‹ La France coloniale illustrâeeChapitre 50 sur 79 · IL — GÉOGRAPHIE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

IL — GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

L'île Madagascar, vestige d'un continent effondré, s'étend entre 12° et 25° 30' de latitude sud, 41<>20' et 48° de longitude E., dans l'océan Indien, au sud-est de l'Afrique, dont la sépare le canal de Mozambique, large de 400 kilomètres.

Sa forme ovale, qui rappelle assez bien celle de la Corse, est allongée du sud-ouest au nord-est; elle présente 1585 kilomètres dans son grand axe et une moyenne de 450 kilomètres dans son petit axe. Sa superficie, évaluée à 592000 kilomètres carrés, dépasse celle de la France; c'est la plus grande île du Globe, après le Groenland, la Nouvelle-Guinée et Bornéo.

Gomme l'Afrique, Madagascar a des formes massives : la côte orientale est rectiligne et basse; en arrière de cordons sablonneux, s'y étale une longue série de lagunes; elle n'offre que quelques ports médiocres : Fort- Dauphin possède la meilleure rade; Tamatave est exposé aux vents; la baie à'Antongil est remplie de coraux. La côte nord et nord-ouest, élevée et calcaire, présente au contraire de nombreuses échancrures bien abritées, libres et profondes; telles sont notamment la baie de Diégo-Suarez, hors pair, celles de Passandava et de Bombetok ou Majunga. La côte d'ouest présente de grands espaces de sables et de vases d'un abord difficile. Enfin la côte sud-ouest, faite de falaises calcaires, mais bordée de récifs, n'a qu'un port, Tuléar, sur la baie de Saint-Augustin.

Notons les remarquables caps : d'Ambre, au nord; Saint- André, à l'ouest; Sainte-Marie, au sud; Ngoncy ou cap Est. Les principales îles côtières sont l'île Sainte-Marie, au nord-est, et Nossi-Bé, au nord-ouest.

Le relief du sol présente une série de chaînes de montagnes plus ou moins parallèles et allongées dans le sens de l'île; mais son caractère principal est l'immense Plateau central, de 800 à 1 400 mètres d'altitude €t d'aspect fort tourmenté, qui occupe les deux tiers de la contrée. Le puissant massif à'Ankaratra, au centre, est surmonté de sommets de plus de 2000 mètres; le plus haut mesure 2 660 mètres : c'est le mont Tsiafaja-

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vona, au sud de Tananarive. On accordait autrefois plus d'élévation aux monts Amboitismènes, nom sous lequel on désignait l'ensemble du système de Madagascar.

Le Plateau malgache tombe en falaises escarpées sur l'étroite plaine littorale de l'est et sur la plaine plus étendue de l'ouest, faite de roches sédimentaires et ridée de collines ou tables calcaires de 400 mètres d'altitude. La partie méridionale de l'île est moins élevée et plus déserte que les parties centrale et septentrionale, celle-ci ayant pour point culminant la montagne à9 Ambre (1 360 mètres).

Les volcans y sont aussi moins nombreux et, comme tous d'ailleurs, sont éteints. Les tremblements de terre agitent fréquemment l'île, au point que les indigènes croient qu'elle repose sur le dos d'une baleine.

Madagascar a deux versants hydrographiques d'inégale largeur, arrosés par une multitude de rivières, dont plusieurs d'une réelle importance. Le versant oriental renferme les fleuves les plus courts, mais aussi les plus abondants : tels le Maningory, qui sert de débouché au lac Alaotra; le Mangoro, qui parcourt une vallée longitudinale du grand plateau, et le Mananara.

Le versant occidental, soumis à une sécheresse de six mois, renferme la Sofia, venue de l'est; le Mahajamba, le Betsiboka, grossi de Ylkopa, rivière de Tananarive, et le Tsiribihina, qui descendent du plateau d'Imérina; le Mangoky et YOnilahy, qui parcourent les plaines du sud-ouest. Plusieurs de ces fleuves sont navigables, du moins pour de moyennes embarcations. Le Betsiboka, le plus grand de tous, a environ 500 kilomètres, y compris l'une de ses deux branches-mères, qui se réunissent à une soixantaine de kilomètres de son embouchure, sise à Majunga.

