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III. GEOGRAPHIE POLITIQUE

Ethnographie. — Notre population saharienne, dispersée dans l'immense étendue désertique, se rapporte à trois principaux groupes, d'ailleurs fort peu nombreux : les Touareg, au centre; les Maures, à l'ouest, et les Tibbous, à l'est.

Les Berbères Touareg1, de race blanche, mais bronzés par le soleil, grands et secs, très bien musclés, occupent à eux seuls la moitié de notre Sahara, soit la zone comprise entre le sud de l'Algérie-Tunisie et le nord du Soudan central. A peine 100 000, ils se divisent en quatre confédérations principales, formées d'une foule de tribus. Ce sont les Hoggar, au nordouest, et les Azdjer, au nord-est du massif central du Hoggar, les Aouélimiden, au sud-ouest, et les Air, au sud-est. Les premiers, dits Touareg du Nord, sont compris dans le Sahara algérien ; les seconds, appelés Touareg du Sud, sont englobés dans le territoire du Niger.

Les nobles et les hommes libres, montés sur leurs méharis, hauts et rapides, sont constamment occupés de guerre, de rapines et de pillages ; ils abandonnent la culture et les travaux inférieurs aux serfs et aux esclaves. Chaudement costumés, afin de se préserver des brusques variations de température, les Touareg ont de plus un voile noir, — appelé litham par les Arabes, — qu'ils ramènent sur la bouche et le nez, et qu'ils ne quittent jamais, pas même pour manger.

Les Maures, dans le Sahara occidental, comprennent des tribus mélangées de sang berbère, arabe et nègre, dans des proportions telles, qu'il est souvent très difficile de distinguer à laquelle des deux races, berbère ou arabe, elles appartiennent; toutefois, le fond est vraisemblablement berbère. Ils habitent le territoire civil de la Mauritanie.

Les Tibbous, à l'est, principalement dans le Tibesti, constituent un groupe parfaitement homogène, lequel se rattache très probablement par l'origine aux populations nigritiennes. D'une existence misérable dans un pays de peu de ressources, ils ne seraient que 30 000, répartis dans des vallées ayant chacune ses princes ou « dardai' », ses nobles ou « maïna j> et ses gens du peuple.

Ces peuples sont généralement pasteurs et nomades, pillards, ignorants, demi-barbares. Ils vivent en tribus, habitant sous la tente ou construi-

1 Touareg est le pluriel de Targui ; d'ailleurs, dans l'orthographe des noms de peuples indi- . on se dispense souvent de l'a finale, marque du pluriel.

sant des huttes en terre ou en pierre (gourbis). Partout le gouvernement est despotique ou de forme patriarcale. La langue est généralement une sorte d'idiome berbère ou arabe ; la religion est l'islamisme , qui compte beaucoup d'indifférents et passablement de fanatiques.

Quant au chiffre de la population, il est probablement à peine d'un million d'habitants, en y comprenant le Sahara algérien et tunisien, soit un individu sur quatre ou cinq kilomètres carrés.

La vie nomade. — « La richesse des nomades consiste dans leurs troupeaux ; il faut qu'ils leur trouvent de la nourriture et de l'eau ; de là les migrations régulières du sud au nord et du nord au sud, concordant avec le mouvement des saisons. Aux approches de l'été, les caravanes se mettent en route vers le Tell ; elles y arriveront après la moisson faite ; les bêtes trouveront encore leur pâturage dans les champs dépouillés. A l'automne, quand tombent les premières pluies, on revient sur les Hauts-Plateaux et dans le Sahara. C'est un curieux spectacle que celui d'une tribu en marche : les chameaux s'avancent gravement, en file, portant les provisions, les tentes, les ustensiles de ménage ; puis viennent quelques bœufs ou vaches maigres, les chèvres et la masse serrée des moutons qu'entoure un nuage de poussière; les femmes, leurs enfants sur le dos, cheminent à pied ; seules les grandes dames du désert prennent place dans Yattatouch, le palanquin installé sur le chameau. Les hommes, le fusil au poing, sont en avant pour éclairer la route ou en arrière pour la protéger ; d'autres courent sur les flancs de la longue colonne, surveillant les bêtes, les empêchant de s'égarer ou d'être volées. Le soir, on s'arrête et l'on campe.

