T0KEI5 — AH5AX
projet de c convention Bourée ». Les propositions faites à la France étaient doiîc sincèrement amicales de la part de la Chine. Acceptées par le gouverne* ment françnis, elles nous eussent évité de nous en* gnger plus avant dans une guerre dont il est encore impossible de prévoir les conséquences et qui au« toriso toutes les inquiétudes.
On a contesté la réalité de cet arrangement ou du moins son acceptation par la cour de Pékin.
' Ce bruit fut répandu, il est vrai, mais intention* nellement par le marcjuis de Tseng, qui était Tadversaire politique du vice-roi et qui, dans Tespoir de faire échec à ses vues, cherchait h pousser les choses au pire et à provoquer un conflit.
• La réalité de Tadhésion du Tsong-Lt-Yamen à ce projet de traité élaboré parle vice-roi et par M. Dou* réc n*en est \)as moins, incontestée par les gens qui savent. Elle a été d'ailleurs constatée |)ar une dépêche officielle do U-IIong-Tcliang lui-même.
Aller ù rencontre de cette vérité c*est vouloir nier le soleil. La chose a été tentée cependant en présence des résultats acquis, plus taitl! Il ne me convient i>as de rapiHïlcr ici ces irritantes et bien malheureuses circonstances.
Puisque j*ai parlé de la convention Dourée, Je dirai également quelques mots aussi de la convention Fournier et des conditions dans lesquelles elle a été produite.
16 u rnxscz da.ns l*irdo-ciiifik
M. Fournier est un capitaine de vaisseau de la marine française» par cons<îquent un de mes anciens camarades : officier brave, brillant, très intelligent, très cslim(3, excellent marin, qui a fuit ses débuts comme diplomate, lo G mai i88i, à Tien-Tsin. On ne saurait donc lui reprocher la rapidité vertigineuse qu*il mit à sVntendro avec Li. Kn eilet, le 7 une entrevue eut lieu entre lo vice-roi et lo diplomate mnrin, et dt>H lo 8 rniniVnl LoHpès recevait lo projet do eouvenlion «lu eniniiuuidanl du Voltu, M. Fournier n^olauiait eu iui^uio teinprt, par télégraphe, du ministre de la marine, Tauiiral Peyron, Ica pleins pouvoii*s pour signer. M. J. Ferry les lui envoyait sans (pt'il eiU à attendre l'arrivée de son chef, raniiral Lespés. I^ convention était ainsi signée le 11. M. J. Ferry félicitait, le i% riicurcux négociateur!
Je me garderai de me montrer sévère pour mon ancien canutrade, peu apte h la besogne qu*il a accomplie trap hâtivement, comme je viens de rindi(pier. En réalité, il n'était pas sufTisammcnt préparé au rûlo qu'il avait accepté et que le ministère lui confirma trop légèrement par ses approbations l'épétécs.
On se nippelle qu*il fallut introduire d'importantes modillcations au texte primitif do sa convention. Mais ce qui Uxi particulièrement funeste dans les négociations poursuivies fiévreusement & Tien-Tsin, ce fut la convention addUionnélle par laquelle le
TO!fKUf — AKHAll i7
commandant Fournier crut avoir réglé les conditions de l'évacuation de LAng-Son. Cet officier ne savait pas le chinois, et il n'avait pas songé & iaire venir auprès de lui un interprète français, quand il conclut avec le vice-roi. Il s*cn est suivi qu'entre le texte français et le texte chinois les divergences de sens furent profondes. C*est ainsi que les mots évacuation immédiate furent traduits en chinois par évacuation aitttëitôt que ponuihîe^ et ainsi du reste.
Mais ce n*cst pas tout. I/)rs<iu'il s'nglt do préciser des délais pour le retrait des troupes chinoises, le vicc'voi ne voulut prendre aucun engagement^ pa$ même celui de propowr ccé dates U la cour de Pékin. On ne s'explique donc guère par suite de quelle erreur certainement involontaire, la veille du jour où l'accord définitif devait s'établir sur ce point entre le vice-roi et M. Fournier, ce dernier ait pu se croire autorisé & télégraphier au général Millot pour lui donner, comme acceptés officiellement, les délais d'évacuation au sujet desquels il s*était seulement entretenu avec le vice-roi, sans que leur entente peraonnelle eût encore reçu, même entre eux, la sanction d'une signature quelconque.
Ce qu'on a appelé depuis le guct-ai)cns do liac-Lô était fulal dans do pareilles conditions!
