III. — GÉOGRAPHIE POLITIQUE
Ethnographie. — La population de Madagascar n'atteint pas même trois millions d'habitants, cinq par kilomètre carré. Plus de la moitié sont établis sur le Plateau central, dans l'Imérina et le Betsiléo.
On distingue plusieurs races plus ou moins mêlées, dont le fond est généralement nègre. Citons les principales.
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Les Eovas, de race malaise ou brune, auraient été transportés de la Malaisie à Madagascar par le hasard de la navigation et des courants marins. Intelligents, énergiques, rusés, ces Hovas habitent le plateau de l'intérieur, d'où ils dominaient jadis une grande partie de l'île. De tous les Malgaches, ce sont les mieux doués : ils ont autant d'aptitudes pour le travail de la terre que pour le commerce. On y distingue trois castes : les Andriana, ou nobles, sont les conquérants; les Hovas proprement dits descendent des anciens chefs du pays ; le Peuple est divisé en catégories de professions. Les Betsiléos forment le second rang, du moins pour l'intelligence; ils cultivent les vallées des plateaux, élèvent des bœufs, tissent de jolis « lambas * de soje. Les Sakalaves, à l'ouest, négligent en général toute culture et vivent de fruits, des produits de la chasse, de la pêche et de leurs troupeaux. Ils ont subi l'influence arabe. Jadis surtout ils étaient fort adonnés aux razzias, soit de village à village, soit chez les Hovas, qui usaient de réciprocité. Et pourtant une longue et large zone déserte forme comme un État tampon entre les deux races ennemies. Dans le sud, des tribus de pasteurs pillards parcourent la brousse.
Ces populations sont généralement ignorantes, païennes, superstitieuses, exploitées par des <r sikydis » et des « ombiènes » ou sorciers ; toutefois les missions catholiques comptent 400 000 indigènes convertis, dans des centaines de stations ou villages. Les écoles catholiques, tenues par des Sœurs et des Frères français, renferment environ 250000 élèves. Il existe aussi des missions et des écoles protestantes.
Voici un témoignage non suspect de partialité, rendu au succès des écoles catholiques par le journal le Temps, il y a déjà une vingtaine d'années :
€ Les examens des écoles françaises ont eu lieu le 23 octobre 1888 pour les filles et le lendemain pour les garçons. Pour la première fois, depuis la guerre, cette fête était célébrée avec quelque solennité; elle était présidée par M(Jr Gazet, évêque de Madagascar, assisté de M. Larrouy, résident général intérimaire, de M. Daumas, résident de France, du ministre de l'instruction publique et de quelques agents supérieurs du gouvernement malgache. Les questions ont porté exclusivement sur la langue française, que les enfants des deux sexes étudient maintenant dès leur entrée dans les écoles. Les progrès, satisfaisants chez les jeunes filles, sont remarquables à l'école des Frères des Écoles chrétiennes, où les élèves de deuxième année parlent assez bien le français pour raisonner dans cette langue les problèmes d'arithmétique et de système métrique qu'ils ont eus à résoudre. Pendant la fête, la musique des élèves des Frères, qui est devenue excellente, nous a fait entendre ses meilleurs morceaux. On ne peut donc que féliciter les Sœurs et les Frères du soin qu'ils apportent dans l'éducation des jeunes Malgaches et de la direction des études. Aussi le nombre de leurs élèves augmcnte-t-il de jour en jour; sept des petits-fils
du premier ministre et plusieurs enfants appartenant aux premières familles du pays, qui sont protestantes, suivent les cours des écoles françaises ; cela vous dira en quelle estime sont tenus nos modestes instituteurs. »
Le code civil et criminel malgache est très rigoureux, même barbare; les épreuves judiciaires par l'eau, le feu, le fer, le poison, sont ou plutôt étaient jadis en usage. La justice est rendue dans des assemblées populaires appelées « kabar ».
État social des Malgaches. — « Bien que la fusion entre les diverses races qui peuplent Madagascar soit loin d'être achevée, dit M. Vivien de Saint-Martin, le climat, des rapports continuels, une organisation politique peu différente, surtout l'usage d'une même langue dans tout le pays, ont donné aux habitudes, aux mœurs et aux coutumes de tous les Malgaches un caractère de similitude si prononcé, qu'il est possible de tracer à cet égard un tableau qui leur soit commun.