« La demeure du nomade, c'est la tente : un grand poteau et deux perches, quelques pieux fichés en terre supportent ou assujettissent la grande pièce d'étoffe formée de felidj cousus ensemble. Le felidj est une longue bande de laine et de poil de chameau, que les femmes tissent dans les journées où l'on n'est pas en marche. La tente, si belle qu'elle soit, est un médiocre abri ; elle défend mal ses habitants contre le soleil , la pluie , la neige , mais elle est portative et légère. Elle leur suffît, et ils l'aiment. Le nomade repose mal sous un toit ; il a horreur de nos maisons de pierre. Un jour, un général en tournée dans le sud engagea quelques chefs à se construire des maisons : ils obéirent à un conseil qu'ils considéraient comme un ordre; quand le général passa de nouveau, les maisons étaient bâties, mais leurs propriétaires campaient à côté.

« L'ameublement d'une tente est d'une simplicité rudimentaire : deux pierres pour former le foyer, des tellis où sont les provisions, des peaux de boucs goudronnées pour l'eau, une marmite en terre, quelques plats en bois ou en alfa, des nattes grossières, et chez les riches un tapis. On a vu des caïds s'offrir le luxe d'une table avec des couverts, mais chez les nomades on peut compter ces sybarites. La nourriture habituelle est le couscous, sorte de gruau que les femmes fabriquent elles-mêmes avec de

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la farine d'orge ou de froment. Cuit dans un vase en terre percé de trous, au-dessus d'une sorte de pot-au-feu, il est ensuite assaisonné d'une sauce très pimentée et servi dans un grand plat où chacun puise avec sa cuiller. Des galettes légères, assez semblables à nos crêpes, tiennent lieu de pain. Le lait, le miel et les dattes figurent pour une grande part dans l'alimentation. Rarement on mange de la viande; il faut pour cela une grande occasion, une fête religieuse, une cérémonie familiale, une diffa offerte à des étrangers. Alors on égorge un mouton, on le dépouille, on le traverse d'une sorte de broche, et on le fait tourner doucement devant un feu de broussailles en l'arrosant de beurre fondu : c'est le mets le plus succulent de la cuisine indigène.

« Les nomades cultivent peu, l'élevage est leur grande affaire ; le mouton leur donne de la viande ; la chèvre, la vache, la chamelle leur fournissent du lait. Avec la laine ou le poil de ces animaux, ils ont la matière première de leurs vêtements et de leurs tentes. Le commerce leur est aussi de quelque secours ; ils échangent des dattes récoltées dans les oasis du sud contre les céréales du Tell ; ils vendent pour l'exportation une partie de leurs troupeaux : ils n'achètent guère que des grains, quelques armes et des bijoux pour leurs femmes. En somme, ils ont peu de besoins et savent presque toujours y suffire eux-mêmes. » (M. Wahl, l'Algérie.)

Divisions et villes. — Le Sahara peut se diviser en autant de parties qu'il y a de puissances limitrophes agissant sur son territoire, soit par leur administration plus ou moins directe, soit seulement par influence politique.

C'est ainsi que l'on distingue :

4° A l'ouest, le Sahara espagnol, ou Rio de Oro, sur l'Atlantique, entre les caps Blanco et Bojador ;

2° Le Sahara marocain, s'étendant nominalement jusqu'au fleuve Draha ;

3° A l'est, le Sahara turc ou tripolitain, c'est-à-dire la Tripolitaine presque entière, avec les villes de Ghadamès, Ghât, Mourzouk et Tammo, dans lesquelles les Turcs tiennent garnison ;

4° Le Sahara égyptien, ou le désert de Libye, dont la séparation avec le précédent n'est pas bien déterminée, même au nord, dans le Barka, et qui physiquement s'avance vers l'est en Nubie, jusqu'au delà du Nil, et atteint les bords de la mer Rouge;

5° Au centre, le Sahara algérien, ou les Territoires du Sud, et le Sahara tunisien, au sud du port de Gabès. Ces deux parties se confondent aujourd'hui avec le Sahara français, qui comprend aussi à l'ouest le Territoire civil de la Mauritanie, au sud une partie du Territoire militaire du Niger. (Pour les localités se rapporter à chacune de ces divisions.)

