‹ La France coloniale illustréeChapitre 23 sur 80 · I. — NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

I. — NOTICE HISTORIQUE

La convention anglo-française. — La France est aujourd'hui la grande puissance saharienne. Elle l'est devenue évidemment tout d'abord par le fait de ses conquêtes algérienne et tunisienne prolongées au sud , jusque dans le Sahara, ainsi que nous l'avons dit au chapitre spécial de l'Algérie. Mais elle l'est devenue , même diplomatiquement, par suite de la déclaration, signée le 5 août 1890, par laquelle le gouvernement anglais reconnaît à la France le droit d'établir son influence exclusive sur le Sahara central jusqu'au Niger et au lac Tchad.

Voici le texte même de cette importante déclaration (dont le § 1er affecte notre protectorat sur Madagascar, ainsi que nous le verrons plus tard):

« § 2. — Le gouvernement de Sa Majesté Britannique reconnaît la zone <c d'influence de la France au sud de ses possessions méditerranéennes « jusqu'à une ligne de Saï sur le Niger, à Barua sur le lac Tchad , tracée « de façon à comprendre dans la zone d'action de la Compagnie du Niger

< tout ce qui appartient équitablement au royaume de Sokoto, la ligne

< restant à déterminer par des commissaires à désigner.

<r Le gouvernement de Sa Majesté Britannique s'engage à nommer immét diatement deux commissaires qui se réuniront à Paris avec deux com- <c missaires nommés par le gouvernement de la République française, dans ( le but de fixer les détails de la ligne ci -dessus indiquée.

« Les commissaires auront également pour mission de déterminer les <( zones d'influence respective des deux pays dans la région qui s'étend « à l'ouest et au sud du moyen et du haut Niger.

i Signé: Salisbury. d

Plus de la moitié du Sahara étant désormais partie intégrante du domaine colonial français, il est nécessaire de jeter d'abord un coup d'œil

rétrospectif sur les premières explorations qui nous ont fait connaître cette immense contrée.

Les explorateurs sahariens. — L'histoire du Sahara, peu intéressante dans les temps anciens, malgré les rapports commerciaux que le Soudan eut de tout temps avec la côte méditerranéenne, ne commence pour nous qu'avec les explorations scientifiques entreprises au xixe siècle.

C'est la société anglaise African Exploration qui, la première, dès 1822 , dirigea des expéditions vers le Soudan, dans le but d'obtenir des renseignements géographiques et commerciaux.

Voici, par ordre chronologique, les Européens qui se sont signalés par une entreprise au grand Désert :

1822. Le major anglais Denham et son compagnon Clapperton, partis de Tripoli, traversent le Fezzan, atteignent le lac Tchad, visitent Kouka, la capitale du Bornou, Kano, Sakatou (Sokoto), dans l'empire des Fellatahs. Un résultat considérable était ainsi obtenu par la première expédition.

En 1825, Clapperton revint, sur la côte de Lagos, à Sokoto, où il mourut de dysenterie en 1828. Ses compagnons, les frères Lander, qui rapportèrent ses papiers, descendirent le bas Niger jusqu'au golfe de Guinée (1830).

1822-1826. Le major anglais Laing traverse le Sahara, de Tripoli à In-Salah, et, le premier, il pénètre à Tombouctou ; mais il est assassiné peu de temps après par son guide.

1827-1828. René Caillié, Français, parti du Sénégal, traverse le Sahara occidental, de Tombouctou au Maroc. Nous en reparlerons au chapitre du Soudan.

1845. Henri Barth, Allemand, explore la Tunisie, le Tripoli, le Maroc, l'Egypte , jusqu'à Assouan.

En 1850-1854-, envoyé par le gouvernement anglais, il fit, avec le missionnaire Richardson, chef de l'expédition , et le hambourgeois Overweg, un grand voyage de Tripoli au lac Tchad; il visita le Bornou, le Baghirmi, atteignit la haute Binué, affluent du Niger, traversa ce fleuve dans son cours moyen, et parvint à Tombouctou. De là, il rebroussa chemin vers le Soudan, et, par Agadès, regagna Tripoli (1855). Il avait perdu ses deux compagnons, morts en route, et avait rencontré à Kouka le voyageur allemand Vogel, qui, venu à sa rencontre par Tripoli, voulut pénétrer au Wadaï, où il fut assassiné en 1856.

Un autre explorateur, Beurmann, y subit le même sort cinq ans après.

1861. Le médecin allemand Gerhard Rohlfs, ayant eu la bonne fortune de guérir le shérif ou sultan du Maroc , reçut de lui une mule et une robe blanche, emblème de sainteté chez les Mahométans, ce qui lui permit de traverser impunément le Sahara septentrional par le Touat , Ghât-Ghadamès et Tripoli. En 1865, il repartit de cette dernière ville pour le lac

SAHARA

Tchad, le bas Niger, d'où il parvint à Lagos, sur la côte de Guinée, ayant fait le premier la traversée complète de l'Afrique du nord -ouest, de la Méditerranée à l'Atlantique.

A la même époque, la courageuse demoiselle Tinné (Alexine), hollandaise, fit avec sa mère plusieurs explorations sur le haut Nil , et entreprit seule l'exploration du lac Tchad; mais elle fut tuée, dans le Fezzan, par son escorte de Touaregs et d'Arabes, qui pillèrent ses bagages (1869).

Une caravane dans le Sahara.

1859-1860. Henri Duveyrier est le premier des explorateurs français qui ait fait dans le Sahara septentrional un voyage important. D'Alger il se rendit à Ghadamès et à Ghât (ou Rhât) , d'où il revint par Tripoli.

