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II. — GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

Situation. — Considéré dans sa plus grande extension, le Sahara est cette immense région sèche et déserte qui occupe à peu près toute l'Afrique septentrionale, et s'étend de l'océan Atlantique à la mer Rouge, des monts Atlas et de la Méditerranée occidentale au Soudan. Le tropique du Cancer le traverse en son milieu.

La superficie du Sahara ainsi compris égale le tiers du continent africain, ou l'étendue de l'Europe entière.

Oro-hydrographie. ■ — La géographie physique du Sahara est encore fort incomplètement connue. Toutefois les explorateurs nous ont révélé, au sud d'Idelès, le vaste plateau central du Ahaggar (ou Hoggar), avec des

montagnes volcaniques atteignant près de 2000 mètres d'altitude. Il est entouré d'autres plateaux, tels que le Tassili du Nord, au delà de Temassinin, le Tassili du Sud, le plateau de Adghagh et celui d'Aïr, près d'Agadès. A l'est, les monts Tummo se rattachent au grand massif du Tibesti, qui a 2400 mètres d'altitude, au sud de la Tripolitaine.

De grandes plaines sablonneuses s'étendent des côtes de l'Atlantique vers le sud de l'Algérie (In-Salah, El-Goléa, Tougourt), tandis que d'autres descendent de Tougourt, au sud -est, vers Mourzouk, en Tripolitaine, circonscrivant ainsi par le nord le grand plateau central.

Oueds et Ouadis. Bien qu'il n'y ait pas de fleuves permanents au Sahara, on constate les vallées de deux grands oueds ou fleuves temporaires et desséchés; c'est Y Igharghar et le Taderret ou Ssakernet, sortant du plateau central et se dirigeant, le premier au nord , par Idelès, Amguid, Temassinin et Tougourt, pour aboutir au chott Melrhir ; le second, au sud, vers le Niger, auquel il semble se rattacher dans son cours oriental.

Caractères et aspect. — Le Sahara, dont le nom arabe signifie terre dure, est presque partout sablonneux ou pierreux, sans eau et sans végétation, ce qui est dû: 4° à sa situation dans la zone torride; 2° à la privation de golfes ou d'eaux intérieures, dont l'évaporation rafraîchirait l'atmosphère et formerait des nuages ; 3° à l'absence de montagnes assez élevées pour conserver des neiges perpétuelles, assez boisées pour retenir les eaux pluviales, circonstances qui donneraient lieu aux rivières permanentes; 4° enfin cette contrée est située dans la zone des calmes, où les pluies sont rares ou nulles. Les vents habituels, soufflant du nord -est, traversent le continent asiatico- européen et sont trop secs et trop froids pour amener beaucoup d'humidité atmosphérique, nonobstant même la traversée de la Méditerranée.

Le Sahara a été longtemps considéré comme le fond émergé d'une mer ancienne , ce qui peut être vrai pour la région des chotts du nord. Il se compose généralement de plaines plus ou moins ondulées, couvertes d'un sable fin, salé, très mouvant, que le terrible simoun soulève en tourbillons de poussière ou relève en dunes, qui atteignent jusqu'à 100 et 200 mètres de hauteur dans le Sahel ou littoral atlantique. Çà et là quelques parties de ces plaines, arrosées par des pluies d'hiver très rares, mais abondantes, se transforment en steppes herbeux, pâturages temporaires que l'été dessèche. Ailleurs ce sont des plateaux de 300 à 700 mètres d'altitude. Le Sahara central renferme même des régions montagneuses atteignant 1 000 à 2 000 mètres de hauteur, plus accidentées et mieux arrosées qu'on ne l'avait cru jusqu'à nos jours , ressemblant aux régions mieux connues du versant méridional de l'Atlas et à celles de la haute Egypte et de la Nubie.

Le Sahara est sillonné par des ouadis, dépressions ou vallées plus ou moins larges et profondes, sèches en apparence, mais souvent pourvues

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de rivières temporaires (oueds), de marais d'eau saumâtre (chotts), ou d'eaux souterraines alimentées par les pluies périodiques. Des sources abondantes, soit naturelles, soit artificielles, coulent en ruisseaux qui servent

Nuées de sauterelles.

