III. — GÉOGRAPHIE POLITIQUE
Ethnographie. — La population de la Tunisie est évaluée à près de 2000000 d'habitants, chiffre relativement plus élevé que celui de l'Algérie.
En effet, la superficie, étant de 125000 kilomètres carrés, donne une densité de 16 habitants par kilomètre carré.
Les Tunisiens sont surtout des Berbères, race primitive, et des Arabes, race conquérante; ceux-ci, qui dominent dans la plaine, ont imposé leur langue, leur civilisation et leur religion, c'est-à-dire le mahométisme.
Il y a au moins 80000 israélites dans les villes, et le rôle de cette race dans l'administration, les finances, l'accaparement des biens, est le même ici qu'en Algérie et ailleurs. On compte, en outre, 130000 Européens, dont 82000 Italiens, 35000 Français et 10000 Maltais.
Les Italiens, de beaucoup les plus nombreux, sont des Siciliens, qui, ainsi que les Maltais, se livrent pour la plupart à divers métiers comme ouvriers ou manœuvres; les autres sont de petits propriétaires ruraux. Les Français rachètent leur infériorité du nombre par la position sociale : ils sont
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fonctionnaires, gros colons ou commerçants. La Tunisie reçoit en moyenne 12000 immigrants chaque année.
Les Tunisiens. — D'une lettre datée de Tunis (1882) nous extrayons la description ethnographique suivante : « J'ai vu tout d'abord des spécimens fort remarquables et fort malpropres de l'armée tunisienne : de l'artillerie de siège en blouse et en pantalon de grosse toile bise; des offi-
S. Êm. le cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger et Tunis, primat d'Afrique.
tiers, à- hausse-col et à la tunique râpée et à ceinture d'or, les pieds nus dans des pantoufles de cuir; des sentinelles en cafetan de drap noir, en loques, armées de fusils à piston encrassés de rouille; des marchands accroupis derrière des malles chargées des produits du pays : poulets, pastèques, petits pains sans levain, figues, amandes, gâteaux arabes, sucreries, ceintures, burnous, fez, babouches, pipes, tabac, et quesais-je! Des hommes superbes, fièrement drapés dans des burnous blancs, le turban blanc correctement entouré de rouge, le yatagan à la ceinture; des portefaix arabes, maltais ou nègres, pieds nus et en guenilles; des juives vieilles, jeunes, mégères ou femmes superbes au type biblique, blanches comme
du lait, jaunes comme un coing, ou noires comme la suie... J'ai admiré les petits chevaux du pays, à la fière encolure, aux jarrets de gazelles, aux yeux pleins de feu, d'une élégance complète, conduits par une simple corde attachée au licol, attelés à des charrettes ou montés par des Maures aux membres énormes et à l'abdomen proéminent. J'ai vu des ânes bâtés et chargés à une hauteur dépassant leur taille, et de petits chameaux marchant gravement dans le sable des chemins. Je n'ai fait que traverser tout cela, mais j'ai eu le temps de me débattre contre les surprises du change de la monnaie du pays et d'apprendre, à mes dépens, que le prix demandé équivaut toujours au quart de la valeur et du prix accepté après le débat. i> (G. Renaud, Revue de géographie, 1882.)
Les Kroumirs. — La notoriété qui s'est attachée un instant au nom de cette peuplade mérite qu'on s'y arrête quelque temps.
« Les Kroumirs et les Ouchetteta, tribus peu industrieuses, mais adonnées à l'élève du bétail, appartiennent à la race autochtone du nord de l'Afrique : ce sont des Berbères, et ils parlent, sauf quelques expressions locales, le dialecte usité parmi les populations de l'Aurès, c'est-à-dire le chaouia. Autant les villages de nos Kabyles du Djurdjura se présentent sous un aspect pittoresque et riant, autant le massif habité par les Kroumirs et les Ouchetteta offre un aspect misérable avec ses cabanes en branchages et ses huttes de pierre et de boue, recouvertes d'une charpente primitive sur lesquelles sont assemblées des plaques de liège. Les chefs seuls possèdent une maison construite en pierres et en mortier de terre ; encore partagent-ils cette demeure avec toute la domesticité animale : l'âne ou le mulet, la vache, la chèvre ou le bouc. L'unique chambre de l'habitation est divisée en parties inégales par un petit mur, qui s'élève à un mètre au-dessus du sol. La portion la plus vaste est réservée à la famille, tandis que l'autre, transformée en écurie, est occupée par les bestiaux. A l'entrée de chaque agglomération (pourrait- on dire village?) est établi une sorte d'édifice public, que l'on appelle djemaa, <r lieu d'assemblée, » C'est là qu'on se réunit à certaines heures pour discuter les questions d'intérêt commun. » (A. Gherbonneau, Revue de géographie.)
