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IV. — CLIMAT ET PRODUCTIONS

Régions physiques. — Le Tell, avec ses montagnes et ses vallées cultivées, son climat tempéré; le Plateau, avec ses steppes solitaires, son climat excessif, brûlant ou glacial; le Sahara, avec ses plaines sablonneuses, ses montagnes calcinées, ses oasis charmantes et son climat torride, sont les trois régions physiques primordiales de notre grande colonie algérienne. Chacune d'elles a son climat caractéristique, ses productions spéciales, d'où résultent pour l'homme de grandes différences dans les mœurs et le caractère.

I. — Le Tell, du latin tellus, signifie pour les Arabes colline, petite montagne, région cultivable, comme le tellus signifiait pour les Romains la terre nourricière : c'était l'un des greniers de Rome.

Nous avons dit que le Tell désigne toute la zone montagneuse du littoral, coupée de petites plaines, de vallées et de ravins, susceptible d'être cultivée et de nourrir une population nombreuse, sédentaire, industrielle et commerçante, par conséquent riche, civilisée, apte aux sciences et aux arts.

Son climat est marin ou méditerranéen, c'est-à-dire généralement tempéré comme celui de l'Europe méridionale ou du midi de la France. Plus chaud, plus humide sur le littoral, il est plus sec, plus froid dans les montagnes, où il varie naturellement selon les sites et leur orientation.

La température moyenne est de 48° à 20°; les extrêmes sont — 5° et -f 30°. La quantité de pluie annuelle est de 80 centimètres à Alger; elle est plus forte de moitié à l'est (Rougie) et moins forte à l'ouest (Oran).

On distingue deux saisons : un hiver pluvieux, où les pluies tombent par orages , ce qui est cause du caractère torrentiel des rivières ; un été très sec, où des mois entiers se passent sans pluie. La neige est rare, sauf sur les hautes cimes de l'Atlas, dans le Djurdjura, l'Aurès. Les tremblements de terre, assez fréquents en Algérie, ont plus ou moins ruiné Oran à la fin du siècle dernier, Mascara en 1819, Rlida en 1825, Djidjelli en 1856, Mouzaïaville et ses environs en 1867.

Les productions agricoles du Tell sont toutes celles de l'Europe méridionale : céréales, légumineuses, tabac, lin, vigne, olivier, oranger, figuier. Les forêts de chênes verts, de chênes-lièges, de pins d'Alep, de cèdres, couvrent beaucoup de montagnes. On y a acclimaté l'eucalyptus. Le bétail est assez nombreux. Parmi les bètes fauves, le lion et la panthère deviennent rares, mais l'hyène et le chacal sont communs; les sauterelles sont un des fléaux de l'Algérie.

IL — Les Hauts -Plateaux sont caractérisés non seulement par leur élévation, qui atteint 500 à 1 000 mètres, surtout dans la partie occidentale, mais encore par le nivellement de leur surface, l'uniformité d'aspect, l'absence de cultures et de forêts, qui sont remplacées par les broussailles et

ALGÉRIE

par des steppes immenses, vastes herbages secs, composés de graminées et de légumineuses , que les troupeaux nomades du Sahara viennent brouter pendant l'été.

L'alfa, graminée textile, assez élevée et ondulant sous la brise, y occupe des espaces tellement considérables qu'on les a qualifiés de « mer d'alfa d. Les lacs salés, les lits desséchés de maigres cours d'eau, des flaques marécageuses persistantes, des touffes de térébinthes, de jujubiers sauvages, les pâturages verts ou roux selon les saisons, ajoutent à cette caractéristique des steppes algériens. Toutefois, pour achever le tableau, il faut y joindre un climat extrême ou continental : torride en été, où la température monte à 40°; glacial en hiver, où elle s'abaisse à — 6°; en outre, des pluies rares et peu abondantes (40 centimètres), le sirocco ou simoun, vent d'une violence et d'une chaleur extrêmes qui rendent le séjour peu agréable. Aussi, bien qu'il renferme, surtout dans le bassin du Hodna, de bonnes terres à blé, le Plateau n'est- il en général qu'une région de pacage qui pourrait nourrir plus de 20 millions de moutons. Le gibier : gazelles, lièvres, perdrix, y est nombreux et d'une chair excellente.

III. Le Sahara n'est pas moins bien caractérisé que les deux régions précédentes. La plainey domine, mais la plaine aride et brûlée, une vraie terre africaine, tantôt uniforme et nivelée dans ses parties sablonneuses, tantôt hérissée de dunes ou monticules de sable; çà et là interrompue par des collines élevées et de véritables chaînes de montagnes, car le plateau montagneux du Hoggar présente des sommets de plus de 2000 mètres de hauteur.

Le Sahara est donc moins monotone, moins uniforme qu'on l'avait dépeint sans le connaître suffisamment; ce n'est pas partout cette mer de sable mouvant que le vent soulève pour engloutir les caravanes; il n'est pas sûr non plus que ce soit un fond de mer mis à sec par soulèvement, car les phénomènes atmosphériques actuels suffiraient pour en expliquer l'origine; c'est plutôt un sol accidenté qui a pu être fertile jadis , mais stérilisé par la rareté des pluies, jointe à un climat torride, à des vents desséchants, peut-être aussi à l'incurie des habitants, et à la dent des chèvres et des moutons, qui en auraient détruit les forêts et les gazons, de manière à le réduire à l'état de squelette par la disparition du manteau végétal qui le couvrait primitivement.

