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IV. — LA FRANGE DANS LE SAHARA

I. — Expéditions du colonel Flatters. — Le 7 novembre 1879, une décision du ministre des travaux publics chargea le lieutenant-colonel Flatters, ancien commandant du cercle de Laghouat, de diriger une opération ayant pour but « la recherche et l'étude d'un tracé de chemin de fer qui devait partir de notre territoire algérien pour aller aboutir dans le Soudan, entre le Niger et le lac Tchad ».

Il s'agissait donc de traverser le Sahara dans toute sa profondeur , au milieu de peuplades barbares, aguerries, hostiles à tout progrès, dans les régions les plus arides du monde entier.

Sans entrer dans aucun détail au sujet de cette première mission, disons que le personnel et le matériel étant réunis à Biskra, on partit de là le 7 février 4880 pour se diriger vers le sud. Le 25, la mission entrait à Ouargla et, un mois plus tard, à El-Biod, d'où elle gagna, dans le pays des Touareg- Azdjer, le lac Mengough : c'était le 16 avril. Là, l'hostilité des indigènes l'empêcha d'aller plus loin, de sorte que, reprenant à peu prés le même chemin par lequel elle était venue, la pacifique expédition rentrait à Laghouat le 3 juin.

Seconde expédition. — Bientôt après , la commission supérieure des travaux publics chargeait le colonel Flatters de chercher une direction plus centrale, en passant par Amguid et le Hoggar.

En conséquence, une seconde mission quitte Ouargla le 4 décembre 1880. Elle a pour guides cinq Touareg Ifoghas, qui ont apporté au colonel une lettre d'Ikhenoukhen, l'un des plus grands chefs du désert. Du 4 au 16 décembre, elle marche au sud-ouest et suitie cours de l'oued Mya (la rivière aux cent sources), en le remontant. Gomme il n'a pas plu depuis deux ans, la caravane ne trouve d'eau qu'une fois sur deux environ, à l'étape.

Le 19, la mission quitte la vallée de l'oued Mya et suit celle de son principal affluent, l'oued Insokki. Le 25, on campe à l'Hassi-Insokki, et le 1er janvier 1881, à l'Hassi-Messeguem. Ce sont deux puits des plus importants de la route; Gérard Rohlfs est passé au dernier en 1864, en se rendant d'In-Salah à Ghadamès.

Le 7 janvier, la mission reprend la direction du sud pour se rendre à l'oued Igharghar, qu'elle atteint à Amguid le 18. On y trouve pour la première fois de l'eau vive dans un ravin à parois escarpées, qui forme tranchée dans le massif du Tassili. On est alors à 917 kilomètres d'Ouargla.

Le o février, on arrive à la sebkha d' Amadghor ; c'est une cuvette de

1 D'après le capitaine Bbossklakd, les deux Missions Flatters.

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deux à trois kilomètres de largeur, dans laquelle le sel se trouve en bancs épais, blancs et rougeâtres. On remarque les traces d'une caravane qui, quelques jours auparavant, a pris du sel et a fait route ensuite vers e Soudan.

Le 16 février, vers dix heures du matin, les. guides indiquent à M. Flatters un puits qui serait au nord-ouest dans la montagne. Déplus, deux Touareg, nouvellement arrivés, viennent lui dire que leurs compatriotes désirent avoir une entrevue avec lui au puits, et que de là ils reviendront ensemble au camp. Le colonel se laisse persuader et part avec le capitaine

Masson, MM. Béringer, Roche et Guiard. Les quatre-guides touareg et Sghir ben Cheik le précèdent à cinquante pas. Enfin on arrive, à environ 45 kilomètres du camp, au puits de Tadjenout, dans l'ouad Iohadene.

Tout à coup de grands cris se font entendre dans le lit de la rivière, vers le nord : trois ou quatre cents Touareg arrivent au grand trot des mehara. « Sortez des rangs, sortez! crient ces Touareg aux Ghambaa ; nous n'en voulons pas à vous, mais aux chrétiens. » Et, au même moment, MM. Béringer, Roche et Guiard sont massacrés par les guides Touareg. Les quinze ou vingt homme? qui travaillent aux puits prennent

Désert du Sahara. — Camp de Touareg.

la fuite. Abandonnés et trahis, le colonel et le capitaine Masson, un revolver à chaque main, font face à l'ennemi; mais ils succombent bientôt à leur tour, ainsi que le maréchal des logis Dennery , qui était accouru au bruit de la fusillade. Le soir, outre les cinq membres de la mission, il manquait une trentaine d'hommes tués ou disparus.

Après ce désastre, le lieutenant de Dianous prend le commandement de la caravane, composée de cinquante- six hommes, mais n'ayant plus de chameaux, et l'on se dispose à regagner Ouargla, distant de 1400 kilomètres... Le 40 mars, on arrive à Amguid, où les Touareg livrent un combat dans lequel sont tués M. de Dianous et les soldats français Brame et Marjolet, en même temps que disparaît pour toujours l'ingénieur Santin, resté en arrière. La petite colonne réduite, à trente-trois hommes, a pour chef le brave maréchal des logis Pobeguin, le seul Français survivant. Mais bientôt la famine devient telle, que l'on doit manger des insectes, des lézards et de l'herbe. Une sorte d'affolement règne dans le camp, et ces malheureux se battent et se tuent entre eux; les victimes sont ensuite mangées par leurs camarades : triste sort, que subit le brave Pobeguin lui-même, le 31 mars. Enfin, les douze derniers survivants arrivent le

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2 avril à l'Hassi-Messeguem, où les recueille une colonne de secours envoyée par l'autorité militaire d'Ouargla ; le 28, ils rentraient dans cette dernière localité.