Faut-ll, pour expliquer cet événement déHaslrcux, s'en prendre absolument h l'iuipré voyance, à l'in-
18 U FRANCK DANS L*l!<IDO-CniRB
compétence du n(^goctatciir? Faut-il en rechercher les causes ailleurs?
Quoi qu*il en soit, tout a été fait h la légère. On s'est contenté de demi-résultats que Ton a présentés comme complùtcnicnt acquis, persistant à tenir pour négligeables la Chine et ses armées.
On a cru pouvoir aller de ravant,et,pour arriver à le résoudre, on a supposa le problème dêj& résolu !.. ..
De \h Unig-Son après Bac-Lé I...
Quoi qu'il en soit, la déclaration du 17 août 18^i do M. Patonôtro se faisant Tinterprèto de la cour de Pékin, ù savoir : que « la France avait déchiré le traité do Tion-Tsin en obligeant le roi d*Annam h remh*e lo mrun tVinvestitiive^ conféré pur la Cliino », auntit dû sériousenuMit évoillor r»ttontion du gouverneur Û*itncaist
Qu*avons-nous fait pour i*emédier ft ce maP?nien. Nous n'avons, au contraira, reculé devant rien pour compliquer la situation. I^ général de Courcy l'a rendue plus difficile que jamais.
Et c'est pour mettre fin à tous ces embarras multiples que la direction des afTaires, retirée à l'élément militaire, a été confiée ^ l'élément civil. Des expériences semblables faites ailleurs avaient cependant donné lieu déj:\ h des rivalités, h des confiits regrettables. Au Tonkln, les mêmes rivalités et les mêmes confiits sont survenus. Nos généraux reviennent ou demandent (i revenir. Aucun no se dé^
TOICKIR <— AKNAN 19
cide à aller les remplacer. Que va*t-il résulter de ees difflcultés nouvelles?
Et pourtant c'est un homme d*une haute capacité, d*une intelligence supérieure, possédant d*éminentes qualités, qui a été désigné pour occuper le poste de résident général à Hanoi.
M. Paul Bert est animé des intentions les plus louables. Il travaille, il se remue, il veut se rendre compte par lui-môme des besoins de la colonie. C'est évidemment ainsi qu'il s'est pénétré de ce sentiment : que la question militaire n'était plus que secondaire ctqu'uiioadminislnition civile, vigilante, bienveillante et énergique h la fois, suffi mit au Hurc^ri do rtiMivro qu'il s'est chargé d'arroinplir. Mais, liélant 1i*h piUainh sont toujours Iti, dont le nombre acci*oU sans ccmsc. M. Paul lk4*t lui^mémo le consluto dans ses dépêches.
Administrer sans avoir préalablement assis la conquête me parait un problême impossible à résoudre. J*ai eu l'occasion de causer plusieurs heures, dans mon bureau du ConstHutionnel, avec le rési« dent général, avant son départ. j*ai été séduit par sa parole chaude et entraînante. II m'a souvent tenté de partager ses espérances; je n'ai pu m'empécher d'en concevoir quolfpics-unes. Mais je n'ai pas pu ne pas conserver tous mes doutes sur l'opportunité d'une direction civile chargée do la pacification et de radiuinintratlon du Tonkin et surtout do l'Aimamt
20 U. FRARCB OA!«S L*lllDO-ClinCB
El lors môme quo M. P. Bert réussirait dans sa mission, dovrions-nous tant nous en réjouir?
En posant cette question, Je tourne mes regards vers ce colosse presque ignoré, mal compris, trop dédaigné; vers ce voisin attentif et patient < dont la haine, suivant les expressions de Li-Hong-Chang, pourrait devenir funeste h la colonie que la France veut fonder aux portes de la Chine » ; vers ce peuple considéntble par le nombre, rusé, perspicace, qui a ouvert enfm ses portes & la civilisation européenne; vers cette fourmilière, travailleuse, économe, sobre, vivace, naissante, qui s'apprête & grandir.
Un journal a publié dans ces temps derniers une prétendue convcrsiition qu'un de ses rédacteurs aurait eue avec le mai*quis de Tseng, habile diplomate, grand palriote chinois, qui connaît bien son pays, qui Taimc et qui, pendant la récente guerre, lui a rendu des services qu on n'a pas sutTisamment appréciés en Europe.
C'est h\ un véritable homme d'État asiatique, qui a parfaitement compris l'Europe et qui envisage l'avenir de la Chine avec une saine raison.