Ces détails font comprendre que la conquête tunisienne ne pouvait être ni longue ni difficile. La Tunisie, d'ailleurs, n'a pas eu d'Abd-el-Kader à nous opposer. En tout cas, le pays est autrement gardé aujourd'hui.
Gouvernement. — Bien que soumise à la France depuis 1881, la Tunisie reste une monarchie héréditaire ou beylik, que l'on désigne encore sous le nom de Régence. — Le souverain ou bey est un prince de la famille des Hassénides, qui occupe le trône depuis environ deux siècles; le bey actuel est Mohammed el Nacer, cousin germain de Sidi Hadi, décédé en 1906.
Or l'hérédité se fait d'après la loi turque, stipulant que la couronne passe à l'aîné de la famille, frère ou fils.
Le bey est assisté de huit ministres, dont six français. Le résident général, qui représente la France, est investi de pouvoirs militaires et diplomatiques; il contresigne les lois du bey et contrôle tous les services publics : c'est lui qui est le véritable souverain. Quant aux provinces ou circonscriptions administratives, elles ont de même des contrôleurs civils français, installés auprès des caïds indigènes.
Ces circonscriptions, au nombre de treize, ont pour chefs-lieux : Tunis, la Goulette, Nebeul, Sousse, Sfax, Houmt-Souk, Tozeur, Kairouan, Maktar, le Kef, Souk-el-Arba, Béja et Bizerte.
« En conservant à la Tunisie son autonomie administrative, ses fonc-
Entrée de l'avant-port de la Goulette.
tionnaires nationaux, son budget, ses ressources propres, non seulement il résulte pour la métropole une économie considérable (évaluée à plus de trente millions) , mais on fait acte de bonne politique, et c'est de cette façon que l'Angleterre a pu créer de vastes et florissantes colonies qui ne sont nullement à charge à la métropole. Sinon, à force de s'ingérer maladroitement dans tous les détails d'une administration minutieuse et jalouse, on froisse les intérêts locaux, les mœurs et habitudes nationales, et l'on se crée mille difficultés qui ont été cause jusqu'ici du peu de développement de nos colonies. » (Discours de M. Gambon, résident général à Tunis, 1885.)
La Tunisie forme avec l'Algérie notre 49e région de corps d'armée. Elle est divisée en trois commandements : Tunis, Gabôs, Gafsa; l'armée d'occupation, sous les ordres d'un général de brigade, compte environ 10000 hommes, comprenant les quatrièmes régiments des divers corps d'Afrique. Il y a aussi une garde de la personne du bey. La marine
française possède dans le lac de Bizerte un port de guerre de premier ordre.
Il y a à Tunis un tribunal de lre instance et une justice de paix, qui relèvent de la cour d'appel d'Alger et connaissent des causes des Européens, ainsi que des crimes des indigènes contre les Européens. Il y a aussi des tribunaux tunisiens, dont le cheik-el-Islam, chef de la religion mahométane, est le directeur. Dans les autres villes et dans les tribus, la justice est rendue par les cadis.
Pour le culte catholique, la Tunisie forme un diocèse, l'archevêché de Garthage et Tunis, avec une trentaine de paroisses. Ce siège primatial d'Afrique, relevé par le pape Léon XIII en 1884, a pour titulaire actuel l'archevêque d'Alger.
Villes principales. — A part Tunis, la Régence ne renferme pas de ville considérable, et l'on est d'ordinaire peu fixé sur les chiffres de population. Souvent on attribue à une bourgade la totalité des habitants de tout un canton; il en est ainsi' particulièrement dans les oasis, qui renferment plusieurs villages épars, mais régis par une même municipalité.