« Ainsi on peut dire que, sauf quelques exceptions, les. Malgaches, comme tous les peuples dans l'enfance, sont curieux, superficiels, vantards, superstitieux, vindicatifs, sensuels, crédules, prodigues. Leur aversion pour tout exercice , soit corporel , soit intellectuel , est assez prononcée. Ils sont paresseux, et s'ils travaillent, ce n'est que par force; leur jeunesse se passe dans l'oisiveté et les divertissements ; leur vieillesse s'écoule dans l'indolence. Vivant au jour le jour, le présent est tout pour eux. La dissimulation, la fourberie, loin d'être considérées par les Hovas comme des vices, sont les objets de leur naïve admiration. Dans leur opinion, la mauvaise foi et la ruse sont des signes de capacité, d'habileté, de talent. La sensualité est générale à Madagascar. La polygamie est usitée dans toute l'île ; le moindre chef de village possède d'ordinaire plusieurs femmes. Cependant, depuis l'adoption de la religion chrétienne comme religion d'État chez les Hovas, ceux-ci n'en prennent plus qu'une. L'ivrognerie n'a aucune borne chez la plupart des tribus, excepté dans l'Imérina ; et la passion des Malgaches pour les boissons alcooliques dépasse toute idée.
« Mais, à côté de ces défauts, les Malgaches ont des qualités précieuses. Ils sont bons, affectueux, complaisants, hospitaliers. Les liens de la famille et de l'amitié sont très respectés parmi eux ; l'animadversion publique vengerait l'oubli dans lequel un parent ou un ami laisserait son parent ou son ami malheureux, et le faudra, ou serment du sang, est scrupuleusement tenu. L'amour des mères malgaches pour leurs enfants est extraordinaire , et la vénération des Malgaches pour les tombeaux est profonde. A la mort, comme à la naissance, il y a des prières et des sacrifices de bœufs ou de taureaux; ces usages sont cependant tombés en désuétude chez les Hovas. Gomme tous les peuples indolents et sensuels, les Malgaches aiment passionnément la poésie et la musique. Tous les
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voyageurs parlent de leur éloquence. L'art oratoire est très cultivé chez eux, et leur langue s'y prête admirablement.
« Les coutumes superstitieuses sont très nombreuses à Madagascar; mais il est impossible de les connaître toutes, parce que les indigènes se cachent ordinairement des étrangers pour les accomplir. Partout l'on trouve des individus qui, outre le métier de médecin, exercent aussi celui de devin. Ces prétendus sorciers ont la plus grande influence sur l'esprit des indigènes, et il n'est guère d'affaires qu'on entreprenne sans les consulter.
Indigène de la côte de Madagascar vendant du charbon.
Les Malgaches font aussi un grand usage d'amulettes ou talismans; ils leur attribuent toutes sortes de vertus, même celle de faire connaître ce qui doit arriver.
« Le costume national des Malgaches se compose de deux pièces d'étoffe blanche, dont l'une, le sadika, entoure les reins, revient entre les jambes et fait l'office d'un caleçon, et dont l'autre, le simbo, drape largement le corps, les épaules et les bras. Dans les jours de fête, le simbo est remplacé par le lamba, qui est plus riche et plus beau. La tête, les jambes et les pieds sont ordinairement nus. Les Malgaches des castes guerrières de l'intérieur ont le corps couvert de cicatrices artificielles qui représentent diverses figures. Elles sont le résultat de tatouages qu'on leur fait dans leur enfance. Jadis, dans l'entourage de la reine, à la cour, les nobles et les officiers avaient adopté le costume européen.
« Le riz, dans l'est et dans le centre; le maïs ou le manioc, dans l'ouest, forment la base de la nourriture chez les Malgaches. Ils y joignent des légumes, des fruits, de la volaille, et parfois de la viande de bœuf.
