INTRODUCTION
. Mon unique pensée avait été tout d'abord de limiter ce travail à l'examen de notre situation en Cochinchine vis-à-vis du Cambodge et du royaume de Siam. Je voulais éviter avec soin de parler du Toiikin et de l'Anitam, dans la crainte de réveiller des passions endormies, de provoquer des débats irritants. Mais j'ai réfléchi que l'avenir de notre colonie, au sud de l'Indo-Chine, depuis que nous sommes si gravement, si complètement engagés dans leTonkin, n'était pas sans dépendre désormais du sort de notre nouvelle colonie limitrophe de la Chine. Pour rài« sonner sur la première, j'ai dû malgré moi m'occuper de la seconde. J'apporterai dans cette étude toute l'impartialité, toute la modération de langage qu'on doit attendre d'un homme exempt de parti pris
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et qui n*a qu*un seul et unique but : accomplir une tAcho utile, mettre en garde son pays contre des illusions dangereuses, lui faire entrevoir dos périls qu*il semble ignorer, lui indiquer enfin les moyens de les conjurer. Malgrô les enquêtes qui ont été faites, la question tonkinoise est, pour beaucoup, demeurée fort obscure. Klle nous a procuré pourtant, \vxr les débats qu*clle a occasionnés, le douloureux si)ectacle de rivalités bien fûclieuses.
A côté des aniinosités les plus exagérées elle a suscité les ambitions les plus désordonnées et souvent les moins justifiées. Les ministres dont elle a causé la chute continuent h soutenir le bien fondé de leur conduite; ceux pour lesquels elle a été Toccasion d'arriver au pouvoir ont, par la force des choses, suivi les errements de leurs prédécesseurs. C'est ainsi que la situation de la France en Extrême Orient est restée grave et devient de plus en plus précaire. Elle est aussi problématique qu'au premier jour.
L'ennemi vaincu la veille reparaît le lendemain plus nombreux, plus expérimenté, toujours infatigable. Nous allons de victoire en victoire!... On nous en promet d'autivs semblables, car les pirates c surpris» d'un côté reparaissent ailleurs. On les surprendra encore, la chose n'est pas douteuse. On Ks battra de nouveau, ici comme là, partout oii on les rencon« trera. La belle affaire ! Et puis, après? Après? Je me souviens qu'ainsi nos armes ont été victorieuses
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pendant cinq ans du nord au sud du Mexique, ti bien qu'à force de battre des gyeriUaê nous avons étô forcés do rembarquer notre corps expéditionnaire & Vcra-Gruz.
Triste, mais futaie perspective que celle-là, qui résulte habituellement des succès glorieux et sanglants obtenus dans tout pays qu'on prétend conquérir et qui se défond quand même d*£tre occupé.
Nos constants triomphes au Tonkin me remplissent d'eiïroi. Je songe sans cesse, et malgré moi, au Mexique, où, prenant part aux opérations de guerre, j*ai assisté à tant de victoires!
J'ai également contribué aux expéditions de Chine et de Cochinchine. J*ai visité la c6te tonkinoise en 1858. Le 8 octobre de celte môme année, je suis entré dans le fleuve Rouge, envoyé en mission spéciale, — avant mon camarade F. Gamier — par l'embouchure du Cua Bac-Lac-Dong.
J'ai donc suivi les récents événements qui se sont passés dans ces |)ays de l'Kxtréme Orient avec un soin particulier.
J*ai pu me rendre un compte exact de tous les faits qui ont été relatés de diverses manières sur notre nouvelle colonie.
De là ma résolution de faire connaître mon opinion sur un iiarcil sujet. Pour rendre mon travail le plus clair possible, j*ai cru plus méthodique de le diviser en deux parties.
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Dans la première, jo ferai Texposé de notre situa« lion actuelle au Tonkin et dans TAnnam vis^-vis de la Chine.
Dans la seconde, jo m'occuperai de la Cochinchino, do notre protectorat au Cunbodgo et enfin do nos rolationn avec lo ruyaunie do Siani. Je dirai aussi quelques mots de notre dernier traité avec la Dirmnnio.
Avec toute la réserve que mUmpost) la tûche que je me suis tracée, je terminerai en indiquant la politique qui me paraîtrait devoir être adoptée par la France dans ces diverses régions lointaines.
J*espére que mon œuvre méritera au moins d*étre appréciée comme une œuvre honnête et loyale.