III. — GÉOGRAPHIE POLITIQUE
Ethnographie. — La population de la Tunisie, longtemps évaluée à 2 000000 et plus d'habitants, atteint à peine 1 500000 âmes, et ce chiffre est encore trop élevé eu égard à celui de l'Algérie.
La superficie est d'environ 120000 kilomètres carrés, ce qui donnerait une densité de population de 12 habitants par kilomètre carré.
Les Tunisiens sont surtout des Berbères, race dominante et primitive, mêlés à des Arabes, race conquérante; celle-ci a imposé sa langue, sa civilisation et sa religion, c'est-à-dire le mahométisme.
Il y a au moins 80 000 israélites dans les villes , dont -40 000 à Tunis , et le rôle de cette race juive dans l'administration, les finances, l'accaparement des biens, est le même ici qu'en Algérie et ailleurs. On compte, en outre, 60 000 catholiques, Italiens, Maltais, Français, Espagnols, quelques centaines de Grecs et de protestants anglais, allemands et autres.
Les Tunisiens. — D'une lettre datée de Tunis (1882) nous extrayons la
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description ethnographique suivante : « J'ai vu tout d'abord des spécimens fort remarquables et fort malpropres de l'armée tunisienne : de l'artillerie de siège en blouse et en pantalon de grosse toile bise ; des officiers à haussecol et à la tunique râpée et à ceinture d'or, les pieds nus dans des pantoufles de cuir; des sentinelles en cafetan de drap noir, en loques, armés de fusils à piston encrassés de rouille ; des marchands accroupis derrière des malles chargées des produits du pays : poulets , pastèques , petits pains sans levain, figues, amandes, gâteaux arabes, sucreries, ceintures, burnous, fez, babouches, pipes, tabac, et que sais-je ! Des hommes superbes, fièrement drapés dans des burnous blancs, le turban blanc correctement entouré de rouge, le yatagan à la ceinture; des portefaix arabes, maltais ou nègres, pieds nus et en guenilles ; des juives vieilles , jeunes , mégères ou femmes superbes au type biblique, blanches comme du lait, jaunes comme un coing, ou noires comme la suie... J'ai admiré les petits chevaux du pays , à la fière encolure , aux jarrets de gazelles , aux yeux pleins de feu , d'une élégance complète, conduits par une simple corde attachée au licol, attelés à des charrettes ou montés par des Maures aux membres énormes et à l'abdomen proéminent. J'ai vu des ânes bâtés et chargés à une hauteur dépassant leur taille, et de petits chameaux marchant gravement dans le sable des chemins. Je n'ai fait que traverser tout cela, mais j'ai eu le temps de me débattre contre les surprises du change de la monnaie du pays et d'apprendre, à mes dépens, que le prix demandé équivaut toujours au quart de la valeur et du prix accepté après le débat, d (G. Renaud, Revue de géographie, 1882.)
Les Khroumirs. — La notoriété qui s'est attachée un instant au nom de cette peuplade mérite qu'on s'y arrête quelque temps.
« Les Khroumirs et les Ouchetteta, tribus peu industrieuses, mais adonnées à l'élève du bétail, appartiennent à la race autochtone du nord de l'Afrique : ce sont des Berbères, et ils parlent, sauf quelques expressions locales, le dialecte usité parmi les populations de l'Aurès, c'est-à-dire le chaouia. Autant les villages de nos Kabyles du Jurjura se présentent sous un aspect pittoresque et riant, autant le massif habité par les Khroumirs et les Ouchetteta offre un aspect misérable avec ses cabanes en branchages et ses huttes de pierre et de boue, recouvertes d'une charpente primitive sur lesquelles sont assemblées des plaques de liège. Les chefs seuls possèdent une maison construite en pierres et en mortier de terre ; encore partagent-ils cette demeure avec toute la domesticité animale : l'âne ou le mulet, la vache, la chèvre ou le bouc. L'unique chambre de l'habitation est divisée en parties inégales par un petit mur, qui s'élève à un mètre au-dessus du sol. La portion la plus vaste est réservée à la famille, tandis que l'autre, transformée en écurie, est occupée par les bestiaux. A l'entrée de chaque agglomération (pourrait-on dire village?) est établi une sorte d'édifice public, que l'on appelle djemmaa, « lieu d'assemblée. j>
C'est là qu'on se réunit à certaines heures pour discuter les questions d'intérêt commun. » (A. Cherbonneau, Revue de géographie.)
