‹ La France depuis 1830Chapitre 32 sur 156 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Le service des rentes de T amortissement 8 élève annuellement à 39,183,500

Le budget de l'état, indépendamment du service de la dette et des dépenses extraordinaires de l'armée de terre et de mer, se monte à la somme de 33,000,000

Total des dépenses ordinaires. 72,183,500

Pendant les quatre derniers mois de 1832 et les huit premiers mois de 1833, les recettes ont été de kS millions ; en admettant qu'il soit possible de les augmenter de 3 millions, elles s'élèveraient à. . . . 48,000,000

Les revenus du syndicat peuvent être portés au plus à (,500,000

Total des recettes. . . 5S,500,000 D'où suit un déficit annuel entre les dépenses et les revenus de fl. 19,683,500, sans y comprendre les dépenses extraordinaires des armées de terre et de mer, ci 19,683,500

ToUl. . . 72,183,500

Cependant, dans le cas où la Belgique s'engagerait è payer une partie des rentes de la dette nationale pour la somme fixée de 8,400,000 fl. , le déficit ou la différence entre les revenus et les dépenses ne serait plus que de 11,283,000

Ou en francs 24 millions environ.

Voilà tous les renseignemens que nous avons pu nous procurer sur la situation véritable des finances de la Hollande.

En rappelant les nouveaux projets de loi que nous avons exposés et en rappelant surtout que le plus profond secret couvre les opérations du syndicat et les finances des Indes Orientales, on esl fondé h ponspr que dans cos deux tréfw>rs annoï«»s il existe aussi des déficits.

Aul dépenses ordinaires de Tétai et de F amortissement portées ci-dessus pour florins 72,183,500

Il convient d'ajouter :

1* Les contributions locales des provinces et des villes qui absorbent une somme de 20,000,000

2® Les danses extraordinaires des armées de terre et de mer 35,177,746

NOTA. Pour ces mêmes dépenses, en 1837, 27 millioDS de florins ont encore été demandés aux chambres.

Ce qui fait peser, sur une nation de 2,460,000 âmes qui possède peu de ressources naturelles, une charge annuelle de florins 127,361,246

Ou en francs 269,547,000.

Soit par tète d'habitans , en francs 109 fr. 56 c. et en florins 51 77 cens.

Les déficits nombreux, résultats inévitables d*un tel état de choses, ont été successivement comblés , en partie, par des emprunts et par des opérations de bourse du syndicat.

D'après cet exposé véridique, si Ton peut croire aux sentimens hostiles du roi contre la France, on est assuré du moins que l'état fmancier de son royaume ne lui permettra pas de soutenir une longiie guerre et encore moins de soudoyer les armées russes , prussiennes et autrichiennes.

ARTICLE QUATRIÈME

Du Hanovre.

Avant la mort du roi d' Angleterre, nous aurions classé le Hanovre au rang des puissances neutres, mais Tavénement au trône de ce pays du duc de Cumberland, le chef et Tespoir des tories, nous force à changer cette classification et â ajouter ce royaume â la liste dea gouvememens absolus, c'est-à-dire des ennemis naturels de

Le premier acte de son règne , celui par lequel il a refusé de re<-

connatire la constitution du Hanovre, prouve suffisamment que ce prince sera un des chauds partisans de la sainte-alliance.

Nous nous bornerons à dire que le pays qu*i1 est appelé A gouverner, renferme 1,600,000 âmes et possède jme armée de 20,000 hommes.

Les MMis de la dette publique s'élèvent à 8,000,000 do francs.

ARTICLE CINQUIÈME

De TAotrlclie.

Après la Prusse, attachée malheureusement à la Russie par des liens indissolubles, par la main de fer de la nécessité, vient F Autriche pour compléter la triple alliance. Dans la guerre de la Russie avec Napoléon, F Autriche resta pour ainsi dire sous les armes, décidée à voir venir les événemens et â profiter du moment favoFable; F Autriche, disons-nous, ne s'est mise en ligne qu'A la fin delà lutte et lorsque les chances avaient tourné contre nous. Plus avide de profit que de gloire, elle est venue avec des armées nombreuses, moins pour combattre que pour obtenir une plus grosse part dans les dépouilles du vaincu.

En 181i, elle a recouvré les palatinats de la Gallicie que Fempereur lui avait enlevésaprès la bataille de Wagram ; ellea recouvré déplus : Flnvertel, le Tyrol, la Lombardie, les états de Venise, Trieste et les provinces illyriennes, enfin on lui a permis d'exercer Vir toute r Italie une influence que Foti peut comparer A un rentable protectorat.

Après des succès acquis A si bon compte et en aussi peu detemps, Fhomme habile qui gouverne F Autriche depuis trente ans, n'a pas envie de compromettre une si belle position et de prendre la peine, au déclin de ses jours, de changer d'alliance, de système poUtiqoe, et de renouveler en 1836, contre Fambition de la Russie, le traifé qu'il avait contracté en 181$ avec la France et FAn^eterre, pour conserver Fexistenco politique delà Pologne.

