‹ La France dans l'Indo-ChineChapitre 3 sur 12 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

TONKIX — AN.XAM

De loua temps, dans toutes les circonstances, J*ai manifesté les- sentiuicnis les plus hostiles aux projets d*une occui)ation du Tonkin, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui. J'ai toujours considéré cette conquête comme inutile, estimant que la Gochin* chine suffisait aux besoins de notre |x>litique colo* nialc en £.\ti*émc Orient et qu'elle ^lourrait rendre les serviceâ qu'un croit attendre du Tonkin. J'ai pensé également qu'une exi)édition si lointaine, en nous rendant, par la force, les voisins umbjiré lui d'un peuple de U5Q millions d'habitants, deviendrait tùt ou taixl |)our nous un danger, dût-elle même s'accomplir sans trop de sacrifices de notre part et favoriser les vues immédiates do ceux qui croyaient devoir la tenter. Et, sur ce dernier ixiint, je m'empresse de dii*e «lue je no sus«t)eclo les bomies inten» tions ni les convictions de persimno*

10 U PlU!fCE DA!IS L*l!IIM>-€RI!fE

Je me suis, on le voit, toujours bien plus préoccupé de Tavenir que du présent; et combien souvent, au milieu de mes craintes, j*ai songé h cette fatidique dépêche du 9 octobre i88i, de M. Ristelliueber :

c Li-IIong*Chang déclare qu'une gueire, quelque heureuse qu'en fût Tissuc pour la France, aura pour elTet de fah*e prendre en haine le notn français^ haine qui pourrait devenir funeste à la colonie que la France veut fonder aux j^rtcs de la Chine, »

Ces craintes, je le n^pC'te, je les ai eues dus Torigino. J'en étais proiVmdénicnt pénôtrô lorsque, les 5 et 7 juin IS8:), je publiais les deux articles qui ont paru, sous ma sigiiatui*e, dans le journal le Jour^ dont j'étais alors le directeur.

Dans le premier de ces articles, je prévoyais les difRcultés que rencontrerait forcément notre corps expéditionnaire et j'indiquais, non sans quelque courage, au gouvernement les deux solutions entre lesquelles il a>ait h, choisir.

Je les résumais en ces teimes :

c 1* Ucnoncer — pour le moment du moms — à toute idée de conquête ou de protectorat du Tonkin et se borner h maintenir dans le Delta une situation militaire suflisamment forte; en un mot, ménager jiotrc iniluence par l'adoption d'un moduê vivendi librement consenti entre la Chine et nous. En ce cas, nous nous contenterons de nous faire reconnaître certains droits de commerce et de navigation.

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c 2* Marcher hardiment à la possession du Tonkin sans se dissimuler les difilcultés de Tentreprise aussi bien sur terre que sur mer, et demander aa pays les sacrifices nécessaires en hommes et en argent pour conquérir une province riche, admirablement située, non pas sur son empereur légitime Tu-Duc, mais sur un gouvernement étranger auquel porte ombrage Tidée de notre voisinage futur. »

Ce gouvernement étranger que je désignais ainsi était évidemment celui de Pékin.

Dans le second article, celui du 7 Juin, Je me prononçais avec toute Ténergic possible pour la pro« miôre de ces deux politiques. Mon sentiment no s'est pas modifié à cet égard, même & Tlieure présente.

Je ne peux donc être soupçonné de m'étre fait un« opinion après coup ou d'avoir obéi à un mobile intéressé.

Je dois pourtant dire que j'aurais volontiers admis, mais comme un maximum^ l'occupation du • Delta dans les conditions présentées par M. Douré« à M. Duclerc, ministre des Aflaires étrangères. On se souvient que notre ministre à Pékin soumit au quai d'Orsay un projet de convention qui procura l'occasion à M. Challemel-Lacour de déclarer la Chine une c quantité négligeable ».

