ARMÉES DE TERRE ET DE MER
Avant de parler du nombre, de F organisation et de la discipline des années de la Russie , rappelons que nous avons pu en juger par nos propres yeuT , lorsqu'en 181<^ et en 18t5 elles ont envahi la France et occupé Paris ; notre discussion méritera donc d'autant plus de foi, qu'au lieu d'interroger des statistiques généralement connues et des opinions répandues par les correspondans plus ou moins bien informés des différens journaux , nous ferons un appel à des souvenirs assez douloureux pour ne pouvoir être efiacés de long-temps.
Les armées russes sont toujours tenues sur le pied de guerre , organisées en divisions et en corps d'armées, d'après le système de Napoléon que nous avons abandonné. Ce système avait pour but d'obtenir la disponibilité instantanée des armées et par suite la possibilité d'agir immédiatement et d'acquérir ainsi un plus haut degré de force et de puissance.
Depuis 1815, les troupes russes ont infiniment gagné en discipline et en instruction ; elles sont commandées par des ofiQciers habiles , jeunes pour la plupart, ambitieux et instruits, qui ne respirent que la guerre pour sortir de leurs tristes et ennuyeux cantonnemens.
Ces armées ont encore sur les nôtres un avantage immense , celui d'être gardées par les troupes légères les plus habiles , les plus aguerries et les mieux montées de l'Europe : nous voulons parler des Cosaks, dont l'activité et l'intelligence sont telles que les corps d'infanterie et de grosse cavalerie qu'ils gardent , ne craignant jamais d'être surpris, peuvent se reposer en toute sûreté sur leur vigilance et se trouver frais et dispos pour les marches et les combats.
On peut assurer, et c'est l'avis de nos anciens militaires, que par leurs manœuvres, leurs alertes continuelles et leurs surprises , les Cosaks ont fait perdre à nos armées plus d'hommes et de chevaux qu'elles n'en ont laissé sur les champs de bataille.
Les uns ont exagéré, d'autres ont abaissé outre mesure le nombre et la force des armées de la Russie ; cependant il y a un moyen
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faeile et sûr de les évaluer , c est de se baser sur sa population, qui est aujourd'hui de prés do 60,000^000 drames, compoBée en grande partie de payons réduits à Tétat de serfs et soumis au service militaire. Prenant toujours la Prusse pour point de comparaison, nous dirons : si ce royaume, avec une population de 13,000,000 d'habitans met focilement plus de 400,000 hommes sous les armes, qui peut empêcher la Russie de lever 1,800,000 hommes? Rien au monde ; car, dans cet immense pays, le pouvoir peut exécuter sans obstacle tout ce qu'il veut ; il ne saurait même être inquiet sur les moyens d'assurer la subsistance de ses armées, puisque les vivres y sont en abondance et à bas prix ; seulement il lui faudra plus de temps qu*i toute autre nation européenne pour les mettre en ligne et les porter sur le théâtre de la guerre. Quoi qu'il en soit, nous r^ duirons le nombre des armées russes disponibles à 600,000 hommes et nous soutenons avec une conviction entière que le czar pourra, quand il le voudra, mobiliser très facilement 400,000 sol*
nATS DE FER.
Ces deux mots indiquent à la fois et la vigueur du tempérament des Russes et cette puissance de cohésion et d'immobilité de leurs masses qui a fait dire sur eux par Frédéric II : « Ce n'est pas tout de les tuer, il faut encore les jeter par terre. » Ces mêmes soldats unissent, au fanatisme qui affironte la mort sans un seul moment de crainte, une aveugle obéissance qui les rend très faciles i conduite.
Au surplus, pour satisfaire nos lecteurs , nous allons donner le relevé des forces de la Russie, tel qu'il a été publié il y a phisietirs années.
Elles se composaient ainsi : 192 régimens d'infanterie tant de la garde que de la ligne , grenadiers et chasseurs i pied compris. En évaluant chaque régiment à 2,000 hommes , on trouve un total de 384,000 hom.
97 régimens de cavalerie, garde et Ugne , y compris les Cosaks réguliers à 900 hommes par régiment, ci 87,300
Canoniers, pontonniers, sapeurs, soldats des équipage 35,000
Les pièces d'artillerie attelées s'élèvent à 1,100.
Rtpott 506,300 honi.
Vétérans, troupes sédentaires et de garnison. . 1^5,000 Soldats des colonies militaires disponibles sur 70,000 existant encore 38,000
Total 589,300
A ce nombre il convient d'ajouter les Cosaks irréguliers et les tribus asiatiques dont le nombre est indéterminé, et varie selon les circonstances et les Keux où la guerre est portée.
Mais depuis 1833, Tétat militaire a éprouvé de nombreux changemens. L'empereur Nicolas, dans la prévision d'une grande guerre en Europe qu'il désire autant par calcul ambitieux que par sentiment politique, a organisé ses années de manière à avoir sur le pied de gwm ei m digpoMbiUti immédiate sept grands corps d'armée y compris celui que forme la garde impériale.
Voici le résumé de cette organisation sur laquelle nous appelons la sérieuse attention des militaires français et des gouvernemens constitutionnels *.
Par Toiganisation de 1833, il a été créé une arméeactive d'opération composée de six corps d'infanterie ou corps d'armée ( non compris celui de la garde. )
Chaque corps se compose de trois divisions de deux brigades chacune.
La brigade de deux régimens à six bataillons de 1,000 hommes chacun.
De ces six bataillons quatre sont destinés à entrer en campagne et deux autres restent à la réserve ; en conséquence :
Un régiment de Tarmée active est de. . . i|^,000 hommes.
tJnebrigadede 8,000
Une division de 16,000
Un corps d'armée de. ... : 48,000
A chaque corps d'armée est attachée une division d'artillerie de trois brigades.
Chaque brigade est de quatre batteries de huit pièces.
Une batterie de réserve, une colonne de parc, trois bataillons de
' Cet renseignemens ont élé palsés dans un ouvrage publié par le comte de Bismark , lieutenant-général au service du roi de Wurtemberg, et intitulé : De$ Foreet miUtairet de t empire ruite en ISSô.
sapeurs, ainsi que trois compagnies de pontonniers, du train et d'ouvriers forment ensemble 6,000 hommes environ, dont 5,000 combattans.
Plus, une division de cavalerie légère de deux brigades, dont une de hussards et une de uhlans ( lanciers) , chacune de deux régimens. Chaque régiment <]e neuf escadrons , a 160 chevaux en temps de paix (1,(^40). Leur augmentation à 180 chevaux s'opère au moyen de l'escadron de dépôt.
De ces neuf escadrons, huit entrent en campagne, le neuvième reste à la réserve.
En conséquence, la force d*un régiment de huit escadrons, i 160
chevaux , est de 1,280 hommes.
Celle d'une brigade, de 2,560
Celle d'une division, de 5,120
avec une brigade d'artillerie à cheval de deux batteries.
Un corps d* armée, dit corps d'infanterie, présente ainsi, y compris les non combattans, une force de 60,000 honunes, avec 120 bouches à feu, et si l'on veut porter à un nombre rond ce qui doit se trouver sur un champ de bataille, une force de 50,000 combattans, déduction faite des honunes qui restent en arrière , conome malades, détachés, égarés, écloppés, etc., on aura ainsi, pour six corps d'armée 360,000 hommes.
Et sur le champ de baUilIe 300,000
avec 720 bouches à feu attelées et complètement équipées.
Cette partie de Tannée active est dans des quartiers de cantonnement ; elle est toujours sur le pied complet de guerre indiqué ci-dessus, et prête à toute espèce d* opérations.