‹ La France depuis 1830Chapitre 1 sur 156 · OUTRAGE · texte numérisé non relu

OUTRAGE

Lorsqu'en 181& et en 1815 nous aYons tu l'Europe entière liguée contre un peuple long-temps vainqueur, envahir et ravager son territoire , lui dicter deux fois une paix honteuse i Paris et occuper pendant trois ans ses places du nord et de Test ; lorsque nous avons eu connaissance de la proposition formelle que fit une ci^ur du Nord, de précipiter la France du haut rang où elle est placée depuis plus de dix siècles, de la démembrer et de retourner contre elle toutes ses forteresses , depuis Dunkerque jusqu'à Besançon ; nous nous sonunes promis d'employer un jour, et dans quelque position où le sort nous placerait , tous nos eflbrtspour appeler la sollicitude du gouvernement sur les moyens tf assurer la défense de la France, pour réveiller le patriotisme des Français, et les déterminer i prendre les mesures propres à éviter le retour de pareils désastres.

Sous la restauration, nos tentatives eussent été vaine»; notre voix n'eût pu être entendue des Bourbons de la branche atnée ; ils étaient les hommes et les obligés de la coalition.

U ATBUriSSKMKXT.

Il D'en est plus de même aujourd'hui ; la révolution de juillet a brisé le joug de Tétranger ; et le gouyemement de 1830 doit savoir qu'il a été fondé sur le principe de la ioucerainUé du peuple^ en opposition à celui du droit divin.

Le sort de la dynastie de juillet est donc lié intimement à celui de la cause populaire ; car si une nouvdle coalition venait à triompher, les rois absolus pardonneraient d'autant moins à Louis- Philippe son alliance avec la révolution que, placé sur les premiers degrés du trône, il devait, suivant eux , être te premier à le défendre contre l'insurrection. Accepter la couronne des mains du peuple, ou, suivant l'expression d'un grand diplomate , ramosifr une amronne dam la rue, avait donc été forfaire aux principes du droit divin et répudier les droits de la naissance, pour sanctionner ceux d'une nation que l'Europe absolutiste traite de révolutionnaire et de rebelle.

Ainsi, nous tenons pour certain qu'il ne peut pas y avoir depaiœ mais seulement une trêve entre les deux principes qui divisent l'Europe, que tôt ou tard ils se rencontreront sur les champs de bataille et que le sort des armes avancera ou retardera plus ou moins l'émancipation des peuples et la cause de la civilisation. Placée à l'avant-garde des nations libres, la France est leur espoir, leur seul appui ; ti elle succombe encore sous les coups de l'alliance du Nord, elle sera cette fois infailliblement démembrée ; alors, c'en sera fait pour long-temps de la liberté du monde 1 C'est donc un devoir impérieux pour notre pays de se préparer i la lutte et de se tenir constamment en garde contre des ennemis irréconciliables dont les projets ont été nettement avoués par leurs démarches et leurs actes diplomatiques.

D'un côté, les trois grandes puissances absolues n'ont-elles pas sanctionné de nouveau à Tœplitz le traité de Chaumont, uniquement dirigé contre la France ? N'ont-€lles pas de nouveau adhéré aux principes de la sainte-alliance?

Et de l'autre, la révolution de 1830 n'est-elle pas une guerre déclarée à ces principes?

Si ces trois puissances n'ont aucun projet dangereux pour nous, pouquoi ne pas vouloir procéder au désarmement?

Quel a été le but de la grande revue de la cavalerie russe i Woznesensk, en 1837, si ce n'est de donner un avertissement in-

ÀTBITISSBMBNT. fit

sultanl ou phitôt de faire une menace indirecte aux peuples libres et constitutionnels?

En présence de dispositions si évidemment hostiles, le gourernement et les chambres ne seraient^ils pas coupables au dernier chef s'ils ne prenaient des mesures difetaiva ; nous disons âéfm^ tto», qu*on ne s*y trompe pas , et nous déclarons à haute voix que nous n'entendons nullement conseiller la guerre, à moins que l'honneur et l'intérêt de la France ne le commandent impérieusement ; nous ne réclamons donc que des mesures de sûreté et de prudence, nous ne demandons que ce que la France entière roulait en 1830 : une organisation militaire qui nous permette de résister aux attaques d'une nourelle coalition, si elle avait lieu.

