‹ La France depuis 1830Chapitre 112 sur 156 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

DE 1/ ORGANISATION DE L ARMÉE EN VINGT CORPS TOUJOURS HOBILES ET PRÊTS A ENTRER EN CAMPAGNE.

Il ne faut jamais acheter la gloire au prii d'une injustice ; mais ne savoir pas profiter de sa pc^ sition pour honorer, agrandir, et fortifier sa patrie, c*est plutôt dans un roi un défaut de génie qu'un sentiment de vertu.

(Chateaubriand, itinéraire de Paris à Jérusalem.)

Après avoir soumis nos idées sur le recrutement et rorganisation de Tarmée , après avoir passé en revue les différentes armes , a(>rë8 avoir proposé la réduction des états^majors, et la création des réserves, de six régitnens de cavalerie, de vingt bataillons d^infanterie et do corps francs , 11 nous reste à compléter notre plan , c'est-idire à rendre ces masses disponibles, mobiles à F instant même, et prêtes à entrer immédiatement en campagne.

S'il est vrai qu'un état n'est grand et Respecté qu'en raison de ses forces militaires, parce que sans elles il n a ni puissance réelle ni avenir, il est évident que quand ses rivaux ont une organisation militaire telle que leurs armées sont toujours sur le pied de guerre^ comme en Russie, ou toujours prêtes à entrer en campagne, comme

en Prusse , un état ainsi menacé doit organiser sa dtfeaM à T instar de r attaque *,

Il doit d'autant mieux prendre cette sage précaution , que nous avons dû en comprendre la nécessité à deux époques fort rapprochées de nous.

D*abord , en 1831, lors de T invasion de la Belgique par les Hollandais ; à cette époque il a fallu plus de six semaines pour rassembler 50,000 hommes et les organiser en divisions et en brigades: aucun général ne connaissait ses régimens, ne savait quelquefois où les rejoindre ; un intendant a couru pendant un mois après son corps d'année, etc. On n'est pas entré en Belgique en ordre régulier, en corps de bataille , mais avec des régimens qui se succédaient et couraient les uns après les autres, et Dieu sait ce qui serait arrivé si nous avions rencontré une armée régulière et aussi forte que la nôtre **!...

Puis lors des expéditions de Mascara, de Tlemsen et de Constantinc, n a-t--on pas été trop heureux de trouver sur les Pyrénées orientales des bataillons do guerre tous formés pour les embarquer aussitôt!...

Dans le projet de loi sur Tétat-major général de Tarmée, présenté à la chambre des députés le 28 février 1837, M. le ministre de la guerre ne dit-il pas?

(( Il serait à désirer, dans l'intérêt du service [la commission du

* La France, entourée comme eUe Test de voisins puisstns, avec lei qoalrt cents lieues de firontléres, son mauvais système de défense permaDenle qal ne lui donne aucune place de guerre à l'intérieur, son principe de gODverae^ ment en opposition avec celui qui régit les grands élaU miliUireade l'Emope. tout lui commande d'être toujours prête à la guerre.

(Extrait de la brochure du général Bugeand, inUtnlée : Ik ^organisation militaire de farmée,)

*' Un honorable général a ainsi motivé i la chambre deidépaCét, le 10 Jita 1837, son avis sur la nécessité de maintenir l'effeclir en France à 37S.080 hommes.

« Des considérations purement militaires, des considérations de diiclpliae» » d'instruction, de ferveur dans le service , ont aussi motivé mon opinUWyMr • les corps disséminés perdent de celte discipline, de celte iastmctioa, dt k cette ferveur; il eu constant qu'un régiment réuni a plus d*esprit de corpg ^ m quand il est divisé en bataillons; il en est de même d'un balaiUom, es igmrd à âe$ » déttu'hemens par compagnie, *

IVemonlfins donc plus haut et disons : un corpt d'armée a plus d'entemUe et d'esprit de corps qu'une division; une division en a bcanroap plot qii*i brigade, et ainsi de suite.