Tunis, la capitale de la Tunisie, est une grande ville de 230000 habitants, la troisième de l'Afrique pour la population. C'est l'ancienne Tunes ou Tunesium, qui dut son importance à la destruction de Carthage par les Arabes au vne siècle. Située à 870 kilomètres de Marseille, soit à trente heures par vapeur, elle est assise à seize kilomètres de la Méditerranée, au fond d'une vaste lagune dite el-Bahira, qui communique avec la mer par l'étroite passe de la Goulette. Adossée à une ceinture de collines, Tunis, comme les autres villes tunisiennes, est double: arabe et européenne. La ville arabe, construite sans aucun plan d'ensemble, avec des rues étroites, tortueuses, malpropres, est pittoresque de loin, grâce à son enceinte, à ses maisons blanches et plates, aux minarets et aux dômes de ses mosquées, à sa citadelle ou kasba ; on y trouve aussi le palais du bey et un grand nombre de souks voûtés : boutiques de parfums, d'étoffes, de vêtements, de bijoux, de harnachements, de tapis, etc. La ville indigène compte environ 130 000 habitants, non compris les Juifs, qui occupent un quartier spécial au nombre de 40000.
La ville européerme , située entre l'enceinte et le lac, possède de belles places et avenues, de grands édifices, tels que la cathédrale, la résidence, l'hôtel des postes, la gare; de beaux magasins, de hautes maisons, des appontements, etc. Elle comprend même un quartier italien , appelé du nom expressif de « Petite Sicile » .
Tunis est par son port le débouché de la région du Tell : céréales, vins, huiles d'olives, essences, fruits, liège, laines, peaux, bestiaux. Ce port, créé récemment, comprend un avant-port, constitué devant la Goulette par un chenal en mer flanqué de deux jetées ; un canal à travers la Bahira et, à Tunis, un bassin de 12 hectares, profond de 6m50, pouvant
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contenir largement quinze grands navires. Il semble que Tunis soit appelée à être surtout une ville de commerce et d'études. Quant à son industrie, elle ne possède guère pour l'instant que des ateliers indigènes : tanneries, briqueteries, fabriques de parfums, de lainages, de soieries, de chéchias, de tabac, des usines à glace.
La grande cité s'améliore particulièrement au point de vue de l'hygiène. Déjà elle reçoit assez d'eau pour en enlever ces abominables émanations qui, non moins que les parfums des fleurs, justifient le surnom de Tunis P « odorante ». Ce sont les monts Zaghouan et Djoukar qui fournissent à Tunis et à sa banlieue l'eau potable en abondance, cela par un aqueduc de 430 kilomètres, oeuvre romaine récemment restaurée.
Parmi les bourgs les plus rapprochés, dans cette banlieue, il faut citer le Bardo, vaste palais beylical qui tombe en ruines, faute d'entretien ; mais il possède le mime Alaoai ou des Antiquités tunisiennes, auquel doivent s'ajouter d'autres musées. Tout près, se trouve le château dit Ksar-Saïd ou l'Heureux castel, fort malheureux pour le bey qui dut y signer le traité de protectorat, en 4881.
La Goulette , en italien « la gorge», est ainsi nommée à cause de sa situation sur le « goulet » qui donne accès dans la lagune de Tunis. Cette ville de 4000 âmes est en décadence, comme lieu de transit, depuis la création du port de Tunis, accessible aux bâtiments de fort tonnage ; mais elle compte se relever comme station de bains de mer et à cause du voisinage de la capitale, à laquelle elle est reliée par un chemin de fer. Il en est de même de Eamman- Lif, célèbre aussi par ses bains minérauxthermaux (48°).
A trois kilomètres nord de la Goulette se voient les restes de l'opulente Garthage.
Carthage. — « On sait, dit le cardinal Lavigerie, que, restaurée 860 ans avant Jésus -Christ, elle devint par la ruine de Tyr la première puissance maritime du monde; plus tard, détruite par les Romains, puis colonisée par Auguste, elle jeta encore quelque éclat sous le christianisme; mais enfin, après avoir été la capitale des Vandales en Afrique, elle tomba, vers la fin du vu* siècle, sous les coups des Arabes pour ne plus se relever.
« Que reste-t-il de l'ancienne Carthage ?