« Les habitations sont, en général, des cases hautes d'environ deux mètres, espèces de chaumières composées d'une carcasse en charpente, couverte soit de feuilles de ravinala sur la côte est, soit en joncs ou en pisé dans l'intérieur, soit en roseaux dans l'ouest. Une natte étendue sur le sol, une tente ou panier carré pour serrer leurs objets les plus précieux, une calebasse et une marmite, voilà à peu près tout le mobilier. La case du chef, excepté chez les Hovas, est absolument semblable à celle des autres habitants, et ne s'en distingue que par une perche à l'extrémité de laquelle est attaché un lambeau d'étoffe comme signe d'autorité. » (Vivien de Saint-Martin, Dictionnaire géographique.)
Superstitions des Malgaches1. — I. Métamorphoses. — « Ayant lu dans une revue que, d'après certains écrivains, Madagascar posséderait encore le « singe prototype de l'homme j>, j'ai pensé qu'on pourrait bien y trouver aussi la légende du « merveilleux changement ». J'ai donc consulté les archives locales, et voici ce que j'ai découvert; je livre ce travail sans prétention et le recommande aux philosophes modernes.
« C'est à tort que certains savants (darwinistes) s'attribuent celle du « singe devenu homme ». Bien avant la mise au jour de leurs fausses déductions, il y avait à Madagascar des castes et des familles revendiquant l'honneur de descendre de ces colons velus de la forêt, et, plus logiques que nos docteurs, ces gens tiraient des conséquences pratiques de leur opinion , en honorant leurs prétendus ancêtres durant leur vie et en les ensevelissant après leur trépas.
« La légende rapporte qu'un condamné à mort fuyait à travers champs devant son exécuteur armé d'un long coutelas. D'aventure il parvient dans la forêt et se jette au milieu des broussailles au pied d'un arbre. Le bourreau arrive aussi et cherche. Il regarde et scrute chaque fourré ; mais, à sa grande surprise, il ne voit qu'un singe grimaçant sur la branche, au lieu d'un homme qu'il s'attendait à trouver au pied de l'arbre, blotti et glacé de peur. C'est fort étrange, se dit-il, je poursuis un homme, et le voilà qui devient singe en un clin d'œil! Il devait assurément être innocent. Là-dessus il se retire, et l'homme-singe s'enfonce dans la forêt; il s'y allie avec ceux de son espèce et s'y crée une famille. . « Or, — on ne sait par quel procédé la chose s'opéra, — mais la légende ajoute qu'au bout d'un court espace de temps les petits -fils naquirent hommes, des pieds jusqu'à la tête. A l'inverse de leur grand-père, ils montèrent au lieu de descendre, et eurent le bon sens de regagner le côté le plus noble. Leurs fils, dont on trouve les familles sur la lisière de la forêt,
1 D'après le R. P. Akinal, missionnaire catholique. Cette étude ethnographique et psychologique, du plus haut intérêt, nous paraît mériter sa place ici. Nous la citons en l'abrégeant.
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au versant oriental de File, respectent le babakoto, qui est sacré pour eux... « Plusieurs tribus, sur tous les points de l'île, se donnent une généalogie plus forte, mais moins agile : leur première source serait le caïman. A les en croire, un beau jour les caïmans et les hommes furent fort étonnés, les premiers en se voyant devenir hommes, et ceux-ci de ne plus voir de caïmans. Malheureusement la métamorphose fut partielle, et beaucoup de sujets conservèrent les goûts et les appétits des caïmans. La descendance bipède, furieuse de passer ainsi sous la dent de frères impla-
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cables, menaça d'user de représailles. On discuta de part et d'autre, et à la fin on pactisa.
« 11 n'est peut-être pas, dans toute l'île, une classe d'animaux ou d'oiseaux qui n'ait eu sa métamorphose en homme. Toutes ces castes se targuent de leur origine , et chacune respecte l'opinion de l'autre. Ces gens ont plus de foi dans ces fables qu'à la lumière du soleil, tant il est vrai que le diable ravale et fait perdre de vue l'origine divine, afin de couper le chemin du retour à Dieu... »
II. Métempsycose. — « La foi en la métempsycose, comme croyance subjective, est universelle à Madagascar. Tous,, à quelques exceptions près, admettent que l'âme de certains individus, de quelques peuplades mêmes, émigré à la mort pour aller résider dans le corps des bêtes. Cependant l'âme du Betsiléo mourant n'entre point indistinctement dans un corps
quelconque , car le premier venu n'est pas toujours digne de loger un tel hôte. Chacun sait d'avance chez qui il ira, attendu que son animal-domicile lui est marqué par son sang ou son origine. Aux nobles, le boa; aux roturiers, le caïman ou le crocodile; à la lie populaire, le toua, anguille assez semblable au thon de mer. Le menu fretin du peuple, dont l'âme passe chez les anguilles, use du procédé suivant pour faciliter et hâter la transmigration. Après le dernier soupir, on ouvre le cadavre, on en retire toutes les parties internes, on les jette dans le lac sacré; l'anguille qui en goûte devient le domicile de l'âme avalée avec la première bouchée. Le Betsiléo ne mange point de cette anguille.