Et pourquoi ces mesures? Parce que nous avons l'intime conviction que siy par une commotion intérieure, par un événement inattendu, ou par le retour des tories au pouvoir", la sainte^liancé trouvait une occasion favorable, elle nous déclarerait la guerre i l'instant même ; c'est pour cela que 500,000 Russes sont sur le pied de guerre, et que leur allié le roi de Hollande se tient sous les armes aux avant-postes.

A part sa haine contre la liberté, la Russie sent bien que des peuples libres et éclairés s'opposeront aux empiétemens qu'elle projette sur l'Orient; elle sait bien que si, avec des artifices, des menaces, des promesses, on peut capter et séduire un roi absolu ou son gouvernement, on ne saurait jamais tromper et abuser un état constitutionnel où tous les yeux sont ouverts sur la politique exté^ rieure , où tous les esprits sont appelés i la juger ; elle n'ignore pas enfin qu'une nouvelle Pologne ne peut plus être confisquée sans que l'Europe entière ne se lève.

Ces motib nous ont porté à penser que la France doit imiter la conduite de ses adversaires ; qu'elle doit chercher à s'entourer d'alliés et surtout armer ses places, remplir ses arsenaux, organiser son armée et sa réserve sur une grande échelle, sans, pour cela, surcharger le budget de l'état.

Hais il ne suffit pas à un peuple d'avoir une force militaire con-

* « Vous vous rappelez, tous, les événeroens qui, en France, ont renversé » en trois jours une moDarchie, et vous savez que lb parti rebelle a » LA LOI a triomphé. »

{ Diicoun tenu pai^ sir Robert Peel au hanquet qui lui a été donné par 913 mtmbret toriet de la chambre des communes, te ît mai 1S3S).

IT AVBITISSBMINT.

sidérable et de grandes ressources en matériel et en personnel ; H faut qu'il ait encore le nerf de la guerre et de l'administration : r Aroent. Ce premier élémerit de puissance ne s'obtient que par un système de finances éclairé, loyal et fondé sur la richesse et sur les revenus des peuples. Ce système doit suivre les progrès de l'agriculture , du commerce , de l'industrie , et conséquemment ne doit pas rester stationnaire ; le nôtre l'est depuis vingt-trois ans , aussi a-t-il besoin de subir d'importantes réformes et de recevoir de nombreuses améliorations. A la publicité il faut joindre le contrôle sévère des chambres et de la cour des comptes , et un mode de comptabilité clair et complet. Sous ce dernier rapport, la France a laissé , il est vrai , bien loin derrière elle tous les peuples de l'Europe, sans en excepter même l'Angleterre ; cependant elle a encore à cet égard quelques perfectionnemens à atteindre.

Les finances seront donc l'objet principal , la clé de voûte de notre œuvre. Sans doute nous ne traiterons pas tous les objets qui s'y rapportent ; il faudrait des volumes pour chaque administration principale ; nous ne soumettrons que des observations sur les articles qui nous seront connus et que nous aurons examinés et étudiés ; pour le reste, nous nous en rapportons à la sagesse des chambres et au bon vouloir de l'administration.

Ainsi, dans ce travail, nous n'entendons fournir que des documens à des hommes plus habiles que nous.

Toutefois nous le terminerons par un budget qui présentera 1c résumé des économies, augmentations ou réductions que nous aurons proposées, tant sur les recettes que sur les dépenses.

En passant en revue chaque ministère , nous prendrons aussi ta liberté de présenter quelques observations sur chacun d'eux.

Député en 1830, l'un des trente ou quarante membres de la cham^ bre qui, réunis dès le 27 juillet, protestèrent contre les ordonnances et se mirent à la tète de la résistance, l'auteur de cet écrit voit avec une douleur profonde la pente funeste où un gouvernement et une dynastie qu'il a appelés de tous ses vœux ont été entraînés par des conseils insensés, et notamment par le ministère du 6 septembre.

Il leur fera entendre la voix d'un ami , d'un serviteur fidèle, et non celle d'un de ces courtisans qui encouragent les chefs de l'état dans leurs erreurs, afin d'en profiter, et qui voient tour à tour tomber sans regret les gouvernemcns qu'ils ont senis ou perdus, bien

ÂTBITISSBMBNT. T

persuadés que leur concours sera toujours accepté par le nouveau pouvoir.

