Bône, pour la fabrication du vin, dont l'usage est interdit par Mahomet; aussi les indigènes ne la cultivaient-ils jadis que pour le raisin. La production vinicole est d'environ 7000000 d'hectolitres.

V olivier est l'arbre caractéristique du Tell, où il forme de véritables forêts ; viennent ensuite l'oranger, le citronnier, le figuier, très communs. Le dattier des oasis, qui veut être cultivé a le pied dans l'eau et la tête dans le feu », donne à lui seul la moitié de la nourriture des habitants du désert, outre que son bois sert à la charpente, ses fibres au tissage des nattes et sa sève à la production du vin dit de palmier. Un hectare de dattiers rapporte dix fois plus qu'un hectare de céréales.

Parmi les plantes industrielles, le tabac est en progrès, d'autant plus que sa culture n'est pas soumise à la régie comme en France; le lin croît aussi très bien. Le coton prospérait également dans les plaines du Sig et de l'Habra, mais il est actuellement délaissé, ne pouvant soutenir la concurrence étrangère; en revanche, Y alfa (stipa tenacissima), sorte de graminée haute d'un mètre, croissant en abondance sur les Hauts-Plateaux, est exploité en grand pour la fabrication du papier, des cordages, tresses, sacs, tapisseries et tissus résistants. Avec le sparte et le diss, autres graminées textiles, l'alfa couvre plus de 15 millions d'hectares; les pousses tendres sont mangées par le bétail des nomades. La seule province d'Oran en exporte plus d'un million et demi de quintaux chaque année, presque exclusivement en Angleterre.

Les forêts, bois et broussailles ont une étendue de 3000000 d'hectares et couvrent généralement une partie de chacun des massifs montagneux de l'Atlas tellien, particulièrement l'Aurès. Les principales essences sont le chêne vert et le chêne zéen, le pin parasol et le pin d'Alep, le cèdre et le thuya; l'eucalyptus qui, importé d'Australie, assainit les endroits marécageux; enfin et surtout le chêne liège.

La véritable patrie du chêne liège est l'Algérie et la Tunisie, qui en possèdent l'une 465000 hectares, l'autre 116000; toute la zone littorale comprise entre Bougie et Bizerte en renferme à peu près autant que le reste du globe, c'est-à-dire que les autres contrées de la Méditerranée occidentale. Le chêne liège est un arbre au feuillage bronzé, qui peut atteindre une vingtaine de mètres de hauteur. Son écorce comprend deux parties : l'une interne et vivante, appelée tanin; l'autre externe et morte, beaucoup plus épaisse, n'ayant qu'un rôle de protection : c'est le liège, matière élastique, légère et peu perméable, très employée dans l'industrie. Le démasclage se fait en général sur lm,60 de hauteur, lorsque le liège a atteint environ trois centimètres d'épaisseur, les arbres étant âgés d'au moins cinq ans. Pratiquée comme il faut,A l'opération peut se renouveler périodiquement. L'Algérie produit 10000 tonnes et la Tunisie 1500, valant ensemble deux millions de francs ; la production de la France est estimée à 12000 tonnes.

Animaux. — L'élevage, l'une des principales richesses de l'Algérie, compte plus de 15000000 de botes, qui appartiennent pour la plupart aux indigènes; là aussi les progrès de la colonisation ont amené des transformations notables.

Les bêtes à cornes (1300000), petites, mais sobres et robustes, servent en partie au labour; le manque de prairies naturelles est défavorable à leur élevage, qui est limité au Tell. Les moutons sont grands et solides, mais ils ne donnent généralement qu'une laine commune; au nombre de 9000000, ils errent dans les steppes des Hauts-Plateaux, qui pourraient en nourrir deux fois plus. Les chèvres, relativement nombreuses (3800000),

nuisent trop souvent aux forêts. Les porcs, maudits par le Prophète, commencent à trouver droit de cité depuis l'occupation française.

Les chevaux algériens, à peine au nombre de 210000, appartiennent aux races barbe et arabe. La réputation de cette dernière surtout est universelle et méritée: rien n'égale pour la course la valeur de la jument arabe, petite, de membrure fine, souple et vigoureuse, d'une sobriété, d'un courage et d'une douceur extraordinaires. Mais comme le cheval arabe est l'animal de luxe et de guerre des indigènes, son élevage diminue ; au contraire, celui du mulet augmente ; quant au bourricot, l'âne de petite taille, dur à la fatigue et aux coups, il est l'auxiliaire indispensable de l'Arabe. Anes et mulets sont environ 450000. Les chameaux, ces « vaisseaux du désert », de l'espèce à une bosse appelée -dromadaire, sont au nombre de 270000; ils rendent toutes sortes de services comme bêtes de somme et de selle, à lait et à viande. Le chameau de bât, à forte encolure, porte en moyenne 150 kilogrammes, et le chameau de course ou méhari, haut sur jambes, fait jusqu'à 30 lieues par jour. — La volaille est assez nombreuse; les abeilles de la Kabylie donnent de bons produits. La pêche cotière rapporte pour trois millions de francs de poissons et de corail.