<r Quand un noble passe de vie à trépas, sa demeure est mise en état de siège et interdite à tout mortel, excepté à la famille, aux esclaves et aux amis, afin de le laisser tranquille opérer le travail de sa permutation. Son corps, enveloppé de tissus de soie, est sanglé verticalement le long du pilier central de sa case. Sous ses pieds repose une gamelle d'argent, à son défaut, un vase de porcelaine, afin de recevoir la matière liquide, résultat de la décomposition, à travers les étoffes. Au bout d'un certain temps, le liquide du bassin fourmille d'insectes ou vers grouillants et grossissant dans cette matière putride, qui devient boueuse. Ce n'est point là le résultat attendu; on veille donc encore, et on s'enivre pour tuer le temps. Enfin paraît une grosse larve à tête noire qui dévore tous ses compagnons, vers et insectes. C'est lui, le noble, qui a terminé son travail. Le voilà en germe de vipère; bientôt, du train où il va, il sera couleuvre et enfin boa.
« Le boa est sacré dans ces pays ; tout Betsiléo lui fait la révérence, genou en terre, le front courbé entre ses mains, comme à son seigneur vivant. Jamais une main téméraire ne lui ravit la vie : on croit que celui qui en aurait la criminelle audace mourrait sur le coup, victime de sa barbare témérité. Pour ma part, j'en ai occis deux, et, chose plus merveilleuse encore, je ne m'en porte pas plus mal. Mon premier exploit faillit bouleverser la province. Mes amis, après m'avoir en vain supplié de ne point me suicider de propos délibéré, prirent le large au moment du coup, afin qu'on vît bien que j'allais mourir victime uniquement de mon opiniâtreté. Dire tout ce que j'entendis de malédictions tomber sur moi, pendant que j'enlevais la peau de mon boa, est impossible : deux mille bouches étaient occupées à les faire pleuvoir. Le soir, on savait à dix lieues à la ronde que j'étais mort sur le carreau, et, huit jours après, la nouvelle de ma fin tragique, portée par la renommée, arrivait à la capitale; on la publiait à la cour, c'est-à-dire à cent lieues du théâtre de l'événement. Je paraissais au bazar, et les yeux de dix mille personnes s'obstinaient à ne voir que mon ombre !
« Qu'on ne m'attribue ni l'invention ni même la broderie, car j'ai été témoin et acteur; j'ai tout cliché sur place et fidèlement reproduit sur
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l'original; je ne donne que la copie exacte, dans le but de glaner quelques prières à l'intention de ces pauvres aveugles et des missionnaires qui les instruisent, d (R. P. Abinal. Extrait des Missions catholiques, 1880.)
Administrations. — Madagascar est administrée par un gouverneur général civil et divisée en provinces civiles et en cercles militaires. Ces divisions territoriales, à la tête desquelles sont aussi des Français, correspondent aux différentes peuplades ou régions ethnographiques. Parmi ces régions, signalons, au centre : Ylmérina ou Émyrne, habité par les Hovas : c'est la province la plus importante de l'île; le Betsiléo, qui vient au second rang; le Vurimu, le Maschikora; — à la pointe septentrionale, Y Ankara, ou pays des Antankares; — sur la côte orientale, YAntavaratsi, le Betsimisaraka, le Betanimena, YAntatsimu, Y Antaimuri, YAntarai, YAnossi, pays des Antonosses; — sur la côte occidentale, le Bouéni, YAmbongou, le Ménabé, trois provinces de Sakalaves; au sud, le Fereniani, le Mahafali et YAndrui, qui sont des régions désertes et sauvages.
