CHAPITRE VI. — LES TERRITOIRES DU SUD
I. Le Territoire d'Aïn-Sefra surveille l'Ouest algérien depuis le département d'Oran jusqu'au Haut-Touat, par delà la vaste région de dunes dite Y Erg occidental. — Aïn-Sefra, la « source jaune » (3000 habitants), est la résidence du commandant et un poste militaire, situé sur la voie ferrée traversant les chaînons de l'Atlas saharien. Il exploite l'alfa en grand, de même que Géryville, marché arabe et poste militaire, bâti au sud du Plateau à 1300 mètres d'altitude, dans une gorge du djebel Ksel. A l'est de ce dernier se voit un monument élevé au colonel Beauprêtre et à sa colonne, massacrés par les Arabes en 1864. On remarque aussi de nombreux mégalithes sur les hauteurs environnantes. — El-Abiod-Sidi- Cheikh (2000 habitants), au pied méridional des monts des Ksour, est un pèlerinage fréquenté par les Sahariens à la koubba du marabout Sidi- Abder-Rhaman, qui vivait au xvne siècle.
Figuig, près de la frontière du Sahara marocain, est une riche oasis de dix ksour, entourée de murs et peuplée de 12000 habitants très belliqueux, qui jadis inquiétaient nos possessions voisines. L'oasis est traversée par l'oued Sousiàna, dont la vallée a toutefois été délaissée par le chemin de fer qui passe à Zenâga (4000 habitants), le bourg chef- lieu, et à Beni-Ounif, marché important, pour se diriger sur Béchar ou Colomb, et de là sans doute atteindre bientôt Igli. Ce ksar, qui occupe le confluent des oueds Guir et Sousfana, est d'une grande importance commerciale et militaire , qui en faisait naguère une rivale redoutée de Figuig.
Timimoun, chef-lieu du Gourara, à quelques kilomètres d'une sebkha, est un bourg de 7000 habitants, défendu par une enceinte et une kasba; il s'y tient un marché considérable, et son oasis renferme 250000 palmiers. — Adrar ou Adghar, près de l'oued Saoura ou Messaoud, est une ville murée de 7500 habitants, l'une des plus commerçantes du Touat propre, qui forme comme le pays précédent une dépression parsemée de petits chotts salins. Son oasis compte 150000 palmiers. — Au sud, Tamentit est une autre ville importante et murée, qui se compose de quatorze quartiers peuplés de 8000 âmes. Elle a un marché actif et une oasis comprenant 280000 palmiers, de belles cultures de coton, de henné, de tabac, de chanvre, de maïs.
II. Le territoire de Giiardaïa, situé au sud de la province d'Alger, est entièrement enveloppé ailleurs par les trois autres territoires : il apparaît ainsi comme la clef de voûte de tout le système de défense. Son chef-lieu est Laghouat, « les ravins, » localité de 7000 âmes située par 750 mètres d'altitude au pied de l'Atlas saharien, dans une belle oasis traversée par l'oued Djeddi. C'est un marché considérable, où se fait l'échange des produits du Tell contre ceux du Sahara et du Soudan. C'est également un poste militaire important défendu par deux forts et une enceinte. Bien modifiée depuis sa prise par les Français en 1852, la ville renferme un quartier européen ayant pour centre la place Randon.
Au sud, Giiardaïa, 8000 habitants, est la cité principale des Béni- Mzab ou Mzabites, dont les oasis comprennent 200000 palmiers, beaucoup d'autres arbres fruitiers et de belles cultures de légumes. La ville offre la forme d'une pyramide, dont le sommet est couronné d'une mosquée. Elle est défendue principalement par un fort qui communique avec celui de Beauprêtre, sur le chemin d'El-Goléa.
El-Goléa, « la petite forteresse, » à 1100 kilomètres au sud d'Alger, nous appartient depuis que les Français y pénétrèrent, en 1872, sous les ordres du général de Gallifet. C'est un ksar de 2000 habitants, avec fort et garnison de méharistes , cavaliers montés à chameaux pouvant lutter de vitesse avec les pillards nomades Touareg et Chaambas. Point d'eau des plus remarquables du Sahara français, il est aussi maintenant une base
de pénétration vers le Touat, à l'aide des forts Mac-Mahon et Miribeî, construits plus au sud.
