‹ La France coloniale illustréeChapitre 51 sur 80 · OBOCK · texte numérisé non relu

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une factorerie française, à côté d'un village indigène et arabe où se sont groupés un millier d'habitants. C'est en 1885 seulement que le gouvernement y a établi un quartier militaire et un dépôt de charbon pour le ravitaillement de notre marine de guerre, qui sera ainsi dispensée de recourir au dépôt anglais d'Aden. On vient d'installer aussi à Obock un dépôt pénitentiaire pour nos forçats algériens et annamites, élément redoutable, semble- t-il, pour la tranquillité et l'avenir de la colonie.

Tadjourah, résidence du sultan Ahmed, est un gros village peuplé d'un millier d'indigènes danakils; le port est mauvais. Les Français occupent à Tadjourah et à Sagallo, autre village, deux fortins abandonnés par les Égyptiens. C'est à Sagallo que se forment les caravanes pour le Choa et

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Carte des établissements de la nier Rouge.

l'intérieur de l'Abyssinie. Le nouveau port de Jibouti est excellent pour communiquer avec le Harar.

En général le commerce d'Obock n'est encore que rudimentaire , mais il peut s'alimenter par le transit vers l'Abyssinie, qui, en retour des armes et munitions de guerre, exporte de l'ivoire, du musc et de la poudre d'or. L'Angleterre occupe les ports de Zeilah et de Berbéra , où aboutissent les caravanes du Harar et du Somal.

La France possédait des droits contestés sur les baies d'Eddet d'Adulis, faisant partie de la côte aujourd'hui italienne de la mer Rouge; mais elle n'y fit jamais acte de prise effective de possession.

Le territoire de Cheick-Saïd, formant la pointe sud- ouest de l'Arabie sur le détroit de Bab-el-Mandeb , paraît nous avoir été cédé en 1868; il est occupé par une garnison turque. Une colline de 240 mètres domine complètement l'île de Périm, haute seulement de 70 mètres; en y construisant un fort, on pourrait annuler la valeur stratégique du poste anglais.

INDE FRANÇAISE

Historique. — L'Inde asiatique passe pour le plus beau, le plus fertile, le plus riche pays de la terre. Tous les grands caractères physiques et ethnographiques du globe y sont représentés : hautes montagnes, fleuves abondants, vallées pittoresques, plaines luxuriantes, climat varié, population dense, civilisée depuis les origines de l'histoire. Tout cela fait de l'Inde un pays envié, que tous les grands conquérants ont tour à tour envahi ou convoité. « La nation qui possède l'Inde est la première du monde, » a dit Napoléon.

Aussi voyons-nous successivement Sésostris, Darius, Alexandre le Grand se diriger vers cette merveilleuse contrée, qu'envahissent ensuite les Grecs, les musulmans (xe siècle), les Afghans, les Mongols avec Gengis-Khan et les fils de Tamerlan, dont l'un, Baber, fonda l'empire mongol de Delhi, qui subsista du xve au xvme siècle.

D'un autre côté, surviennent les Portugais, qui, les premiers avec Vasco de Gama, doublent le cap de Bonne-Espérance et arrivent à Galicut, le 17 mai 4498; puis les Hollandais, qui se contentent, comme les Portugais, de commercer sur les côtes (xvie-xvne siècles); les Anglais, qui établissent leur première compagnie des Indes en 1599, au temps d'Elisabeth, et les Français, qui fondent la leur en 1604, sous Henri IV, puis la réorganisent plus sérieusement sous Colbert et Louis XIV, en 1664.

Pendant le xvme siècle, une rivalité s'établit entre ces derniers : les Anglais se fortifient dans le Bengale, sur le Gange et à Madras, les Français dans le Dékan, à Pondichéry et sur la côte méridionale. Un instant, de 1745 à 1756, les efforts de la Bourdonnais et de Dupleix, soutenus par les Mahrattes, semblèrent devoir nous donner l'empire du Dékan et de l'Inde entière; mais la conduite impolitique du gouvernement de Louis XV, jointe malheureusement à des sentiments de mutuelle jalousie entre ces deux grands hommes, fit échouer l'entreprise.

Mahé de la Bourdonnais était gouverneur de l'île Bourbon et de l'île de France, comme Dupleix l'était des Indes pour la Compagnie française. Celui-ci <r avait entrepris de donner à la Compagnie, par négociation et

H1ND0USTAN FRANÇAIS

par conquête, la domination totale de la grande péninsule asiatique. Pour réaliser ce projet, il lui fallait des guerres, des alliances, et surtout une politique hardie, décidée, qui ne reculât pas devant les sacrifices d'hommes et d'argent. Malheureusement on lui refusa des secours, tout en lui laissant poursuivre ses projets ».