Quant aux autres branches administratives, telles que la justice, l'instruction publique, les finances et autres, elles ont reçu une organisation modelée autant que possible sur celle de la métropole, et fonctionnent aussi dans les différentes régions.
Pour l'administration des missions catholiques, l'île est partagée en trois vicariats apostoliques : 1° Madagascar-Nord, ayant pour chef-lieu Majunga et confié aux Pères du Saint-Esprit; — ^Madagascar-Centre, ou plateau de Tananarive, le plus important, administré par les Pères Jésuites ; — 3° Madagascar-Sud, confié aux Pères Lazaristes, avec Fort- Dauphin pour résidence principale.
Villes. — Tananarive, ou mieux Antanarivo, située à 1 400 mètres d'altitude sur le plateau de l'Emyrne, près de l'Ikopa naissant, est la capitale de l'île peuplée de 65000 âmes, dont plusieurs milliers de Français et autres Européens. Elle est bâtie sur la pente et au sommet d'une colline de granit, d'où l'on jouit d'un immense et magnifique panorama, bien que le pays soit déboisé. De loin, elle a un aspect grandiose et original; on ne voit d'abord que le grand palais de couleur grise qui domine tout; peu à peu les autres palais de la cime se dégagent, ainsi que les clochers de la cathédrale catholique et des temples méthodistes. Sur les flancs sont des aspérités et des anfractuosités irrégulières, avec des cases de toutes formes entassées les unes sur les autres.
Depuis l'occupation française, des travaux de voirie très importants ont été faits, notamment les trois grandes artères bâties à l'européenne qui aboutissent à la place Jean-Laborde, située dans le haut de la cité. Aux abords de cette place s'élèvent la plupart des édifices publics. Outre les églises, avec la résidence du vicaire apostolique de Madagascar-Centre, notons la mairie, le quartier général et l'état-major, l'hôtel des postes et télégraphes, le comptoir national, le cercle français; l'ancien palais du
premier ministre est transformé en caserne; le palais royal est occupé par
une école normale et
par le musée commercial ; un autre palais renferme le musée historique ; enfin, dans le même quartier, s'élèvent les tombeaux des rois hovas, dont les corps se trouvaient autrefois dans la ville sainte d'Ambohimanga , et une école professionnelle avec ateliers de tannerie , poterie , horlogerie, ébénisterie , menuiserie et autres. Le palais du gouverneur général est vers le bas de la colline, non loin du quartier commerçant qui renferme les magasins européens. La gare s'élève près de là, aux environs de la place Richelieu.
Tananarive possède de nombreuses écoles et plusieurs imprimeries, dont une aux Pères Jésuites, qui dirigent aussi l'observatoire, situé à l'est de la ville. Au nord de celle-ci se trouvent l'hôpital et un jardin d'essais des cultures tropicales.
Signalons encore la route circulaire de 17 kilomètres qui entoure la colline déjà capitale, ainsi c^ue les digues et les canaux destinés au dessèchement et surtout à
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la culture en rizières des grands marais voisins. Pas n'est besoin de dire que l'assainissement, l'embellissement et la prospérité de Tananarive s'accroissent sans cesse, en attendant que le chemin de fer y contribue à son tour.
Au sud de Tananarive, Fianarantsoa, avec 6000 habitants, est la capitale des Betsiléos et la seconde agglomération de l'intérieur de l'île. Bâtie à 1150 mètres d'altitude, elle possède une forte garnison, une importante mission des Jésuites, avec une grande église, une communauté des Frères des Écoles chrétiennes, et aussi plusieurs missions protestantes avec école normale. Les rizières de Fianarantsoa rivalisent avec celles de Tananarive, et ces deux villes sont reliées par une route d'environ 300 kilomètres.
Sur la côte orientale, se trouvent du nord au sud : Vohémar, chef-lieu d'une province et port assez actif qui expédie aux Mascareignes les beaux bœufs des Antankares; — Fénérife, assez bon mouillage, dont les environs produisent le meilleur riz de la côte; — Foulepointe, bourg de 1 500 habitants, maritime et commerçant, qui fut l'un de nos premiers établissements dans l'île.