«t Cinq villages construits au milieu de ses ruines et avec ses ruines mêmes. La Marsa, sur l'emplacement de l'ancienne Mégara, le quartier des grands ; c'est aujourd'hui l'habitation du bey régnant , des princes tunisiens, du résident général français, celle des consuls durant la moitié de l'année. Sidi-Bon-$aïd, sur le cap qui porté encore le nom de Carthage. La Malga, autour des anciennes citernes d'Adrien, dans l'ancien quartier des Mappales. Donar-el-Schott, le a village du lac i>, à l'extrémité de l'ancienne Tœnia, qui bordait le lac de Tunis et donnait accès
dans la ville. C'est par là que Scipion s'en empara. Enfin Sidi-Daoud, sur remplacement même de la triple enceinte qui fermait Carthage du côté de la terre. Le reste est parsemé de maisons de plaisance, les unes sur le bord de la mer, les autres sur les collines... »
Aucun souvenir chrétien n'y était en honneur lorsque nous sommes entrés en Tunisie, sauf le monument national de Saint- Louis, construit en 1840 sur un terrain cédé à la France. Sous l'action du zélé prélat, se sont élevés le séminaire diocésain de Carthage et la maison d'études des missionnaires d'Alger, le palais de l'archevêque, une école tenue par les Sœurs, l'hôpital militaire du Kram, également desservi par des religieuses, la superbe cathédrale Notre-Dame d'Afrique et diverses chapelles, deux orphelinats pour enfants des Européens, enfin un couvent de Carmélites françaises, maltaises et italiennes.
Ajoutons que le corps de l'illustre prélat, mort à Alger en novembre 4892, a été ramené triomphalement à Carthage, où le digne successeur de saint Cyprien s'était fait, préparer un tombeau dans la cathédrale en construction. Le 29 janvier 1899 a eu lieu, en présence des autorités civiles et militaires et d'une foule énorme, l'inauguration du monument élevé à sa mémoire par la reconnaissance de l'Algérie-Tunisie.
Kairoimn, 20000 habitants, au milieu d'une vaste plaine dont un<e partie est remplie de marais salés, est un grand centre commercial et le rendez-vous général des caravanes du Soudan. C'est la ville sainte des musulmans tunisiens ; l'entrée en était sévèrement interdite aux chrétiens, mais en 1881 elle dut ouvrir ses portes à l'armée française. Fondée en 670 par les Arabes, elle fut longtemps la capitale de l'Afrique septentrionale; elle est remarquable par ses nombreuses mosquées. Son industrie consiste dans la fabrication des tapis, des articles de sellerie brodée d'or, des babouches d'un travail admirable.
« Kairouan, bien déchue de son ancienne splendeur, est dans une enceinte en briques de 3125 mètres de développement, de 10 mètres de hauteur, avec meurtrières et créneaux, flanquée, de 20 mètres en 20 mètres, de tours rondes ou de tourelles. Cinq portes s'ouvrent dans ce mur, autour duquel Kairouan se prolonge par ses faubourgs de Kablia (du sud) et de Djiblia (de la montagne), par cinq autres faubourgs, des cimetières, des ruines et des décombres. Des constructions religieuses y abondent. La mosquée principale, qui jouit dans tout le monde musulman d'une célébrité proverbiale, est un bel édifice dont l'origine remonte à la fondation de la ville et qui date dans sa forme actuelle de 827; récemment encore aucun round (chrétien) ne pouvait y pénétrer, et d'ailleurs la ville même était interdite aux non- croyants, si bien que très peu d'Européens, trois ou quatre seulement, y sont entrés avant 1881... j>
Un escalier de 129 marches monte à la plate-forme du minaret, d'où l'on découvre un magnifique panorama.
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Après avoir donné ces détails sur Tunis, Carthage et Kairouan, passons rapidement en revue les autres lieux remarquables de la Régence, en procédant de l'ouest au nord, à l'est et au sud.
Le Kef, t le Rocher, » 5 000 habitants, est la Sicca venera romaine. Râti à 800 mètres d'altitude, sur un plateau escarpé du bassin du Mellègue, il est relié directement par un chemin de fer au port de Tunis, auquel il expédie les phosphates de la région.
Mosquée de Kairouan.
