‹ La France criminelleChapitre 8 sur 45 · LES ÉTRANQERS CHEZ NOUS · texte numérisé non relu

LES ÉTRANQERS CHEZ NOUS

paresseux, le vagabond, l'homme qui, dans son pays, a sur les bras quelque mauvaise affaire, passent plus aisément la frontière : ils partent pour la contrebande, puis pour le vol. Plus il y en a qui l'ont osé, plus leur nombre se grossit de déclassés et d'hommes ayant intérêt à quitter le plus vite possible le pays où ils sont nés.

Mais cette loi générale n'est pas la seule à influer sur le régime moral des émigrés. Il est bien probable que la façon dont on les accueille et dont on leur fait place, est pour beaucoup dans la manière dont ils se conduisent à leur nouveau séjour. Les Belges qui résident dans le département du Nord y commettent relativement peu de méfaits. C'est la région où les étrangers ont le moins d'individus condamnés pour crimes ou délits. La différence est môme très forte, puisque la proportion est de 11 condamnés sur 1,000 dans le Nord, tandis qu'elle est de 47 sur 1,000 dans le Doubs et dans les Pyrénées- Orientales, de 45 dans l'Hérault. Or, c'est auprès de la frontière belge qu'il y a le plus de naturalisations. Le Nord a 4 foiâ plus d'étrangers que les Bouches-du-Rhône, mais il voit 9 fois plus de naturalisations. Il a 19 fois plus d'étrangers que l'Hérault, mais il a 75 fois plus de naturalisations. Le Doubs a 2 ou 3 fois moins d'étrangers naturalisés que le Nord, et l'on vient de voir que la criminalité de ses immigrés était 4 fois 1/2 plus forte. Les étrangers qui commettent le plus de crimes sur notre sol sont les Espagnols. Remarquons que ce sont eux qui, quoique se plaisant dans les Pyrénées- Orientales et dans l'Hérault, se prêtent le moins aisément à embrasser notre nationalité et à régulariser ainsi leur résidence. Nous devons en conclure que l'ensemble des Espagnols recensés dans nos départements méridionaux y campent plus qu'ils n'y résident, tandis que les Belges de Lille et de

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Yalencîennes tendent insensiblement à se fondre avec nos propres populations.

Au point de vue qui nous occupe, que prouvent ces divers rapprochements? Que plus on vit en étranger dans un pays, plus on se met facilement en hostilité avec ses lois. . . Ce n'est pas assez dire : moins on incline à se faire citoyen d'un Etat et à adopter une nouvelle patrie à défaut de celle qu'on a quittée, moins on est retenu par ces liens habituels qui enchaînent la plupart d'entre nous dans la régularité, dans la prudence, dans le respect de nos semblables et dans la crainte de l'opinion.

Il n'en serait pas de même si la colonie installée à l'étranger y demeurait compacte, si elle gardait quelque chose de son organisation nationale ou, tout au moins, savait se rallier dans des réunions charitables et religieuses. Les dépositions recueillies près des publicistes de l'Amérique du Nord dans l'enquête de 1873, l'ont établi plus d'une fois : les émigrants qui arrivent d'Europe isolés commencent toujours par être un embarras, ils commettent délit sur délit. Pour qu'ils retournent à une existence honnête, il faut qu'ils se fondent avec la société américaine et se classent dans ses rangs. D'autres fois, ils traversent une étape intermédiaire. Dans un centre populeux, ils retrouvent des compatriotes, inconnus d'eux sans doute, mais parlant encore leur langage et partageant leurs souvenirs. Ils cessent dès lors d'être à l'état de nomades et d'irréguliers.

Rien n'empêche d'ailleurs que ces deux organisations ne rentrent l'une dans l'autre, ne s'ajustent Tune à l'autre, et ne forment pour ceux qu'elles enlacent un double rempart contre le mal. Les juifs, installés dans les pays civilisés et y jouissant de tous leurs droits, compa-

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