» budget de 1837 l'a recoQDu), que l'organûation des troupes en » brigades pût prendre plus d'accroissement *, »

Eh bien , si vous reconnaissez ces avantages pour les brigades , admettez-les aussi pour les divisions ; bien plus encore , former Tarmée française en vingt corps, mobilisez-la ; tenez toujours les escadrons et les bataillons sur le pied de guerre , de telle sorte qu en vingt-quatre heures , et dans un pressant besoin , un corps d'armée , si faible qu'il soit , puisse entrer en ligne sans même attendre ses réserves.

Telle est la dilTiculté que nous nous proposons de lever ; si Ton trouve nos propositions insuffisantes ou peu convenables, qu*on les modiûe ; peu nous importe ; mais au moins qu*on ne s'arrête pas à des fine de non recevoir si commodes en toutes choses , comme celles-ci : « Une telle opération ne doit pas être faite légèrement ; îl » faut la peser mûrement; il faut y réfléchir long-temps; etc., etc. » Il y a sept ans que Ton pèse ces considérations et qu'on réfléchit sans être plus avancé que le premier jour. Mobilisez l'armée, augmentez-la , tenez les corps sur le pied de guerre , répéterons-nous; pourvu que vous atteigniez ce double but, nous serons satisfaits du mode que vous adopterez.

D'autres motifs encore nous font désirer cette organisation; c'est l'inutilité des inspections générales reconnue et avouée par le gouvernement, et l'oisiveté où Ton tient les ofliciers généraux et les officiers d'état-major pendant de longues années de paix ; oisiveté qui leur fait contracter des habitudes contraires au métier des armes , qui les rend pour ainsi dire étrangers au service , et qui doit nuire considérablement tant au bien de Tétat qu'à eux-mêmes.

Nous disons que les inspections générales périodiques telles

* Cette nécessité est encore démontrée par les tristes aveux que H. le ministre de la guerre a faits à la tribune de la chambre des dépotés , le JO avril 1838, lors de la discussion de la loi relative à un supplément de crédit demandé pour l'augmentation des armes spéciales.

Le ministre a exposé les difficultés qu*il avait rencontrées à réunir 30,000 HOMMES, lors de l'affaire de la forêt do Grondwald dans le duché de Loxem-' bourg , et l'impossibilité où il se trouvait d'attacher à ce corps d'armée 10 batteries montées sur le pied de guerre.

Ainsi, l'organisation actuelle de l'armée à l'intérieur est telle qu'avec 378,000 hommes 51, 000 chevaux, 22,000 artilleurs et 161 batteries, il y adilHculté de former un corps de 30 000 hommes et impossibilité de réunir ins^ tantanément 10 batteries sur le pied de guerre ! d'où nous eoncluooa qu'il y • urgence de changer on système aussi vicieux.

qu elles existent sont inutiles ; en effet, comment un officier (^èoénl peut-il , en peu de mois , examiner à fond et attentivemeot huit a dix régimens? Comment peut-il découvrir en passant les abus qui se glissent dans un corps , surtout quand la yisite d*un inspecteur général est attendue et prévue depuis longtemps? Comment peut-il surtout donner des renseignemens sur le personnel des officiers qu il ne voit qu'un moment et qu*il n*a pu connattre? Dans cet état de choses, il ne fait en réalité que transmettre au ministre les notes des chefs de corps sur ces officiers ; mais nous allons plus loin, et nous disons à M. le ministre de la guerre : Si vous croyez que cette inspection générale rapide et momentanée soit chose bonne en elle-même , par cela seul vous devez adopter notre plan ; car, en classant tous les corps d'armée en brigades et en divisions, nous rendons cette surveillance active , incessante et réelle ; ainsi au lieu d*une inspection passagère, il y en aurait une qui serait continuelle.

Mais il faut prouver ce que nous avons dit, que le gouvernement lui-même avait reconnu Tabus des inspections générales. A ce sujet nous rappelons l'ordonnance du roi, du 19 août 1836 *.