Un souvenir bien triste, ou peut-être une faute que nous nous reprochons constamment et que nous avons à réparer, a contribué puissanmient aussi à la publication que nous faisons aujourd'hui : notre devoir est de l'expliquer.

A la fin d'octobre ou au commencement de novembre 1813 , nous nous rendions à Paris avec un ami, et nous arrivions au relais de Bondy lorsqu'un courrier vint annoncer Tempereur et fit suspendre notre départ ; alarmé de la position critique de la France, depuis la baiaille de Leipsick, deTabandon de nos alliés et du décoi>ragement de nos compatriotes , prévoyant une invasion immédiate i laquelle il était difficile de résister, nous jetâmes sur le papier quelques idées dictées par le patriotisme le plus sincère, avec I- intention de les remettre à l'empereur. Dans cette note, nous prenions la liberté de lui représenter que nos forteresses étaient désarmées; que Tannée était presque anéantie , plus encore parle typhus que par le fer de Fennemi ; que le découragement était général, mais qu'avec des Français on ne devait jamais désespérer du salut du pays. Nous disions que, pour résister aux masses de la coalition , il fallait proclamer le danger de la patrie , appeler le peuple entier à la défense du territoire , envoyer aux frontières des généraux jeunes et distingués , des commissaires dévoués et iuistruits avec des pouvoirs extraordinaires ; nous conseiUions d'armer les places el les gardes nationales , et de faire enfin ce que l'empereur ordonna en partie pendant les cent jours.

Notre note était rédigée quelques minutes avant l'arrivée de l'empereur , et nous étions bien décidé à la lui présenter , quand notre compagnon de voyage nous fit entrevoir comme une suite inévitable de l'exécution de ce projet le mécontentement de l'empereur et , de plus encore , son indignation en entendant un employé lui donner des avis et lui rappeler des désastres; nous eâmes la faiblesse de nous laisser convaincre, et notre humble mémoire fut déchiré.

Nous le répétons : nous nous reprocherons toujours de n'avoir pas tenté , à tout prix , la démarche hardie que nous avions projetée ; car, enfin , l'empereur pouvait nous destituer, et c'était fort peu de chose; mais quand nous n'aurions eu qu'une seule chance contre mille d'être écovité, c* était assez pour nous confirmer dai^

▼1 ATBBTISSBMSlifT.

notre résolution ; et, si Napoléon eût pris avant 1814 les mesures auxquelles il n'eut recours que Tannée suivante » peut-être la France n'aurait pas eu i subir la honte de l'occupaticHi étrangère ! . . Après avoir développé les causes de cette publication » nous avons à dire dans quel esprit elle sera rédigée.

DANS QUEL ESPRIT l' OUVRAGE SERA RÉDIGÉ.

Fid^e à notre devise : tout pour la France et la liberté , nous serons l'organe sincère da la vérité , aussi ne craindrons-nous pas ^'adresser quelquefois aux factions des r^roches sévères ; loin de nous cependant la pensée d'aigrir les esprits ou d'envenimer certaines plaies; nul ne désire plus que nous l^union de tons les Français; et les récriminations , Tacrimonie d'une polémique injurieuse y les reproches violons , ne feraient que retarder cette union. Cest un langage calme , grave et modéré qu'il faut savoir tenir dans un temps comme le nôtre. D'ailleurs , nous ne saurions oublier que les passions sont encore trop vives, les intérêts et les amours-propres trop froissés, pour espérer que dès ce jour ils voudront se rallier i la révolution de 1830.

Ce que nous voulons, c'est démontrer aux partis ennemis de cette révolution et de la dynastie que leurs efforts de renversement ont été et seront toujours vains, parce qu'ils s'attaquent moins au trêne qu'à la masse de la nation, qui trouve dans la charte, franchement exécutée, tout ce qu'il lui faut de liberté, d'avenir et de progrès.

La France possède , suivant nous , le seul gouvernement qui convienne à sa civilisation , à ses mœurs , à ses besoins , à sa prospérité. Avancer , c'est marcher rapidement à la république , c'est-A-dire A l'anarchie ; reculer , c'est revenir à l'ancien régime , au pouvoir absolu ; et ces deux gouvememens sont impossibles.