Pourquoi la France ne s'en est-elle pas tenue à ' celte proposition? Et comme il est regrettable qu'un

iâ U FftA.NC8 OA^'IS L^INOO-CIUM

homme d*État de la valeur, de rintelligence incontestables de M. Jules Ferry ait préféré & cette solution agréable & la Chine, due pour aitisi dire à son amitié pour nous, ce traité de Tien-Tsin, instrument pré« Caire, au sujet duquel M. Patenôtre, ministre de France, écrivait déjà -— comme cela se peut voir dans le Livre Jaune — en date du 17 août 188-1 :

c Le Tsong-U-Yamqn fait savoir aux représentants étrangers que c*cst la France qui a déchiré le traité de Tien-Tsin, en obligeant le roi d*Ânnam à rendre U sceau d*investUure conféré par la Chine. >

J*ai prétendu, à propos du projet de convention présenté k la France par M. Bourée, que la solution contenue dans ce projet était pour ainsi dire « due à raniitié de la Chine elle-même ».

Je dois à cet égard quelques explications particulièrement intéressantes, car les dispositions du gouvernement chinois vis-à-vis de la France, h ladite époque, sont peu connues.

Je suis forcé do remonter au mois d*avril 1880. M. Dourée, qui venait d'arriver ii Pékin pour y représenter la France, y trouva une situation fort tendue entre la Cliine et la Russie. La guerre était imminente enti*e ces deux vastes empires. L'Allemagne avait intérêt à attiser la discorde. Elle s*y employait activement. Son but était de paralyser les moyens d'action de la Russie du côté de la Vistule,

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en immobilisant une partie considérable de ses forces dans TExtrème Orient.

C'est ce que comprirent parfaitement le ministre de France et son collègue sir Thomas Wade, repré- , sentant rÂngleterre auprès de l'empereur de Chine. Le diplomate anglais prévoyait justement les per* turbations ruineuses pour le commerce britannique qui seraient, en £xtr(>me Orient, le résultat d'un conflit russo-cliinois. Quant & M. Douréc, il ne pouvait avoir d'autre but que de laisser la llu.s8ie indépendante et libre d*agir, en Eui-ope, contre les agissements occultes de M. de Disniarck.

Les conseils pacifiques des ministres de France et d'Angleterre prévalurent heureusement auprès de la cour de Pékin; et il me laut rendre un hommage tout particulier et mérité à M. Dourée, qui, en toute cette alTaire, a joué un rùle pré(K>ndérant. DVilleurs le gouvernement cliinois ne s'est pas fait faute de le reconnaître avec elTusion, dès ({ue l'accord a été sanctionné par le traité qui fut signé à Saint-Pétersbourg, entre les deux puissances, en l'année 1882.

Mais ces bonnes dispositions de la Chine devaient bientôt être altérées gravement par les événements qui survinrent au Tonkin.

On a accusé M. Jules Ferry d'en être le véritable, presque le seul auteur. Certes le ministre des Aflaires étrangères, qui, malgré tous les conseils de la plus stricte prudence, n'a pas craint d'ordonner le mou-

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vçment sur luing-Son, a assumé uno grande responsabilité. Muis les circonstonccs politiques du moment, le besoin pour lui do so mouvoir dans un parlcincntarisino étroit, encombré do nullités gé« nantes autant quo servilcn, no sont-ib pas cause qu'il s*08t, à tort bien entendu, laissé cntruinor plus loin quMl ne Taurait voulu peut-être, et qu'il a été dès lors empêcbé de se rendre un compte exact d'une situation singulièrement compliquée et em« mêlée?

Le temps rendra justice à chacun. Je continue riiistoriquc simple et rapide de ce qui se passa & Pékin au moment où les relations entre la France et la Chine subirent un malaise sérieux, en raison do notre intervention armée au Tonkin.

M. Ik>urée, surpris, comme le gouvernement chinois, par des actes que nul n'était autorisé h prévoir, nMiésita pas & rappeler les services par lui rendus de 1880 à 1882, et réclama en retour du Tsong-Li-Yamen une manifestation de sa gratitude à laquelle il avait d'autant plus de droits qu'il sY*tait montré absolument désintéressé jusqu'alors.

Il so trouva alors, conimo Tannée précédente, en présence de Li-llong-Tchang, avec qui, deimis les alTaires russes, il était resté très lié.

L'entente s'établit facilement entre ces deux diplomates.

C'est ainsi que, de leur commun accord, sortit le

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