Souk-el-Arba, 2 500 habitants, dans la fertile plaine de la Dakhla, sur la Medjerda, est l'un des principaux marchés aux grains de la Tunisie.
Au nord de la Medjerda, il faut signaler : Béja, 4000 habitants, la Vacca antique, important marché agricole qu'entoure une forte muraille romaine ; — Aïn-Draham, poste militaire au centre des tribus kroumires, et probablement le lieu de la Tunisie où il pleut le plus (lm,78); — Tabarka, sur la côte inhospitalière de Kroumirie, en face l'îlot de même nom, avec une rade où débarquèrent les Français en 1881, et qui pourra devenir un port d'expédition du liège et des minerais de la région ; — Maleiir, o 000 habitants, fort marché agricole, au sud-ouest de Rizerte.
Bizerte, 12 000 habitants, occupe au nord de la Tunisie une heureuse situation sur un goulet unissant la mer à un lac très poissonneux, précieux
surtout pour l'établissement d'un port militaire. Aussi bien, à côté de la ville arabe, vient-on de construire une nouvelle ville avec un port parfaitement aménagé, appelé à devenir non seulement un second Toulon, la clef de notre Afrique septentrionale, mais encore un port marchand de premier ordre (Ferryville) , escale des vapeurs allant de l'Atlantique à la mer des Indes et vice versa. L'antique Diarrhitas, rivalisant ainsi avec Malte, Alger et Gibraltar, va donc acquérir une importance considérable. En attendant, elle exporte des céréales, des raisins blancs, de l'huile d'olive, du corail, des fruits, des poissons et des minerais.
Porto-Farina, sur une baie dont le goulet est obstrué par les alluvions de la Medjerda, a perdu son importance maritime d'autrefois, car il a 1 500 habitants à peine, et de grands édifices, casernes, ports, palais, construits vers 1840, sont en ruines. — De la célèbre Utique , ruinée par la même cause, il ne reste que des débris sur une colline.
Au sud de la presqu'île de Dakhéla, fertile en oliviers et figuiers, se trouvent Nabeul ou Nebel, 6 000 habitants, renommée par ses poteries, et Bammamet, la « cité des Pigeons », 5 000 habitants, ville maritime, mais sans port.
Enfidaville, ou Bar-el-Bey , 7 000 habitants, est le centre de l'exploitation de l'Enlîda, immense domaine de 445 000 hectares appartenant à une compagnie franco-africaine. Marché très fréquenté.
Sousse, 20 000 habitants, est le port de la Tunisie du centre et la gare de départ vers la « ville sainte» de Kairouan.Elle se distingue par les millions d'oliviers de ses jardins et sa grande exportation d'huile pour Marseille. Ville forte d'origine phénicienne, c'est YBadrumetum des Romains; elle subit de nombreux sièges et fut bombardée en 1881.
Monastlr, 9 000 habitants, passe pour la ville la plus propre de la Tunisie ; mais elle n'a jamais eu de monastère chrétien , comme son nom semblerait l'indiquer. Son port est commerçant en huiles et savons.
Mahe'dia, titê du. « Mahdi ou guide», 10 000 habitants, est assise sur un rocher en mer, non loin de l'ancienne Thapsus, où César écrasa les Pompéiens. Bâtie en 912, elle devint la capitale des califes fatimites et un port actif que les chrétiens appelaient Africa. Elle s'adonne surtout à la pêche de la sardine et à la fabrication de l'huile.
A trois lieues au sud-ouest de Mahédia, on visite, près du village d'EI-Djem, les ruines de Thysdrus, comprenant l'un des plus grands et des mieux conservés de tous les amphithéâtres élevés par les Romains. Cet énorme édifice occupe le sommet d'une colline de 185 mètres d'altitude et s'aperçoit de trois lieues à la ronde ; de forme elliptique, il mesure à l'intérieur 150 mètres dans son grand axe. 11 fut fondé probablement par Gordien l'Ancien, qui avait été proclamé empereur dans la ville de Thysdrus. Nul endroit n'était mieux choisi pour la célébration des fêtes; plusieurs fois aussi cette construction géante servit de forteresse, et la fameuse
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prêtresse Kahina s'y détendit contre les envahisseurs arabes en l'an 689. C'est encore dans l'amphithéâtre d'El-Djem que les chefs et les délégués des tribus méridionales de la Tunisie décidèrent, en 4881, le soulèvement général contre les Français.
