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IV. — PROVINCE D'ALGER

ALGER f , ville de 85 000 habitants, dont un tiers de Français et autant d'étrangers, est la capitale de l'Algérie, à laquelle elle a donné son nom. Elle est assise presque en face de Marseille, à une distance de 772 kilomètres, au milieu même de la côte algérienne, au fond d'une baie demi- circulaire de 20 kilomètres d'ouverture. Elle est bâtie en amphithéâtre au pied et sur le penchant d'une colline escarpée faisant

Province d'Alger.

partie du massif de la Bouzaréah, dans le Sahel, qui atteint plus loin 407 mètres d'altitude, au village de Bouzaréah. — Alger est entourée d'une enceinte bastionnée et protégée par plusieurs forts; elle est divisée en ville basse ou européenne et en ville haute ou arabe; celle-ci est dominée par la kasbah, citadelle bombardée en 1830, et par le fort de l'Empereur. — Le port d'Alger, grand de 90 hectares, est en communication presque journalière avec Marseille et d'autres ports d'Europe. La ville renferme toutes les branches de l'industrie européenne, notamment des filatures de laine, des teintureries, des brasseries et des tanneries; les indigènes font des ceintures de soie brochées d'or, des broderies sur cuir en or et en argent pour selles mauresques, des portefeuilles, des pantoufles.

Fondée en 935 par les Arabes, sur un groupe d'îlots {El-Djezaïr signifie les îlots), près des ruines de Ylcosium romaine, Alger devint au xvie siècle, sous les Barberousse, un grand centre de piraterie. Inutilement bombardée sous Louis XIV par Duquesne en 1683 et 1684, ce n'est que depuis la conquête française qu'Alger a cessé d'être la terreur de la Méditerranée.

ALGÉRIE

« Actuellement Alger est devenue la première ville du continent africain, non par le nombre des habitants, mais par son rôle historique, comme foyer de la civilisation européenne. Elle est aussi la première par le charme et la grandeur imposante de l'aspect : après l'avoir vue de la mer, au détour de la pointe Pescade, nul ne peut oublier le tableau merveilleux qu'il a contemplé. Encore au milieu du siècle, on pouvait la citer comme le type régulier d'une cité bâtie en amphithéâtre triangulaire sur le flanc d'une montagne; mais elle a grandi, et maintenant elle forme un ensemble beaucoup plus vaste et plus complexe de contours. Vers le haut de la colline, que couronnent les murailles de la kasbah, se montre encore

Alger. — Église de Notre-Dame d'Afrique.

ce qui reste de la vieille Alger, qui ressemble de loin à une carrière de marbre blanc, aux rocs inégaux et mal taillés. Les teintes bleues ou jaunes des parois, le vert des jalousies, ne se discernent pas à distance; toutes les couleurs sont éteintes par l'éblouissante blancheur de la pierre; seulement, au matin, la lumière naissante de l'orient s'y brise en rayons roses, et, le soir, le couchant s'y réfléchit en nuances violettes. Jadis la cataracte de maisons descendait jusqu'à la mer; de nos jours elle s'arrête à mi-côte, limitée et comme endiguée par les masses régulières de maisons françaises qui se prolongent en façade au-dessus des quais. Au sud du triangle de la ville arabe, une autre ville escalade les pentes; mais, entièrement formée de maisons modernes, elle ne se confond pas en un immense éboulis de roses blanches : on en distingue les murs grisâtres et les toits rouges, contrastant partout avec la verdure foncée des jardins. Au delà, les constructions sont brusquement limitées par une zone verte, celle des remparts herbeux et des talus boisés; mais en dehors de la cité proprement dite, à Mustapha, la ville recommence, moins compacte que dans l'enceinte des rues, et d'autant plus gracieuse, pressant les maisons de ses bas

quartiers dans chaque ravin , groupant ses villas plus à l'aise sur chaque croupe avancée, et, vers le sommet de la colline, dressant au-dessus des arbres touffus les kiosques et les campaniles de ses palais : c'est là surtout que résident les Anglais et autres étrangers qui viennent passer la saison d'hiver sous le doux climat d'Alger.

« La faible largeur de l'espace compris entre les coteaux et la mer a

La mosquée neuve à Alger.

forcé la ville grandissante à se développer au loin le long de la mer, de chaque côté du noyau primitif de la ville, qui fait face aux quatre îlots des Beni-Mezghanna, devenus maintenant la péninsule de la Darse.

