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III. — GÉOGRAPHIE POLITIQUE

Ethnographie. — La population saharienne est formée de Berbères, plus ou moins mêlés aux Arabes et aux Nègres, et portant le nom de Maures à l'ouest, de Touaregs au centre, et de Tibbous à l'est.

La langue est le berbère ou l'arabe; la religion, l'islamisme.

Ces peuples sont généralement pasteurs et nomades, pillards, féroces, ignorants, à demi barbares. Ils vivent en tribus, habitant sous la tente, ou construisant des huttes en terre ou en pierres (gourbis). — Partout le gouvernement est despotique ou de forme patriarcale.

Quant au chiffre de la population, les opinions varient énormément, les uns l'estimant à 4 millions d'habitants, les autres à peine à un million, ce qui, dans ce dernier cas, ne ferait pas un habitant par kilomètre carré.

En effet, si en Afrique les pays nègres sont parfois très populeux, il n'en est pas de même des pays musulmans. Pour ceux-ci les évaluations sont toujours trop fortes. C'est ainsi que dans le Maroc, par exemple, où l'on

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indiquait jadis 10 millions d'habitants, on n'oserait assdrer aujourd'hui qu'il y en ait 3 ou 4 millions. Pourquoi y en aurait-il plus qu'en Algérie? — On donnait i millions d'habitants au Sahara; y en a-t-il 2 millions? c'est douteux. En règle générale, on peut admettre que tout pays musulman se dépeuple. Et cela à cause même des principes d'égoïsme et de sensualisme qui font l'essence de la doctrine de Mahomet, et qui sont un si grand dissolvant pour la société qui en est imbue.

La vie nomade. — « La richesse des nomades consiste dans leurs troupeaux ; il faut qu'ils leur trouvent de la nourriture et de l'eau ; de là les migrations régulières du sud au nord et du nord au sud concordant avec le mouvement des saisons. Aux approches de l'été, les caravanes se mettent en route vers le Tell; elles y arriveront après la moisson faite; les bêtes trouveront encore leur pâturage dans les champs dépouillés. A l'automne, quand tombent les premières pluies, on revient sur les Hauts-Plateaux et dans le Sahara. C'est un curieux spectacle que celui d'une tribu en marche : les chameaux s'avancent gravement, en file, portant les provisions, les tentes, les ustensiles de ménage ; puis viennent quelques bœufs ou vaches maigres, les chèvres et la masse serrée des moutons qu'entoure un nuage de poussière; les femmes, leurs enfants sur le dos, cheminent à pied ; seules les grandes dames du désert prennent place dans Yattatouch, le palanquin installé sur le chameau. Les hommes, le fusil au poing, sont en avant pour éclairer la route ou en arrière pour la protéger ; d'autres courent sur les flancs de la longue colonne, surveillant les bêtes, les empêchant de s'égarer ou d'être volées. Le soir, on s'arrèLe et l'on campe.

« La demeure du nomade c'est la tente : un grand poteau et deux perches, quelques pieux fichés en terre supportent ou assujettissent la grande pièce d'étoffe formée de felidj cousus ensemble. Le felidj est une longue bande de laine et de poil de chameau , que les femmes tissent dans les journées où l'on n'est pas en marche. La tente, si belle qu'elle soit, est un médiocre abri; elle défend mal ses habitants contre le soleil, la pluie, la neige, mais elle est portative et légère. Elle leur suffit, et ils l'aiment. Le nomade repose mal sous un toit; il a horreur de nos maisons de pierre. Un jour, un général en tournée dans le sud engagea quelques chefs à se construire des maisons : ils obéirent à un conseil qu'ils considéraient comme un ordre; quand le général passa de nouveau, les maisons étaient bàiies, mais leurs propriétaires campaient à côté.