Tamatave est la troisième ville malgache par sa population de 12 000 âmes, dont 1500 Européens, la plupart Français. C'est le port actuellement de beaucoup le plus important, grâce aux ouvrages qui abritent les navires contre les raz de marée et permettent en tout temps, malgré la houle, leurs chargements et déchargements bord à quai. Le chemin de fer en construction vers Tananarive achèvera de donner à Tamatave son développement commercial, d'autant plus que l'état sanitaire de la ville s'est amélioré par le comblement des marais voisins. Du reste, la cité elle-même se reconstruit à l'européenne près de son ancien emplacement. Ses fortifications, dont nos soldats s'emparèrent par surprise en 1895, ont été aussi démolies à cette fin. En un mot, Tamatave est en complète transformation. En relation avec Maurice, Bourbon et l'Europe, il sert d'entrepôt pour les maisons de commerce françaises et étrangères de la côte et du plateau central. Des consuls européens et américains y résident.
De Tamatave à la baie Sainte-Lucie, au sud-sud-est de l'île, on ne trouve plus de rade sûre ni de bon mouillage.
Andevoranto (3000 habitants), ancienne capitale betsimisaraka, est néanmoins un poste assez commerçant, à cause de sa situation à la tête de la route la plus courte entre la côte et Tananarive. De plus, le canal navigable des Palanganes, utilisant des lagunes, la relie à Tamatave. — Vatomandry, formé d'une avenue de 1500 mètres, a vu son trafic progresser beaucoup par l'adjonction des comptoirs de Mahanoro. — La baie Sainte-Luce, ou Sainte-Lucie, reçut en 1644 notre premier établissement à Madagascar, lequel fut ensuite transféré non loin au lieu appelé depuis Fort-Dauphin. Située dans une bonne et saine position, cette place fut de 1648 à 1672 le chef-lieu de notre « France orientale d; elle tomba
au pouvoir des Anglais, pendant la Révolution, puis des Hovas soutenus par eux en 1825. Résidence d'un administrateur français et du vicaire apostolique de Madagascar-Sud, elle est aussi le débouché d'une contrée riche en caoutchouc.
En remontant la côte occidentale, peuplée de Sakalaves, mais peu hospitalière, on y rencontre, sur la baie de Saint-Augustin, le port de Tidéar, protégé du large par un récif de 22 kilomètres et qui, tourné vers l'Afrique australe anglaise, y expédie les produits du sud-ouest : bœufs, caoutchouc, pois, tortues. — Majunga, le port du nord-ouest, appelé à un avenir prospère, s'élève "sur l'une des plus belles rades de l'île, où débouche la Betsiboka, qui recueille la rivière de Tananarive. Aussi a-t-il été choisi en
1895 comme base d'opération de l'armée française vers la capitale hova. Cette ville de 6000 habitants est toute différente des autres villes malgaches, tant par son aspect indo-arabe que par sa population composée surtout d'Européens, d'Arabes, d'Hindous et de Gomoriens. Elle est le siège du vicariat apostolique de Madagascar-Nord. — Plus au nord, la baie de Passandava, fermée par l'île Nossi-Bé, est d'une grande importance par ses mines de charbon.
Diégo-Suarez. — Enfin, tout au nord de l'île, la magnifique baie de Diégo-Suarez, dont le site est comparable à la célèbre baie de Rio-de- Janeiro, et que déjà en 1826 l'Anglais Owen surnommait « la citadelle de l'océan Indien », est devenue, entre les mains de la France, une station navale de premier ordre. Subdivisée en plusieurs baies et criques, avec mouillages profonds; entourée de presqu'îles rocheuses fortifiées et de forêts exploitables pour les constructions navales; dotée de bassins de
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radoub et de cales de carénage, capable enfin de contenir les plus grandes flottes de guerre et de commerce, Diégo-Suarez, ou plutôt la ville nouvelle d'Antsirane, sur la côte sud de la baie, est notre « Aden » de la mer des Indes, admirablement située pour commander les routes de l'Europe et de l'Afrique vers l'Asie et l'Océanie. Aussi la dite Antsirane possède déjà, avec une garnison de 1 200 hommes, une population civile de 15000 habitants, la plupart Malgaches, Gomoriens et Mauriciens. Son commerce est non moins prospère.
Géographie économique. — Par la diversité de son relief et de son climat, Madagascar est à la fois une colonie de peuplement, d'exploitation et de commerce.
