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III. — GÉOGRAPHIE POLITIQUE

Population. — Vu l'absence de statistique quelque peu sûre, — les évaluations variant de 5 à 15 millions d'indigènes, — il semble raisonnable d'admettre une densité d'au moins cinq habitants par kilomètre carré, ce qui donne pour le vaste Congo français un total de 11 millions de nègres, subissant déjà plus ou moins notre influence par les relations commerciales et par le régime administratif de nos postes, si rares encore, surtout au centre et à l'est. Trois ou quatre races paraissent se partager la population.

Dans les bassins de l'Ogooué et du Congo, vivent de nombreuses tribus nègres de race bantoue : Pongos, Bakalais, Adoumas, Okandas, les conquérants Pahouins ou Fans et les Ossyébas, qui en sont une branche, au nord de l'Ogooué; Baloumbos, Mayombés, Otandos, Abongos, au sud; Boubanguis et Boudjos, riverains de l'Oubangui; Apfourous et Batékés, de PAlima; Gounguis, Pornos, Mzimous et peuplades naines de la Sanga ; Azandés ou Niams-Niams, du Mbomo.

Ces nègres sont ignorants, superstitieux, fétichistes ou idolâtres; à peine si quelques milliers sont convertis au catholicisme par de rares missionnaires français.

Chaque village ou groupe de villages est gouverné par un chef, soit héréditaire, soit électif; mais le plus souvent c'est le plus riche ou le plus influent qui s'impose et prend le titre de roi. Tel était le soi-disant roi Makoko, chef des nègres Batékés, mort inopinément vers 1907.

Les coutumes barbares, la polygamie, l'esclavage, l'anthropophagie même, existent parmi eux. Le travail est réservé aux femmes, ainsi qu'aux esclaves faits prisonniers à la guerre. Se nourrissant de légumes, de fruits, de volaille , de poisson , vêtus à peine d'un pagne en cotonnade ou de quelque tissu grossier, parfois d'herbes sèches, mal logés dans des cases en bambou, ces pauvres noirs abusent d'une vie rendue trop facile par la fainéantise, qui conduit à tous les vices.

Dans la brousse du Soudan central, les Peuls ou Foulbés, pasteurs musulmans, avaient subjugué les nègres et formé de puissants États : le pillard et esclavagiste Rabah, qui s'en était rendu maître en dernier lieu, fut vaincu et tué en 1900 par les expéditions réunies de Foureau-Lamy, Joalland et Gentil. Les indigènes de cette région sont relativement intelligents et civilisés; qu'ils soient paisibles ou belliqueux, ils s'adonnent à l'élevage, aux cultures ou à diverses industries, telles que le tissage et la poterie.

Enfin, la zone semi-saharienne du nord est parcourue par les nomades Tibbous et Slimans, à la fois pasteurs et guerriers.

Administration. — Depuis 1906, le Congo français forme un vaste gouvernement général, divisé en trois colonies, qui sont, de l'ouest à l'est :

la colonie du Gabon, chef-lieu Libreville; la colonie du Moyen-Congo, chef-lieu Brazzaville ; la colonie de l'Oubanyiii-Chari, chef-lieu Bangui; en outre, le territoire militaire du Tchad, chef-lieu Fort-Lamy, et comprenant le Bnghirmi, le Ouadaï et le Kanem.

Le Moyen -Congo est administré direcicment par le gouverneur général du Congo français, lequel réside à Brazzaville; chacune des deux autres colonies est administrée par un lieutenant-gouverneur, et le territoire militaire par le commandant des troupes de cette région. Ces colonies sont

Les débuts de Libreville, poste du Gabon, en 1842.

divisées en districts, dont les administrateurs ont sous leurs ordres des chefs de postes ou de stations. Au point de vue des missions catholiques, le Congo français est confié aux Pères du Saint-Esprit et forme trois vicariats apostoliques.