Aux légitimistes nous dirons : votre règne est passé sans retour ; car , au bout deseize ans de restauration et avec l'appui de l'Europe, vous n'avez pu soutenir une lutte que vous aviez préparée de longue main contre un peuple soumis et désarmé. Vous ne constituez pas même un parti , car , pendant trois jours de combat et dix de transactions , aucun de vous n'a songé à prendre une épée pour dé-

AVKRTISSRMBKT. VU

fendre Tautel et le trâne ; si ce n'eût été à Paris, au moins pouviezvous apparaître à Saint-Cloud , à Rambouillet ou dans la Vendée.!

Vous ne sauriez donc réussir qu'avec Taide de l'étranger et en imposant de nouveaux désastres à la France { or, de pareils succès attireraient sur vous la malédiction du pays ; et, après le départ des étrangers, qui aurait lieu tôt ou tard et vous enlèverait votre puissance matérielle ( car vous n'obtiendrez jamais une puissance morale sur une nation qui vous a ostensiblement répudiés) , quel moyen vous resterait-il pour tenir sous le joug et gouverner une population de 33 millions d'hommes ?

Aux républicains nous dirons : Pour constituer une république, il faut une sévérité de mœurs et de principes , une rigidité de caractère , un désintéressement et un dévouement que nous cherchons en vain , car ils n'existent nulle part ; il faudrait surtout avoir le consentement de la majorité de la nation ; or, vous ne pouvez réunir aucune de ces conditions. Voyez Paris cette tète de la. France : examinez bien la population de cette vaste cité, et ditesnous si vous y comptez même une minorité respectable de républicains sincères ; parcourez ensuite les vingt départemens de l'Ouest et du Midi qui souffrent avec peine même un système constitutionnel ; visitez les ports de mer et les villes manufacturières , interrogez leurs habitans et prononcez dans votre conscience si les vœux du pays appellent la réalisation d'une démocratie absolue ?

Les départemens du centre supportent toujours le gouvernement qu'on leur impose , mais il ne faut pas en conclure qu'ils soient républicains. Restent donc douze ou quinze départemens de l'Est où les esprits sont plus ou moins ardens , où les hommes sont plus ou moins sensibles aux malheurs de la France et plus désireux de les venger, où les utopies républicaines trouvent plus ou moins de sympathie. Tel est le véritable état des choses dans l'Est ; auparavant on y était bonapartiste , et peut-être cette opinion y domine-i-elle encore ; seulement elle a changé de nom.

Nous le répétons avec la conviction la plus entière : les partis légitimiste et républicain ne peuvent avoir d'avenir en France : le premier à cause de son alliance avec l'étranger , le second à cause de son alliance forcée avec la dernière classe de la société et la plus dangereuse de toutes.

Ce qui nous encourage principalement à poursuivre l'exécution

TUI ATUTttSBMUrr.

de notre projet , c'est la méditation profonde de cette Térité que quarante-huit ans de révolution ont suffisamment confirmée:

LES GOUYEUIEHENS PASSENT ET LES PEUPLES EESTEITr.

Aajomd'hm , grâce à une civilisation qui ne peut plus périr, parce qu'elle est sous la^ garde d'une force morale et matérielle immense ; grâce aux grands traités généraux, fruit de cette même civilisation et qui établissent dans le monde un équilibre politique que toutes les nations sont intéressées à soutenir, on peut avancer liardiment que les peuples doivent survivre à toutes les conunotioas; dès4ors, pourquoi le gouvernement ne s'attacherait-il pas exclusivement au peuple, c'est-à-dire, à sa volonté, à ses intérêts, i son bonheur, surtout quand il sait qu'il n'a été institué que dans ce seul but. Les déceptions n'ont qu'un temps et la vérité finit toujours par surgir avec une force d'autant plus dangereuse qu'elle a été plus long4emps comprimée. C'est là le secret des excès de la révohilton de 1789 qui avait à détruire l'ouvrage de quatorze siècles de despotisme. Tout gouvernement qui veut vivre doit donc s'attacher à suivre l'impulsion de l'esprit public et même en provoquer la nu-r nifestation par tous les moyens dont il dispose ; la liberté, aujourd'hui, est la sauve-garde du pouvoir. Ihi jour où Napoléon étoufla violemment toute espèce d'opposition, du moment qu'il renversa le tribunat, qu'il imposa silence au corps législatif et qu'il réduisit la presse à enregistrer ses volontés ; dès ce jour, sa fin put être prévue ; et en effet, le génie , la grandeur et d'immortelles victoires ne purent le sauver, tandis qu'une opposition nationale l'aurait empêché d'entreprendre les désastreuses campagnes d'Espagne et de Russie , et aurait maintenu cet homme admirable , sous tant de rapports , dans les limites d'une raison sévère ; et que n'aurait pas fait Napoléon s'il eût été forcé de reporter sur l'intérieur du royaume cette dévorante activité qui le tourmentait !

