‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 32 sur 79 · II. GEOGRAPHIE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

II. GEOGRAPHIE PHYSIQUE

Situation. — La colonie du Sénégal, ainsi appelée du fleuve principal qui l'arrose, est située entre la Mauritanie au nord, le Haut-Sénégalet- Niger à l'est, la Guinée française et portugaise au sud, l'Atlantique à l'ouest. Son territoire de 200000 kilomètres carrés englobe la Gambie anglaise.

Le littoral. — Le littoral présente un développement de plus de 700 kilomètres: le cap Vert le divise en deux parties d'égale longueur, mais de caractères bien différents.

De Portendik jusqu'à Saint-Louis, même jusqu'au cap Vert, c'est la côte saharienne, basse, bordée de dunes, d'étangs ou lagunes ; elle est généralement droite, sans échancrure, sans port, sauf le chenal du Sénégal, d'un accès rendu très difficile par une double ligne de brisants et de bancs de sable qui borde tout le littoral, ainsi que par les raz de marée de la saison sèche.

Par environ 15° de latitude, la côte se relève pour former le superbe promontoire basaltique du cap Vert (cabo Verde en portugais), le plus occidental de l'Afrique: il termine une remarquable presqu'île de même nature et de forme triangulaire, qui abrite le port de Dakar, la baie et l'îlot de Gorée.

Au sud du cap Vert, la côte sénégalienne est échancrée par la baie du Saloum et l'estuaire de la Gasamance, tous deux navigables.

Orographie. — La région montagneuse du sud-est dépend du massif du Fonta-Djalon, en Guinée française, d'où descendent notamment le Sénégal, ou mieux le Bafing, branche- mère principale, et la Gambie franco-anglaise.

SENEGAL

Les plaines, plus ou moins fertiles et boisées, dominent sur le littoral et s'étendent sur toute la partie nord-ouest, entre les cours inférieurs de la Gambie et du Sénégal. Au nord de ce dernier fleuve jusqu'au Niger, c'est la plaine subdésertique, marquant la transition entre le Sahara et le Soudan.

Hydrographie. — La colonie est arrosée par deux fleuves, le Sénégal et la Gambie, et deux riviérettes côtières, le Saloum et la Gasamance.

Le Sénégal est formé à Bafoulabé de deux grands affluents: le Bafing ou « rivière Noire » et le Bakoï ou « rivière Blanche ». Le Bafing, qui paraît être la branche principale, descend du Fouta-Djalon, passe près de

Le poste de Médine.

Timbo, et parcourt une vallée bordée d'escarpements à l'ouest, plus plate à l'est. Le Bakoï naît au pays peu élevé de Manding, à quelques lieues seulement de Bammako et du Niger; il coule vers le nord-ouest en recevant plusieurs affluents du Jallonka, du Fouladougou, du pays de Kita, et rejoint le Bafing à Bafoulabé.

En aval de ce confluent, le Sénégal forme dans le Bambouk une série de chutes dont la première est le saut de Guina, et la dernière la chute du Felou, haute de 20 mètres et large de plus de 400. Il ne devient navigable qu'à Médine ou plutôt à Kayes; plus bas, il reçoit à droite la Faiémé, son principal affluent, qui sépare le Bambouk du Bondou et baigne Bakel, où il s'étend en une belle nappe de 600 mètres de largeur; puis, sur la limite du Fouta et du Toro, le fleuve traverse une vaste plaine où il baigne Matam, Saldé et Podor; il s'y divise en de nombreux bras ou marigots, qui enveloppent de longues îles boisées, dont la

principale est l'Ile à Morfil, « l'île de l'ivoire, » où les indigènes chassaient autrefois l'éléphant.

