‹ La France coloniale illustréeChapitre 28 sur 80 · I. — NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

I. — NOTICE HISTORIQUE

Le Sénégal est la plus ancienne de nos colonies.

A ce titre nous croyons intéressant d'emprunter à M. Gaffarel quelques détails concernant les explorations des Normands français sur les côtes occidentales d'Afrique, à partir du xive siècle.

a En novembre 1364, les Dieppois équipèrent deux navires, du port d'environ cent tonnes chacun, qui firent voile vers les Canaries, arrivèrent vers Noël au cap Vert et mouillèrent à Rio-Fresca, devant la baie qui conserve encore le nom de Baie de France. Les noirs de la côte, auxquels les blancs étaient restés jusqu'alors inconnus, accouraient pour les voir, mais ne voulaient pas entrer dans les vaisseaux.

« Lorsqu'enfin ils s'aperçurent que nos compatriotes ne demandaient qu'à ouvrir avec eux des relations amicales, et leur montraient quantité d'objets inconnus qu'ils semblaient disposés à échanger, peu à peu ils renoncèrent à leurs défiances, et apportèrent de l'ivoire, de l'ambre gris et du poivre, qu'ils troquèrent contre les bagatelles dieppoises dont la vue les avait tentés. Les Dieppois, qui désiraient pousser plus avant, leur firent comprendre par signes qu'il reviendraient l'année suivante et les engagèrent à amasser pour leur retour d'autres productions indigènes. Ils découvrirent ensuite le Cap Vert, auquel ils donnèrent ce nom à cause de l'éternelle verdure qui l'ombrage, et arrivèrent à Boidaubel, ou Sierra- Leone, comme le nommèrent depuis les Portugais.

« Ils s'arrêtèrent ensuite à l'embouchure d'un fleuve (la Gambie?) auprès duquel ils trouvèrent un village d'indigènes qu'ils nommèrent le Petit-Dieppe , à cause de la ressemblance du port et du village, situé entre deux coteaux, avec le Dieppe français. Ils achevèrent d'y charger leurs navires d'ivoire et de poivre, et, à la fin de mai 4365, après six mois de voyage, ils étaient de retour en France avec une riche et précieuse cargaison.

« Les profits du voyage et l'espoir de les augmenter encore excitèrent

l'émulation des Normands. En septembre 4365, quelques marchands de Rouen s'associèrent avec ceux de Dieppe, et, au lieu de deux vaisseaux, en firent partir quatre. Les deux premiers avaient mission d'explorer les côtes depuis le cap Vert jusqu'au Petit-Dieppe, et d'y charger des marchandises- Les deux autres devaient pousser plus avant, et découvrir de nouveaux pays à explorer. Ce second voyage fut également heureux... » Nous y reviendrons à propos de la Guinée.

Carte de la SénégamMe et du Soudan français (partie occidentale).

Quoi qu'il en soit de ces faits, trop éloignés de nous pour avoir une certitude absolue, notre histoire au Sénégal ne remonte qu'à 1626, où une compagnie de marchands de Dieppe et de Rouen se forma pour créer ou pour soutenir les comptoirs français établis sur le littoral de la Guinée. Ces établissements passèrent, en 1664, à la Compagnie des Indes orientales, fondée par Colbert , puis à diverses associations commerciales, et enfin à la Compagnie des Indes occidentales, qui seule eut quelque prospérité.

De 1697 à 1723, André Brùe, directeur et commandant général pour la Compagnie du Sénégal et d'Afrique, rendit la prospérité au commerce, négligé par ses prédécesseurs , gagna le respect et l'amitié des indigènes ,

SÉNÉGAL

fit construire le fort d'Arguin, et fonda plusieurs comptoirs à Portendick, Albréda, etc.

Gorée, Rufisque, Portudal et Joal, sur la côte au sud du cap Vert, furent enlevés à la Hollande en 1667, et le fort de Podor, sur le Sénégal, fut construit en 4743. Les Anglais occupèrent deux fois la colonie, de 1763 à 1783, et de 1809 à 1814.

En 1818, le jeune Gaspard Mollien , survivant du naufrage de la Méduse, partit de Saint-Louis, et, aidé d'un interprète marabout, remonta le Sénégal

Le poste de Médine.

jusqu'au Bondou, visita les montagnes du Taugue, la ville de Timbo, découvrit les sources de la Gambie et du Rio -Grande, d'où il revint à Gorée l'année suivante.

