OCCUPATION RESTREINTE
9 II faut se borner à Toccupation du liUoral [dit un adversaire). A quelques » poinU du lilloral seulement > [dit un auire).
Sans doute ces objections sont présentées de bonne foi , mais rlles ne peuvent supporter le moindre examen. L'occupation du littoral, Toccupation restreinte à quelques points du Uttoral ou à deux ou trois places , c*est l'abandon déguisé , c*est l'évacuation successive de l'Algérie/
• « Nous sommes encore d'accord sur un troisième point , c'est que ce sys*
• lème d'emprisonnement de nos troupes (J'emploie volontiers cette eipres-
• sion qui caractérise le système que je combattais hier], c'est que ce système
• d'emprisonnement de nos troupes à Bône, à Alger, à Oran est inadmissible.
• C'est un ABANDON DBGUMC ; car. Messieurs, après quelques années d'ini-
• puissance , de dégoût , de maladies pour nos troupes, dans les garnisons où
• elles seraient renfermées , on viendrait dire : la possession d'Alger n'est » qu'une vaine apparence , qu'un mensonge et un malheur, 11 faut nous reli- » rer ; et peut-être ce Joar-IÀ il se trouverait en France assez de voii pour » proclamer l'abandon.
• Je remercie donc encore ici mon ancien collègue ; ce système de se ren -
• fermer sur la cAte , ce système sincère , sans doute , de la part de ceui qui
• l'ont proposé , n'est pas sincère en soi , c'est I* abandon. Eh bien ! nous » ne serons pas honteusement prisonniers sur la côte d'Afrique , nous y res-
• («rons et nous y agirons comme des souverains civilisateurs. Tel est notre » rôle. • (Très bien ! très bien ! )
{Béponse de M. Thien à M, Guiioi ; séance du 10 juin à la chambre des députas. ]
• il faut faire accepter notre domination par les indigènes.
• Réduire notre occupation au massif et à trois points ne promettrait ni
• sécurité, ni profit, ni grandeur.
• Vous resteriez bloqués dans vos murailles et ne pourriez tenir la rampa> » gnequeles Arabes enhardis couvriraient et parcourraient en vainqueurs.
• 1/apparence de faiblesse que vous vous seriez donnée rendrait impossible « leur sonroissioo.
• L'importance de notre établissement consiste dans l'occupation du lit
• loral. •
(Eitrail du Di$court de Ai. Moli^ président du conseil à a chambre det députés, 23 avril 1837. Moniteur, p. V67.)
En effet, comment occuper 250 lieues du littoral, ou les port» et les rades de ce littoral, si T intérieur des terres n'est pas soumis? ce serait se condamner à un blocus général par terre; et pois, à quoi bon cette occupation , si Ton est en guerre avec les indigènes?
« On dit encore : Il faut se borner A l'occupalion de deux ou trob Tilles ma- > rUImes ; les besoins des Arabes les appelleront toajoan i Oran et à Al- • ger.» (3f. Duvergier de Hauranne.)
Occuper quelques points du littoral ou deux ou trois yQIes ritimes est un système déplorable. Cela coûtera fort cher et ne mènera à aucun résultat satisfaisant. Les Arabes iroot commercer sur quelque autre point des côtes ; et si leur fanatisme et leur haine contre nous ne les excitaient pas suflSsamment a prendre ce parti , Âbd-el-Kader, leurs caïds et leurs marabouts sauraient bien les y contraindre.
Les faits viennent en foule à Tappui de notre opinion. N*«Tonsnous pas été bloqués à la Tafna, à Arzew , A Hers-el— Kebîr? Abd-el-Kader n'est-il pas venu braver nos coups de fiail sous les murs d*Oran? ne sommes-nous pas encore bloqués A Bougie? Avant nous, les Espagnols n'ont-ils pas été bloqués A Oran et forcés enfin de Tabandonner, quand ils ont eu une grande guerre i soutenir? et aujourd'hui ces mêmes Espagnols ne soni-ib pis presque toujours confinés étroitement dans les murs de Ceuta par les Marocains? Voyons dans ces faits l'avenir qui nous attend ot prenons nos mesures en conséquence.