En aval de Podor, après avoir formé de nombreux méandres, le fleuve communique avec deux lacs, le Cayar au nord, et le Guier au sud, qu'il remplit de ses eaux dans la saison des pluies, et qu'il draine, au contraire, au temps de la sécheresse. Dans la plaine marécageuse et boisée du Oualo, il passe à Richardtoll et se divise à nouveau en de nombreux marigots ou bras de deltas, dont les plus septentrionaux, arrêtés aujourd'hui par la barre sablonneuse du littoral, courent vers le sud. Le bras principal, qui baigne l'île de Saint-Louis, atteint une lagune dirigée du nord au sud et s'en échappe à travers la dune par une coupure qui, variant de position, se trouve actuellement à 15 kilomètres au sud de la capitale.

La longueur du Sénégal est évaluée à 1800 kilomètres depuis les sources du Bafîng, et à 1250 kilomètres depuis Bafoulabé. Son altitude est de plus de 1000 mètres à sa source, de 143 mètres au confluent du Bafîng et du Bakoï, à Bafoulabé, et de 50 a Médine.

Le Sénégal est navigable jusqu'à Kayes (1 000 kilomètres) pendant les cinq mois de grandes eaux; puis, suivant que le courant s'est amaigri, les navires s'arrêtent soit à Bakel, soit à dix-huit lieues au-dessus de Podor (825 kilomètres). Il forme ainsi la voie commerciale naturelle entre la côte et le bassin du Niger, malgré la barre sablonneuse de son embouchure, les chutes de sa partie supérieure et son faible tirant d'eau pendant la saison sèche; aussi bien n'est- il praticable en tout temps qu'aux bâtiments calant moins d'un mètre. La marée s'y fait sentir jusqu'à Podor.

Le Salown n'est qu'un ruisseau arrosant un petit royaume; il se jette dans un vaste estuaire navigable et rempli d'îles, pouvant abriter un port.

La Gambie, moins longue que le Sénégal (900 kilomètres), a une embouchure en estuaire plus large (5 à 10 kilomètres) et plus navigable. Elle naît dans le massif du Fouta-Djalon et coule en territoire français, d'abord au nord jusqu'à Badon, puis vers l'ouest. Anglaise depuis Yarbatenda, à 400 kilomètres de la côte, elle traverse une large et fertile vallée en arrosant divers comptoirs et surtout, à son embouchure, Sainte-Mariede-Bathurst, chef-lieu de la colonie de la Gambie.

La Casamance n'a de valeur que par son estuaire, lequel baigne les postes de Sedhiou et Garabane ; son bassin est riche en caoutchouc.

Climat. — Gomme celui des autres régions intertropicales, le climat du Sénégal est caractérisé par deux saisons distinctes, l'une sèche, l'autre pluvieuse. La première, pendant laquelle il ne tombe presque aucune goutte d'eau , dure du commencement de décembre à fin mai ; les nuits sont fraîches, mais dans la journée le thermomètre marque à l'ombre de

SENEGAL

42° à 25° et monte jusqu'à 42° lorsque souffle le vent du désert appelé harmattan, ce qui est fréquent; toutefois la chaleur est moins forte sur la côte, longée par un courant froid marin. Cette saison est la plus favorable. L'autre, qui dure de juin à novembre, est appelée hivernage, bien que l'été y soit compris; du reste, la température générale s'élève encore alors; elle se maintient en effet entre 27° et 37°, malgré les pluies tor-

Baobab au Sénégal.

rentielles qui font déborder rivières et marigots sur le littoral; ces averses sont souvent accompagnées de tornades, sortes de cyclones qui produisent des raz de marée si redoutables. Durant cette saison très pernicieuse, l'air est lourd, humide, et les fièvres paludéennes guettent l'Européen. La fièvre jaune a sévi plusieurs fois dans la contrée.

Aussi le Sénégal est-il une colonie d'exploitation, non de peuplement, où la métropole n'est représentée que par des fonctionnaires, des troupes et un petit nombre de colons ou commerçants qui n'y séjournent généralement que peu d'années. Là l'Européen se borne à diriger le travail des naturels et les échanges de produits. Dans les forces militaires, une large place est faite à l'élément indigène, auquel nos compatriotes fournissent surtout des cadres.

Page 1