Ces détails font comprendre que la conquête tunisienne ne pouvait être longue ni difficile. La Tunisie, d'ailleurs, n'a pas eu d'Abd-el-Kader à nous opposer.
Gouvernement. — Bien que soumise à la France, la Tunisie reste une monarchie héréditaire ou beylik, que l'on désigne aussi fréquemment sous le nom de Régence. — Le souverain ou bey de Tunis est un prince de la famille de Ben-Ali-Tourki , originaire de Candie, qui occupe le trône depuis 1691 ; le bey actuel est Sidi-Ali, frère de Mohammed- es -Sadok, auquel il succéda en 1882.
L'hérédité se fait d'après la loi turque, stipulant que la couronne passe à l'aîné de la famille, frère ou fils.
Le représentant du gouvernement français en Tunisie porte depuis 1885 le titre de Résident général et relève du ministre des affaires étrangères. Il a sous ses ordres les commandants des troupes de terre et de mer et tous les services administratifs concernant les Européens et les indigènes.
Toutefois les indigènes sont régis selon le mode ancien : ils forment 41 tribus, groupées en 22 ouatangs ou caïdats (gouvernés par des caïds), dont la fonction propre est de rendre justice , et 31 tribus nomades ou mixtes (sédentaires et nomades), à la tête desquelles sont aussi des caïds nommés par le bey. Sous les caïds sont les khalifas (lieutenants) et les cheiks ou maires des communes et villages. Le code civil pour eux est le Coran.
« En conservant à la Tunisie son autonomie administrative, ses fonctionnaires nationaux, son budget, ses ressources propres , non seulement il résulte pour la métropole une économie considérable (évaluée à plus de trente millions), mais on fait acte de bonne politique, et c'est de cette façon que l'Angleterre a pu créer de vastes et florissantes colonies qui ne sont nullement à charge à la métropole. Sinon, à force de s'ingérer maladroitement dans tous les détails d'une administration minutieuse et jalouse, on froisse les intérêts locaux, les mœurs et habitudes nationales, et on se crée mille difficultés qui ont été cause jusqu'ici du peu de développement de nos colonies. » (Discours de M. Cambon, résident général à Tunis, 1885.)
Au point de vue militaire, la Tunisie forme trois commandements, ceux de Tunis, Gafsa et Gabès.
Nonobstant le peu de chrétiens, le pape Léon XIII a relevé, en 1884, le siège archiépiscopal de Carthage et Tunis, primatial d'Afrique, dont le premier titulaire fut le cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger.
Villes principales. — A part Tunis, la Régence ne renferme pas de ville considérable , et l'on est d'ordinaire peu fixé sur les chiffres de population. Souvent on attribue à une bourgade la totalité des habitants de tout un canton; il en est ainsi particulièrement dans les oasis, qui ren-
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ferment plusieurs villages épars mais régis par ane même municipalité.
TUNIS, grande ville de 130000 habitants, le Tunes ou Tuneszum des anciens, doit son importance à la destruction de Carthage par les Arabes au vne siècle. Cette nouvelle capitale de l'Afrique propre ou de la Tunisie actuelle est assise à seize kilomètres de la Méditerranée, au fond d'une vaste lagune nommée El-Bahira ou Boghaz, qui communique avec la mer par l'étroit canal de la Goulette. Adossée à une ceinture de collines , entourée d'une enceinte bastionnée que domine une kasbah ou citadelle ; pourvue de palais, de mosquées, de minarets, Tunis présente à distance un aspect pittoresque; mais, comme dans toutes les villes orientales, des
Entrée du port de la Goulette.
rues étroites, sales et non pavées en rendent l'intérieur désagréable pour les Européens. Ceux-ci préfèrent habiter le nouveau « quartier franc», qui se forme au bas de la ville, autour des quais et des gares de chemins de fer. Dans les environs, le Bardo est un immense palais où le bey passait autrefois la belle saison.
Tunis est commerçante. Elle exporte dans tout l'Orient des armes blanches de luxe, des bijoux, des vêtements brodés, des selles, des babouches, des tapis, des essences précieuses; c'est le principal centre d'exportation des céréales, de l'alfa et de l'huile d'olive de la contrée.