« Vers le nord-ouest, au sortir de Bab-el-Oued, « la Porte du Ruisseau, s plusieurs faubourgs, interrompus par des cimetières, se succèdent jusqu'à l'interminable rue Saint-Eugène; vers le sud, en dehors de Bab-Azoun, la porte où l'on accrochait les suppliciés, vivants ou morts, l'Agha, Mustapha, Belcourt, continuent Alger. Un chemin de manœuvres, un jardin public semblent devoir limiter la ville, mais au delà recommencent les rangées de maisons.

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« L'ensemble formé par les trois communes d'Alger, de Saint- Eugène, de Mustapha, se développe sur une longueur d'une dizaine de kilomètres, et pourtant en maints endroits, resserrée entre la colline et la mer, la ville n'a pas même 200 mètres de largeur. Dans une pareille cité, on le comprend, toutes les rues maîtresses sont parallèles au rivage, et de distance en distance s'ouvrent des places d'où l'on descend au bord de la mer. A la principale, dite « place du Gouvernement » , viennent aboutir les rues les plus animées et les escaliers les plus fréquentés du port;

Tombeau dit de la Chrétienne (ou des rois de Mauritanie).

de là partent presque toutes les voitures pour la banlieue d'Alger et les villes de l'intérieur. Une foule multicolore se presse sur la place : si le costume banal, imposé par la mode, l'emporte sur tous les autres accoutrements, pourtant mainte couleur éclatante brille sur le fond sombre ou grisâtre que forme la masse toujours en mouvement des promeneurs et des gens affairés : les bonnets rouges des pêcheurs, les chéchia des portefaix, les gandoura brodées des Biskri se croisent avec les turbans jaunes ou bariolés des vieux juifs, les robes, les écharpes, les chapeaux aux soies éclatantes de leurs femmes et de leurs filles. Quelques personnages arabes, grands chefs ou se donnant pour tels, se promènent dans leur haïk de pure laine, d'une blancheur immaculée, ou bien, assis devant les cafés, boivent majestueusement quelque liqueur défendue par le Coran. Deux par

deux, les femmes mauresques, aux larges pantalons bouffants, glissent d'un pas rapide, ne montrant sous le voile que leurs yeux noirs, entourés d'un cercle bistré. » (E. Reclus, l'Afrique septentrionale).

Mustapha, 25 000 habitants, à deux kilomètres d'Alger, dont elle est un faubourg, est une commune prospère divisée en plusieurs sections : Mustapha inférieur, qui renferme un hôpital civil , de vastes casernes , un jardin d'essai très remarquable, et Mustapha supérieur, qui, entouré de riches et riantes villas, possède une école normale de jeunes gens.

El-Biar, 4-2 500 habitants, est à cinq kilomètres d'Alger, sur un plateau salubre. Il y a un établissement des Frères des Écoles chrétiennes.

Sidi-Ferruch, 250 habitants, donne son nom à une petite presqu'île célèbre par le débarquement des Français en 4830. A trois kilomètres de là est le plateau de Staouéli, 800 (4500) habitants, où les troupes du dey furent défaites le 49 juin 4830. Le gouvernement a concédé en 4843 ce champ de bataille aux religieux trappistes, qui l'ont transformé en une ferme-modèle de 4 200 hectares.

Koléa ou Coléa, 3-5000 habitants, est proche de la mer sur une colline du Sahel occidental et sur la rive gauche du Mazafran. C'était autrefois une <r ville sainte ». Sa mosquée est transformée en hôpital militaire. Ses environs sont de véritables jardins.

Le tombeau de la Chrétienne. — A mi-chemin entre Koléa et Cherchell, dans la commune de Marengo, auprès du village de Montebello et des ruines phéniciennes de Tipaza, la colline la plus élevée du Sahel porte un antique monument très curieux : c'est le tombeau dit de la Chrétienne, en arabe Koubba ou Kabor-er-Roumia , sur lequel les archéologues ont beaucoup discuté. Malgré son nom vulgaire, cet énorme édifice ne renferme point la dépouille mortelle d'une servante du Christ; c'est plutôt la sépulture d'anciens rois de Mauritanie. On suppose qu'il fut bâti par Juba II sur le modèle du Medracen, le tombeau des rois numides qui s'élève dans la province de Constantine.

Le tombeau de la Chrétienne est un édifice conique de 32 mètres de haut, dont le soubassement carré a 63 mètres sur chaque face; le périmètre de la base du monument est orné de 00 demi-colonnes ioniques engagées; il est partagé en quatre parties égales par quatre portes décoratives d'une hauteur de 6 mètres 20 centimètres. Au-dessus commence une série de 33 degrés hauts chacun de 58 centimètres, qui, en rétrécissant graduellement leur plan circulaire, donnent à l'édifice l'apparence d'un cône tronqué. L'intérieur de ce monument est disposé en caveaux reliés par des couloirs et des galeries mesurant 470 mètres de longueur totale.