« L'ameublement d'une tente est d'une simplicité rudimentaire : deux pierres pour former le foyer, des tellis où sont les provisions, des peaux de boucs goudronnées pour l'eau, une marmite en terre, quelques plats en bois ou en alfa, des nattes grossières, et chez les riches un tapis. On a vu des caïds s'offrir le luxe d'une table avec des couverts, mais chez les nomades on peut compter ces sybarites. La nourriture habituelle est le

couscous, sorte de gruau que les femmes fabriquent elles-mêmes avec de la farine d'orge ou de froment; des galettes légères assez semblables à nos crêpes tiennent lieu de pain. Le lait, le miel et les dattes figurent pour une grande part dans l'alimentation. Rarement on mange de la viande ; il faut pour cela une grande occasion, une fête religieuse, une cérémonie familiale, une diffa offerte à des étrangers. Alors on égorge un mouton, on le dépouille, on le traverse d'une sorte de broche et on le fait tourner doucement devant un feu de broussailles en l'arrosant de beurre fondu : c'est le mets le plus succulent de la cuisine indigène.

« Les nomades cultivent peu, l'élevage est leur grande affaire; le mouton leur donne de la viande; la chèvre, la vache, la chamelle leur fournissent du lait. Avec la laine ou le poil de ces animaux, ils ont la matière première de leurs vêtements et de leurs tentes. Le commerce leur est aussi de quelque secours; ils échangent des dattes récoltées dans les oasis du sud contre les céréales du Tell ; ils vendent pour l'exploitation une partie de leurs troupeaux : ils n'achètent guère que des grains , quelques armes et des bijoux pour leurs femmes. En somme, ils ont peu de besoins et savent presque toujours y suffire eux-mêmes. (M. Wahl, l'Algérie.)

Divisions et villes. — Le Sahara peut se diviser en autant de parties qu'il y a de puissances limitrophes agissant sur son territoire, soit par leur administration directe ou indirecte, soit seulement par influence politique.

C'est ainsi qu'il y a, à partir de l'ouest :

4° Le Sahara espagnol, dit le Sahel, comprenant la côte de l'Atlantique entre les caps Blanco et Bojador, et, dans l'intérieur, le pays d'Adrar ;

2° Le Sahara marocain, s'étendant nominalement jusqu'au fleuve Draha. On y comprend la ville de Figuig, sur la frontière algérienne, et même la riche oasis du Touat, ville principale In-Salah ; mais ces territoires rentrent de fait dans la sphère française ;

3° Le Sahara algérien, avec les villes de Tougourt, Ouargla, El- Goléa, etc., et le Sahara tunisien, avec le port de Gabès. Ces deux parties se confondent aujourd'hui avec le Sahara central français, dont nous allons parler ;

4° Le Sahara turc ou tripolitain, c'est-à-dire le Tripoli presque tout entier, avec les villes de Ghadamès, Ghât et Mourzouk, dans lesquelles les Turcs tiennent garnison ;

5° Le Sahara égyptien, dont la séparation avec le précédent n'est pas bien déterminée, même au nord, dans le Barka, et qui, physiquement, s'avance vers l'est en Nubie, jusqu'au delà du Nil, et atteint les bords de la mer Rouge.

Limites du Sahara français. — Tirez sur la carte de l'Afrique une première ligne droite d'Oran sur Saint-Louis du Sénégal, une seconde de

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Tunis sur le lac Tchad, une troisième du lac Tchad à l'embouchure du Sénégal; ces lignes, complétées par la côte française de la Méditerranée, forment un vaste trapèze, dont le plus petit côté, au nord, a plus de 4 000 kilomètres de longueur, et les trois grands côtés, au sud, à l'ouest et à l'est, 3 000 kilomètres en moyenne. La superficie de ce trapèze immense est de plus de 5 000 000 de kilo-

Tougourt.

mètres carrés, soit dix fois la surface de la France; à part quelques réserves pour les possessions marocaines et espagnoles à l'ouest, tel est le domaine de la France, dans le Sahara, à ajouter au territoire qui lui revient au sud dans le Soudan, et dont nous parlerons plus loin.

Villes. — Comme villes ou bourgades marquant les oasis sahariennes, signalons, du nord au sud, Ghardaya, Tougourt, Ouargla, El-Goléa, dont nous avons parlé au chapitre de l'Algérie; Figuig, Tn-Salah (Touât), Temassinin, Idelès, Timissao, Agadès, Bihua, Agadem, Barua sur le lac Tchad; à l'ouest, Araouan, Tischitt; sans parler de Tombouctou, que nous réservons pour la zone du Soudan français.

Figuig, à l'extrémité orientale du Sahara marocain, est une oasis riche et bien cultivée, qui se compose de dix ksour ayant ensemble 12000 habitants très belliqueux, dont 4 000 à Zenâga, le chef- lieu.

