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III. — PROVINCE D'ORAN

ORAN f , grande ville de 75 000 habitants, est bâtie en amphithéâtre au fond d'une baie peu profonde. Défendue par une série de forts dont quelques-uns furent construits par les Espagnols, elle forme, avec Mersel-Kébir, la meilleure station maritime, la position militaire la plus importante et en même temps la première ville de commerce de l'Algérie. Elle exporte surtout les alfas, les céréales, les minerais et les produits industriels de tout l'ouest.

i Oran est la place forte de la Mauritanie dont l'histoire a été le plus

Province d'Oran.

longtemps associée à celle de l'Europe moderne. Fondée au commencement du xe siècle par des Maures d'Andalousie, sur le territoire d'une tribu berbère, elle grandit bientôt, grâce à l'importance du port de Mersel-Kébir, que le promontoire du djebel Santon protège des vents du nordouest et du nord, les plus dangereux de toute la côte algérienne. Mais ce précieux havre de refuge étant bordé de brusques falaises au pied desquelles une ville d'entrepôt n'aurait point trouvé la place nécessaire, Oran a dû naître au fond du golfe, à l'endroit où les montagnes s'abaissent et où une large ouverture donne accès vers l'intérieur des terres : de là le nom de Ouaran, « le Ravin ou la Coupure, » qui, sous la forme espagnole d'Oran, est resté à la cité.

« Au point de vue militaire, cette brèche du littoral offrait aussi de grands avantages : comme Alger sa rivale, Oran s'appuie à un massif isolé de montagnes, à un Sahel bien limité, que des plaines et une grande lagune séparent du reste de l'Algérie; une forteresse naturelle défend la ville, décuplant la valeur de ses murailles. Aussi lorsque les Maures eurent

été expulsés d'Espagne, les vainqueurs poursuivirent les fugitifs sur le continent africain, et leurs premières conquêtes, en 1505 et en 1509, furent le port de Mers-el-Kébir et la place d'Oran. Les Espagnols les gardèrent près de trois siècles avec un soin jaloux, et, durant cette époque, les Turcs, qui étaient tenus chaque année de livrer une attaque contre la ville ou d'aller marauder dans la campagne, ne parvinrent à reprendre Oran que pendant un espace de vingt-quatre années, de 1708 à 1732. Enfin, en 1790, un tremblement du sol renversa presque complètement la ville, un incen-

Oran.

die dévora le reste, et, de tous les côtés, Turcs et Arabes se précipitèrent à l'attaque des ruines pour en chasser les soldats espagnols, qui finirent par quitter la place en 1792. En 1831, elle fut occupée par les Français, et ceux-ci n'eurent qu'à réparer les forts espagnols dressés sur les pitons et les promontoires pour rendre de nouveau la place inexpugnable. Le grand avantage du port d'Oran est sa proximité de l'Espagne : Carthagène est seulement à 200 kilomètres, distance qu'un bateau à vapeur de bonne vitesse franchit facilement en huit heures. j> (E. Reclus, l'Afrique septentrionale).

Mers-el-Kébir, dont on vient de parler, est situé à six kilomètres d'Oran et n'a que 3 000 (1 900) habitants. Son nom arabe signifie le « Grand Marché, le Grand Port », c'est le Portus divinus des Romains. Aujourd'hui, comme autrefois, Mers-el-Kébir est le véritable port d'Oran.

Aïn-el-Turk, 700 habitants, voisin du port précédent, est un bon mouillage éclairé par le phare du cap Falcon.

Beni-Saf, 3300 (2 400) habitants, non loin de l'embouchure de la Tafna, et de l'île Rachgoun, est un port créé récemment par la compagnie qui exploite les minerais de fer dans les environs.

Nemours, 3000 habitants, ville maritime modernisée, fut d'abord Y Ad fratres, « les Frères, s des Romains, ainsi nommée de deux rochers

Tlcmcen.

de la crique; puis le Djemaa-Gazhouat des Arabes, ou la «Mosquée des Pirates », dont on voit les ruines sur un rocher voisin. C'est la ville maritime la plus rapprochée du Maroc (34 kilomètres). Dans l'intérieur, à dix kilomètres sud-ouest, la koubba de Sidi-BraJdm rappelle deux faits historiques : en 1845, 350 chasseurs et 60 hussards luttèrent héroïquement contre Abd-el-Kader, et se firent tous tuer, sauf 14; en revanche, en 1847, l'émir y rendit son épée au général Lamoricière.

Nédroma, 4500 habitants, la Cabanna des Romains, est une ville arabe qui fabrique des guedras, grandes marmites en terre rouge, en usage dans tout l'ouest berbère. — Lalla-Maghnia , ou simplement Maghnia, « la

Sainte Femme, » 1 200 habitants, près de l'Isly, est un poste fortifié et un grand marché sur la frontière marocaine. Son nom vient d'une koubba dédiée à une femme vénérée des Arabes.

