‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 43 sur 79 · IV. GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

IV. GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

A cause de son climat, le Congo français, pourtant si vaste, ne peut être qu'une colonie d'exploitation. « Jusqu'en 1898, dit M. Fallex , son peu de prospérité contrastait avec l'essor rapide du Congo belge, dont les conditions physiques sont pourtant semblables, et c'étaient des étrangers, des Anglais, des Allemands, des Hollandais et des Belges, qui réalisaient chez nous les profits les plus nets. Cet état de choses commença à se modifier lorsque le gouvernement octroya de grandes concessions territoriales à des sociétés financières ; celles-ci furent d'abord très éprouvées, mais elles triomphèrent de la crise des débuts, et aujourd'hui elles réalisent de très beaux bénéfices. Les étrangers ont été évincés : en sept ans le commerce a triplé, et alors que la part de la France était en 1898 de 25 0/0, elle s'est élevée en 1904 à 53 0/0 pour les importations et à 90 0/0 pour les exportations. Cette situation ne peut que s'améliorer encore, grâce à d'intelligentes initiatives. »

Comme nous l'avons vu précédemment, la mise en valeur de la colonie consiste pour le moment dans l'exploitation des bois d'ébénisterie, tout aussi beaux que ceux de l'Amérique centrale, des arbres et lianes à caoutchouc, des gommiers, des palmiers à huile et autres essences forestières; puis ce sont les plantations de caféiers, cacaoyers, ananas, vanilliers, cannes

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à sucre, riz, cotonniers; par contre, on n'a pas encore attaqué les mines métalliques, d'ailleurs à peine connues.

En 1905, le commerce congolais s'élevait à plus de 24 millions de francs, dont 10 380000 à l'importation et 13 930 000 à l'exportation. Celle-ci consiste surtout en caoutchouc, huiles et noix de palme, ivoire, acajou, ébène, santal ; celle-là en cotonnades peintes ou guinées, boissons, denrées alimentaires, objets en métal, verres et poteries. Ce trafic a lieu par les lignes françaises, anglaises, belges et allemandes, qui relient les ports de Marseille, le Havre, Liverpool, Anvers et Hambourg avec ceux de Libreville, Loango, Banana et Borna.

« Pour assurer au Congo son plein développement économique, une administration sage et juste devra procurer aux Européens une sécurité complète, — celle-ci est encore trop précaire; — elle devra le doter aussi de l'outillage dont on n'a pas su le pourvoir. Il importe d'aménager le réseau navigable, — déjà 45 navires à vapeur, battant pavillon français, circulent sur le Congo, l'Oubangui et autres rivières; — d'aménager encore les routes et les chemins de fer qui font absolument défaut. Actuellement, c'est le chemin de fer belge de Matadi à Léopoldville que la France est

obligée d'emprunter pour l'exploitation de ses concessions et le ravitaillement de ses postes. » (Falleix, la France et ses colonies.)

En revanche , la région du Tchad sera moins facile à exploiter : d'abord parce qu'on ne peut l'atteindre qu'au prix d'un immense détour au sud et au nord des possessions anglaises et allemandes ; ensuite à cause des ravages et de la dépopulation infligés par des conquérants barbares. Toutefois, les salutaires effets déjà produits par la mort de Ilabah et l'occu-

Un roi au Congo.

pation française font espérer les résultats qu'on est en droit d'attendre, là comme ailleurs, des sacrifices accomplis.

Après ces données générales sur le commerce, arrêtons-nous un instant sur un article particulier : il s'agit de l'importation des « vieux habits » au Congo. Il y a là tout à la fois matière commerciale et étude ethnographique intéressante.

Les vieux habits. — « A quatre heures du soir, dit Stanley, nous retournâmes à notre camp, pour conférer avec les chefs de Vivi. Entourés d'environ une quarantaine d'hommes armés, ces chefs me furent amenés par le souriant Massala, qui me les présenta tour à tour par ordre d'importance. D'abord le doyen des seigneurs de Yivi, s'appelant Vivi-Mavoungou, de Banza-Vivi, fils d'un père qui portait exactement le même nom. C'est un petit homme trapu et affligé d'un pied bot. Il nous regarde de travers, d'un air de truculente bravade, qui voudrait être un air aimable et obséquieux. Il porte une livrée bleue de domestique, un bonnet phrygien en tricot multicolore et un caleçon de nuance criarde.

€ Vient ensuite Ngoufou-Mpanda , de Banza-Sombo, vigoureux vieillard à cheveux gris, véritable Oncle Tom, vêtu d'une tunique rouge de soldat anglais, avec un chapeau de feutre brun, un caleçon à carreaux, un collier en poils d'éléphant enfilé de quelques reliques de fétiches, en guise de portebonheur. Des anneaux en fil de laiton ornent les chevilles de ce personnage. Il porte la main à son chapeau, se courbe pour me faire une révérence qui ne manque pas de grâce, et, à l'aide d'une jambe, il se gratte l'autre, comme les matelots.

... « Les hommes d'armes n'avaient pas mauvaise tournure. Les profits du commerce leur avaient fourni les moyens de s'affubler d'habillements convenables, en calicot à dessins ou en calicot écru. Presque tous étaient coiffés d'une casquette de toile rayée, ayant la forme d'un prétentieux bonnet phrygien ; quelques-uns portaient de préférence le feutre anglais ou le chapeau de paille. Comme armes, des fusils à pierre portant la marque <r Tower ».

<r Si peu nombreuse que fût cette assemblée d'aborigènes de Vivi, elle me faisait espérer un brillant avenir pour l'Afrique, en supposant que, par un miracle de bonne fortune, je pusse parvenir à décider les millions de nègres de l'intérieur à se dépouiller de leur accoutrement d'herbes sèches, pour adopter des vêtements d'occasion européens, tels qu'on en porte à White-Chapel, par exemple. Quel débouché il y aurait là pour les vieux habits! Les anciens uniformes des héros militaires de l'Europe, les livrées des laquais de clubs et de la valetaille attachée aux Pharaons modernes, les vieilles robes d'avocats, les habits usés des Rothschild, les sévères redingotes de mes éditeurs eux-mêmes serviraient à parer les chefs du Congo, qui s'y pavaneraient avec joie, les jours où ils auraient à se mettre en grande tenue, pour faire des visites de cérémonie.

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a Depuis, l'expérience a entièrement confirmé mes premières prévisions : j'ai rencontré par milliers de noirs enfants de l'Afrique qui ne croient pas déroger en utilisant les vieux habits des pâles enfants de l'Europe, mais, au contraire, se donnent beaucoup de mal pour réunir de quoi acheter ces vêtements et en devenir les fiers propriétaires. »

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