D'après son soi-disant interlocuteur, le marquis de Tseng aurait tenu les propos suivants :
« lA;hiU des Chinois est de rcconstiUtei* leurs force» de terre et de mer^ surtout afin d'être prêts à tout événement,
c Que ce soit la Finance, V Allemagne^ V Angleterre
OH la RuMêiet la Chine est décidée à faire respeeter^ partout et toujours^ l'intégrité de son territoire^ tout en exécutant toutes les clauses des traités exiO' tants, »
Le diplomate chinois a démenti et Tentrevue et le langage qu'on lui avait fait tenir. Il n'a donc pas prononcé les paroles qu*on lui a attribuées. Mais ces sentiments qu'on lui a prêtés ne sont-ils pas, en réalité, les siens ? En le niant, ne risquerait-il pas de désavouer toute sa conduite en Europe pendant le séjour qu'il y a fait, en qualité d'ambassadeur de son pays; et son un peu trop osé interlocuteur n'est-il pas dans l'exacte vérité quand il déclare :
c Un nouveau parti commence & manifester ses aspirations patriotiques. Au contact des Européens, ce parti songe à s'approprier la doctrine do Monroé, et c'est en jetant un regard haineux et méllant aux Français et aux représentants des autres nations qu'il inscrit sur son drapeau : La Chine aux Chinois! »
< La Chine aux Chinois I > N'oublions pas ces paroles fatidiques. Disons-nous bien aussi que, dans ce cas particulier, le mot c Chine » embrasse tous les pays sur lesquels s'étend la suzeraineté de l'Empereur, Fils du Ciel.
Et d'ailleurs, cette appropriation de la doctrine de Monroé ne serait pas seulement l'œuvre des Chi-
ââ U FRANCE UAN5 L'l?iOO-aiI»B
nois. Ne la voyons-nous pas gagner Madagascar? £t elle ne s*arr(>tera pas en si bon chemin^ qu*on en soitsAr.
Pour le umnicnt, la Chine sup|)orte sagement le |)oids do ses revers. Nous Tavons surprise à Fou- Tchéou, nous y avons détruit sa flotte et son arsenal. Nous lui avons infligé des pertes sérieuses aux Pescadorcs, dans Tlle d*llaïnani ; nous Tavons gravement atteinte au Tonkin, à Sohtay, h Bac-Ninh. Mais ces malheurs même lui ont servi de leçon. Elle a beaucoup appris pendant cette guerre ! Elle nous a vus fuir une fois devant ses soldats inexpérimentés, et siy après notre échec, elle a encore consenti Ix traiter avec nous, ce n*est que pour pouvoir se mieux recueillir et prendre plus sûrement sa revanche.
Nous nous apercevons déjà que, selon Tliabitude asiatique, elle ne recule pas devant les plus hypocrites moyens pour éluder les engagements qu*eile a contractés vis-ù-vis de nous.
Le Tsong-Li-Yamcn a parfaitement dépeint la situation le jour uii il dit à M. de Somaillé que « la Cliine peut se laisser contraindre par la force ». Mais dés qu*ello sera persuadée tiu'elle est en état de lutter avec avantage contre nous, elle ne nous maix'handera ni sa c haine » ni sa « mauvaise volonté ». Puisse-t-il éti'e encore bien éloigné le jour où elle croira pouvoir nous les témoigner
TORUR — A9NAN 83
toutes deux! Eu attendant» elle s'organiae, elle se prépare au combat.
On parle do cuirassés chinois qui viendraient visiter les ports du vieux continent. Les aventuriers de toutes les nations vont s'offrir & elle ppur instruire ses marins et ses soldats ; les fortifications de ses villes, de ses ports, de ses arsenaux sont déjà relevées; on les réédifie à Teuropéenne. Il serait dangereux de ne pas envisager l'avenir de nos relations avec le grand Empire du Milieu tel qu'il se pi-ésente à nous.
L'insolence récente du vice-roi de Canton à regard de notre consul, qui lui avait réclamé une indemnité de 1750000 francs, est très significative et nous donne un avant-goAt de ce que les Clûnois nous réservent pour plus tard.
