‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 22 sur 79 · II. — GEOGRAPHIE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

II. — GEOGRAPHIE PHYSIQUE

La Tunisie est bornée au nord et à l'est par la Méditerranée, au sud par le Sahara tripolitain et algérien, à l'ouest par l'Algérie. Prolongation de cette dernière, elle occupe une position superbe en face de la Sicile, dont la séparent 140 kilomètres à peine : elle commande le passage du bassin occidental au bassin oriental de la Méditerranée.

Littoral. — Les côtes de la Tunisie, plus mouvementées que celles de l'Algérie, se développent suivant deux directions opposées, Est-Ouest et Nord-Sud, séparées par le cap Bon; en outre, la baie de Bizerte et les trois larges golfes de Tunis, de Hammamet et de Gabès, avec la presqu'île de Dakhéla, les îles Kerkennah et Bjerba, la caractérisent aussi plus avantageusement.

Du cap Roux algérien au cap Ras-eUAbiad ou cap Blanc, c'est la Côte de Fer, élevée, rocheuse, bordée d'écueils, continuation de la côte algérienne. On y remarque l'île de Tabarka, surmontée d'un fort; les îles Fratelli ou des Frères et, plus au large, les îles Galite.

Le cap Blanc abrite l'excellent port de Bizerte, dont la baie communique par un étroit chenal avec le lac de Bizerte, enfermé dans les montagnes. La France y a établi un puissant port militaire.

Plus à l'est, entre le cap Sidi-Ali ou Farina d'une part, le cap Bon d'autre part, et au sud des îles Zembra, s'ouvre le beau golfe de Tunis, large de 70 kilomètres et profond de 80.

La Medjerda, le plus abondant cours d'eau de la Tunisie, s'y termine au nord-ouest dans la lagune de Porto-Farina. Le cap Carthage, qui conserve les ruines de l'ancienne rivale de Rome, marque un rétrécissement du golfe , dont la partie avancée prend le nom de « rade de la Goulette » . Celle-ci reçoit la Méliana et communique par un étroit goulet ou chenal avec la lagune au fond de laquelle se trouve Tunis, aujourd'hui accessible aux grands navires; aussi la Goulette n'est- elle plus nécessairement son avant- port.

A l'est de Tunis se dessine la presqu'île rectangulaire et montueuse de Dakhéla , terminée par le cap Bon , ainsi nommé de tout temps par antiphrase : de fait, en s'y heurtant, les courants atmosphériques et marins le rendent fort mauvais. Au delà, commence la côte orientale ou nordsud, généralement basse, sablonneuse, baignant dans une mer peu profonde. Le large golfe d'Hammamet possède, avec le port de même nom, ceux de Sousse et de Monastir.

Du cap Dimas et du cap Afrika au cap Kapoudiah, la côte est semée d'écueils, puis redevient sablonneuse avec le port de Sfax, accessible aux grands navires ainsi que celui de Sousse, depuis qu'on leur a creusé un chenal et construit des quais. Des îles Kerkennah, situées en face de Sfax, à l'île Djerba, s'ouvre le golfe de Gabès, la Syrta minor des Anciens, au fond de laquelle dort la petite ville de Gabès, l'ancienne Tacape. La grande île Djerba, populeuse et fertile, ferme l'entrée d'une lagune formée par deux presqu'îles sablonneuses; viennent ensuite les deux lagunes d'el- Mellaha et d'el-Biban, au delà desquelles commence la côte inhospitalière de la Tripolitaine.

Orographie. — Qui connaît l'Algérie, ses massifs tellien et saharien, son Sahara , ses chotts , ses oueds , rivières sans eau ou mal alimentées , connaît aussi la Tunisie, qui n'est que le prolongement oriental de la région algérienne, sauf qu'elle n'a presque pas de hauts plateaux. Par contre, le Tell, relativement développé, avec de grandes plaines à l'orient, est divisé en deux par l'oued Medjerda. Dans le Tell septentrional se trouvent les monts de Kroumirie, avec le djebel Ghorra, haut de 1150 mètres, sur la frontière, les groupes moins élevés des Nefza, de Mogod et de Tebourzouk. Le Tell méridional est un enchevêtrement de plaines, de plateaux et de monts limités par la chaîne plus importante de Y Atlas saharien. Prolongement du massif de l'Aurès et des monts Tébessa, cette chaîne, ou plutôt cet ensemble de courts chaînons, traverse la Tunisie du sud -ouest au nord- est, en partie sous le nom de monts de Zeugitane. On y remarque notamment le djebel Chambi, point culminant de 1600 mètres, les djebels Bireno, Berbérou, 4 480 mètres,

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Serdj , 1 375 mètres ; le Djoukar , au nord de Kairouan ; enfin le Zaghouan, 1295 mètres, de tous le plus connu, qui s'élève fier et déchiqueté au-dessus d'une plaine basse. Le relief s'achève par les collines de la presqu'île de Dakhéla.