Aïn-Temouchent , « la fontaine du Chacal, » 5 000 habitants, est un marché arabe très prospère. Aux environs on exploite divers minerais, ainsi que les magnifiques carrières de marbre onyx translucide d'Aïn- Tekbalek.

Tlemcen, <r la Ville aux mille sources, » « la Grenade africaine, » la Pomaria des Romains, la Bab-el-Gharb , « Porte du couchant » des Arabes, compte 20-30 000 habitants. Elle est assise dans une des plus belles positions du monde, sur un plateau de 800 mètres d'altitude, entouré des rochers à pic du Lalla-Séti. C'est une ville forte avec un mur d'enceinte percé de sept portes. La campagne est magnifique, très bien arrosée, couverte d'arbres fruitiers de toute espèce, notamment d'oliviers, dont les fruits fournissent une huile excellente. Il y a des minoteries, des huileries, des chantiers d'alfa, et il s'y tient un marché très considérable, qui commerce avec le Maroc.

Tlemcen, fondée par les Vénètes, devint au moyen âge une des plus grandes et des plus florissantes villes de la région et fut la capitale du royaume du Maghreb central. Elle a compté, dit- on, jusqu'à 25000 familles ; par son industrie , ses richesses , la culture des sciences et des arts, elle pouvait se comparer aux villes policées de l'Europe. Il lui reste de sa splendeur passée le Méchouar, ancienne résidence royale, aujourd'hui transformée en citadelle, et plusieurs mosquées d'une architecture remarquable.

A deux kilomètres au sud-est de Tlemcen, Sidi-Bou-Médine, village arabe, possède une admirable mosquée et une belle koubba, où reposent deux Maures andalous honorés comme des « saints » par l'islamisme : Sidi-Bou-Médine, mort en 1197, et Sidi-Abd-es-Selam, un de ses disciples.

En général, les koubbas, tombeaux de marabouts ou de santons vénérés, constituent l'ornement caractéristique du paysage algérien. Aux abords des villes, dans les vallées, sur la cime des montagnes, parmi les ombrages d'une forêt, on voit briller par leur blancheur éclatante ces sépultures recouvertes d'un dôme arrondi ou de forme ovoïde, où les maçons kabyles mettent tout leur talent. C'est là que reposent les hommes qui se sont distingués pendant leur vie, soit par la science, soit par les bonnes œuvres, plus souvent par le fanatisme. Les plus remarquables sont les contemplatifs et les ascètes prétendus, dont l'existence s'est écoulée entre le jeûne et la prière.

A trois kilomètres sud-ouest, le village de Mansoura, « la Victoire », remplace l'ancienne ville forte de même nom, construite de 1302 à 1304 par le sultan Abou-Yakoub pendant qu'il faisait le siège de Tlemcen,

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lequel dura huit ans ; il n'en reste plus aujourd'hui que la vaste enceinte flanquée de tours bastionnées et crénelées, la porte isolée de Bab-el- Khemis, bien conservée et semblable à un arc de triomphe, la mos-

Mosquée et koubba de Sidi-bou-Médinc.

quée et son minaret haut de 40 mètres, classés parmi les monuments historiques.

Au point de vue pittoresque , on signale encore , à six kilomètres sud-est de Tlemcen, la belle cascade d'El-Ourit par laquelle le Saf-Saf,

affluent de Tisser, lance ses eaux du haut de la montagne. « Qu'on se figure une muraille rocheuse de 80 mètres d'élévation, large de 2 à 300, et disposée circulairement comme dans un cirque. Tout le long des parois de cette muraille s'élèvent, grimpent, tombent et s'entrelacent des fouillis de plantes et d'arbustes. L'eau se précipite en nappes comme un grand fleuve qui aurait rompu ses digues, et la végétation qui recouvre les parois de ce vaste cirque est tellement épaisse, que ces nappes d'eau filtrent au travers de ce feuillage merveilleux et arrivent en poussière de diamants à la base des rochers. » (Gaffarel.)

Sidi-Bel-Abbès, 20000 habitants, l'une des plus riches et des plus 1 florissantes villes de l'Algérie, est toute moderne, malgré son appellation arabe, qui lui vient d'une koubba des Beni-Amer; fondée en 1843 sur les bords de la Mékerra, ses rues sont larges, coupées à angles droits et ombragées par des platanes de haute venue ; des eaux vives coulent le long des trottoirs.

Sebdou, « la Lisière, » 1 000 habitants, sur la Tafna, dans un site pittoresque et très boisé, à 958 mètres d'altitude, est un poste militaire et un marché important.