Le langage du représentant de l'Empereur est à lire et h méditer.
c La déclaration de guerre, répondait-il à notre consul, a arrêté les alfaircs à Fou-Tchéou, Formose, Ning-Po et ailleurs. Vos soldats ont iounnenté et piUti les bourgeois, les fermiers, les laboureurs, les marchands, les marins et les pécheurs de toutes ces localités. Us ont détruit, dans une très grande mesure, la vie, la pix>priété et les navires. Mais cela touche d'autres provinces : dans la mienne, vous avez saisi les vapeurs de Canton, bloqué Pakliol, arrêté le commerce maritime de Swatow et de Kiang«
24 U FRANCE DA!IS L*IFIDO-Cni?IB
ChoUy et causé ainsi une perte de 3 800000 taéls. D*après la loi internationale» Vagres^eur doit payer pour les dégûts quMl a causés. Je vou9 demande donc de me faire savott* comment vo^a entendez régler cette i^clamation et à quelle époque vou$ avez Vin^ tention de la payer. »
Est-co tout*? Pas encore. LMnsoIcnco du vice-roi va plus loin. Il suppute ce qu'il lui en a coûté pour la défense des cétcs contre les Français, c Je calcule, dit-il, que j'ai di\ dépenser environ 4 millions de tuéls pour l'achat des canons et des navires, et je n'ai pu encore réunir toute cette somme..., » et il déclare iroiruiuemcnt au consul de France que, puisqu'il a le désir d'entretenir de bonnes relations avec la Chine, < il no saurait mieux faire que de contribuer à couvrir des dépenses que les Français lui ont occasionnées ».
Le facétieux Chang-Chi-Thang, en traitant de la sorte notre consul, n'avait-il pas la secrète pensée qu'il ne courait aucun risque de voir les flottes françaises mouiller comme autrefois devant Canton pour appuyerles réclamations des représentants de la France?
Aurait-il cu« sans cela, l'impudence de lui nier mémo le di*oit de s'occuper des chrétiens ? Se serait-il aventuré h lui dire : c Autoriser une pareille immixtion ce serait autoriser une immixtion directe dans les alTaires d'un État souverain et de protéger ses propres sujets. »
TOKKIR — A5!IA1I S5
Eh bien ! mais voilà un Chinois qui me semble vraiment parler fort bien, tout comme parlerait un fonctionnaire français, anglais, allemand ou russe si un étranger quelconque prétendait s'immiscer dans les aflaires do son pays et c protéger ses propres sujets ». Nous avons appris cela aux Chinois. Ils profitent do nos exemples, et, le 12 octobre IHâO, nous en sommes réduits h annoncer, presque avec ostentation, que c le vice-roi de Canton a bien voulu accorder enfln, au consul de France, Taudience que ce dernier lui avait demandée. >
Voilà pourtant oCi nous en sommes arrivés déjà!
Aussi, quand un journal publie la nouvelle sui» vante :
« La commission de délimitation du Tonkin fonctionne malgré Tabsence de son président, M. Bourcier Saint-ChafTray.
< Mais un télégramme du général Jamont annonce que Tescorte de cette commission a été attaquée en amont de Laokal, le iO août dernier. Un sous-odicier d*infanterie de marine, M. Gueit, qui commandait les tirailleurs tonkinois, a été légèrement blessé.
< Le général Jamont déclare que cette attaque aurait été préparée par les commissaires chinois. Ceux-ci désirent quitter au plus vite ce pays do montagnes, très malsain en cette saison, et ce guetapens leur en aurait ser\'i de prétexte. Que penser d*un pays oix les Chinois eux-mêmes ne se trouvent
96 U FRAKCB DAHS l'iIlOO-CHIIIB
pas en sécurité et d*oîi ils ont tant de h&te & sortir pour no pas succomber & l*action meurtrière du climat? t il se trouve, en France, des écrivains très sensés et tri's pmdents, je le conresse, qui décla* rcnt qu*ii nous faut bien nous gaixier de voir là un acte de félonie appelant une réparution.
Apivs le système du rien laimer passer, nous avons adopte celui du tout Utiaser fait*e,„ Et d'ailleurs, n*y sonmies-nous pas contraints?
Aussi ne puis-je me défendre d'une involontaire teri*cur on songeant qu'une é|)oque viendra où, quand M. Paul llert et d'autres après lui, peut-être, auront fait du Tonkin une colonie prospère; quand le comnieive et rindustrie s'y seront largement développés sous notre impulsion ; quand les communications y seront faciles et nombreuses; quand enfln, notre corps expéditionnaire considérablement réduit, le pays sera, pour ainsi dire, livré aux forces indigènes, la Chine se dressera en face de nous, voisine remplie de « haine » et de c mauvaise volonté », possédant des armées nombreuses, bien commandées, et des flottes montées par des marins exercés.
Ce jour-là, la Chine nous cherchera une querelle d'Anglais ou d'Allemand. Ce sera la guerre I
Serons-nous disposés h l'accepter?
Serons-nous prêts à l'entreprendre ?