Sfax, l'ancienne Taphrura, est une ville prospère de 50 000 âmes, récemment pourvue d'un excellent port, que l'on a mis en état de défense, vu sa bonne situation au point de vue militaire. C'est le grand port de la Tunisie du Sud : l'exploitation des oliviers et autres arbres fruitiers, de l'alfa, des pêcheries et surtout des phosphates de Gafsa- Metlaoui a accru son trafic dans des proportions telles, qu'il dépasse
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L'ancienne Bizerte.
le chiffre d'affaires de Tunis. Les Français y entrèrent le 16 juillet 1881, après bombardement et assaut. — En face, les îles Kerkennah comptent 10 000 habitants.
(iabèsy l'ancienne lacape, est située au fond du golfe de ce nom, où aboutit la ligne ferrée de Tébessa-Gafsa. On lui donne 15000 habitants, mais la ville proprement dite n'en a que 3000; le reste forme un groupe de villages indigènes disséminés au milieu de magnifiques jardins. Sa rade, munie d'un appontement, exporte des dattes, de l'alfa et des éponges. ïl est question de créer, un peu au nord, un port en eau profonde qui expédiera les produits miniers de l'intérieur, et servira de point d'arrivée aux caravanes de Tombouctou et de l'Aïr.
(iafsa, sur un tributaire du chott Rharsa, se trouve dans une belle oasis arrosée par deux sources abondantes, et peuplée de 6 000 habitants, dont un nombre croissant d'Européens; elle est située dans le Djérid, fertile en dattes, sur un tributaire du chott Rharsa. Cette ville, qui était considérable sous les Numides et les Romains, est une station importante
des caravanes et une bonne position militaire; mais surtout, depuis peu, elle est, avec Metlaoui, le centre d'une exploitation considérable de phosphates.
Nefta et Tozeur, entre les chotts Rharsa et Djérid, sont deux groupes de villages de 8 à 10000 habitants, situés dans deux des plus belles oasis du Sahara. Ce sont des centres politiques et religieux, en même temps que les entrepôts des excellentes dattes du Blad-el-Djérid, ou <r pays des Palmes ».
Ile Djerba. — L'île Djerba, ou Gerbi, située au fond du golfe de Gabès, est la plus grande île africaine de la Méditerranée. C'est la légen-
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daire Meninx, l'île des Lotophages ou des mangeurs de lotus, plante qui y croît partout à l'état sauvage. Elle renferme de curieux monuments romains, tels que l'arc de triomphe de Marc-Aurèle, et une bizarre pyramide élevée par les Turcs, où se trouvent les têtes des Espagnols tués dans un combat en 1558. L'île, dont la superficie est de 640 kilomètres carrés, est habitée par 35000 Berbères, qui passent pour les plus industrieux jardiniers, tisserands et pêcheurs de l'Afrique septentrionale.
Géographie économique. — L'établissement de notre protectorat a imprimé un essor merveilleux à toute la Tunisie, tant au point de vue agricole que minier, grâce surtout à la construction de nombreuses voies ferrées.
Les produits de 1'ayricnlture, bien caractérisés selon les régions, sont particulièrement : le chêne liège, dans la Kroumirie; Y alfa, dans la steppe, au sud; le blé et Vorge, dans la plaine de la Medjerda ; la vigne, au
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nord-est, ainsi que les cultures maraîchères et les fruits: oranges, mandarines, citrons, amandes, pêches, abricots; Votive, dans le Dakhéla, le Sahel de Sousse et de Sfax; les dattes des oasis du Djérid, du Nefzaoua et de Gabès; les figues, qui entrent pour une grande part dans l'alimentation des indigènes.
Le porc, le bœuf, le cheval et le mulet sont élevés dans le Tell; le mouton, avec Y âne dans le Sahel, avec le chameau dans la Steppe. On pêche activement le poisson, qui abonde sur lelittoral de Bizerte et de Tunis ; le corail, vers la côte de Fer; les éponges, dans le golfe de Gabès.