Parmi les animaux sauvages, le lion n'existe plus et la panthère devient rare; mais le chat sauvage, l'hyène et surtout le chacal se trouvent en nombre jusque dans le Tell; dans les gorges de la Chiffa, au sud d'Alger et en Kabylie vit une espèce de singes, les magots; le renard fenec, les antilopes, les gazelles et les autruches vivent principalement dans le Sahara. Les reptiles sont nombreux, dont quelques-uns très redoutés : tels les lézards, les vipères et les scorpions, que l'on a peine à distinguer du sol, avec lequel ils ont même couleur.

Industrie. — L'Algérie est beaucoup moins industrielle qu'agricole, ce qui s'explique par l'insuffisance de bras, la facilité d'obtenir d'Europe les produits manufacturés et surtout par le manque d'énergie motrice : la houille fait complètement défaut et les cours d'eau ne fournissent qu'une force par trop intermittente. Aussi les Européens ne traitent- ils que les produits agricoles: vins et eaux-de-vie, huiles d'olive, farines et liège du Tell. L'industrie indigène des lainages, vêtements, tapis, cuirs, armes et couteaux, sparterie, etc., ne peut, avec son outillage primitif, résister à la concurrence étrangère; aussi décline-t-elle de plus en plus.

Quant aux richesses minérales, qui sont considérables, leur exploitation par les Européens prend un essor rapide ; mais les produits extraits sont exportés bruts pour les mêmes raisons que celles ci-dessus indiquées.

Le fer surtout abonde. On exploite du fer magnétique très propre à la fabrication de l'acier, dans le massif de Bône, principalement à Mokta-el- Hadid, aux mines d'Aïn-Mokra, de Bou-Hamra, etc.; de l'hématite rouge à Çouma, près de Bouiarik; à Gouraya, dans le Zakkar-Gharbi; dans la montagne des Béni-Saf et près d'Oran. — Les autres mines exploitées sont

celles du djebel Masser (zinc et plomb), de Gar-Rouban (cuivre et plomb argentifère), dans le département d'Oran ; — de Guerrouma, de Sakamondy et de l'Ouaransénis (zinc et plomb), dans le département d'Alger; — d'Hammam N'Baïls (zinc et plomb), de Kef-oum-Teboul (cuivre et plomb argentifère), d'Ain -Barbar (cuivre, zinc et plomb), de Raz-el-Ma, près de Jemmapes (mercure), de Bir-béni-Salah (plomb et mercure), d'El-Hamine (antimoine), dans le département de Gonstantine.

Les dépôts de sel gemme les plus connus sont : le Rocher de sel, au nord de Djelfa, vers le centre, et le djebel El-Melah, près d'Outaya (Batna). La plupart des chotts algériens contiennent dans leurs eaux une grande quantité de sel, qu'ils déposent sous forme de croûte en se desséchant; tels sont entre autres ceux d'Arzeu et d'Oran , les deux Zahrès , les chotts el Tharf et Guellif (Gonstantine).

Les principales carrières sont celles de marbre du Djebel-Chenoua , à l'est de Gherchell; d'Aïn-Tekbalet (marbres onyx translucides), au nord de Tlemcen; du Djebel -Filfila (marbre blanc statuaire), à l'est de Philippeville; les carrières de phosphates de chaux des environs de Tébessa et d'Aïn-Béida (Gonstantine); les carrières de plâtre de Gherchell.

L'Algérie possède plus de 440 sources thermales, qui, sous le rapport de l'abondance, de la diversité et des propriétés thérapeutiques, ne le cèdent à aucune de celles d'Europe. Les principales sont: les eaux sulfureuses d'Aïn-Medjerda (47°), près de Tlemcen, très fréquentées par les Arabes; les bains de la Reine, près d'Oran; les hammam (bains) Melouan, dans la vallée de l'Harrach, et Rhira (45°), près de Miliana; les eaux sulfureuses et alcalines (95°) d'Hammam-Meskhoutine, à l'ouest de Guelma, et d'Hammam-es-Salahin, près de Biskra.

Commerce. — Le commerce intérieur échange entre le Tell, le Plateau et le Sahara , non seulement les produits de ces différentes régions , mais encore ceux du dehors. A cet effet, les grandes villes et de nombreuses localités, consacrées par une longue tradition des tribus, possèdent un important marché hebdomadaire à jour fixe, où les indigènes viennent de très loin apporter leurs produits et acheter ce qui leur manque.