» Le premier principe est de n'occuper en temps de pali qne ce qoe voas « pouvez conserver en temps de guerre. » [M, Duvergier de HmiFQmme.)
Enfin , si nous étant bornés à l'occupation de deux ou trois villes maritimes» une grande guerre venait à surgir en Europe, ce que nous anrious de mieux à faire , serait de les évacuer A Tinstant ; car les Arabes nous bloqueraient par terre, tandis que les Ootles ennemies bloqueraient par mer et ces villes et nos ports de la Méditerranée.
L'honorable auteur de la quesiion et Alger a beau nous citer pour modèle l'exemple de l'Angleterre et nous dire : c L'An^terre, » lorsiiu'elle choisit ses points d'appui maritimes , se garde bien • d'éparpiller sa force sur une grande étendue de cAtes; elle cher- » elle au contraire à la concentrer sur un petit espace.
» Gibraltar n*a d'autres terrains que celui sur lequel sont bâtis » les maisons et les édifices publics, etc. »
Sa citation frappe à faux et détruit son argument et les conséquences qu'il en tire. L'Angleterre est maîtresse des mers, et nous, nous ne le sommes pas. Peu lui importe que ses forteresses maritimes qui tiennent au continent aient ou n'aient pas de conmiunication avec ce continent et qu'elles soient bloquées par terre ; elle est bien sûre de pouvoir toujours les secourir et les ravitailler par mer; mais en est-il de même pour nous? Non mille fois. Par conséquent nous devons prévoir, pour nos colonies , le cas d'une guerre et d*un blocus maritime ; il faut donc posséder l'intérieur des terres et avoir les habitans pour amis , si nous voulons les ravitailler.
Nous le répétons , il n'y a pas deux termes : Il faut obtenir la soumission complète et entière des indigènes, ou évacuer TAlgérie. Après la soumission viendront la réunion et la fusion des deux peuples; nous prouverons qu'elle est facile.
• L*o€copilion retireiole noat donnera det aillés aUles et prodacUfs.»
(M. Pitcatory.)
Un honorable adversaire veut encore soutenir qu'une occupation restreinte nous donnera des alliés utiles et productifs. Si les faits que nous avons cités ne peuvent le convaincre de son erreur , nous lui rappellerons les assertions de ses amis ; elles repoussent jusqu*à l'espoir de réaliser son système, puisqu'elles établissent en fait a que les mœurs des Arabes sont immuables; quelles n'ont » pas changé depuis 2,000 ans (quoiqu'il n'y ait que 1,100 ans » qu'ils occupent l'Algérie), et que leurs haiHtudes et leur religion » empêcheront tout rapprochement entre eux et nous, etc., etc. » Par conséquent, l'occupation restreinte ne pourra nous donner des alliés utiles et productifs.
• OccnpatloD limUée et eut paciaque avec les indigène». • (Jf. Guiu>L)
Nous venons de nous expliquer suftlsamment sur l'occupation limitée. Voici notre réponse sur l'état pacifique : Pour obtenir l'état |>acifique, il faut que les deux parties soient d'accord ; or, si l'Arabe ne consent pas è déposer les armes , force nous sera de continuer la guerre.
» Noiu avions vécu plus tranquilles à Oran avant d'avoir cherché à nooi ê la-
» bllr à Textéricar. •
Si DOS lecteurs veulent bien se reporter i Thistorique du bcyli^ d*Oran [ à Fart. 3 du chap. ii], ils y yerront que roccupatioa paisible d*Oran consistait à rester enfermé dans les murs de cette ville , à y recevoir des coups de fusil et à ne pouvoir en dépaâser les portes. Plutôt que d'être traité ainsi , quand la paix générale rùgne en Europe , mieux vaut revenir en France ; au moins par cette retraite nous épargnerons de la honte, des soldats et d« Targent.