Le gouvernement y a fait élever un monument sur lequel sont gravés les noms des membres de la mission.

• Nonobstant son funèbre dénouement, l'expédition n'aura pas été inutile. A mesure qu'il avançait, le colonel Flatters envoyait en France le résultat des travaux accomplis et des observations faites.

Désert du Sahara. — Guerriers touareg.

Traversée du Sahara par Foureau. — M. Foureau, après plusieurs tentatives de pénétration au Sahara sud-algérien , reprit enfin le projet Flatters d'arriver au Soudan à travers le Grand Désert. Il était appuyé par une forte colonne militaire sous les ordres du commandant Lamy : au total 310 hommes et 4 100 chameaux avec deux canons de montagne. La mission parvint à Temassinine le 19 novembre 1898 et y établit un poste, destiné à servir de base au ravitaillement dirigé par le capitaine Pein, chef du poste d'Ouargla, et par le lieutenant de Thézillet. Suivant un itinéraire situé à l'est de celui de Flatters, la mission traversa le Tassili des Azdjer, puis les monts de PAnahef ; là, de Tadent, les commandants Foureau et Lamy , avec une escorte, se rendirent sur le lieu du massacre de l'expédition Flatters, qu'ils trouvèrent être, non le bir el Gharama, mais le puits de Tadjenout, dans Pouad Iohadene. Le 2 février 1899, après une traversée très pénible depuis Tadent, la mission atteignit le bir Assiou (In-Azaoua), point d'eau important où fut construit le fort Flatters. De là, elle parvint dans l'Air, région très montagneuse, où elle entra sans

coup férir dans la capitale, Agadès. A Zinder, elle rejoignit la mission du Sénégal, d'abord dirigée par Voulet et Chanoine; puis, avec celle-ci, elle atteignit le lac Tchad et, le 21 avril 1900, opéra, à Koussouri, dans le Baghirmi, sa jonction avec la mission Gentil, venue du Congo.

Toutes trois ensemble attaquèrent et défirent le fameux Rabah, sultan du Ouadaï, qui fut pris et décapité. Malheureusement, le commandant Lamy périt dans la lutte, ainsi que le capitaine Gointet. Quoi qu'il en soit, la mission Foureau-Lamy avait atteint son but, sans avoir eu à livrer d'autres combats; elle n'avait perdu presque personne, mais, par contre, tous ses chameaux moururent : on les remplaça par des ânes et des bœufs.

D'autres traversées françaises du Sahara sont à signaler. En 1903, le capitaine Laperrine alla du Tidikelt dans l'Adrar, où il rencontra le lieutenant Théveniaut venant, en sens inverse, du Niger central. Le capitaine Villatte, passant à peu près par les mêmes contrées, se rendit à Tombouctou. En 1905, M. Gautier parvint à travers le Sahara, comme en se promenant, duTouatà Gao ou Gogo, bien en aval de Tombouctou; en 1907 , le capitaine Arnaux, parti du sud oranais, à la tête d'une compagnie de méharistes, traversa non moins paisiblement le Sahara occidental, de même que le Soudan, et parvint à la côte du Dahomey.

II. — Le chemin de fer transsaharien. — L'idée de traverser le Sahara par un chemin de fer date d'une trentaine d'années; elle eut pour partisan principal, vers 1878, l'ingénieur Duponchel. Pour satisfaire l'opinion publique, le gouvernement institua une commission et commanda les reconnaissances tentées par le colonel Flatters. Après la catastrophe et pendant dix ans la question n'avança guère; M. G. Rolland, ingénieur de la commission transsaharienne, et le général Philebert, auteur d'un ouvrage intitulé : Conquête pacifique du Sahara, ont repris le problème à son double point de vue économique et militaire.

« Le programme à remplir, a dit M. Rolland, se résume en ces mots: Faire un tout de l'Algérie , du Sénégal et du Congo, par un chemin de fer traversant le Sahara touareg et le Soudan central et occidental. »

Comme base d'opération commerciale, nos quatre provinces de la côte méditerranéenne nous offrent des ressources qu'il serait déplorable de ne pas utiliser pour tirer parti de la force de production du Soudan. Les colons algériens sont aptes à devenir les agents les plus actifs de l'exploitation commerciale du Soudan, et c'est à la mère patrie à leur frayer le chemin.

Mais ces considérations et autres en faveur du Transsaharien sont bien contre-balancées par le fait de la grande pénurie des produits de l'immense Désert qui sépare l'Algérie-Tunisie du Soudan français. D'ailleurs, les

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communications de ce dernier territoire avec la mère- patrie s'opéreront naturellement par le Niger, le Sénégal et surtout les voies ferrées partant de la côte occidentale. Il est donc peu probable que, par raison d'économie, le chemin de fer transsaharien soit jamais entièrement exécuté.

HKmgut t r'H,M|t,

L'Afrique française du Nord et de l'Ouest, avec ses enclaves.

Bien plus urgente est la pose d'une ligne télégraphique transsaharienne, entre In-Salah et Tombouctou (1450 kilomètres); les travaux s'en poursuivent activement. Signalons, toutefois, les trois tracés proposés concernant le Transsaharien; ce sont :

Le tracé occidental, partant de la province d'Oran et passant par l'oued Massaoura et le Touât;

Le tracé central, partant de la province d'Alger et passant par El-Goléa;

Le tracé oriental, partant de la province de Gonstantine et passant par Ouargla, l'Igharghar et Amguid.

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