Ces hypothèses d'aujourd'hui deviendix>nt sûre-
TOmUN — AURAM 27
ment des réalités un Jour! Il fiiudralt nier l'évidence, l'histoire des peuples depuis le commencement du monde, les passions humaines^ l'étemelle logique pour oser contester l'absolue vraisemblance de ces sombres prévisions.
En attendant, la Chine nous tiendra en échec el nous aflaiblira par les prétendus Pavillona-Noir»^ aussi bien dans le Tonkin que dans l'Annam, o(i nous avons persisté à ne pas laisser c subsister le tribut annamite ». M. Patenôtre n'a cessé ixiurtant de nous faire connaître rim|)ortance qu'elle atta* chait à cette marque de vassalité de l'Annam. Elle consentait, à ce prix, à nous payer les 80 millions que nous lui réclamions comme contributions de guerre!
La dépèche du 3 août 1884 de M. Patenôtre est formelle à ce sujet.
c La Chine s'engage à payer h la France, écrivait* il, 80 millions, à titre de contributions; mais elle demande que la France consente, en échange, à laisser subsister le tribut annamite, »
Plus tard , revenant sur le désir de la Chine , M. Patenôtre écrivait de nouveau :
c Sir Robert Hart me demande que la France consente au maintien du tribut que , antérieurement aux nouveaux traités conclus avec l'Annam, la cour de Hué envoyait tous les deux ans à la cour de Pékin et qui ne pouvait, au dire de sir Robert,
Î8 U FRANCK DANS LY'IDO-CItlKB
6tre considéré quo commo iit^e simple formalité. »
Pour répondre à ces pressantes observations, que faisions-nous?
Nous nous empressions de supprimer ledit tribut I
Le gouvernement français, en agissant do la sorte, avait-il le droit d*arguer d'une erreur involontairement commise par son représentant en Chine? Il lui aurait fallu, |K>ur cela, elTacer la très catégorique déclanition faito 2i Paris, en juin 1883, par le mar« quis Tseng.
« I^ Chine, disait-elle, consentirait à reconnaître le traite de 1802, qui enlevait à son souverain — siizeraiii do TAnnam — trois provinces do la Basse-Cochinchinc. De plus, le gouvernement chinois recon* naîtrait le traité de i87i, qui consacrait lo démembrement de trois nouvelles provinces de la même région. »
Toutefois, avait ajouté le marquis, il serait entendu :
c 1*> Que le droit d*inter\'ention de la France pour le maintien de Tordre ne devrait s'exercer que sur la demande de Tempereur d'Annam, et cela d^iilleurs conformément aux clauses du traité ;
c ^ Quo le traité ne serait pas considéré comme excluant la suzeraineté de la Chine sur TAnnam. »
M. de Tseng affîmiait enHn que le gouvernement chinois consentirait ù ouvrir largement TYun-Nan
au commerce francois; mais il pensait que la Cliine c n'irait pas au delà de ces concessions ».
On a ri, en France, de toutes ces chinoiêerie§; on a continué à considérer ce pays comme une quan* tité négligeable, et Tincendie 8*cst propagé d'un bout à l'autre de l'Annam.
N*cst-ii pas évident que le gouvernement chinois est l'insligateur des désordres contre lesquels nous avons ù lutter encore aujourd'hui?
Il faudrait, |K)ur en douter, ne pas connaître cette race perfide.
Le père IIuc, que j'ai jadis connu & IIong-Kong, a écrit sur ces peuples de TKxtréme Orient un ouvrage excellent dont j'extrais ce passage fort intéresnant : . « \jCA Cliinoi.H, dit-il, et surtout leurs mandarins, sont forts avec les faibles et faibles avec les forts. Dominer et écraser ce qui les entoure, voilà leur but, et, pour y parvenir, ils savent trouver dans la finesse et l'ôlasticité de leurcaractcre des ressources inépuisables. Si on a le malheur de leur laisser prendre une fois le dessus, on est perdu sans res* sources; on est tout de suite opprimé, et bientôt victime. Quand, au contraire, on a pu réussir à les dominer eux-mêmes, on est sûr de les trouver dociles et malléables comme des enfants^ Il est facile alors de les plier et de les façonner & volonté, mais on doit bien se garder d'avoir avec eux un seul moment de faiblesse : il fout les tenir avec une
30 U FRANCK DANS L*l!<IO(H:illMB
main do for. I^s mandarins cliinols ressemblent & leurs longs liumlK>iis; uno fois qu*ou esl parvenu à leur saisir la tôto et à les courber, ils restent là; pour |teu qu*on lAcho prise, ils se redressent à Tinstant avec inipiHuosité. »
Qui oserait prétendre quo les c longs bambous > du pèro lluc ne so sont pas redrcss(5s < avec impétuo* site t? Le prestige de nos armes a consid(>mblcment diminué n leurs yeux depuTs Ikic-Lé et Lang-Son. Nos débats parlementaires, les articles de nos journaux leur ont fait connaître nos répugnances pour les expéditions lointaines. Les Chinois ont compris enfm la possibilité de nous résister, de nous vaincre peutètro , au moins par le nombre. Ils préparent la revanche avec ardeur; je ne saurais trop le n^péter«
C'est le Tonkin qui recevra le premier choc. Fasse le ciel que cejour-lA nous soyons prêts ù le recevoir, surtout h le repousser!
