‹ La France criminelleChapitre 7 sur 45 · LES ÉTRANGERS CHEZ NOUS · texte numérisé non relu

LES ÉTRANGERS CHEZ NOUS

<c Texposition » de ce drame et en ont clairement indiqué la scène, on peut distinguer déjà trois personnages collectifs auxquels est due en grande partie la marche des événements : l'étranger qui vient charger la criminalité interne de certains départements ; Témigré à rintérieur de la France, qui fait la criminalité externe de certains autres et en accroît ainsi la criminalité totale, enfin les populations des grands centres qui attirent ces éléments, les déplacent et les égarent : or, parmi ces centres d'attraction, la France en a un dont Faction prime toutes les autres, c'est Paris. Ainsi donc, les étrangers chez nous, les Français hors de leur fojer, les Parisiens, trois facteurs de premier ordre, dont il s'agit de comprendre toute l'importance.

J'ai dit que les statistiques du Ministère de la Justice ne faisaient pas tous les ans les mêmes calculs d'après les mêmes méthodes : elles varient l'étude des problèmes d'après la diversité des données que les autres administrations leur fournissent.

En 1877, le Compte général a fait *, en quelques lignes, un rapprochement qui est d'un singulier intérêt. « En se reportant, dit-il, aux résultats généraux du recensement de 1876, on constate que sur 100,000 habitants n'ayant point quitté le lieu de leur naissance, 8 ont été traduits en 1877 devant les cours d'assises ; que sur 100,000 individus domiciliés dans d'autres départements que celui où ils étaient nés, il y en a eu 29; et que sur 100,000 étrangers résidant en France, il y en a eu 41. »

Ainsi 8, 29, 41, voilà les trois étapes criminelles que font parcourir le déplacement, l'abandon du sol natal et du foyer héréditaire. Revenons maintenant sur nos pas et faisons, si nous le pouvons, l'histoire de ce voyage.

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Sur Tétranger, il y a peu à dire, mais ce peu est décisif. Les Comptes généraux du Ministère de la Justice nous évitent la peine de disposer nos calculs ; ils nous les donnent tout faits. Le rédacteur de ces Comptes noua dit : « En France, il résulte de la statistique et des casiers judiciaires que, parmi les étrangers immigrés, la criminalité est quatre fois plus forte que chez nos nationaux*. » Ceci nous est dit pour les deux dernières années. En 1886 *, on donnait cette criminalité comme n'étant que trois fois plus forte. Ainsi donc, non seulement rimmigration étrangère augmente dans les proportions que l'on sait : car du recensement de 1851 à celui de 1886, en trente-cinq ans, elle a triplé ^ : mais de plus, les éléments qu'elle nous envoie sont ou deviennent de plus en plus mauvais. La comparaison a été faite pour les crimes, elle a été faite pour les délits et les crimes réunis : les résultats concordent*.

D'où vient cette aggravation ? Les individus que l'étranger nous envoie, nous arrivent-ils pires que jadis, avec une corruption déjà mieux formée et plus avancée par les influences subies dans leurs patries respectives ? Se gâtent- ils davantage chez nous ? La question est dé-

^ Bulletin de V Institut international i$ statistique, Rome 1888, p. 77 {communicatioa de M. Yvkrnès). Ci. Comptes géné^ausf pour 1885, p. X et pour 1887 p. ix.

* Compte général^ XXXIV.

' Elle a passé de 380,381 à 1,126,153.

* 11 y a lieu de remarquer une fois de plus cette concordance qui justifie notre méthode et un grand nombre de nos assertions.

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licate et très difficile à résoudre» Ce qu*on peut dire' d*abord de plus vraisemblable, c'est que la qualité de ces émigrés diminue peut-être à mesure que la quantité en augmente» et par cela même que cette quantité s^accroît. Quand le courant qui pousse les gens d'un pays dans un autre est faible, il n'amène, ce semble, que des individus plus énergiques, plus intelligents et plus curieux, qui viennent d'eux-mêmes et de propos délibéré. Quand il est fort, il charrie de plus en plus indistinctement des êtres de toute espèce qui cèdent à un entraînement. Cela doit être vrai pour la niasse aussi bien que pour les classes et les professions prises à part. Lorsque la France ne demandait à TAUemagne qu'un petit nombre d'institutrices et de domestiques destinées à apprendre leur langue aux enfants, on les choisissait, et celles-là seules devaient venir qui se sentaient une certaine vocation. Depuis qu'on en importe par centaines, il en arrive de tout caractère et de toute vertu.

Je trouve une vérification de cette* hypothèse dans la comparaison suivante. Il est naturel que ce soient les peuples limitrophes, — Belges, Suisses, Italiens, Espagnols, — qui nous envoient le plus d'immigrants. Aussi ne peut-on s'étonner que ce soient eux qui nous donnent, en chiâ^es absolus, le plus de criminels. .Ce qui était moins prévu et est plus digne d'attention, c'est que le nombre des malfaiteurs est proportionnellement plus fort parmi les immigrants venus des pays voisins que chez les immigrants venus dé pays plus éloignés. Le Compte général de. 1888 nous dit : « Si l'on rapproche les chiffres des bulletins de condamnation des habitants de chacune des nationalités recensées en 1886, on obtient une proportion de 4 condamnations pour 1,000 Belges, de 18

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pour 1,000 Italiens, de 19 pour 1,000 Suisses, de 23 pour 1,000 Espagnols. »

Pour les autres nationalités, on ne nous donne aucune proportion, parce que, dit -on, les chiffres sont trop faibles. Nous avons cependant en France * plus de 36,000 Anglais, 12,000 Russes, 12.000 Austro-Hongrois, 10,000 Américains. Ce ne sont pas ià des chiffres minimes. Ne pas compter ce qu'ils donnent de délinquants, c'est reconnaître implicitement qu'ils en donnent beaucoup moins que les autres. Mais nous aurons une confirmation plus positive, si nous analysons les chiffres des arrestations d'étrangers opérées dans le département de la Seine •, et si nous les comparons aux chiffres de leurs nationaux recensés dans le même département ^. A nombre égal de résidents, les colonies belge et suisse ont environ trois fois plus d'arrestations que la colonie anglaise, que la colonie austro-hongroise et que la colonie américaine. Entre la colonie italienne et la colonie austro-hongroise, la différence est encore plus forte : la première n'est que 4 fois 1/2 plus nombreuse, et en 1887 elle comptait 15 fois plus d'arrestations *.

N'est-ce point que pour aller en pays lointain, il faut quelque esprit d'entreprise, quelque volonté de changer de vie par le travail, ou bien encore une fortune et des loisirs qui garantissent contre le désordre grossier ? Le

• Statistiçue générale de la France^ recensement de 1886. Paris, 1888. p. 72.

• Compte général pour 1888, p. 145.

• Statistique générale de la France, 1888, p. 72-73.

^ < On ne peut faire une opération analogue pour les Allemands, dont le nombre en France est fixé pour le dernier recensement à 100,114^ parce que les bulletins de condamnation s'appliquant à des Alsaciens-Lorrains ne font pas connaître si ces individus ont opté ou non. >

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