• Louis-Philippe , roi dei Français, à tous présens et avenir salai :

« Vu les ordonnances des 3 Juillet 1822 , 27 août 1830, 20 septembre 1832 ,

• 28 octobre 1834.

» Considérant que la simultanéité des inspections et leur périodicité n*0Dt

• présenté Jusqu'à ce Jour que des résultats incomplets d'une part, en imposant » aui inspecteurs-généraux l'obligation d'examiner dans an temps domU , » mais toujours trop limité^ toutes les parties du service qui ne sauraient être

• bien appréciées et bien Jugées qu'à diverta époques de l'année ; de l'antre k parce que les corps informés à l'avance de l'arrivée des inspecteart-génénux » pouvaient faire disparaître, au moment de l'inspection, des abus ou des in- » fractions qui souvent se reproduisaient quand elle était terminée ;

• Considérant que Vinelfkacité et les inconvéniens du système actoel

• ayant été con<iai^« par l'expérience de plusieurs années, il importe d'y re-

• médier, en rendant aux fonctions d'inspecteur-général une action pins réelle;

• Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'état au département de li » guerre,

• Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

• Art. 1^. A l'avenir, les inspecteurs-généraux d'armes et le membre des » comités de TmCanterie et de la cavalerie, de l'artillerie et des fortfficitioos,

• nommés par nous, sur la proposition de notre ministre secrétaire d'état de » la guerre, seront en fonctions pendant tout le cours d'une année.

• Art. 2. Les inspections des troupes n'auront point lieu à des époques to lixes.

• Les inspecteurs-généraux se rendront près des corps, lorsque notre mi- » uistre de la guerre leur en donnera l'ordre et l'autorisation, etc. •

(f^oir l'ordonnance cniiirt aux pièc€s juitiflcatiret n. 2.)

Cette ordonoauce d'est qu*un vain palliatif et non un remède aii mal ; loin de le détruire, elle le laisse subsister.

Nous concevons des inspecteurs généraux pour la gendarmerie , parce qu'elle n'est pas réunie en un corps de troupes; peut-être en-^ core, pour les écoles du génie et d'artillerie , mais pour les autres régimens nous les trouvons plus qu'inutiles.

Il est évident , comme Ta dit à la tribune un général très distingué , que nous ne pouvons lutter de nombre avec la coalition qui nous menace ; luttons donc pour avoir des soldats exercés et des années disponibles, prêtes à agir avant celle de l'ennemi ; le succès de la campagne, on ne peut trop le répéter, sera pour celui qui le premier occupera les rives du Rhin et couronnera les Alpes; les pr^ mières victoires seront assurées à celui qui se sera emparé le pre-* mier de ces positions formidables.

Ne perdons pas de vue que nous touchons à ces lignes de défense, et que les masses des armées ennemies en sont à quelques centaines de lieues.

Par ces motits et les considérations que nous avons développées dans les livres précédens , nous proposons d'organiser ainsi l'armée française.

Premic

ire divuioD / V brigade d*infani. ( 1*' rég. de lig. ou 1'* 1/S brig. à 700h. par bat. d'infaoterie. ) M... gén. command. l Réserve de guerre à t,000 b. par bataillon. .

M général (S« brigade d'infant, j 2* rég. de lig. ou i* l^S brigade

commandant. >M... goo. command. ( reierve de guerre.

S* diviiiion / 3* brigado d'infant. ( 3* rég. de lig. ou 3* 1/2 brigade

d'Infanterie. i M... gcn. command. l ~ ré^rve de guerre.

IM général | 4< brigade d'infant. ( 1«' régiment ou l'« 1/i brigade d'inr. légéiv.

! commandant. ^M... g<*o. command. l réserve de guerre. .

BRIGADE LÊr.ÈRE ET DE CAVALERIE.

Ii*' bataillon de tirailleurs A créer 1 régiment de hussards résenre de guerre. .

1 régiment de dragons réKrve de guerre. .

Page 1