Aussi, combien j'aurais préféré, avant d'en arriver à ces éventualités dont les conséquence échappent aux prévisions humaines, combien j'aurais préféré, dis-je, faire taire « la haine » de la Chine et eiTacer tout pixHexto à sa < mauvaise volonté ».
Ce qui me semble particulièrement grave, c'est que les tendances du gouvernement de Pékin ne visent pas seulement la France. Elles ont pour objectif aussi bien qu'elle toutes les nations du globe dont elle pourrait avoir à redouter des attaques.
TOURIN — ARRAX 81
La Ghino veut désormais être fortei sinon h plus forte.
C'est ce que faisait Judicieusement remarquer le correspondant du Journal deê Dilbatê dans une do ces récentes lettres, datée do Shangat, 15 Juillet 1880.
« Le district de Tchouniking, dans la province dô Sétchouen, écrivait-il, a été, il y a quinze Jours, lo théâtre d'événements graves dont les conséquences eussent été il y a une dizaine d'années une demande d'indemnité ou un bombardement. Les détails vien* nent d'arriver seulement et ont été publiés hier dans les journaux ; il n'y a donc pas encore ù s*étonner qu'aucune réclamation énergique oit été adressée aux autorités, cependant il y a fort à parier que la réclamation ne sera faite, si même elle est faite, que timidement. Veuillez enregistrer cette opinion, en attendant qu'elle se confirme.
c Cette province du Sétchouen est la Terre promise des ambitions du commerce anglais. La fertilité du sol, la richesse de ses habitants et la situation qu'elle occupe sur la cai1e de l'empire la désignaient depuis longtemps & l'attention des consultats de Sa Majesté britannique. L'ouverture de cette province aux importations anglaises par rétablissement de ports de commerce sur le fleuve Bleu, en amont de Han* kéou, dernière station concédée par le gouverne* ment, est, en eflet, une des questions qui intéressent le plus vivement l'avenir de l'influence anglaise en
3â U FnA!<CB DAM L'U^OO-ailKB
Chine. Le Sétchouen et le Yunnan sont les deux clefs do rouost de l*ompiro et les marches extrêmes do son indi^iiendanco. Ce serait singuliùmneut m<3connalti*o lo caractère cliinois, soit dit h ce piH)|>os, que do penser que la Cliine aocoptorait Jamais (pie les Anjilais se tixassent dans ces provinces. I^es évi^nemonts qui vionnent de s*y laisser ont donc une imp4)r(anco d'une gruvitt) exceptionneUe, et co)is(j((i0)i( tint* cl<*moi)8fiNf(f()ii ;}o/ifi<;ii'è ih Ut Chine amtr^ le$ ej^lHh\mci^ drti tHnvujûi'i^ (Vest dans ce sens que so sont di\i;\ exprinii^s tes promioi-s connnoidaires; la diplomatie chinoise no donnera p;is le change à Topinion.