Les quais sont reliés par un chemin de fer au port de la Goulette, situé au débouché de la lagune tunisienne.
La Goulette, en italien la Goletta, « la gorge, » est ainsi nommée à cause de l'étroitesse du canal qui donne accès dans la lagune. C'est une ville de 4000 habitants, renfermant un arsenal, des chantiers, des bassins, de grands magasins et un phare superbe. C'est aussi la principale forteresse du pays; elle fut prise par Charles -Quint en 1535.
A trois kilomètres nord de la Goulette, sont les restes de l'opulente Garthage.
Cartilage. — «On sait que, restaurée 860 ans avant Jésus-Christ, elle devint par la ruine de Tyr la première puissance maritime du monde; plus tard, détruite par les Romains, puis colonisée par Auguste, elle jeta encore quelque éclat sous le christianisme; mais enfin, après avoir été la capitale des Vandales en Afrique, elle tomba, vers la fin du vne siècle, sous les coups des Arabes pour ne plus se relever.
« Que reste -t-il de l'ancienne Garthage?
« Cinq villages construits au milieu de ses ruines et avec ses ruines mêmes. La Marsa, sur l'emplacement de l'ancienne Mégara, le quartier des grands. C'est aujourd'hui l'habitation du bey régnant, des princes tunisiens, celle des consuls durant la moitié de l'année. Sidi-Bou-Saïd, sur le cap qui porte encore le nom de Carthage. La Malga, autour des anciennes citernes d'Adrien, dans l'ancien quartier des Mappales. Douarel-Schott, le «village du lac», à l'extrémité de l'ancienne Tœnia, qui bordait le lac de Tunis et donnait accès dans la ville. C'est par là que Scipion s'en empara. Enfin Sidi-Daond, sur l'emplacement même de la triple enceinte qui fermait Garthage du côté de la terre. Le reste est parsemé de maisons de plaisance , les unes sur le bord de la mer, les autres sur les collines.
« Aucun souvenir chrétien n'y était en honneur, lorsque nous sommes entrés en Tunisie, sauf le monument national de Saint -Louis, élevé, il y a près d'un demi-siècle, sur un terrain cédé à la France. Aujourd'hui, les choses prennent un aspect nouveau. Saint- Louis, qui était dans le plus triste abandon, a vu se dresser sur le sommet de Byrsa, des édifices magnifiques. Deux communautés se trouvent établies à son ombre: le séminaire diocésain de Carthage et la maison d'études des missionnaires d'Alger. Dans le quartier de Mégara, sont établis le palais de l'archevêque, la maison des ecclésiastiques qui lui sont attachés, une chapelle dédiée à saint Cyprien, une chapelle paroissiale pour les catholiques qui commencent à se fixer à l'entour; une maison pour les sœurs qui font l'école aux enfants de tous cultes et soignent les pauvres et les malades ; près des anciens ports, l'hôpital militaire du Kram, avec sa chapelle et ses sœurs ; sur le sommet de Byrsa , les travaux de la cathédrale définitive déjà commencés, à côté de la petite église Saint-Louis, desservie par les missionnaires et qui en tient provisoirement lieu. Près de l'ancien temple de Junon ou Vénus céleste , témoin de tant de cruautés et d'infamies, j'ai fait construire une chapelle dédiée à Marie, et j'en ai fait un centre de pèlerinage pour la portion la plus pieuse de notre population catholique, pour les Maltais. Deux orphelinats, l'un pour les garçons, l'autre pour les filles des Européens, sont préparés. Enfin un couvent de carmélites françaises, maltaises et italiennes, réalise la grande pensée
de fraternité nationale qui est dans les vœux de tous et surtout dans les miens. ï (D'après Mgr Lavigerie, Annales de la Propagation de la foi.)
Ajoutons que le corps de l'illustre cardinal, mort à Alger en novembre 1892, a été ramené triomphalement à Carthage, où le digne successeur de saint Cyprien s'était fait préparer un tombeau dans la cathédrale en construction.
