Nepenthes distillatoria. — 7. Scindapsus pertusus
sèches, nommées savanes; les autres marécageuses, tourbeuses et noyées, que l'on appelle pripris, et où croissent les forêts de manguiers et de palétuviers. Les marais tremblants sont des tourbières en formation, des amas
d'herbes flottant sur un fond de terre molle. Les Teires-Hautes^ commencent avec les premières terrasses qui bordent la plaine et se relient par plateaux étages avec la chaîne des monts Tumuc-Umac ou Tumucumaque, situés au sud. Ces monts, qui atteignent 800 mètres d'altitude, forment le partage des eaux du bassin de l'Amazone.
Tout le pays est couvert par l'épaisse forêt tropicale, dans laquelle se cachent les sources des cours d'eau, dont les principaux sont : le Maroni, le Mana, le Sinnamary, le Kourou, la Comté, l'Approuague et l'Oyapock, qui coulent à peu près parallèlement du sud au nord ou au nord-est.
Le Maroni, à la frontière franco-hollandaise, long d'environ 500 kilomètres, est le plus important; formé de l'Aoua et du Tapanahoni, il sort des forêts vierges, traverse des placers aurifères et forme, comme tous les autres fleuves de la région, en descendant les plateaux, de nombreux sauts ou rapides qui interceptent la navigation. Son cours inférieur est rempli d'îles. UOyac, ou la Comté, reçoit dans sa partie inférieure la rivière de Gayenne et se divise en deux bras qui, sous le nom de Tour -de- l'Ile, enveloppent l'île de Gayenne.
VOyapock forme au sud-est la frontière franco-brésilienne. Le climat de la Guyane, très chaud et très humide, produit les fièvres; son insalubrité pour les blancs est passée en proverbe : <r Gayenne est le tombeau des Européens. » Gela est vrai pour la plaine, que seule ils ont habitée jusqu'aujourd'hui; mais il est probable que les plateaux de l'intérieur sont plus sains.
La température, lourde et constante, est à Gayenne de 25° en janvier, 27° en septembre; il tombe annuellement 3 mètres d'eau. Les vents soufflent habituellement du nord-est et de l'est. En général, de décembre à août, c'est la saison pluvieuse; la saison sèche, plus courte, va d'août à novembre. Un beau temps relatif règne en février-avril sur la côte. 11 y a moins d'ouragans et de raz de marée qu'aux Antilles.
Les productions naturelles y sont variées : l'or et d'autres métaux ne lui manquent pas. Comme nous l'avons dit, la Guyane est le légendaire Eldorado, le pays de l'or ou de « l'Homme doré ». Le règne végétal y est d'une puissance exceptionnelle. Notons les fromagers, les manguiers, les arbres à gomme et à caoutchouc, à pain et à lait, les palmiers, les bois de charpente, de marine, de menuiserie et d'ébénisterie : acajou, palissandre, ébène vert, bois de rose, cendré jaune, bois violet, bois d'angélique, cèdre noir.
« Des petits aux grands, des bons aux féroces, des plus laids aux plus beaux, cette misérable France équinoxiale a des animaux à foison; c'est l'homme qui lui manque : moustiques bourdonnants et suçants; mouche « hominivore » ou plutôt homicide, car elle entre dans le crâne par la bouche ou l'oreille, pond ses œufs, et l'on meurt de la méningite; fourmis qu'un ruisseau n'effraye pas, que la poudre seule fait reculer; scor-
pions et mille-pattes; l'araignée-crabe, monstre velu; le crapaud pipa, monstre pustuleux; l'anguille électrique, dont le choc terrasse; le corail, court serpent mortel à ceux qu'il pique; le boa, long de huit, mètres, assez fort pour enrouler, écraser, ensaliver, engloutir et digérer les grosses bêtes qui courent dans la savane; le caïman, le jaguar, le tapir avec son rudiment de trompe; des singes sans nombre; des oiseaux de tout plumage et de toute envergure, dont l'un, l'urubu, noir vautour, est ici, comme ailleurs en Amérique torride, le grand entrepreneur de salubrité
La Montagne -d'Argent (Guyane).
publique, par la prompte expédition des charognes, d (0. Reclus, la France?)
Géographie politique. — La Guyane française a une population d'environ 30000 habitants, sur un territoire évalué à 80000 kilomètres carrés, dont un huitième est exploité. On y compte seulement 2000 blancs, y compris les troupes et le personnel des administrations. Les créoles, au nombre de \ 000, sont de diverses nationalités. Les indigènes sont des Indiens Galibis, Approuagues, Arovacas, Émerillons, Roucouyennes, qui sont plus ou moins nomades et sauvages; des nègres marrons, descendants d'esclaves évadés vivant dans les bois; des mulâtres et quelques coolies hindous et chinois, reste de ceux qui furent engagés comme travailleurs aux mines et aux cultures. On y parle le français ou le créole. Le catholicisme domine parmi les civilisés.
Administration. — La colonie a un gouverneur civil résidant à Cayenne, ainsi qu'un préfet apostolique et une cour d'appel. Elle nomme un député à la Chambre française. Elle est divisée en quatorze communes, dont une urbaine, Cayenne; les autres sont rurales ou des quartiers.
Les centres d'habitation, à part Cayenne, méritent à peine le nom de bourg; ils se trouvent tous aux embouchures des fleuves et en portent ordinairement le nom. Tels sont : Saint-Laurent du Maroni, 2000 habitants, le plus florissant, ayant un grand pénitencier d'Arabes; — Mana} 1700 habitants, fondé en 1828 par les religieuses de Saint-Joseph-de- Gluny; — Sinnamary , 1500 habitants, qui date de deux siècles; — Kourou, avec ses pénitenciers de la côte; — les îles du Salut, dont l'île du Diable, lieu de déportation, où Dreyfus fut détenu de 1894 à 1899;
— Approuague, 1000 habitants, ancienne station, ayant des lavages d'or;
— Oyapock, 800 habitants, où, en 1725, le P. Fauque fonda l'établissement de Saint-Paul, et où existaient les pénitenciers de Saint-Georges et de la Montagne-d'Àrgent.