« Ce sont elToctivement les étrangers qui ont reçu le choc : Franç;iis, Anglais, Américains ont éprouvé les mêmes désastres. Les Anglais cependant ont plus soutTort, comme vous le verrez plus loin, et ne pourraient |vis, dans cette occasion, so vanter d'avoir été traités selon la clause do la nation la plus Tavo* risée. Je vous avoue franchement «luo ce détail n*a |xis (KHI i!ontribuéi\ai)aiser les premiers mouvements d'indignation qui se sont produits dans la concession. Ce q>i\uvre consul anglais, chassé ;^ coups de pioin\} et obligé de se réfugier chez le foutali de Tendroit, api*és avoir vu sa maison mise au pillage et incendiée! quelle nouveauté en Chine! Les plus exaltés exigeaient une ré|)aration inunédiate, confor> niément i\ la coutume; mais le gouvernement an*
touki!! — aunan SS
glais accopto maintenant tous les outrages, pourvu que la Chine ftimo son opium des Indes, /«e tempe dc$ menacée et dei colfiveâ e$t pti»$t^, I/) conHul do S. M. Yictnri», imp(>rntrico et reine, gardera les coup» do piorre, et Tincident sent cUm, pnrco quo
— Jo vous deuKindo punlon do vous diro la ruinon, ecpondaut nNmblicz pas quo nous sommes en Chine
— parce que le Dragon d*A7.ur a M irrilO eontro les ClnuigiT!*, diahloH «le rOivldont. Quo voutox-vous quo les Auglaist fassent euntro co Dragon d\\7.ur? Les Anglais, le liiit est acquis, admettent les tlicV]« ries puîi(i(|ues de la Chine. »
Mais ce langage qui arrive de Chine n*a rien pour m*étonncr. La Chine sait mieux que nous que c le temps des menaces et des colères est passif ».
En France, M. H. Frary, un esprit rén<yclii , un écrivain d*un grand mérite, parle exactement commo le correspondant des Wbatff & Shangal. En appre^ nant Vaccidcnt — ou si Ion aimo mieux ixiur no pas déplaire i\ la Chine le uittU*ntn%dt9 — dont a été victime notre commission chargée de la délimitation des frontières, le ixWlacleur du journal /« Fêtmce s'exprime ainsi :
c Quoi qu*il en soit, la nouvelle do cette surprise n*a produit chez nous aiiciiiK? ènwtion» On a corn* pris que le parti le plus sage était de n*)* ikis attacher trop d*importance, de n*y voir qu*un des épisodes innombrables do la conquête d*un pays en
34 U PRANCB DANS L*l!IDO-CniNB
proio ou di^sonlro. Personne n*a Inncd do n^quisitoiroconli*o la Cliino, n*a iKirlù do sntisruction (éclatante à exiger par le canon; personne no 8*c8t écrié que ces clioses-là se payent. Nos relations avec la Chine n*en seront pas troublées et la délimitation des frontières s'achèvera en dépit de tous les obstacles.
« (Tv»t qite uom avons changé iVhinneiu\ I«o gouvenienient no se soucie pas do se laii*e dos afTaires. Les -inu'tisans les plus résolus do la iK)litiquo coloniale reconnaisscul que le nionicut serait fort mal choisi |H>ur lanocr un cri de guerre, et qu*il faut plutôt cc(èbi*et* ia pacification da Tonkin et la bonne foi i!e» CUinoiA qne d'inmtcrsnrVandace <lc»s;)iw(M ou d\urmcr tes niandanns» »
Tout cela est d*une logique qui fait ft*oid dans te doSy quand on songe à ce que les Chinois peuvent nous réserver dans l'avenir.
Âh ! que d'enseignements notre expédition du Tonkin leur a procurés! Kt comme M. le marquis de Tseng, Tun des hommes qui ont le plus poussé à rintervention française, avait raison de dira : c TiH)iê gueires avec une puissance européenne, et la Chine sera civilisée. »
Si Ton rapproche ce langoge de cMul de I.i-Fong- Pao disant «^ M. do CourccI, A Ilerlin, dans une do ses conversations avec notro ambassadeur : « La Fcance a inspin\ ù h% Chine, roun lUEN Dics ANNÉES
TONKIN — AXNAX 35
A VBNiH, de$ ieHlti)ie)i(ii d'aniMonité >, comment ne pas 86 sontir cflfrayé do ce qui pourrait survenir dans notre colonie tonlcinoise pendant « ces annéeê k venir :kf
Je m*arrète, pour ne pas assombrir davantage un tablcuu déjà si attristant.
Ce n*est pas sans raison, je le reconnais, que Je pourrais cMroaccuiM^tlo n'avoirjuMpiVi prùseiit fonnulé que des critiiiues ot do n*avuir oxprim<) aucun sentiment |)crsoiincl, quelquo ciioso cnlin |K>ur indiquer le moyen de n>paror les fautes selon moi conunises,
c A tout mal il y a un remède, i dit un vieux proverbe. Je suis h me demander si, en la circonstance, le proverbe ne ment |>as !
Dire |)ourtant i\\x*ï\ n*y a pas de remôde serait une exagération. 11 s*agit seulement de savoir si, étant donné qu'il existe, il serait applicable à Tlieure présente, après les sacrifices accomplis, après les dispositions prises en vue d'une occupation déflnitive.