Kairôuan, 20000 habitants, au milieu d'une vaste plaine dont une partie est remplie de marais salés, est un grand centre commercial et le rendez-vous général des caravanes du Soudan. C'est une ville sainte des musulmans , dont l'entrée était sévèrement interdite aux chrétiens ; mais , en 1881, elle dut ouvrir ses portes à l'armée française. Fondée en 670 par les Arabes, elle fut longtemps la capitale de l'Afrique septentrionale; elle est remarquable par ses nombreuses mosquées. Son industrie consiste dans la fabrication des tapis, des articles de sellerie brodée d'or, des babouches d'un travail admirable.
« Kairouan, bien déchue de son ancienne splendeur, est dans une enceinte en briques de 3125 mètres de développement, de 10 mètres 'de hauteur, avec meurtrières et créneaux, flanquée, de 20 mètres en 20 mètres, de tours rondes ou de tourelles. Cinq portes s'ouvrent dans ce mur, autour duquel Kairouan se prolonge par ses faubourgs de Kablia (du sud) et de Djiblia (de la montagne), par cinq autres faubourgs, des cimetières, des ruines et des décombres. Les constructions religieuses y abondent. La mosquée principale, qui jouit dans tout le monde musulman d'une célébrité proverbiale, est un bel édifice dont l'origine remonte à la fondation de la ville et qui date dans sa forme actuelle de 827; récemment encore, aucun roumi (chrétien) ne pouvait y pénétrer, et d'ailleurs la ville même était interdite aux non-croyants, si bien que très peu d'Européens y sont entrés avant 1881, trois ou quatre seulement. La mosquée a été construite en pierres de taille provenant de Suffetula (Sbeïlla) : c'est un immense quadrilatère de 140 mètres de côté, environné d'un mur d'enceinte haut de 8 mètres, épais de 6, flanqué d'énormes contreforts, percé de plusieurs portes et dominé par une grande tour carrée, très large à sa base et couronnée de trois étages en retrait les uns sur les autres; on l'aperçoit de fort loin. L'intérieur est une véritable forêt de magnifiques colonnes en onyx, porphyre et marbre blanc veiné de rose, chefs-d'œuvre de la sculpture romaine, supportant avec leurs chapiteaux corinthiens la voûte plate ornée d'arabesques en stuc et en plâtre; il y en a plusieurs centaines, tirées des temples romains qui abondaient dans cette contrée; une superstition défend aux musulmans d'en calculer le nombre sous peine de perdre la vue. Une même croyance veut que toute personne en état de péché soit incapable de passer entre deux colonnes qui proviennent d'une église chrétienne de l'époque romaine. » (0. Niel et Vivien de Saint -Martin, Dictionnaire géographique.)
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Un escalier de 129 marches monte à la plate -forme du minaret, d'où l'on découvre un magnifique panorama.
Après avoir donné ces détails sur Tunis, Carthage et Kairouan , passons rapidement en revue les autres lieux remarquables de la Régence, en procédant de l'ouest au nord, à l'est et au sud.
El-Kef, « le Rocher, » 5000 habitants, bâtie à 800 mètres d'altitude, sur un escarpement du bassin de Mellègue, est la principale ville militaire et commerçante de la Tunisie occidentale. C'est la Sicca venera romaine.
Au nord de la Medjerda, il faut signaler Béja, 4000 habitants, la Vacca antique, ville forte et marché de céréales; Aïn-Draham, poste
Bizerte.
militaire récemment établi pour la surveillance des tribus kroumires; — Tabarka, sur la côte inhospitalière des Kroumirs, en face l'îlot de même nom, avec une rade où débarquèrent les Français en 1881 ; — Mateur, 3000 habitants, centre agricole, au sud de Rizerte.
Bizerte, 5000 habitants, est l'ancienne Hippo-Zaritus des Phéniciens, jadis puissante et célèbre par ses pirates. Ville la plus septentrionale de la Tunisie, elle est située au sud- est du cap Rlanc, sur un goulet ensablé qui conduit de la mer à un lac intérieur, le lac de Bizerte. On y crée un vaste port militaire, un second Toulon, capable de tenir en échec la puissance de Malte.
Porto-Farina, sur une baie dont le goulet est obstrué par les alluvions de la Medjerda, a perdu son importance maritime d'autrefois, et n'a pas un millier d'habitants. De la célèbre Utique, il ne reste que l'emplacement sur la rive gauche de la Medjerda.