Limites du Sahara français. — En tirant sur la carte d'Afrique

une ligne droite de Figuig sur Saint-Louis du Sénégal, une autre de Gabès sur le Darfour, une troisième du Darfour à l'embouchure du Sénégal, enfin une quatrième de Figuig à Gabès, au sud de l'Algérie-Tunisie, on obtient un vaste trapèze, dont le petit côté, au nord, mesure 1100 kilomètres de longueur, le grand côté, au sud, 4500 kilomètres, et les deux autres, à l'ouest et à l'est, 2 500 kilomètres en moyenne.

La superficie de cet immense trapèze est d'environ 6 000000 de kilomètres carrés, soit onze fois la surface de la France : tel est le vaste territoire franco -saharien, qui au sud se joint au vaste territoire francosoudanien et congolais, pour constituer Pune des plus immenses possessions qui existent.

Industrie. — Les habitants du désert ont une industrie plus variée qu'on pourrait le penser, et qui satisfait aux besoins de la vie domestique et nomade. Il y a parmi eux des tisserands, des tanneurs, des forgerons, des armuriers, des orfèvres, etc. Des indigènes recueillent le sel pour le commerce, surtout dans les sebkhas desséchées du Bilma et d'Amadghor, vers l'est; d'Idjil et de Taodéni, vers l'ouest, ce dernier point ayant aussi des mines de sel gemme ; enfin dans les lagunes littorales de l'Atlantique. Dans les oasis se cultivent les palmiers -dattiers principalement et, à leur ombre, plusieurs étages de végétation : d'abord les arbres fruitiers : oliviers, figuiers, citronniers, orangers, grenadiers, abricotiers, pêchers, pommiers, pruniers, vigne; puis, au ras du sol, des céréales : blé dur, orge, mil, sorgho, et des légumes : haricots, pois, melons, pastèques, navets, etc. ; enfin le tabac, le henné, le coton et le chanvre, le trèfle et la luzerne.

Les troupeaux de moutons et de chèvres, les chevaux et surtout les chameaux, ces animaux sahariens par excellence, constituent la principale richesse du désert. Ils sont conduits alternativement, au temps des pluies, en hiver, dans les steppes et les parties les plus chaudes, et en été, la saison sèche, sur les plateaux, où la chaleur est moins accablante : d'où la nécessité de la vie nomade et ses conséquences.

Commerce. — Le nomade troque ses troupeaux contre le grain et les dattes du sédentaire de l'oasis. Quant au commerce extérieur, il consiste dans Y exportation vers l'Europe des gommes, plumes d'autruche, ivoire, laines, peaux, cire, dattes, poudre d'or, etc., provenant du Sahara ou du Soudan; — dans V importation des marchandises européennes, surtout anglaises : cotonnades, calicots, verroterie, quincaillerie, armes et munitions, couteaux, fil, papier, blé et farines, sucre, café, liqueurs, etc., et leur réexportation vers le Soudan, qui reçoit en outre beaucoup de sel saharien; en retour, celui-ci fournissait jadis notamment des esclaves nègres, qui restaient dans le désert ou étaient vendus pour les pays musulmans.

Les transports dans le Sahara se font par de nombreuses caravanes de chameaux, qui suivent des directions régulières plus ou moins tracées

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par les ravins ou les ouadis et les puits, et se rendent d'une bourgade à l'autre.

Les principales routes de caravanes sont : à l'ouest, celles qui se rendent de Tombouctou à Insalah, puis à Figuig et Fez, ou à Tougourt et Tunis.

Tougourt.

Au centre, celles de Sokoto et de Kano à Agadès, Ghât, Ghadamès et Tunis ou Tripoli ;

Celle de Kouka à Mourzouk et Tripoli : c'est la plus suivie ;

Celle du Darfour à Kartoum et Souakin ;

Au nord, la route des pèlerins qui, du Maghreb, se dirigent par Insalah et Ghadamès vers le Caire et la Mecque.

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