Le Sahara présente sur un fond de sable des montagnes ravinées, des collines, des mamelons, des gours ou masses de roches persistantes, des hamâda ou plateaux à surface durcie, des dunes ou areg, amoncelées par les vents d'est, entremêlées de ravins, d'oueds sans eau; les villes, les bourgades, les villages fortifiés ou ksour, sont là où les aïn, sources naturelles, et les puits artificiels ont fait jaillir l'eau souterraine.

Trois mots arabes caractérisent les trois aspects du désert dans ses parties principales : « Fiafi, c'est l'oasis où la vie s'est retirée autour des sources et des fruits, sous les palmiers et les arbres fruitiers, à l'abri

du soleil et du simoun (vent du sud) : c'est l'habitation des Berbères et des Arabes sédentaires. — Kifar, c'est la plaine sablonneuse et vide, qui, fécondée un moment par les pluies d'hiver, se couvre d'herbes au printemps, et où les tribus nomades, quittant l'oasis, viennent alors faire paître leurs troupeaux. — Falat, c'est l'immensité stérile et nue, la mer de sable dont les vagues éternelles, agitées aujourd'hui par le simoun, seront demain amoncelées et immobiles, et que sillonnent lentement ces flottes appelées caravanes. » (Général Daumas).

La température moyenne du Sahara est de 23° (à Laghouat), mais le thermomètre monte jusqu'à 50° en été, pendant le jour, pour descendre parfois la nuit suivante à moins de zéro. — Les pluies, fort rares, tombent en averses qui corrodent les montagnes déjà dénudées.

Outre le dattier, qui crée les oasis, le désert produit le henné, plante tinctoriale, le tabac, le drin et autres graminées.

On y trouve la gazelle, le fenec, petit renard blanc, l'autruche, ainsi que le chameau, animal domestique.

La note descriptive ci-après sur le simoun , caractérise l'une des principales particularités physiques du climat algérien.

Le sirocco ou simoun à Alger. — « Le vent du sud, appelé corruption par les écrivains sacrés , poison par les Arabes , chamiel en Syrie, khamsin en Egypte, simoun dans le désert, cjuebli à Tunis et sirocco en Italie, a. trop d'importance à Alger pour que je n'en parle pas un peu.

« C'était vers la fin de septembre. Je feuilletais un livre à la bibliothèque du cercle. Le demi -jour qui filtrait par les lames des persiennes, d'abord très suffisant, baissa peu à peu et finit par devenir tellement obscur, que, n'y voyant plus clair, je me levai pour ouvrir. A peine ai -je tourné l'espagnolette, que les battants de la fenêtre m'échappent des mains, et qu'un vent brûlant fond sur moi, m'enveloppe, me repousse. Quelque incendie, pensai-je. J'allais crier au feu. « C'est le sirocco, s> dit un membre du cercle. — Je descends l'escalier quatre à quatre, et me voilà dans la rue. Ce n'était plus de l'air qu'on respirait, mais de la poussière, une poussière fine comme du brouillard et chaude comme un bain de vapeur. Les rayons du soleil, engagés dans ce milieu réfractaire, y produisaient un nimbe immense dont le ton rutilant, plus encore que l'éclat, vous abîmait les yeux. Sur la mer, d'un gris roussâtre et d'un horizon raccourci, s'entre- choquaient des vagues énormes, frangées d'écumes jaunes, et paraissant obéir moins à l'impulsion du vent qu'à des caprices neptuniens. Les collines du Sahel, voilées d'un embrun safrané, semblaient reculées de dix lieues. Quant à l'Atlas, il avait disparu. Sur les places et les quais la température était stupéfiante. Elle dépassait celle du corps humain. On soufflait dans ses doigts, on relevait le .col de son habit, non pour se réchauffer, mais pour conserver sa fraîcheur individuelle. Les

Arabes s'enveloppaient de leurs burnous comme en hiver. Les feuilles des platanes se fanaient et rôtissaient à vue d'œil; il semblait qu'on les entendît crépiter. Lourde à vous écraser, l'atmosphère était çà et là traversée par des rafales qui vous atterraient. Des nuages, ou plutôt des bancs de sable volant éclipsèrent bientôt le disque déjà fort obscurci du soleil, et les multiples nuances de jaune cuivre, citron, soufre, nankin, orange, que, suivant sa distance ou son coloris, chaque objet empruntait

Le simoun.

à la poudre ambiante, se fondirent en un seul ton mixte, neutre, indéfinissable.

« Des passants arrêtés devant un magasin poussaient des exclamations de surprise. Voulant en savoir le motif, je m'approche : c'était un thermomètre. Il marquait 51 degrés à l'ombre!... Bien que les domestiques eussent pris soin de fermer les volets et les fenêtres de ma chambre, le sirocco ne l'avait pas non plus épargnée. Une cendre ténue comme le pollen des fleurs en saupoudrait le parquet et les meubles. Mes cahiers, mes albums se roulaient, se tordaient, se recroquevillaient... Le vent continua toute la soirée... Tout à coup je me sentis brûler la main. Quelque fumeur distrait, me dis-jc : c'était la poignée d'un sabre... Aux premières ombres du crépuscule l'horizon s'enflamma de clartés rougeâtres.

Les pentes de l'Atlas en étaient constellées. On aurait dit des feux de la Saint-Jean. Autant d'incendies, m'apprit-on, quelques-uns allumés par l'incinération des broussailles , mais le plus grand nombre causés par la chaleur de l'air. Le vent tourna pendant la nuit, et le lendemain il ne restait plus du phénomène que le souvenir. j> (Ch. Desprez, l'Hiver à Alger.)

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