Au sud de la fertile et populeuse presqu'île de Dakhéla, Eammamet , 5000 habitants, ville maritime, mais sans port, est appelée la « cité des
Pigeons », à cause des innombrables oiseaux de ce genre qui nichent dans les montagnes voisines.
Sousse ou Sousâ, 10000 habitants, n'a qu'une rade d'atterrissement d'assez difficile accès, mais qui sert de port à Kairouan, à laquelle elle est reliée par un chemin de fer; elle se distingue par les millions d'oliviers de ses jardins et sa grande exportation d'huile pour Marseille. Ville forte, d'origine phénicienne, c'est YHadrùmetum des Romains; elle subit de nombreux sièges et fut bombardée en 1881.
Monastir ou Mistir, 9 000 habitants , n'a jamais eu de monastère chré-
Sousse.
tien, comme son nom semblerait l'indiquer. C'est un port fréquenté, quoique ensablé, et cette ville passe pour la plus propre de la Tunisie.
Mahadia, cité du « Mahdi ou guide », 8000 habitants, est assise sur un rocher en mer, non loin de l'ancienne Thapsus, où César écrasa les Pompéiens. Ce fut la capitale des premiers califes fatimites, et, au moyen âge, le port le plus fréquenté par les chrétiens, qui l'appelaient Africa. Elle s'adonne surtout à la pêche de la sardine.
A trois lieues au sud -ouest de Mahadia, on va admirer, près du village d'El-Djem, les ruines de Thysdrus, comprenant l'un des plus grands et des mieux conservés de tous les amphithéâtres élevés par les Romains. Cet énorme édifice occupe le sommet d'une colline de 185 mètres d'altitude et s'aperçoit de trois lieues à la ronde; de forme elliptique, il mesure à l'intérieur 150 mètres dans son grand axe. Il fut fondé probablement par Gordien l'Ancien, qui avait été proclamé empereur dans la ville de Thysdrus. Nul endroit n'était mieux choisi pour la célébration des fêtes; plu-
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sieurs fois aussi cette construction géante servit de forteresse, et la fameuse prêtresse Kahina s'y défendit contre les envahisseurs arabes en l'an 689. C'est encore dans l'amphithéâtre d'El-Djem que les chefs et les délégués des tribus méridionales de la Tunisie décidèrent,' en 1881, le soulèvement général contre les Français.
Sfakès ou Sfax, l'ancienne Taphrura, est une jolie et industrieuse ville de 20000 âmes, ayant une rade sûre quoique peu profonde. C'est, après Tunis, le principal centre du commerce de la Régence avec l'Europe. Elle fut prise par les Français en 1881. — Les îles Kerkennah, en face de Sfakès, comptent 10000 habitants.
Monastir.
Gabès, l'ancienne Ta-Capé, est située au fond du golfe de ce nom. Ce n'est point une ville, mais un groupe de villages peuplés de 12000 habitants disséminés au milieu de magnifiques jardins; elle est le débouché des produits de la riche plaine d'El-Arad.
Gafsa ou mieux Capsa, 4500 habitants, est située dans le Djérid ou pays des Palmes, sur un tributaire du chott Rharsa. Ville considérable sous les Numides et les Romains , elle est encore aujourd'hui une station importante des caravanes et une bonne position militaire, occupée par les Français depuis 1881.
Nef ta et Toseur, entre les chotts Rharsa et Djérid, sont deux groupes de villages de 8 à 10 000 habitants, situés dans deux des plus belles oasis du Sahara. Ce sont des centres politiques et religieux, en même temps que des marchés agricoles.
Kbilh et Douz, au sud du chott Djerid, sont des lieux d'échanges entre les Tunisiens et les Tripolitains.
Ile Gerbi. — L'île Djerba ou Gerbi, située au fond du golfe de Gabès, est la plus grande île africaine de la Méditerranée. C'est la légen-
daire Meninx , l'île des Lotophages ou des mangeurs de lotus, plante qui y croît partout à l'état sauvage. Elle renferme de curieux monuments romains, tels que l'arc de triomphe de Marc-Aurèle, et une bizarre pyramide élevée par les Turcs et renfermant les têtes des Espagnols tués dans un combat en 4558. L'île, dont la superficie est de 640 kilomètres carrés, est habitée par 25 000 Berbères , qui passent pour les plus industrieux jardiniers, tisserands et pêcheurs de l'Afrique septentrionale.