Sous la Restauration, des essais de culture restèrent infructueux, et le progrès colonial ne commença qu'en 1 85-4, avec l'administration vigoureuse et intelligente du commandant, plus tard général Faidherbe. Celui-ci dota Saint-Louis d'institutions libérales et financières, et d'écoles dirigées, soit par des laïques , soit par des congrégations religieuses ; il créa des forts sur le Sénégal pour maintenir les indigènes, et conclut avec ceux-ci des traités de paix.

En 1857, le terrible El-Hadji-Omar, le fanatique musulman fondateur de l'empire de Ségou-Sikoro, sur le Niger, menaça d'envahir la colonie et vint attaquer le fort de Médine, sur le cours moyen du Sénégal ; après un siège de trois mois, soutenu héroïquement par le métis légendaire Paul Holl et une poignée de nos braves soldats, la place fut secourue par Faidherbe.

La puissance de la France en jeta un vif éclat, et son influence s'étendit par la soumission du royaume de Brakna, l'annexion du Dimar, du Toro et de toute la côte entre Saint -Louis et Dakar (1861). Bientôt après, les habitants de la Casamance, du Rio-Nunez et du Rio-Pongo devenaient nos tributaires.

Des explorations vers le Niger commencèrent avec Mage et Quintin, qui pénétrèrent jusqu'à Ségou-Sikoro, en 1866. Soleillet y arriva à son tour en 1878.

L'année suivante , les Chambres votèrent des crédits pour le chemin de fer de jonction du Sénégal au Niger ; mais une faible partie seulement de la ligne put être terminée en 1884, à cause surtout de l'insalubrité du climat, qui décima les travailleurs. Les 50 kilomètres exécutés avaient coûté plus de 30 millions de francs; et cette dépense, hors de proportion avec le résultat probable, fit ajourner l'achèvement du projet pendant plusieurs années.

Le capitaine Galliéni construisit, en 1879, le fort de Bafoulabé; l'année suivante, il s'avança jusqu'au Niger et obtint d'Ahmadou, roi de Ségou, un traité de paix. Ce traité accorde aux Français le droit exclusif de fonder des comptoirs dans son royaume ; il établit notre protectorat « sur tout le haut Niger, depuis ses sources jusqu'à Tombouctou... d, pour autant, bien entendu, qu'Ahmadou soit lui-même en réalité le souverain de toute cette région.

De son côté, le colonel Borgnis-Desbordes alla construire, en 1881, le fort et le camp retranché de Kita, à 1250 kilomètres de Saint-Louis; il eut à combattre Samory, puissant chef des Malinkés, et parvint, en 1883, à Bamakou, où un fort fut construit pour marquer la prise de possession française de la région. Une canonnière à vapeur lancée sur le Niger y promena, en 1887, le pavillon tricolore, que les riverains ont appris à connaître, jusqu'à Kabara, port de Tombouctou, le grand centre commercial et potitique du Soudan occidental.

Nous reviendrons sur ces événements au chapitre suivant.

Comme nous le disions dans nos précédentes éditions, « l'objectif de la politique française devait être de relier un jour la colonie du Sénégal à celle de l'Algérie, par l'établissement de rapports commerciaux, peut-être même par la construction d'un chemin de fer qui assurerait notre influence sur toute l'Afrique du nord-ouest. En agissant avec prudence et ténacité, en utilisant toutes les forces que donnent le commerce et la religion, par les négociants et les missionnaires, aussi bien qu'une diplomatie habile, peut-être qu'avant un demi-siècle l'influence française dominerait sans conteste sur toutes les parties occidentales du Soudan et du Sahara. Jointes à l'Algérie et à la Tunisie, elles nous donneraient ainsi un empire colonial franco -africain aussi vaste que la moitié de l'Europe. »

Cette prévision s'est, au moins diplomatiquement, réalisée en 1890.

SÉNÉGAL 161

Aujourd'hui il importe de distinguer administrativement le Sénégal proprement dit et les Rivières du Sud, que nous traiterons dans ce chapitre, et le Soudan français qui fera l'objet du chapitre suivant.

Il faut signaler quatre enclaves étrangères dans les possessions françaises de cette région :

1° La Gambie anglaise, comprenant un territoire très étroit sur les rives du fleuve de ce nom ;

2° La Guinée portugaise, sur le Rio-Géba et le Rio-Grande; 3° La colonie anglaise de Sierra- Leone , chef-lieu Freetown; 4° La république de Libéria, peuplée de noirs, capitale Monrovia.

Page 1