De son côté, « la Bourdonnais, qui n'avait pu obtenir non plus des secours du gouvernement, construisit lui-même des navires, arma des bâtiments de commerce, et se forma une escadre avec laquelle il affronta les Anglais et vint les assiéger jusque dans Madras, centre de leurs possessions asiatiques. Après quelques jours de tranchée, la ville capitule et obtient la liberté de se racheter moyennant dix millions. Dupleix refuse de ratifier la convention et garde la place; et comme son rival, soutenu par l'armée et par l'escadre, veut maintenir la parole donnée, Dupleix le renvoie en France, où il dénonce comme traître un guerrier plein d'activité et de courage, un administrateur plein de zèle et de lumière.

« Après plusieurs tentatives pour recouvrer Madras, les Anglais dirigèrent toutes leurs forces contre Pondichéry, chef- lieu de nos possessions asiatiques. Dupleix, avec huit cents Français et trois mille Indiens, déploya dans cette circonstance des ressources inépuisables de génie, de courage et d'habileté. A la fois administrateur, munitionnaire, artilleur et général, il pourvut à tout; et, après cinquante-six jours de tranchée ouverte et plusieurs assauts, les Anglais furent réduits à lever le siège. »

Mais le traité d'Aix-la-Chapelle (1748) rendit Madras à l'Angleterre, et Dupleix fut rappelé de l'Inde, ce qui fut une faute.

Quelques années plus tard la guerre recommençait (1778). « Lord Clive se présentait devant Chandernagor, l'enlevait en cinq jours, et nous expulsait du Bengale. Il cherchait aussi à nous supplanter au Coromandel , lorsque l'arrivée du comte de Lally-Tollendal avec l'escadre du comte d'Aché arrêta un moment ses progrès.

« Toute ma politique est dans ces cinq mots, dit Lally : Plus d'Anglais dans les Indes; » et pour commencer il leur enlève Gondelour, Saint- David, Arkôt, ainsi que les cinq forts qui couvrent le Karnatic. En moins de quatre semaines, tout le sud du Coromandel se trouve dégagé des Anglais. Mais quand il forme le projet d'assiéger Madras, centre de la puissance britannique, l'amiral d'Aché lui refuse le secours de ses vaisseaux. Contraint de renoncer à son projet, Lally marche contre le rajah de Tanjaour, allié des Anglais; pendant ce temps, ceux-ci s'emparent de Mazulipatam et menacent Pondichéry. Lally revient sur ses pas, dégage la ville et, quoique privé de la flotte, il va investir Madras.

a En quelques jours le quartier indien est emporté; mais la garnison a le temps, grâce à l'insubordination des assaillants, de se retirer dans le fort Saint- Georges, et Lally, bientôt abandonné de ses lieutenants, est forcé de battre en retraite. Investi à son tour dans Pondichéry par le

général Eyre-Coote, avec vingt- deux mille hommes appuyés de quatorze vaisseaux, il fait, pendant dix mois, des prodiges de bravoure et d'héroïsme. Enfin, trahi par ceux qui l'entourent, malade et couvert de blessures, n'ayant plus que sept cents soldats et quatre onces de riz par jour à distribuer par ration, il laisse aux habitants la liberté d'ouvrir les portes à l'ennemi (1761). Lally, ramené prisonnier en Angleterre, obtient lapermission de rentrer en France , où , attaqué par la Compagnie des Indes et condamné, il périt bientôt après sur l'échafaud.

Carte pour servir à l'histoire des conquêtes dans l'Inde.

a Ainsi tomba le dernier débris de l'édifice colonial élevé par Dupleix; le monde indien, un moment promis à la France, se trouvait désormais perdu pour elle. » (F. Agohard, Histoire de France).

Toutefois la paix de 1763 rendit à la France Pondichéry, Karikal, Chandernagor et des comptoirs au Bengale; mais la Compagnie française céda ses droits à la couronne en 1770 et fut supprimée en 1790.

Les Anglais, étendant leurs conquêtes, détruisirent plus tard le royaume de Mysore, dont les chefs, Haïder-Ali et Tippo-Saïb, furent nos alliés, et dont le dernier périt même sous les ruines de Séringapatam , en 1799; puis l'empire des Mahrattes, qui finit en 1818, laissant l'Angleterre maîtresse d'acquérir peu à peu, pacifiquement ou par les armes, le reste des territoires qui forment aujourd'hui l'empire indo- britannique, sept fois vaste comme la France et peuplé de plus de 280 millions d'âmes.

Le traité de 1814 nous avait rendu quelques chétifs lambeaux de ter-

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