Ce qui était acceptable il y a un an le serait-il aujourd'hui?
MM. Uourée et niicinart ont (tous les deux écrit — le Livre Jaune en tait foi — que la êolutioit annamite J(air (f Pékin, Y est-elle encore? Y traiteruituu aussi fucileincnt qu'on l'aurait pu fairu en IHMi ou uu 1885?
A cette époque, nous pouvions soit Ji^acuor, bien «tue pou de Franvais, pour des sentiments très ros*
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pcctablcs,s*y fussent résignés, soit /tguîcler, ce qui ne nuisait pas à notre prestige en Orient et augmentait notre force sur le continent.
Liquider? ai-je dit. Pour cela comment faire?
Un projet de liquidation a été publié dans le Coii- «citifCîuHKc/ySOusma direction, le l** décembre 1885. L'auteur en est M. Pène-Siefert, qui a accompagné M. Paul Bert dans sa missiop.
Voici ce fiu*écrivait à cette époque mon distingué collaborateur :
c La liquidation honorable de notre situation dans rAunani poun*:iit, pour n*étrc pas une évacuation subite et totale, consister dans une aide sérieuse ap|K>rtôo (\ la constitution d*un gouvernement indigène, autonome, indi^pemlant h la fois do la cour do Pékin et do la cour do Hué. Les éléments de ce gouvernement existent dans les lettrés du pays, qui ont les symi>athies de la population. Ces lettrés mandarins auraient une i)olice, sorte de gendarmerie locale, qui viendrait bien plus enicacement à bout de la piniterie et des déprédations chinoises que notre corps d*occupation. Les Européens, en eflet, ne peuvent se mouvoir ni pendant les grosses chaleurs ni pendant les grandes pluies à Tintérieur du pays, comme les Annamites et les Chinois. Nous ne pourrions inter>*enir que sur les cours d*eau avec des chaloupes-canonniéres; les expéditions & terre nous sont difllciles et nous ont été presque toi^ours funestes.
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c Une zono à occuper & titre définitif, en nous décidant & rester dans le Pacifique, c*est lo littoral oriental de la province de Quang-Ycn jusqu'à la frontière de la Chine. Étroite, d*une altitude assez élevée, délimitée régulièrement par une ramification montagneuse, d*un climat sain et égal; iku> semée de belles baies bien abritées, d*un sous-sol carbonifère h peu près dans toute son étendue, peu ou point peuplée & cause de rim|K>ssibililé de Tinv gation pour des rizières, celte zone commence à l'ouest, en amont de Halpliong, sur le CuanamTrien, bras du Thaî-ninh, par lequel on conmiuiiique avec le fieuvo Rouge, et s*étend h Test juscpie vem la rivière Ngan-Nan et lo cap Pakiung, liinitOii liiHtoriquo et géographique do la Chine et du Tonkin. — Kilo so prête h mcr\*eille à un élahlistseinont com« moroial qui centriiliscniit h Qwnn^A'on ou A llulong les produits dVxportution et d*iuq>ortali()n; et à une station navale, avec arsenal et bassiuM de nuloub à Tien-Yien en face de Tlle de Kébao. 11 est évident que ces deux points sont sui^érieurs aux Pencadoir»^ à cause du combustible et des diversc^s facilités de ravitaillement. D'ailleurs, aujourd'hui, ix>ur avoir les Pescadores, il faudrait une guerre nouvelle avec la Chine, qui sera d'autant moins prête iii faire des concessions amiables qu'elle nous verra décidés & partir de TAnnam; les frais d'établissement seraient supérieurs à ceux qui seraient nécessaires à
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Quang-Yen ou llalong et & Tien*Yen, où Ton est à proximitié du charbon cl des vivres. Ces deux ports alTranchiraieiit en outre notre marine militaire et marcliande du tribut qu'elle paye aux ports anglais de Hong-Kong et de Singapoore. Leur construction serait une dt^pense reproductive, peut-iMre même la première de toutes celles faites en ces dernières années au Tonkin.
c Notre concentration sur ces deux points du littoral otrrii*ait ensuite un refuge naturel aux indigènes qui ont pris fuit et cause iK)ur nous, dans Tespérance ({ue cette fois nous ne les abandonnerions pas comme en i873-7i. Ces réfugiés fourniraient une main-d'œuvre excellente et bon marché pournos divers travaux d'installation et nous serviraient d'in* termédiaires pour nos transactions futures avec Tintérieur du pays.
« De cette fa^on, on le voit, il n*y aurait pour nous