La Guyane est bien déchue depuis le xvine siècle : la suppression de l'esclavage l'a privée de la main-d'œuvre nécessaire. Cependant sa situation s'améliore d'année en année. N'a-t-elle pas, du reste, ses forêts et ses plantations, favorisées par un sol très fertile, surtout ses gisements d'or, qui ont produit plus de 9000000 de francs en 1905? Malheureusement les placers sont loin dans l'intérieur; on ne pourra y attaquer les riches filons de quartz que le jour où il sera possible de transporter le matériel d'extraction; actuellement on se contente de traiter les alluvions par la battée, grande écuelle en bois servant au lavage. Quant aux cultures, elles n'occupent que 10000 hectares en manioc, canne à sucre, café, cacao, rocou, coton, « vivres » ou légumes, dont les produits sont même insuffisants pour les besoins des rares colons.
Les pénitenciers ne sont plus qu'au nombre de quatre : ceux de Saint- Laurent- du -Maroni, de Kourou, des îles du Salut et de Cayenne. Leur population et le chiffre des libérés atteignent environ 4500 individus.
Cayenne, chef-lieu de la Guyane, est une ville en général bien bâtie et surtout bien ombragée. Peuplée de 13000 habitants, pour la plupart nègres ou mulâtres, elle est située à l'extrémité d'une île fluviale formée par la rivière de Cayenne s'embranchant avec la rivière Oyac. Sa rade, défendue par un fort, est excellente; mais son port ne peut recevoir que des bâtiments de 500 tonneaux.
Cayenne, avec Saint-Laurent, concentre tout le commerce extérieur, qui s'est élevé en 1908 à 25 millions de francs, dont plus d'un tiers pour l'exportation de Y or, et seulement quelques centaines de mille francs pour celle des produits coloniaux : bois précieux, rocou, cacao, sucre, rhum, clous de girofle, phosphates, peaux brutes.
Les importations comprennent pour 12 millions de marchandises : tis-
sus et vêtements, chaussures, viandes salées et conserves, liqueurs, vins, destinés aux résidents et colons, et provenant exclusivement de France; en outre, la morue de Terre-Neuve.
La Guyane est en relations mensuelles avec la Martinique, New- York, Brest, par les transatlantiques français et anglais; c'est aussi la route suivie par un câble transatlantique.
Telle est la situation peu satisfaisante de notre Guyane après deux siècles et demi de colonisation, et ce médiocre résultat se comprend d'autant moins que les parties anglaise et hollandaise, où le climat et les conditions naturelles sont les mêmes, ont joui d'une prospérité croissante. La Guyane hollandaise compte 100000 habitants et fait un commerce de 50 millions de francs; la Guyane anglaise, avec 300000 habitants, produit un trafic de 150 millions.
Les Indiens Galibis. — Les Indiens Galibis habitent les côtes, surtout à l'embouchure des fleuves. On en compte à peu près 7000, tous soumis à la France; mais cette reconnaissance de notre autorité ne se manifeste guère qu'au moment où ils élisent un capitaine chef de tribu, dont le grade est soumis à la confirmation du gouverneur.
<r Les Galibis, en effet, sont encore des nomades. Se jugent-ils lésés dans l'exercice de ce qu'ils appellent leur liberté, femmes, enfants, bagages, ils embarquent tout dans une pirogue et vont construire ailleurs leur cabane. Parfois même ils déménagent par pur caprice. Il est vrai de dire que leurs frais d'installation sont médiocres, la plupart d'entre eux ayant pour demeures des ajoupas, toits de feuilles soutenus par des piquets fourchus, ou des carbets, cabanes supportées par des piquets de quatre mètres de haut. On y monte par des poteaux entaillés en forme d'échelle. Élevés ainsi en l'air, ils sont logés plus sainement et ne craignent ni les insectes dangereux ni les bêtes féroces. Leur mobilier consiste en quelques hamacs, des instruments aratoires, des bancs de bois et des pots vernissés. Nos missionnaires ont réussi à en faire des êtres doux et sociables, mais ils n'ont ni intelligence ni énergie, et jamais ils ne s'élèveront audessus de la satisfaction de leurs besoins matériels.
Les nègres marrons. — « En dehors des anciens esclaves nègres, aujourd'hui travailleurs libres et bientôt citoyens actifs, il nous faut mentionner un certain nombre de tribus nègres, qui mènent dans les grands bois du Maroni la vie que leurs ancêtres menaient jadis dans les forêts équatoriales. Ce sont les descendants d'esclaves évadés, de nègres marrons, comme on les appelait, de la Guyane hollandaise. On les désigne sous le nom générique de nègres Boshs ou Bonis. Ils seraient 17000. C'est une sorte de fédération obéissant à un chef suprême et électif, le grand Man. Chaque village est commandé par un capitaine. Les villages boshs ressemblent aux villages africains. Les nègres se construisent des huttes closes et dérobent leur intimité à tous les regards. On ne voit chez eux aucun signe de travail, d'industrie et de relations utiles. Ils sont tellement revenus à la superstition de leurs ancêtres que, lorsque meurt un des leurs, les autres passent la nuit à pousser des cris sauvages, afin d'empêcher les mauvais esprits de venir enlever leur compagnon. » (Gaffarel, les Colonies françaises.)
ANTILLES