Cherchell, 4-9 000 habitants, Viol des Carthaginois, la Julia Caesarea des Romains, devint sous Juba le Jeune la capitale de la Mauritanie césarienne. Aussi y trouve-t-on des ruines d'hippodromes, de théâtres

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et d'aqueducs romains; ce n'est aujourd'hui qu'un port assez médiocre.

Tenez, 2-5 000 habitants, Cartennx colonia, petite ville fortifiée avec un port, est l'entrepôt naturel de la région du Dahra et d'Orléansville.

Orléansville, 3-11000 habitants, est une jolie petite cité moderne bâtie à 140 mètres d'altitude sur la rive gauche du Chéliff, et sur l'emplacement du Castelhim Tingitanwn des Romains : c'est un marché au blé et aux laines, mais le climat y est peu agréable pour les Européens.

Miliana, la Malliana romaine, 4-7 500 habitants, est une cité militaire bâtie à 740 mètres sur le flanc méridional du Zaccar et dominant la rive droite du Chéliff. En 1840, une garnison française de 1200 hommes, bloquée par Abd-el-Kader, y périt presque entière de privations et de maladie. Ses environs abondent en vignobles et en fruits renommés, en mines de fer, de plomb et en carrières de marbre. Plus loin, Affreville, 3 000 habitants, lui sert de station de chemin de fer, tandis qu'au nord -est se trouve l'établissement thermal de Hammam- Rir ha , le plus fréquenté de l'Algérie.

Teniet-el-Haâd, 2-4 000 habitants, est un marché arabe et un poste militaire commandant le massif de l'Ouaransénis.

« Teniet-el-Haâd, « le col du Dimanche, j> est ainsi nommé du jour où se tient son marché hebdomadaire; la hauteur du seuil que domine le village est de 1 145 mètres. Les Arabes y sont proportionnellement plus nombreux qu'à Miliana, et une petite colonie nègre occupe près de Teniet deux groupes de masures appelées « Tombouctou » le Supérieur et l'Inférieur. Le <r Col du Dimanche » est célèbre dans le monde des botanistes par ses admirables forêts de chênes et de cèdres qui recouvrent les deux versants du djebel Endat; des sources ferrugineuses d'une grande richesse jaillissent dans la forêt. Au sud s'étend le plateau du Sersou, jadis couvert de bois et ruisselant de fontaines, maintenant sans verdure et coupé de ravins dans lesquels coulent des eaux sauvages, détruisant au lieu de féconder. Le Sersou est une des régions de l'Algérie où se voient le plus de monuments préhistoriques : tombelles, enceintes, pierres levées; une ancienne ville, à une quarantaine de kilomètres au sud -ouest de Teniet, occupe une surface plus grande que la cité d'Alger. Parmi les monuments étranges de cette région, le plus curieux consiste en alignements de pierres disposées de manière à former un immense lézard de 80 mètres de longueur. On retrouve ainsi dans l'ancien monde un exemple de ces monuments symboliques, dont les moimd-bidlders de l'Ohio aimaient à orner leurs plaines. » (Elisée Reclus.)

Boghar, 330-2 500 habitants, à 970 mètres, le Castelhim mauritanum, des Romains, l'un des arsenaux d'Abd-el-Kader, est encore une place forte qui surplombe de 400 mètres le défilé du Chéliff moyen. Un grand marché se tient au village de Boyhari, 2000 habitants, situé sur la rive droite du fleuve.

Médéa, 4-16 000 habitants, à 920 mètres sur une croupe du mont Nador, est l'ancienne capitale du beylik de Titeri. Son climat est sain, et son territoire fertile en blé, asperges et vins déjà renommés.

Au nord de cette ville se trouve le djebel Mouzaîa, surmonté de la koubba d'un saint musulman qui, d'après la légende, « fendit d'un coup de hache le défilé où il fit naître la Chiffa pour arroser le pays. » Ce djebel donne son nom au col ou ténia de la Mouzaîa, célèbre par de sanglants combats en 18-40 -41; au village de Mouzaîa- les -Mines, qui possède des gisements de cuivre sur le versant sud, et à la commune de Mouzaïa- Ville, 1-4000 habitants, sur le versant nord, non loin de Blida.

Blida, 10-24000 habitants, ville modernisée, gracieusement assise au milieu de sites délicieux, dans un pays fertile surtout en oranges et mandarines , est un point stratégique et commercial très important ; de plus elle a des minoteries et des distilleries considérables. A douze kilomètres sud on admire les superbes gorges de la Chiffa, immense déchirure de l'Atlas entre les monts de Mouzaîa et des Béni-Salah.