Le grand plateau de l'intérieur, qui occupe les deux tiers de l'île, semble voué à la stérilité par son manteau de latérite. Toutefois les Hovas et les Betsiléos y cultivent habilement de grandes rizières, soit dans les fonds d'alluvions, anciennes plaines marécageuses, drainées et endiguées, soit sur les pentes volcaniques, où les rizières sont disposées en terrasses, qui reçoivent successivement l'eau amenée parfois de très loin en canaux. Le service d'agriculture s'efforce d'y acclimater le mûrier et le caféier.
La région orientale a des forêts, où l'on commence à exploiter les bois d'ébénisterie, grâce au percement des routes. Les planteurs y ont développé la canne à sucre, le cacaoyer, les lianes à caoutchouc, le cocotier, le vanillier, le giroflier. Le maïs, le manioc, le tabac, les arbres fruitiers des contrées tropicales, tempérées et chaudes: bananiers, manguiers, ananas, orangers, citronniers, grenadiers, etc., ainsi que les légumes d'Europe croissent partout. Il en est de même du cotonnier, jusqu'ici très négligé.
La région du sud se prête surtout à l'élevage du bétail : moutons, porcs, chèvres, bœufs à bosse surtout, qui se multiplient. La sériciculture est aussi très prospère à Madagascar; le ver à soie appelé landibé donne un produit très solide et imperméable. Par contre, la production chevaline semble ne pouvoir réussir, faute de bons pâturages.
Au point de vue des exploitations minières, les colons se portent vers Y or plutôt que vers le fer, le cuivre, le plomb, l'étain, qui cependant abondent. L'or est depuis longtemps extrait des alluvions des rivières; de nos jours, on exploite aussi les quartz aurifères. En 4905, la production a été de sept millions de francs; Diégo-Suarez a d'importantes salines. Les industries européennes : distillerie, tuilerie, fabrique de conserves, décorticage du riz, etc., sont encore à l'état embryonnaire. Il en est autrement des industries indigènes : guidées et encouragées par de nombreuses écoles professionnelles, les produits en sont très beaux, dénotant une grande habileté de main et un certain goût : tresses et nattes, chapeaux de panama en paille de riz très fine, petits bibelots en bois, tissus en fil de raphia, dentelles, broderies sur soie, etc.
Pour le développement commercial, le besoin le plus urgent de la colonie est la création des moyens de transport, réduits jusqu'à présent à une certaine navigation et surtout au portage à dos d'hommes, vu que l'indigène est un excellent et vigoureux porteur. Non seulement des routes carrossables se construisent de tous côtés, mais un chemin de fer fera bientôt communiquer Tamatave, le port de l'est, avec Tananarive, en attendant qu'il se continue à travers l'île centrale jusqu'à Majunga, le port du nord-ouest. Ces villes sont reliées télégraphiquement entre elles et, par câbles, d'une part avec Saint-Denis de la Réunion, de l'autre avec Mozambique et le réseau sous-marin international. Enfin les ports sont approfondis, pourvus d'appontements et de phares.
Aussi, malgré un arrêt passager, le commerce est-il en progrès; en 4908 sa valeur a été de 53 millions de francs, dont 30 à l'importation et 23 à l'exportation. Il se fait surtout avec la France, grâce, il est vrai, à un tarif protecteur qui frappe de droits considérables les produits étrangers; puis avec l'Angleterre et l'Allemagne. Les articles exportés sont : les bœufs pour Maurice, Bourbon, le Mozambique et la Sud -Afrique; les peaux et cuirs, le raphia, Yor, le caoutchouc, la cire, la vanille et le girofle, les bois d'ébénisterie, les légumes secs. Les importations comprennent : les cotonnades, les boissons, les ouvrages en métaux, les machines, les denrées alimentaires, les articles de verrerie et de faïence.
Le port principal est Tamatave, qui a des correspondances régulières avec les terres voisines et avec l'Europe; viennent ensuite les ports de Diégo-Suarez et de Majunga.
Tamatave est à un mois de Marseille par les Messageries maritimes, qui font aussi le service de la Réunion et de nos possessions voisines de Madagascar : Sainte-Marie, Nossi-Bé, les Comores, etc.
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