OBJECTIONS SUR LÉTAT DB L*AGRICULTOlB.
> La culture du froment est chère et difficile. •
[Par VhonoraMe auteur delà question d'Aller.'.
A cet égard , nous nous en référons aux documens ofDcids que nous publions dans Tart. '* du chap. v* et à ce que nous avons dit dans le chap. i". Malgré le mauvais état de ragrlculture, qui est négligée et presque dans Tenfance , le blé produit en Algérie 12 i 13 P- ^0 Quand il ne rend en France que de 6 à 7 p. ^iQen moyenne.
• En 1835, nous y avons importé pour 5.261,000 fr. de farineu alimenUirei.!
( M, Detioberi, )
Cela n a rien de surprenant. Tant que nous serons en guerre a^ec les Arabes, ils ne nous apporteront pas de vi^Tes et nous ne pourrons cultiver la terre. Toutefois, nous ferons observer que Timportation dos farineux diminue chaqueannée. On peut en dire autant pour les vins ; depuis quatre ans nous en avons exporté pour environ â millions et demi par aunt^e. Dira-t-on |H>ur cela que FAIgérie ne peut produire des ^ins excollens et en abondance? Cette assertion serait démentie par ce fait : Un seul village du massif d* Alger , lioiidjaréah, cultivait à lui seul, à la fin de 1836, 2,385 hectares de ^ isnos. Si r Arabe ne cultive pas la vigne , c*est que le Coran lui défend l'usage du vin. Ce ne sont donc pas nos exportations de vins en Afrique qui sont à craindre , mais bien les importations en France des vins fins et précieux qui , d'aujourd'hui à huit ou dix ans. «eront récoltés sur le sol de l'Algérie.
« Si nous y cuUlvons la vigDe, le mûrier, le cotonnier, etc., le Kaballe viendra
• les détraire. »
Non , si nous soumettons le pays, si nous civilisons les habitons, et si nous payons à leur juste valeur les produits de leurs récoltes.
• Si on pennellail la culture du tabac , ce serait aux dépens de nos départe- > mens et des revenus publics qui seraient amoindris d'un bénéfice de
» 48 millions. > ( M, Desjoberi.)
Dans les terres vierges et sauvages , dans les marais desséchés le tabac viendra à merveille et, grâce au soleil d'Afrique, il sera d'une qualité supérieure. Nous pourrons donc aller acheter en Algérie les feuilles que nous payons si cher dans le nouveau monde. L'Amérique perdra seule à ce changement , car nos départemens de r intérieur auront toujours les mêmes quantités à cultiver et à livrer. Ainsi , loin de causer des pertes au trésor, ce nouvel éUt de choses lui procurera des avantoges considérables sur les prix d'achat et sur les frais de transport, parce que le tobac brut d* Alger sera plus rapproché de la France et bien moins cher que dans le nouveau monde.
• Il vaudrait mieux conserver nos trésors^et les bras de nos soldats pour met- » tre en culture les landes et les plaines incultes de la France. >
Un arpent de bonne terre n*est jamais d'un prix trop élevé , et un arpent de mauvaise terre se paie toujours trop cher. Vous aurez beau faire , les mauvaises craies de la Champagne , les steppes de la Sologne et les landes de la Gascogne coûteront toujours plus à cultiver qu'elles ne rapporteront. On ne féconde ni des rochers ni des terres réfractaires , ni celles dans lesquelles les eaux ne peuvent s'infiltrer ou qu'on ne saurait dessécher qu'au prix d'immenses travaux. Et quand ces travaux sont faits, si l'on néglige de les entretenir , par suite de la cherté de la culture et des engrais , le terrain revient à son étot primitif.