Tout le territoire de Djerba est divisé en enclos ou jardins, dont chacun renferme la demeure du cultivateur et le puits au moyen duquel on supplée,
Amphithéâtre d'El-Djeni.
par l'irrigation, au manque absolu d'eau courante; on y cultive surtout le raisin, l'olive, la figue, la grenade et aussi le blé, l'orge et les légumes. — Les tisserands fabriquent des tissus de laine et de soie; ils confectionnent des haïks ou vêtements, qu'ils vont vendre à Tunis et jusque dans le Sahara. — Pêcheurs et marins, « les Djerabois » exportent au loin les éponges, ainsi que le poisson qu'ils ont salé et séché; mais l'antique pêche du mollusque, sorte de buccin, qui produit la pourpre, est aujourd'hui négligée.
L'île, divisée en cinq « houmet » ou quartiers, n'a pas de villes, mais de gros villages où se tiennent les marchés; le principal est l'IIoumet-Souk, au nord. Les côtes sont défendues par de vieux forts du moyen âge, en très mauvais état, « et il arrive souvent, dit H. Duveyrier, que le nombre des artilleurs est inférieur à celui des pièces rouillées qu'ils auraient à servir en cas» d'attaque. »
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Industrie et commerce. — Comme tous les pays musulmans, la Tunisie ne possède ni agriculture ni industrie progressives. Toutefois le sol, quoique mal cultivé, produit l'orge, le froment, le dourah, dans le Tell. On cite l'olive de Sousse, l'indigo de Nefta, la pistache de Sfakès, le caroubier, le jujubier, surtout les dattes renommées du Beled-el-Djêrid. L'agriculture pastorale élève de beaux chevaux de race barbe, des mulets excellents, des chameaux, des bœufs de petite taille et des moutons à grosse queue:
Il y a des mines de différents métaux, mais celles de fer du pays kroumir sont seules exploitées, ainsi que la carrière de marbre de Ghemtou; le sel et la soude sont communs dans les chotts.
L'industrie se contente de la fabrication d'objets usuels, d'articles de ménage, auxquels il faut joindre les armes et les vêtements de luxe, les calottes rouges ou chéchias, les soieries et tapis, les peaux maroquinées.
Le commerce intérieur, assez actif, ne dispose pas de routes carrossables, mais on commence à en tracer. Déjà un chemin de fer relie Tunis à l'Algérie par la vallée de la Medjerda; d'autres vont de Tunis à la Marsa et à la Goulette ; une ligne réunit la capitale à Sousse, qui fut pendant la guerre et se trouve encore reliée à Kairouan par un chemin de fer à voie étroite. D'autres lignes sont en construction.
Des lignes télégraphiques, exploitées par la France, traversent le pays, et un câble sous -marin rattache le réseau tunisien à Alger par Bône, et à la France par Malte, la Sardaigne et la Corse.
Le commerce extérieur, assez important, est d'environ ÎOO millions de francs; il se fait d'une part avec le Sahara par caravanes, dont le rendez-vous principal est Kairouan; d'autre part, par mer avec l'Italie, Malte, l'Angleterre, la France.
Il exporte des céréales : blé et orge, de l'huile d'olive; des vins, des légumes, des oranges, figues et dattes; de la soude, des peaux, du corail. Il importe pour le pays et pour l'intérieur de l'Afrique des cotonnades anglaises, des soieries françaises, des verroteries de Venise, des couteaux, de la poudre. — Le triste commerce des esclaves pour les pays turcs est prohibé, même officiellement, par un édit du bey actuel, rendu en 1890.
Les principaux ports sont : Tunis, dont la position commerciale est excellente et qui fait les 5/6 du trafic; Bizerte, Porto-Farina, Hammamet, Sousse, Sfakès, Gabès, que nous rangeons par ordre de position géographique. Le mouvement des ports se chiffre déjà par 2 000000 de tonnes, ce qui accuse un progrès sérieux réalisé depuis notre occupation; aussi est-il permis de prévoir pour la Tunisie devenue française un avenir plus prospère que pour l'Algérie elle-même.
LA
CROISADE ANTIESCLAVAGISTE