AVANT-PROPOS
Il y a un an j'offrais au public un livre sur le Crimey sur sa nature, sur les caractères qui le distinguent de la folie, sur les effets qu*il produit dans rame humaine . . . J'annonçais en même temps que je consacrerais un second volume à l'examen des causes d'ordre social qui augmentent ou qui diminuent le penchant au crime. — Ce deuxième volume, le voici.
Pour apprécier l'intensité des causes, il faut constater les effets et essayer de dégager la loi d'après laquelle ils se développent. Tant de gens trouvent des explications vraisemblables et. ingénieuses pour des choses qui n'existent pas, qu'on ne saurait prendre ici trop de précautions. Mais chercher à enregistrer les effets, partout où il se commet des délits, était une tâche trop vaste. Je me suis donc borné à la France, de 1825 à 1889. Il m'a semblé que c'était là plus qu'une monographie, et qu'un exemple de cette ampleur pouvait justifier beaucoup d'inductions scientifiques, beaucoup de conclusions pratiques.
Les astronomes qui cherchent à expliquer les mouvements des corps n*ont pas à leur disposition l'univers entier. Mais il a suffi à plus d'un de suivre attentivement les révolutions d'un groupe cf^leste et d'y démêler certaines perturbations apparentes, pour y découvrir des lois app'licablesâ toute la nature. Peut-être en est-il de même dans les recherches qui nous occupent. En tout cas il est plus aisé de déterminer quelques lois et quelques causes en étudiant des mouvements actuels. Les relations visibles encore, quelquefois même -modiflables,: de ^ certains phénomènes sociaux aident plus sûrement à trouver les forces qui précipitent ou qui. troublent ces mou-r vements, et qui n'agissent ainsi que par une sortç de vertu permanente, par Teffet d'un rapport constant d'où provient la nature de leur influence.
Chaque année, les journaux et les revues rendent compte, en passant, de ces fluctuations de notre criminalité. Mais c'est tout au plus si les auteurs de ces études rapides comparent l'année actuelle à celle qui Ta précédée. Puis, la plupart du tenaps, ils terminent leur travail par cette question qu'ils laissent; sans réponse ; « A quoi tout cela tient-il ?» — A quoi tout cela tient, c'est précisément ce que j'ai cherché. La statistique pose les problèmes, ce qui est déjà beaucoup : elle est très loin d'en donner les solutions toutes faites. Pour dégager ces solutions, il faut mul-, tiplier les comparaisons dont les difîërentes statistiques fournissent les éléments ; mais par de là Les^ chiff^res abstraits il faut essayer de voir de près la