Ces considérations ne sont pas étrangères à notre sujet parce qu'elles nous amènent à dire que sous un gouvernement constitu-r tionnel la volonté nationale peut toujours se faire jour, à moins de violence d'un côté ou d'usurpation de l'autre.

Il ne faut donc jamais désespérer en France de ramener le pouvoir à sa véritable destination, et quand une chambre librement ÉLUE le VOUDRA , le gouvernement rentrera aussitôt dans la voie pationaleet progressive de juillet.

AYBITBSBIUMT, IX

Notre sécurité repose principalement sur la réflexion q^i su^i :

Si Charles X , après ayoir manqué à ses sermens et youlu yioler la charte , s'est vu renverser dans un intervalle de trou jourê » pourquoi craindre quelque atteinte pour nos libertés de la part d'un gouvernement qui , malgré sa résistance peut-être un peu trop énergique aux empiétemens révolutionnaires , tremblerait de forfadre à ses devoirs et à ses engagemens, en face d'un peuple qui veille armtf , et qui ne saurait, en sept années, avoir dégénéré de ce patriotisme dont il a donné l'exemple en 1830.

Si, sous la restauration au temps du double vote et malgré l'in-. tervention honteuse du poqvoir dans les élections , la France a eu ses 221 et ses députés de 1830, pourquoi donc aujourd'hui désespérer de la cause de la liberté ? Des craintes existent , il est vrai , et il faut avouer qu'elles sont justifiées par les tendances illibéralet des diflérens ministères qui se succèdent au pouvoir , et par la faiblesse des chambres; mais le gouvernement peut dissiper ces craintet qui bientôt paralyseraient son action ; et c'est pour cela que nous nous permettons de lui donner des avertissemens qui , sans doute, seront fort mal accueillis : mais qu'importe, nous aurons rempli notre devoir comme nous l'avons fait en 1820 , en nous séparant politiquement d'un ministre qui , pour prix de notre vieille amitié et de nos sages avis, nous a destitué.

Si l'on nous dit que, par humeur et par caractère, nous som-. mes dans les rangs d'une opposition systématique, nous répon-. drons : En 1830 et en 1831 nous n'avons pas été de l'oppor sition ; deux fois en notre vie nous avons été ministériel ; la première fois y sous le ministère Dessoles et Gourion SaintrCyr, en 1819 ; la seconde , sous celui de Casimir Perrier, en 1831 .

Sacrifié en 1820 par un ami ambitieux , destitué pour no9 votes en faveur des libertés publiques, nous sommes resté depuis ce temps dans une opposition ferme , consciencieuse et hautetement avouée, sans toutefois avoir conspiré contre le gouvernement de la restauration. Retiré depuis 1830 du monde et des affaires , nous n'avons de plaintes à porter ni contre les hommes , ni contre les choses ; nous sommes donc placé dans toutes les conditions nécessaires pour parler avec franchise et modération.

Nous déclarons aussi que loin de nous repentir d'avoir contribué à la révolution de juillet , nous trouvons quelque consolation

X ATBlTUSBIlBIfT.

et quelque gloire dans les souvenirs de la part que nous y avons prise; et nous ajoutons que, si nous nous retrouvions dans les mêmes circonstances , nous sacrifierions de nouveau place et fortuna pour une cause aussi grande et aussi nationale. En résumé » voici l'expression de notre pensée tout entière : Ce que nous désirons , ce que nous proposons dans cet ouvrage, nous le désirerions et le proposerions sous tous les gouvememens possibles, qu'ils fussent absolus, républicains ou constitutionneb. Nous n'écrivons que pour la France; nous ne formons de voeux que pour sa liberté , sa gloire , son honneur et son indépendance ; pour nous , les hommes ne sont rien , les institutions et le pays

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