Gomme eaux dormantes, outre le lac Alaotra, signalons Yltasy, au sudouest de Tananarive, le Kinkony , au nord -ouest, et la longue série de lagunes qui bordent la côte orientale.

Climat. — Madagascar est traversée dans sa partie méridionale par le tropique du Capricorne : l'île appartient à la zone des vents alizés; mais le relief, la latitude et l'orientation y déterminent quatre régions climatériques.

La côte orientale a en tout temps un climat torride et très pluvieux, malsain et débilitant, ce qui l'a fait surnommer le « cimetière des Européens j> ; ajoutons que les cyclones y sont assez fréquents et terribles. La côte nord-ouest a deux saisons bien tranchées : l'une sèche et de fraîcheur relative, de mai à septembre, le temps de l'hiver austral; l'autre, chaude et pluvieuse, d'octobre à avril : c'est l'époque estivale ou 1' « hivernage d. La côte sud-ouest, de climat subdésertique, a sept mois doux et très secs, cinq mois très chauds et assez pluvieux. Enfin les plateaux ont un climat tempéré et salubre, qui convient aux Européens.

Richesses naturelles. — Madagascar possède des mines métal-

liques très variées, notamment le fer, le cuivre, l'étain, le plomb, l'or, les pierres précieuses et la houille. Sa flore est très riche, surtout par son étrangeté, ce qui a fait surnommer l'île le <r paradis des botanistes ». Toutefois, les régions végétales sont diverses comme celles du climat. Dans Test, croît la Forêt exubérante en bois de construction et d'ébénisterie : teck, ébène, palissandre, acajou, ainsi qu'en lianes à caoutchouc. On remarque aussi le cocotier, le pandanus, le ravinala, dit l'arbre du voyageur, parce que dans les aisselles de ses immenses feuilles se trouve une eau rafraîchissante. Les plaines de I'ouest sont occupées par la Savane, dont les hautes herbes sont parsemées de bouquets d'arbres : le raphia est un palmier dont les fibres textiles sont activement exploitées et dont la sève fournit une boisson aigrelette très goûtée des indigènes. Dans le sud-ouest , règne la Brousse d'herbes rigides parsemée d'arbres souffreteux à écorce dure et épineuse ou à racines bulbeuses : cactus, baobabs, euphorbiacées. Quant au plateau, recouvert d'une argile compacte et stérile, la latérite, il n'a qu'une maigre végétation herbacée, où l'œil ne découvre à perte de vue que des solitudes désolées. C'est le pays des Hovas, les gens qui <r vivent sous le ciel », tandis que les gens des plaines € vivent sous les bambous » . Ses seules parties fertiles occupent le fond des cuvettes alluviales, hautes plaines marécageuses cultivées en rizières.

L'île est propre à toutes les autres cultures tropicales ou subtropicales : manioc, café, coton, canne à sucre, cacao, épices, tabac, etc.

La faune malgache possédait autrefois l'épiornis, oiseau géant de deux mètres de hauteur, dont les œufs égalaient six œufs d'autruche ou 148 œufs de poule; elle est caractérisée encore par de nombreux makis ou lémurs, singes à museau de renard et à queue touffue ; l'aye-aye, singe rongeur; les chats sauvages, les sangliers, les tenrecs, les bœufs zébus à garrot de graisse, les moutons à grosse queue, les onagres ou ânes sauvages. Les crocodiles foisonnent dans la plupart des rivières; de nombreux oiseaux, reptiles et insectes sont propres à l'île, qui est très favorable au ver à soie; mais il n'y a ni lions, ni éléphants, ni gazelles, aucune de ces grandes espèces de carnassiers, de pachydermes et de ruminants si communs sur le continent voisin : preuve que Madagascar n'y a pas été rattachée dans les temps même préhistoriques.

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