Localités. — Libreville, assis sur un plateau au nord de l'estuaire du Gabon, est le chef-lieu de la colonie du Gabon et le siège d'un vicariat apostolique. Avec les faubourgs de Baraka et de Glass, il compte 300 Européens et 3 000 noirs. Les cases de ces derniers occupent une grande étendue. Outre les bâtiments des autorités civiles et religieuses, on y remarque l'église, l'établissement des Sœurs de l'Immaculée-Conception, le tribunal, l'hôpital, la station navale, les ateliers et magasins de la marine, le bureau central des postes et télégraphes, de nombreuses maisons de commerce. La rade, non obstruée par une barre, constitue un bon mouillage, et le port, abrité par une jetée, n'a pas son pareil sur la côte. Libreville doit son importance à sa position de tête de ligne vers le Congo.

Vallée de l'Ogooué. — La station de l'île Nandji ou du cap Lopez est gardée par quarante hommes. On y trouve, avec des maisons d'habitation, des magasins, une poudrière, un observatoire météorologique, un sanatorium, un jardin d'essais, des cases pour les Kroumens, etc. C'est l'entrepôt général de l'Ogooué. — Lamharéné , en aval du confluent du Ngounié, est le poste militaire et le point commercial le plus important du moyen fleuve. Il y a une mission catholique, avec un « village de liberté s pour l'éducation professionnelle d'anciens esclaves. — Ndjolé, près des îles de ce nom, est le chef- lieu du district du Bas-Ogooué. — Booué, au pied d'une haute chute fluviale, a reçu un poste qui protège le transbordement des marchandises contre les entreprises des Ossyébas du voisinage. — Lastourville est le poste d'occupation dans le pays des Adoumas. Son nom lui vient du voyageur français qui y mourut, après l'avoir baptisé Madiville, à cause de ses nombreux palmiers à huile. C'est aussi un centre de construction de pirogues et un point de départ des flottilles. — En amont, Doumé est un groupe de villages d'environ 3 000 âmes, avec une mission des Pères du Saint-Esprit. — Franceville , chef- lieu du district Passa-Alima, est une station fondée en 1880 par de Brazza près du haut Ogooué. Malgré son altitude, ce séjour est assez malsain, à cause des marécages qui l'avoisinent. Il y a un vaste dépôt d'approvisionnements, d'où les marchandises sont transportées à dos d'hommes dans le bassin congolais et vice versa. A côté de la station se trouve le village de liberté de Sainte-Thérèse.

Côte et Kouilou. — Au sud du cap Lopez, Setté-Cama, chef-lieu de district, Nyanga et Mayoumba ont des factoreries françaises ou étrangères, ainsi que Bas -Kouilou, Loango et Pointe-Noire ou Ponta Negra. Ces deux dernières localités étaient anciennement aux Portugais. Loango, la plus importante, est le chef-lieu régional et une station maritime assez active, où l'on débarque pour se rendre à Brazzaville par le Kouilou. Elle est aussi reliée à cette dernière station par un sentier de caravanes et une ligne télégraphique.

Bouenza , sur le Niari ou le haut Kouilou , est une station importante à la jonction du fleuve navigable et de la route de Brazzaville, destinée à être suppléée par un chemin de fer. — Loudima, au confluent de la rivière de ce nom, est une station modèle doublée d'un poste et comprenant des maisons d'habitation, des magasins, des étables, des ateliers divers, des plantations et un jardin d'essais. — Ngotou est un poste installé au lieu dit <r porte de Ngotou », où le fleuve est étranglé entre deux hautes murailles de basalte.

Bassin du Congo. — Brazzaville, sur le grand fleuve qui, sortant du Stanley pool, va commencer aussitôt ses chutes, est le siège du gouvernement général du Congo français et le chef-lieu de la colonie du Moyen- Congo. C'est aussi le centre du commerce entre le bassin congolais, dont

il est la tête de ligne navigable, et la côte par l'Ogooué, le Kouilou et, pour les importations, surtout par le Congo inférieur et le chemin de fer belge des Cataractes, aboutissant en face de Brazzaville. Cette station centrale a été ainsi nommée en l'honneur de Savorgnan de Brazza, qui la fonda en 4880. Magnifiquement située à 40 mètres au-dessus du Stanley pool, le regard y embrasse, dans toute son étendue, ce lac rempli d'îles boisées et bordé de montagnes sur la rive belge. Le pays est fertile, l'air salubre, et la brise constante d'ouest y apporte la fraîcheur relative des plateaux qu'elle a traversés. — Linzolo- Saint -Pierre, sorte de faubourg, est le siège d'un vicariat apostolique. — En amont, vers le confluent du Kassaï, Ngant chou est le port du petit royaume de feu Makoko, dont la capitale est Mbé.