Daya, 200 habitants, à 1275 mètres, dans le djebel Marahoun, sur la rive gauche du Sig, est un autre poste de guerre.

Saïda, « la Fortunée, » 4 000 habitants, à 862 mètres, est un troisième poste militaire fondé en 1854; il commande le débouché de la région des chotts. C'est la station centrale du chemin de fer d'Arzeu à Méchéria.

Mascara, El Maasker, « le Camp permanent, » 16 000 habitants, occupe une position importante au-dessus de la fertile plaine d'Eghris. Ancienne capitale d'Abd-el-Kader, prise par les Français en 1835, elle a conservé son cachet militaire. On y fabrique des burnous et un vin blanc déjà renommé. « Mascara couvre deux collines sur le revers méridional des montagnes des Beni-Chougran (911 mètres), appelées par les Arabes Chareb-el-Bihh ou « la Lèvre du Vent ». Quand, disent-ils, Allah créa la terre, il mit les monts dans un sac et les versa sur le sol ; lorsque le monde fut couvert de plateaux, de dômes, de bosses, de pitons, il regarda dans le sac et, le voyant encore à demi plein, le vida brusquement sur le pays des Beni-Chougran, des maudits Chougran, comme disaient nos soldats, qui luttèrent souvent contre eux. » (0. Beclus.)

Saint-Denis-du-Sig, 10 000 habitants, fondée en 1845, est un centre agricole important de la plaine du Sig; un double barrage de la rivière assure l'irrigation et la fertilité de cette région. Aux environs, un orphelinat agricole considérable est installé dans la ferme de X Union du Sig, où les phalanstériens firent en 1846 les essais infructueux de leurs utopies. En 1881, à Perrégaux, 2-6000 habitants, au croisement des deux chemins de fer, la rupture de la grande digue de l'Habra, qui a 37 mètres de haut sur 450 de long, causa de grands désastres.

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Arzeu , le Portus Magnus des Romains, 5 500 habitants, est une ville maritime avec une rade excellente, où l'on embarque pour l'Europe l'alfa provenant des Hauts -Plateaux; elle fait aussi le commerce de céréales et de bœufs. On y admire les beaux sites de la montagne des Lions, qui couvre la presqu'île du cap Carbon.

Mostaganem, 15000 habitants, bâtie sur un petit plateau de 85 mètres d'altitude, à un kilomètre de la mer, fut occupée par les Français en 1833; elle n'a pas de port, ni même de bon mouillage. Autour d'elle on compte vingt villages en pleine prospérité, et à quatre kilomètres sud on admire les charmants paysages de la vallée des Jardins.

Mazagran, 400-(l 600) habitants, sur une colline à trois kilomètres sud de Mostaganem, a été immortalisé par le siège héroïque que soutint, en 1840, la compagnie du capitaine Lelièvre contre une nuée d'Arabes. Une colonne rappelle ce glorieux fait d'armes,

Relizane, 0000 habitants, est une ville de fondation toute récente et déjà très prospère. Son territoire est propre à toutes les cultures, surtout à celle du coton, dont les vastes champs sont arrosés par les eaux de la Mina.

Tagdempt, près de Tiaret, dans l'Ouaransénis , fut pendant cinq ans la place de guerre, l'arsenal et la capitale d'Abd-el-Kader; les Français la ruinèrent en 1843.

Tiaret, <r la Résidence, » 4000 habitants, poste militaire créé la même année, à 1 090 mètres d'altitude, est en même temps un marché considérable entre le Tell et le Sahara.

Géryville, 1000 habitants, est un poste militaire avancé au sud du plateau oranais. Bâti en 1852 dans une gorge du djebel Ksel , à 1300 mètres d'altitude, il commande le Sahara algérien occidental. De nombreux mégalithes couvrent les hauteurs environnantes.

El-Abiod-Sidi-Cheik, 2 000 habitants, à 400 kilomètres sud d'Oran, est un lieu de pèlerinage fréquenté par les Sahariens à la koubba du marabout Sidi-Abder-Rhaman , qui vivait au xvnc siècle. En 1881, cette koubba fut détruite par le colonel de Négrier, et les ossements vénérés transportés à Géryville; mais on les rendit aux Arabes deux ans après.

Tiout, 800 habitants, doit être signalée à cause du voisinage de l'importante oasis de Figuig, ci -devant nid marocain de rôdeurs, qui souvent inquiétaient nos frontières.

Figuig, Aïn-Sefra, que le Maroc nous a cédée, paraît-il, en 1886, est une oasis d'une dizaine de ksour, entourée de murs et peuplée de 10 000 habitants. Elle est située sur l'Oued -Sousfana, dont la vallée pourrait être choisie pour le passage d'un chemin de fer transsaharien.

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