‹ La France criminelleChapitre 2 sur 45 · AVANT -PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS VII

vie et l'action des existences compliquées, dont ces chiffres ne font que compter les mouvements tout extérieurs.

J'ai donc suivi dans ce second volume la môme méthode que dans le premier. Je n'ai négligé aucun document : j'ai lu avec soin et avec suite tous les rapports des Comptes généraux de la justice criminelle depuis l'année où ils ont été inaugurés, c'est-àdire depuis, 1825. J'ai compulsé aux Archives nationales ce qu'on appelle les comptes d'assises. J'ai consulté les enquêtes portant directement ou indirectement sur l'état moral du pays. J'ai assailli de questions, dans nos grandes administrations publiques, des hommes d'une érudition et d'une complaisance également inépuisables*. Puis, lorsque la statistique m'a révélé quelque foyer de criminalité ou persistant ou récemment allumé, j'ai procédé à mon tour à une enquête personnelle : je me suis rendu sur les lieux : j'ai interrogé les hommes compétents de la région. M. le Ministre de Tlnstruction publique avait bien voulu, sur la proposition de M. Xavier Charmes, me confier à cet effet une mission spéciale : j'ai fait ce que j'ai pu pour en tirer bon parti.

Mes efforts ont donc été secondés et encouragés. La Faculté de Droit de Paris m'a fait l'honneur de me demander d'ouvrir pour ses élèves un cours de

' On trouvera souvent leurs noms dans le cours de ce volume. Mais je dois nommer ici, avec une reconnaissance toute particulière, M. Yvernès, le chef de la division de la statistique au Ministère de la Justice, et M. Turquan, chef du bureau de la statistique au Ministère du Commerce.

.science criminelle et pénitentiaire ; une grande partie de ce que contient le présent volume a été exposé chez ' elle. L'Académie des Sciences morales et politiques a décerné à la première partie de mon travail une hauts récompense. J'offre donc à ces savantes compagnies l'expression de ma gratitude, et je travaille de mon mieux pour me rendre tout à fait digne de Testime qu'elles m'ont témoignée.

Vais-je répondre à toutes les curiosités, satisfaire toutes les exigences ? Je suis très éloigné de le croire.

Un savant critique, fort compétent dans les questions de criminalité, voulait bien espérer * que mon deuxième volume contiendrait une explication « du mal »... ; car il parait qu'il en faut une explication nouvelle. « Jusqu'ici, disait-il, tout l'effort de l'auteur et toutes les parties de son ouvrage semblent converger vers cette conclusion que le criminel est un homme comme un autre. Il le prouve en combattant ses adversaires darwinistes par la méthode môme du Darwinisme. » En effet, Darwin s'est flatté d'expliquer l'évolution et la transformation des espèces, à la condition qu'on lui donnât au préalable la vie, dont il n'a pas voulu, semble-t-îl, se charger de sonder à nouveau les origines. Ici de même, je prends comme point de départ l'homme faillible , bon et mauvais tout à la fois, incliné à l'égoïsme et capable de pitié, sollicité par mille influences contraires, libre cependant, je le crois, de céder plus complaisamment aux unes ou aux autres,

* Eevue phihsqphique. Mars 1889. Article de M. Tarde.

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