111. Le territoire de Tougourt, dont le rôle est relativement restreint, garde les confins de la Tripolitaine, où se trouve notamment Ghadamès. Tougourt, chef-lieu du Territoire, est un bourg de 2000 habitants situé à mi-chemin entre Biskra et Ouargla, qui doivent être réunis bientôt par une voie ferrée. C'est en même temps la capitale politique et militaire de l'Oued-Rhir, dont Temacin, localité voisine, est la capitale religieuse,
Vue de Ghardaïa.
comme résidence du chef de l'ordre religieux des Tedjini, lequel étend son influence au loin dans le Grand Désert. Tougourt, bâli en briques séchées au soleil, se trouve dans une oasis de 170000 palmiers arrosée par 320 puits artésiens, qui prennent les eaux souterraines des oueds Mya et Igharghar. Tougourt est en effet à l'embranchement de ces deux lignes d'eau, qui sont des plus importantes pour la culture , le commerce et la domination du Sahara; il a donc devant lui un avenir certain. — A l'est, Y Oued-Souf est un autre groupe d'oasis de 180000 palmiers, dont les dattes sont recherchées. Les Berbères Spuafa sont les indigènes les plus avancés en civilisation du Sahara: en Tunisie, ils ont fondé de grandes maisons de commerce; comme industrie, ils s'adonnent à la fabrication des étoffes de laine, des haïks et des burnous.
Au nord du territoire, l'oasis de Zaatcha, dans le Zab, est célèbre par
l'opiniâtre résistance qu'elle fit, en 1849, à une petite armée française commandée par le général Herbillon. Cette résistance, qui dura cinquantedeux jours, ne peut s'expliquer quand on ne connaît pas une oasis, c'est-àdire une forêt où dominent les palmiers formant des jardins entourés de murs, de ruelles étroites, et au centre desquels se trouve la dachéra. Zaatcha fut enfin prise d'assaut le 26 novembre par trois colonnes sous les ordres des intrépides colonels Canrobert, depuis maréchal de France; de Barrai, depuis général, tué en Kabylie (1851), et de Lourmel, qui devint aussi général et périt devant Sébastopol. L'assaut ayant été terrible, nos pertes furent cruelles et la punition sévère. Zaatcha ne s'est pas encore relevée, la défense d'y bâtir n'étant d'ailleurs rapportée que depuis quelques années. — Non loin, Sidi-Okba est un lieu de pèlerinage au tombeau du fondateur de Kairouan, tué en 682 par les Berbères.
Ouargla (4000 habitants), dans la vallée de l'oued Mya, est au centre d'oasis qui contiennent 450000 dattiers avec quatre cents puits. C'est un poste de méharistes , ainsi que les forts Hassi Inifel et Lallemand , créés au sud contre les maraudeurs Touareg et Chaambas. A l'est s'étend la vaste région d'El Areg ou des Dunes ; c'est le désert dans ce qu'il a de pins aride.
IV. Le territoire des Oasis s'ouvre largement en éventail vers le Sud : il étend son action à de très grandes distances chez tous les Touareg Hoggar et Azdjer; en même temps, il opère la liaison avec le Soudan français. Il embrasse donc tout notre Sahara méridional.
Insalah, chef-lieu du Territoire, ainsi que du Tidikelt, est l'entrepôt du commerce de Tripoli, Ghadamès, Tunis avec Tombouctou. De même que tout le pays, il reconnaît le sultan du Maroc pour chef religieux. Naguère centre de résistance à l'influence française, il est devenu une position d'avant-garde, depuis notre occupation en 1900. Le Tidikelt, situé entre le plateau de Tadmaït et le massif du Mouydir, avait été visité auparavant par Laing en 1826, Rohlfs en 1864, Soleillet en 1873 et 1874. — A l'est, Temassinine , sur l'Igharghar, au pied de la hamada de Tinghert, est aussi un poste avancé, défendu par le fort Flatters. — En amont, Amgnid, à l'extrémité nord du Tassili ou plateau des Azdjer, est une excellente position et l'un des objectifs du chemin de fer transsaharien. — Idelès est un important village des Touareg situé à proximité du gradin le plus élevé du massif du Hoggar. C'est à quelque distance au sud-est, à Bir-el-Gharami, que la deuxième mission Flatters fut en partie massacrée en 1881. — limissao , sur le versant nord -ouest du Tassili méridional, est un point de jonction des routes de Ghadamès et du Touat à Tombouctou.