Gomme voies de transport, il n'y a aucun canal ni rivière navigable.

En 1830, il n'existait aucune autre route que les sentiers de caravanes; mais l'administration française a depuis lors créé 30000 kilomètres de chemins, dont 3500 kilomètres de routes nationales classées, desservies par des voitures publiques. Non seulement elles relient entre elles les villes du Tell, mais des routes vont d'Alger à Bou-Sâada et à Laghouat, de Gonstantine à Biskra et Tébessa, etc.

Les chemins de fer se construisent activement: plus de 3000 kilomètres de lignes sont exploitées. Ils suivent deux grandes directions, qui se coupent à angles droits : 1° une ligne grossièrement parallèle à la côte

met en communication directe, d'ouest en est, notamment Tlemcen, Oran, Alger et Gonstantine, avec prolongement sur Tunis: elle parcourt le Tell, qui est la région la plus peuplée et la plus industrieuse; 2° à cette grande artère longitudinale se rattachent des voies tracées perpendiculairement, du sud au nord, entre des régions de productions différentes. Ce sont, d'une part, les lignes qui conduisent à divers ports: Perrégaux- Arzeu, Tiaret-Mostaganem, Beni-Mansour-Bougie, Constantine-Philippeville, Duvivier-Bône ; et d'autre part, les lignes de pénétration: d'Oran, par Saïda, à Aïn-Sefra et Golomb-Béchar, en plein Sahara (712 kilomètres); d'Alger à Médéa et à Laghouat; de Gonstantine par Batna à Biskra , à l'entrée du Grand Désert; de Souk-Ahras à Tébessa et vers la Tunisie.

Des lignes télégraphiques relient toutes les villes d'Algérie, qu'une ligne transsaharienne rattachera bientôt à Tombouctou (Soudan). Elles se raccordent au réseau français par les câbles sous-marins d'Oran, d'Alger et de Bône à Marseille.

Le commerce extérieur de l'Algérie comprend le trafic par mer avec l'Europe d'une part, et par terre avec les contrées limitrophes d'autre part. Il est peu considérable avec le Maroc et la Tunisie, dont les produits sont analogues , de même qu'avec le Sahara , dont les caravanes se sont détournées, depuis notre occupation, vers le Maroc et la Tripolitaine. Le commerce par terre consiste dans l'importation de peaux, laines, dattes, gommes, plumes d'autruches et plantes médicinales, troquées contre du sucre, du savon, des tissus, des armes, des articles de quincaillerie et de mercerie.

Le commerce extérieur par mer est, au contraire, en progrès très appréciable. D'une valeur de 94 millions en 1850, il monta en 1870 à 300 millions, en 1896 à 570 millions, en 1906 à 603 millions, dont 331 à l'importation et 282 à l'exportation; enfin, en 1908, à 850 millions.

Les pays avec lesquels l'Algérie fait le plus d'échanges sont : la France, pour les trois quarts; l'Angleterre, l'Espagne, les États barbaresques, la Belgique, l'Italie et les Pays-Bas.

L'importation consiste en tissus de coton, de laine et de soie, vêtements confectionnés, machines, wagons, articles d'ameublement, de quincaillerie, de mercerie; puis viennent les vins, le sucre, le café et le charbon de terre. — L'exportation consiste en produits agricoles : vins, huiles, céréales et farines, légumes et fruits de primeur, oranges, mandarines, figues et dattes, bestiaux, peaux, cuirs et laines, poissons de mer, liège, crin végétal, alfa et autres textiles, minerais de fer, de cuivre, de plomb et de zinc, marbres et phosphates.

Le trafic extérieur se fait presque entièrement par les ports d'Alger, d'Oran, de Bône et de Philippeville. Viennent ensuite, par ordre d'importance, les ports de Bougie, Arzeu, la Galle, Djidjelli, Gherchel, Mostaganem, Nemours, Béni-Saf, qui sont surtout en relations avec Marseille, Cette, Port-Vendres, Bordeaux et autres ports français.

Le mouvement des ports algériens est d'environ de 15000 navires, entrés ou sortis, et jaugeant 10 millions de tonnes; les trois quarts sous pavillon français, un septième est sous pavillon anglais, le reste sous pavillons espagnol, hollandais, allemand, autrichien, italien.

Alger. — Vue du port.

La marine marchande spéciale de la colonie jauge 15000 tonneaux.

Alger communique chaque jour par vapeur avec Marseille, soit directement, soit en faisant escale à Port-Vendres ou à Cette. Oran, Bône et Philippeville sont aussi en relations régulières, principalement avec Marseille.

Ces ports sont desservis par les paquebots des trois compagnies françaises dites Transatlantique, Touache et Messageries maritimes.

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