Industrie. — De récentes découvertes ont déjà fait de la Tunisie l'un des grands producteurs miniers du globe. Tout d'abord il faut citer les phosphates des environs de Gafsa et du Kef , puis le fer, des Nefza et de Nebeur, notamment; le zinc et le plomb du Béja et du Dakhéla; Xzmanganèse, entre Gabès et Gafsa. Ajoutons les nombreuses et importantes carrières de marbres, particulièrement à Chemtou, de pierres à bâtir, de plâtre, dans les montagnes du nord; le sel des Ghotts, les sources thermales ou « hammam», au nord-est, etc.
Mais la Tunisie ne recèle pas de houille et, par suite, elle n'est pas apte à la grande industrie manufacturière. Gomme en Algérie, les Européens ne traitent que les produits agricoles: huilerie, savonnerie, minoterie, vinification, distilleries de fleurs pour essences parfumées. Quant aux articles indigènes, impuissants à concurrencer les produits similaires d'Europe, ils sont de moins en moins fabriqués ; néanmoins les poteries de Nabeul et de Djerba,les tapis de Kairouan, les haïks et les burnous de Djerba et de Gafsa conservent leur ancienne renommée.
Voies de communication. — La Tunisie est déjà pourvue d'un bon nombre de routes et de voies ferrées. Celles-ci suivent les vallées Nord-Est, qui sont plus ou moins raccordées par des lignes Nord -Sud. Notons les principales.
Ligne de la Medjerda ou de Tunis à Ghardimaou, près de l'Algérie, avec embranchements sur Bizerte et sur Béja se rejoignant à Mateur.
Ligne de Tunis à Kalaat-Djerda, avec embranchements sur Kairouan et le Kef.
Ligne de Sousse à Kairouan et Kasrin ou Fériana.
Ligne de Sfax à Gafsa.
Ligne de Gabès à Gafsa, avec prolongement sur Kasrin et Tébessa.
Ligne littorale nord-sud de raccordement, deTunis à Hammamet, Sousse, Sfax.
Ces chemins de fer ont transformé en grands centres maritimes les ports que l'on a créés en divers points et qui sont par ordre d'importance : Sfax, Tunis, Sousse, Bizerte , chacun étant le débouché d'un arrière-pays spécial, ainsi qu'on le voit aux paragraphes de ces villes.
De Bizerte partent trois câbles télégraphiques qui se dirigent respecti-
vement vers Bône, Marseille, la Sicile. Un autre câble relie les ports de Sousse, Sfax et Gabès.
Le commerce, qui se chiffrait par 23 millions de francs en 1881 , atteignit, en 1906, la somme de 173 millions, dont 92 millions à Y importation et 81 millions à Y exportation. Celle-ci consiste en produits agricoles : céréales, huiles d'olive, vins, fruits et légumes, essences de fleurs, bestiaux, peaux et laines brutes, liège et alfa; en produits minéraux : phosphates (30 millions de fr.), fer, zinc, plomb, marbres ; en produits mari-
Amphithéâtre dEl-Djem.
times : poissons, corail, éponges, poulpes. Les articles importés sont : les farines et semoules, les vins, les denrées coloniales, les soieries et les cotonnades, les machines et wagons, la houille, la verrerie, la quincaillerie, les cuirs et les bois. La plupart des produits tunisiens, sauf l'alfa, le zinc et les phosphates, sont exportés en France, dont la part, avec celle de l'Algérie, égale les deux tiers du commerce général. L'autre tiers du trafic a lieu avec l'Angleterre, directement ou par Malte, puis avec l'Italie, l'Autriche-Hongrie, l'Orient, le Sahara.
« Le protectorat français, conclurons-nous avec M. Fallex, a complètement transformé la Tunisie (matériellement, s'entend). Partout les terres sont défrichées, assainies, irriguées et mises en valeur ; partout s'ouvrent les galeries de mines, et partout de grands travaux s'exécutent: routes, chemins de fer et ports ; les savants fouillent le sol et exhument les anti-
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quités carthaginoises, romaines et byzantines; les écoles de tout ordre répandent la langue française et l'instruction technique; les finances, obérées jadis, se soldent régulièrement par un excédent notable de recettes. Ces résultats magnifiques sont l'œuvre de la France : elle a lieu