In-Salah ou In-Çalah, oasis du Sahara central, ayant environ 8000 habitants, est l'entrepôt du commerce de Tripoli, Tunis, Ghadamès, avec Tombouctou ; elle reconnaît, comme Figuig , le sultan du Maroc pour chef religieux. Laing en 1826, Rohlfs en 1863, et Soleillet en 1873 et 1874, l'ont visitée.

Temassinin est une petite oasis du Sahara, à 500 kilomètres sud de Tougourt. — Amguid est moins une localité populeuse qu'une position excellente, au confluent de plusieurs oueds avec l'Igharghar supérieur. C'est un des objectifs du chemin de fer transsaharien. — Idelès est un des principaux villages des Touareg du Hoggar1, bâti en 1822 sur la rive ouest de l'Igharghar. — Timissao est à l'ouest des monts Tassili du Sud.

Agadès, sur la route de Ghât à Kouba et Sokoto, est la ville principale de la grande et fertile oasis d'Air, laquelle contient environ 15 000 à 20 000 habitants. — Le Bilma, avec Garou pour chef-lieu, forme la partie méridionale de la grande oasis du Kaouâr, en territoire tibbou. — Denham et Clapperton, Barth, Rohlfs et Nachtigal l'ont successivement visité. Sa richesse en sel lui donne une grande importance. — Araouan, oasis située à six journées au nord de Tombouctou, est un marché où s'échangent les produits du centre de l'Afrique avec le Maroc, Tunis et le Tripoli. — Tischilt est aux confins de l'Adrar, province revendiquée comme sphère d'influence par l'Espagne.

Industrie. — L'industrie des habitants du désert est plus variée qu'on pourrait le penser, et satisfait aux besoins de la vie domestique et nomade. 11 y a parmi eux des tisserands, des tanneurs, des forgerons, des armuriers, des orfèvres, etc. — Dans les oasis on cultive, pour l'homme, le maïs, le blé, les dattes, les légumes : pastèques et melons, le tabac, la garance, etc.; pour les animaux, le millet, le dourah et une espèce de trèfle. — Les troupeaux de moutons et de chèvres, les chameaux et les chevaux, qui constituent la principale richesse du désert, sont conduits alternativement, au temps des pluies ou en hiver, dans les steppes et les parties les plus chaudes , et en été sur les plateaux plus froids ; de là la nécessité de la vie nomade et ses conséquences.

Commerce. — Le trafic du désert consiste dans Y échange des grains, dattes, sel et autres produits du pays; — dans Y exportation vers l'Europe des gommes, plumes d'autruche, ivoire, laines, peaux, cire, poudre d'or, etc. , provenant du Sahara ou du Soudan ; — dans X importation des

1 Touareg est le pluriel de Targui; d'ailleurs, dans l'orthographe des noms de peuples indigènes, ou se dispense souvent de l'a finale, marque du pluriel. — Hoggar ou Aagghar se dit pour le pays comme pour le peuple : les Touareg-Hoggar sont au sud, et les Touareg-Azdjer, au nord du massif central du Hoggar.

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marchandises européennes (anglaises pour les deux tiers), cotonnades, calicots, verroterie, quincaillerie, couteaux, fil, papier, sucre, café, etc., et leur réexportation vers le Soudan; celui-ci en retour fournit des esclaves nègres, qui restent dans le désert ou sont vendus pour les pays musulmans.

Les transports dans le Sahara se font par de nombreuses caravanes de chevaux et de chameaux, qui suivent des directions régulières plus ou moins tracées par les ravins ou les ouaddis et les sources, et se rendent d'une bourgade à l'autre.

Les principales routes de caravanes sont : à l'ouest, celles qui se rendent de Tombouctou à In-Salah, de là à Figuig et Fez, ou à Tougourt et Tunis;

Au centre, celles de Sokoto et de Kano à Agadès, Ghât, Ghadamès et Tunis ou Tripoli;

Celle de Kouka à Mourzouk et Tripoli : c'est la plus suivie ;

Celle du Darfour à Kartoum et Souakin ;

Au nord, la route des pèlerins qui, du Maghreb, se dirigent par In-Salah et Ghadamès vers le Caire et la Mecque.

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