Son exploration avait le triple but de recueillir sur le Sahara des données géographiques qui manquaient à nos connaissances , d'ouvrir avec les peuplades de cette région intermédiaire des rapports indispensables , avant de nouer des relations politiques et commerciales entre l'Algérie et l'Afrique centrale.

Parti de la province de Constantine en mai 1859, il se dirigea d'abord sur le pays des Beni-Mzab, dans l'espoir de trouver chez les Ghaamba des guides pour aller au Touât. L'état politique du pays , la présence du shérif Mohammed à In-Salah ne lui permirent pas de réaliser ce projet.

Après plusieurs mois consacrés à l'étude de l'intéressante contrée qu'habite la confédération mzabite, il risqua une reconnaissance aventureuse surEl-Goléa, ville dans laquelle aucun autre Européen n'avait encore pénétré ; il y fut très mal accueilli. Le reste de l'année 1859 fut consacré à des reconnaissances dans les différentes parties du Sahara dépendant des provinces d'Alger et de Constantine, de Laghouat au Souf, et de Biskra à Ouargla.

La première moitié de l'année 1860 fut employée à explorer le Sahara tunisien, le Djérid, le Nefzaouâ jusqu'à Gabès, sur la petite Syrte.

De retour à Biskra, Duveyrier reçut les instructions et des subsides du gouvernement, ainsi que de nouveaux instruments, pour entreprendre l'exploration du pays des Touaregs. De Ghadamès il se rendit à Tripoli, afin d'y chercher l'appui de l'autorité et du crédit dont jouissait dans toute la Tripolitaine le consul général M. Botta.

Rentré à Ghadamès, il partit pour Rhât avec l'émir Ikhenoukhen, qui regagnait sa tribu. Ayant rencontré les campements des Oraghen dans l'ouadi Tikhammalt, au milieu de bons pâturages, les voyageurs y séjournèrent pour refaire les chameaux; aussi, dans les premiers jours de 1801, se trouvèrent-ils à l'entrée du pays habité par les Touaregs. Après bien des retards dus à différentes causes , mais très précieux pour ses études , Duveyrier atteignit Rhât, où il ne résida que quinze jours, extra muros, les citadins ne voulant pas loger d'étranger dans la ville.

A Bhât, il se trouvait au foyer des ardentes rivalités d'intérêt qui divisent les commerçants de ce grand marché et les Touaregs, maîtres des routes qui y aboutissent ; il crut prudent de ne pas s'immiscer à leurs querelles et s'empressa de continuer à explorer le nord du pays des Azdjer.

Diverses raisons l'engagèrent à aller à Mourzouk, siège d'un kaïmakamlic turc, d'où il pouvait se mettre plus facilement en relation avec le consulat général de France à Tripoli ; il détermina Ikhenoukhen à l'y accompagner, ce qui n'était pas chose facile : le chef targui n'avait pas mis les pieds dans cette ville depuis l'occupation du Fezzan par les Turcs. Le voyage à Mourzouk se fit très lentement, ce qui permit à notre explorateur de visiter les lacs si curieux de Madara, Gabraoun et autres.

Après avoir séjourné six mois sous la tente, il arriva dans la capitale du Fezzan, où il prit un repos devenu nécessaire, bien que le lieu ne fût pas très salubre. Il estime que ce voyage à Mourzouk, en compagnie d'Ikhenoukhen, servit notre influence et nos intérêts plus que tout ce qu'il avait pu faire jusque-là. Bientôt il fit une nouvelle excursion dans l'est vers Zouila, petite ville des Chorfa, marabouts très fanatiques. Enfin il revint à Tripoli par la route de Sokna.

De retour à Alger, après un voyage qui avait duré près de trois ans, Duveyrier allait rentrer en France pour se mettre en mesure d'utiliser les bonnes dispositions de Sidi- Mohammed -el-Bakkay et aller avec lui à

SAHARA

Tombouctou. Mais le gouvernement de l'Algérie lui avait demandé de s'occuper auparavant, à Alger, de l'impression d'un rapport sommaire, avec une carte à l'appui, sur les résultats de son voyage. Déjà la carte était gravée et le manuscrit en partie imprimé, lorsque tout à coup il tomba gravement malade, atteint d'une fièvre typboïde compliquée d'accidents pernicieux. Mais, grâce à Dieu, après trois mois de traitement il était sauvé, et bientôt il publiait son livre : Les Touaregs du Nord. Ainsi se termina sa carrière d'explorateur.

Autres voyageurs français. — Après Duveyrier, plusieurs autres Français tentèrent de pénétrer également dans le Sahara.

En 1874, Soleillet parvint dans leTouât; mais il lui fut interdit d'entrer à In-Salah. — Il fit plus tard une nouvelle tentative par le Sénégal, et dut s'arrêter à Ségou.

En 187-4, Dournaux-Duperré , commissaire de la marine française, et l'ingénieur Joubert sont massacrés par les Touaregs au delà de Ghadamès. Ils avaient projeté le voyage à Tombouctou.

La même année, Largeau parvint à Ghadamès, où il conclut une sorte de traité de commerce qui ne reçut pas d'application ; il y retourna en 1875, puis en 1876, et parvint dans le Rhira, mais sans résultat.

Cependant en 1880, le docteur Lens, Autrichien, partant du Maroc, parvenait à Tombouctou, d'où il revint par le Sénégal.

En 1880, trois missionnaires d'Alger, les PP. Richard, Morat et Pouplard, sont assassinés dans le Sahara par les Touaregs.

1880-1881. Les expéditions qui eurent à cette époque le plus de retentissement en Europe furent celles du colonel Flatter s, chargé par le gouvernement français de trouver la direction d'un chemin de fer transsaharien. Le massacre du colonel et de presque toute sa troupe donnant à cette mission un intérêt poignant, nous y reviendrons avec plus de détails après avoir exposé l'état des connaissances actuelles sur cette contrée.

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