à l'irrigation du sol, font croître le dattier, cette providence du désert, et donnent lieu aux oasis, seules parties cultivées et habitées d'une manière permanente.

Climat. — Le climat du Sahara est continental, excessif et torride ; la

température de l'air s'élève pendant le jour jusqu'à 60° centigrades (90° dans le sable), et descend parfois la nuit suivante à près de 0°. — Le simoun est un vent sec et brûlant d'une extrême violence. Les pluies, nulles en certains endroits, sont rares ailleurs et n'arrivent qu'en hiver.

Productions. — Le Sahara n'est pas absolument improductif, comme on pourrait le penser ; les sources naturelles dans les oasis et les pluies d'hiver dans les steppes font croître, outre le dattier, une végétation herbacée assez abondante pour nourrir de nombreux animaux sauvages : girafes, antilopes, gazelles, proie des lions et des panthères; lièvres, autruches, etc., sans oublier les sauterelles dévastatrices.

Les sauterelles du Sahara. — « 26 juillet 1877. — Ce soir, des cris de détresse retentissent de toutes parts. Je bondis sur ma terrasse, armé de mes jumelles, et je sonde toutes les parties de l'horizon. Rien. Les cris de détresse redoublent... J'interroge les profondeurs du firmament... Un nuage gris semé de points brillants comme des myriades de petites étoiles, cache à ma vue l'azur du ciel. Ce nuage vient du sud, et il s'avance lentement vers le nord. Et les cris de détresse partant des terrasses, des rues, des jardins, s'unissent en une clameur qui n'a plus rien d'humain. Des foules d'hommes, de femmes, d'enfants, sortant de la ville, se précipitent dans l'oasis, armés de marmites, de vieilles casseroles, de morceaux de cuirs secs. Bientôt, de tous côtés, c'est un vacarme indescriptible, un infernal charivari; aux cris de la multitude se mêle le fracas de tous ces instruments improvisés, sur lesquels on frappe à tour de bras.

« Ce nuage gris, ce sont des sauterelles ; ces points brillants, ce sont des orthoptères dont les rayons obliques du soleil couchant illuminent les ailes, et qui se détachent de la masse pour s'abattre sur l'oasis; les sauterelles qui tombent sont celles de la partie basse du nuage : saisies par lèvent des régions basses, elles ne peuvent suivre le gros de l'armée; et elles tombent comme les grosses gouttes d'une pluie d'orage, après les chaudes journées d'été. Toute la nuit, des cris de détresse ont retenti, et toute la nuit il a plu des sauterelles. Le sol en est couvert, l'air en est encombré.

« Le lendemain, à midi, le nuage s'éclaircit et livre enfin passage aux rayons du soleil. Le soir, plus de sauterelles, et l'on comprend l'étendue du désastre en voyant les pétioles des palmiers, dépouillés de leurs feuilles et allégés de leur poids, se redresser librement vers le ciel comme les branches des arbres de nos climats après qu'elles ont été effeuillées par le vent d'automne. Des régimes pendent encore çà et là, au-dessous des palmes dénudées : c'est tout ce qui reste d'une récolte sur laquelle reposait l'espoir de tant de malheureuses familles.

« Le désespoir se lit sur tous les visages des nègres de l'oasis, tandis que les nomades, dont la paresse et l'orgueil ont créé des déserts, font retentir de leurs cris de joie les plaines d'alentour. Que leur importent

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les plantations? Ils n'en ont pas ! La sauterelle, qu'ils mangent, est pour eux une bonne fortune ; elle leur apporte un surcroît de provisions inattendu. Aussi voit-on leurs femmes, leurs enfants, leurs esclaves, courir sus aux sauterelles, emplissant des sacs, des tellis, des paniers, des burnous, etc. La chasse terminée, on fait bouillir les insectes dans l'eau salée, on les fait sécher au soleil et on les entasse dans des sacs en peau de bouc, où l'on puisera plus tard au furet à mesure des besoins. » (Larceau, le Pays de Rirha.)

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