Boufarik, 4-8 000 habitants, dans une position jadis fort insalubre au milieu de la magnifique plaine de la Métidja, possède un marché agricole très fréquenté. Dans la même plaine, beaucoup de villages agricoles florissants portent des noms français bien connus. De l'ouest à l'est, signalons Marenrjo et Montebello déjà cités, Joiriville, station de Blida, Montpensier, Aumale, Rovigo, Aima, Saint-Pierre , et Saint-Paul , près de Fondouk, etc.

Dellys, 4-13 000 habitants, le Rusucurus des Carthaginois, n'a qu'un port médiocre sur la côte de Kabylie; elle possède l'école des arts et métiers pour l'Algérie.

Tizi-Ouzou, 2-2 600 habitants, en arabe Fedj-el-Guendoul, « le col des Genêts épineux , » fut le point le plus avancé de l'occupation romaine et turque dans le Djurdjura. Depuis 1858, c'est un poste militaire français, en même temps qu'une ville florissante.

Le Fort-National, 400 (9000) habitants, primitivement Fort-Napoléon, est une place de guerre construite en 1857, à 916 mètres, au centre de la Kabylie. C'est « une épine plantée dans l'œil de la grande Kabylie », disent les indigènes, qui tentèrent de s'en emparer en 1871.

Au pied du Fort- National, Ait- Lhassen , 4000 habitants, est le plus grand village de la Kabylie et des Béni-Yemsi, qui sont les plus industrieux des Kabyles; ils fabriquent de beaux bijoux et des fusils à crosse incrustée de corail.

Pales tro, 1-3 000 habitants, sur Tisser oriental, rappelle ici, non une victoire comme en Italie, mais un désastre pendant l'insurrection de 1871. En aval de ce bourg, <r Tisser s'enfonce dans une gorge où il n'y a place que pour lui : la route d'Alger à Constantine, qui suit la rivière, a été conquise à la mine dans la dureté du roc, immense paroi crayeuse d'où

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glissent des cascades. Çà et là, sur les corniches, dans les fissures et les brisures, des herbes s'accrochent, et aussi des broussailles et des arbustes où les singes dégringolent quand ils viennent boire au courant de Tisser. De ce défilé superbe la rivière passe dans une vallée féconde , pleine de colonies nouvelles. » (0. Reclus.) Aamale, 2-6000 habitants, est une ville de guerre fondée en 1846, à

Vue de Ghardaïa.

850 mètres au pied du djebel Dira, sur l'emplacement de YAuzia romaine ; elle garde la sortie de la grande Kabylie vers le plateau algérien.

Bou-Saada, a le lieu du Bonheur, » compte 5000 habitants, commande le sud du même plateau et forme le centre commercial de la région de l'IIodna.

Laghouat ou El-Aghouat, 4 000 habitants, sur l'oued Djeddi, à 777 mètres, est devenu depuis 1852 le chef- lieu du Sahara algérien; son marché, aujourd'hui très fréquenté, a ruiné celui de Tadjemout, dont les habitants fabriquent des burnous et des haïks renommés, et celui d'Aïn- Mahdy, la métropole religieuse de l'ordre des Tidjâniya.

En plein désert, Ghardaïa, 10000 habitants, est la cité principale de

la tribu des Béni-Mzab ouMozabites, dont les oasis comptent 180000 palmiers entourés de magnifiques jardins.

Ouargla, 2 000 habitants, dans la vallée de l'oued Mya, est au centre d'oasis qui contiennent 300 000 dattiers et sont peuplées de nègres laborieux. Mais beaucoup de leurs puits ont été détruits par les Mozabites, et le marché d'Ouargla est en décadence.

Enfin El-Goléa, 1600 habitants, est à la limite méridionale de l'occupation française, c'est-à-dire à plus de 900 kilomètres d'Alger. Visitée en 1873 par le général de Gallifet, elle nous paye un tribut, mais n'a pas de garnison française. C'est une oasis de 16 000 palmiers des Chaamba, pillards ou convoyeurs qui parcourent toute la contrée au sud d'Ouargla, jusque vers le Soudan. — C'est à 400 kilomètres environ au sud-est d'El-Goléa et d'Ouargla qu'eut lieu, en 1881, le massacre par les Touaregs de la mission française commandée par le colonel Flatters, et dont nous avons parlé dans la notice historique.

Plus au sud encore, sur la route du Touat, on a érigé en 1894 les forts Mac-Mahon et Miribel, destinés à contenir les pirates du désert.

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