Léketiy sur le haut Alima, est un poste-entrepôt, en relation avec Franceville sur le haut Ogooué. — Carnot, sur la haute Sanga, est le chef-lieu de la région, dont les autres postes sont : Bania, Nota, au confluent du Kadeï, et Ouesso, près du confluent de la Ngoko. Il est question de rattacher ce dernier point à Libreville par une voie ferrée, qui traverserait tout le sud-ouest de notre vaste possession congolaise.

Sémio, Rafaï et Bangasso, sur le Mbomo, sont des résidences sultaniennes, que les Belges avaient d'abord occupées et qu'ils nous ont cédées par la convention franco- congolaise de 1894. Des postes français y sont établis. — En aval, celui des Abiras est au confluent de l'Ouellé, dans un pays plat inondé pendant la saison des pluies. — A Mobaije, le fleuve se resserre et forme des rapides dangereux, où le petit vapeur le Ballay sombra en 1892. — Plus bas, le grand coude de l'Oubangui est marqué, au point de vue de la civilisation, par la mission catholique de la Sainte- Famille, le village de liberté de Saint-Henri et le fort de Possel.

Après ce coude et une série de rapides, vient Bangui, chef-lieu de la colonie de l'Oubangui-Chari ; c'est une des rares stations de vapeurs avec poste sur l'Oubangui inférieur : telle est Liranga, près de l'embouchure de cette puissante rivière dans le Congo.

Chari. et Tchad, — Le fort Crampel, sur le Gribingui, rappelle le massacre, en 1891, d'une expédition française se dirigeant vers le Tchad. — En aval , le fort Archambault s'élève sur le Chari , qui recueille plus bas le Bahr-Sara. — Fort-Lamy, sur le Chari inférieur, en face du confluent du Logone, est la résidence du commandant du territoire militaire du Tchad; son nom lui vient de l'un des chefs de l'expédition transsaharienne, lequel périt dans le combat où le fameux Babah, maître du pays, perdit ses États avec la vie (1900). — Laï, sur le Logone, est une ville de 10000 âmes, où trône le sultan des Gabéris. — Tchechria, sur une dérivation du Chari, a remplacé, comme capitale du Baghirmi, Massénia, incendiée par son propre souverain, obligé de fuir devant Rabah. — Boukkas ou Donass est la résidence du sultan du Dar Bounga, grande contrée du bassin orien-

tal du Ghari, naguère vassale du Ouadaï. — Au nord, Abechr est le cheflieu de ce dernier pays ; fondée il y a soixante ans , c'est une ville de 20 000 âmes ayant une certaine importance comme centre militaire et foyer de mahométisme. Le voyageur allemand Vogel y fut assassiné en 1856. Plus heureux, son compatriote Nachtigal put y séjourner et traverser impunément la contrée en 1873. — Mao, capitale du Kanem, est un village de 4 000 âmes situé entre deux forts, à 60 km delà rive orientale du Tchad. L'explorateur allemand Beurmann fut massacré aux environs en 1862.

Les postes français sont établis aux termes de traités passés par nos agents avec les chefs indigènes. Ceux-ci, d'après les conventions stipulées, conservent l'entière propriété de leurs terres ; ils peuvent les louer ou les vendre , ou percevoir des redevances sous la forme et dans les conditions consacrées par les usages du pays. Mais le territoire reste sous la suzeraineté de la France. La liberté du commerce est reconnue, et les chefs se sont engagés à user de leur autorité pour prohiber, dans les terres soumises à leur juridiction, la traite des esclaves.

Ces stations ne sont pas seulement des camps retranchés qui protègent les grandes voies ; chacune d'elles forme comme un noyau de colonisation et un centre civilisateur. De là partira notre influence, qui s'étendra peu à peu et gagnera jusqu'aux régions les plus reculées de l'intérieur.

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