Au sud des monts de Zeugitane, l'altitude faiblit jusqu'à la dépression des chotts Djérid et Rharsa, celui-ci étant même au-dessous du niveau de la mer. Des groupes de collines rocheuses ou sablonneuses s'élèvent au milieu des oueds et des nombreux chotts de cette région, faite de steppes et de parties plus ou moins sahariennes.

Hydrographie. — Les' oueds tunisiens se dirigent généralement vers le nord-est. Le versant nord de l'Atlas saharien, bien arrosé, a des rivières permanentes, contrairement au versant sud, ordinairement à sec.

Le Tin baigne Mateur et finit dans le lac Iskeul.

La Medjerda, seul fleuve tunisien à peine digne de ce nom, appartient par son cours supérieur à l'Algérie, où elle naît dans le massif de Souk- Ahras. Passant au sud du massif des Kroumirs, elle arrose la plaine céréalière de Dakla, dont Souk-el-Arba est la principale localité, et y reçoit par sa rive droite l'oued Mellègue. Elle traverse ensuite une gorge étroite, recueille les oueds Khaled et Siliana, près de Testour, et coule franchement au nord -ouest dans une large plaine alluviale, marécageuse même aux environs d'Utique, pour finir dans la lagune de Porto -Farina, après un cours de 375 kilomètres, dont 280 en Tunisie.

L'oued Mellègue, affluent de la Medjerda, est plus long (280 kilomètres), mais moins abondant que la partie supérieure du fleuve. Il naît dans le massif des Nememcha, aux confins de l'Aurès, sous le nom d'oued Meskiana ; puis il parcourt une contrée remplie de ruines antiques , y reçoit l'Ain -Safra et baigne à droite le plateau qui porte la petite ville du Kef.

La Méliana se jette dans la baie de la Goulette.

Les chotts et leurs bassins. — Au sud de l'Atlas saharien, les oueds n'atteignent la mer qu'une fois environ tous les huit ans; ils se perdent dans les sebkhas ou chotts, étangs saumâtres en hiver, dépôts salins en été, qui bordent la côte orientale. Encaissé dans la montagne, leur lit s'élargit démesurément dans la plaine, où il est changé en lac après une pluie d'orage. Citons, du nord au sud : la guérah Iskeul, voisine du lac de Bizerte; la sebkha Sedjoum, près de Tunis, qu'on se propose d'assécher; le chott Kelbia, où débouche l'oued Zeroud, appelé plus haut Fekka et qui passe au sud de Kairouan; la sebkha Sidi-el-Hani; enfin les grands chotts Djérid et Rharsa, qui barrent au sud la Tunisie proprement dite.

Le chott Rharsa, qui continue le chott algérien Melrhir, a un niveau inférieur de 21 mètres à celui de la Méditerranée; il reçoit l'oued Tarfaoui, qui passe à Gafsa. Le chott el Djérid ou « des Palmes » est le plus étendu de tous ceux de notre Afrique. Avec le précédent, il fut compris dans le fameux projet de mer saharienne du capitaine Roudaire. On aurait,

dans cette mer, amené l'eau de la Méditerranée par un canal de 20 kilomètres, creusé entre le golfe de Gabès et le chott el-Fedjedj, partie orientale du Djérid. En y comprenant les chotts eux-mêmes, la mer saharienne n'aurait pas eu l'immense étendue qu'on supposait d'abord, lorsqu'on croyait qu'une grande partie du Sahara était inondable; elle aurait à peine atteint 42 à 15 milliers de kilomètres carrés, soit la superficie de deux départements français.

Régions physiques. — On ne distingue en Tunisie que deux régions. Au nord, c'est le Tell, fait de plaines, de plateaux et de monts, jouissant d'un temps pluvieux, surtout en Kroumirie, d'un climat supportable, quoique chaud, et d'un sol généralement fertile, destiné par conséquent à devenir très productif et peuplé , ainsi qu'il l'était sous les Carthaginois et les Romains.

La partie méridionale, beaucoup plus étendue, faite en général de plaines çà et là parsemées de collines dénudées, est bien moins douée sous le rapport du climat et de la fertilité. Elle se divise en Steppe au nord et en Sahara au sud. Le Sahara surtout est caractérisé par un climat torride, une sécheresse et une stérilité extraordinaires; toutefois, la proximité de la mer et un accès facile permettent d'espérer dans l'avenir un progrès relatif.

Les productions naturelles de la Tunisie sont analogues à ce que nous connaissons de l'Algérie. Sans insister donc ici sur ce point, qu'il nous suffise de renvoyer plus loin à l'article Agriculture et Industrie.

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