Ce traité était dû à Fhabileté do M. de Talleyrand qui, dès son arrivée d Vimne, avait «sacrifié la confiance et Famitié dcFemperetir

Atexandre quil poésédait depuis long- temps, pour dissoudre la coalition et mettre la France à mémo de peser de tout son poids dans la twlanee politique après avoir subi pendant quoique temps lejoogderEurope entière; mais le congrès de Vienne, entraîné d'ailleurs par les événemens du 20 mars 1816, coda à la vigueur

et i la détermination de l'empereur Alexandre secondé par la Prusse, elle royaume de Pologne fut annexé à la couronne des czars; FAutridie recevait trop, gagnait trop à la fois en influence et en territoîTOy pour risquer une part aussi grande et aussi belle au jeu chanceux des batailles.

IL deMettemicha préféré son repos à une politique prévoyante qui aurait eu pour but d'arrêter les progrès menaçans de la Russie dans le nord de TEurope. Aujourd'hui, le même calcul et le même intérèlle portent A maintenir, A tout prix , le 9tatu quo. Après cette expUealion, examinons les ressources de cette puissance.

L'eB|»ire autrichien renferme 33,000,000 d*habitans et jouit d*un revenu de 360,000,000 do fir. environ.

Situé au sud, mais au centre du continent européen , il occupe I1B6 poaitioii centrale et compacte qui lui donne une grande facilité poor porter ses forces sur tel ou tel point de ses frontières. Grâce i eetle position, il peut secourir ou attaquer la Turquie, la Russie, h PlassB, l'Allemagne, Fltalie et même la Franco dont il n'est séparé que par de petits états dont il dispose : la Sardaigno et la Ra- ▼iéie; seul, U est déjà fort à redouter, mais dans une grande guerre eonttiieatale, le poids de ses masses armées peut faire pencher la faaIaBoe eo laveur de celui qu'il appuie à la fois et de son épée et du coftoours de ses alliés.

La position géographique d'une partie de ses frontières lui pcrnet de proléger efficacement la Turquie et d'arrêter la marche des BtUflriAiiMi tout mouvement qu'ils tenteraient au-delà du Danube. Eb effet, la Bukowine et la Transylvanie, par l'angle saillant qu'elles famMntsar les provinces russes de Moldavie et do Bessarabie, sépaieot, pour ainsi dire, tout le nord de la Russie du Danube, à rexqeptkMi de Tuthme étroit qui règne entre le Pruth et la mer Héàt ; ce qui bit que, lorsque les armées russes se i>ortent sur le DÉnabe, leur aile droite et leur centre sont tout-à-fait débordés par les frontières autrichiennes. Que serait-ce donc si ces mêmes \, après avoir franchi ce grand fleuve et les Balkans, es-

— 8i — suyaient une défaite et trouvaient, à leur retour, les Autrichiens campés sur la rive gauche du Danube 1

Ce sont ces positions formidables que T Autriche doit fortifier avec soin et qu'elle ne peut jamais abandonner , mais ce sont elles aussi que la Russie doit le plus convoiter. Le cabinet de Vienne, en méditant sur cette grave question, doit se rappeler encore que la Prusse, puissance à la vérité bien inférieure à T Autriche, a ^té amenée, en 1815, à céder à la Russie toutes les provinces polonaises qui lui étaient échues dans les trois partages, sauf celle de Posen ; ainsi, il doit prévoir que, dans certaines circonstances, la Russie pourra chercher à obtenir les Gallicies, n'importe par quels moyens.

Certes, M. de Mettemich connaît mieux qu'aucun autre ministre jusqu'où va l'ambition mosco>'ite; il fera beaucoup pour sauver l'empire turc , mais il ne poussera jamais les choses jusqu'à se compromettre seul avec la Russie. Selon son habitude, il armera, il observera attentivement, puis il laissera surgir les événemens, toujours prêt à en profiter et à obtenir une bonne part dans les dépouilles du vaincu ou d'un voisin faible et abondonné.

On a beau croire à la conversion politique de M. de Mettemich, la diplomatiedel' ouest de l'Europe aura beau représenter â cet homme d'état que, s'il permet â la Russie de s'étendre davantage au sud , la monarchie autrichienne sera cernée par les forces de cet empire; on aura beau lui répéter que, trop faible alors pour résister, elle deviendra victime de l'ambition des czars; tous ces avis seront inutiles , rien ne le fera changer de système. Ce diplomate, soit pour se faire illusion, soit par suite de cette timidité qui est la conséquence de son âge, est bien loin de regarder comme prochaine la réalisation de cette idée menaçante qu'un jour la Russie avec ses bras de fer pourra enlacer l'Autriche au sud comme à l'est et au nord : il léguera à ses successeurs l'embarras de parer à une pareille éven* tualité. Ainsi, au lieu d'engager une lutte terrible et dang^vuse, il persistera dans cette politique expectante que nous avons analysée plus haut.

D'autres motifs contribuent encore à déterminer cette înunobilité politique du diplomate autrichien; ce sont ceui qui l'éloigneront toujours de la France constitutionnelle et parfois de l'Angleterre , quand elle sera gouvernée par des ministres réformistes.

Us sont au nombre de trois :

1<> La crainte de Tinvasion des principes libéraux en Allemagne, en Italie et plus tard dans les états autrichiens ;

^ La crainte de perdre l'Italie par suite de ce contact , l'Italie qui grossit les trésors de l'Autriche de 100 millions environ et qui lui d(mne une marine ;

3** Enfin, et c'est le plus puissant de tous ces motifs, la craint9 que lui inspire la Russie.

Le gouvernement autrichien, bon et justeenvers ses peuples, cherche à les rendre heureux matériellement: mais là s'arrêtent ses bonnes dispositions ; il ne veut permettre aucune innovation , aucune institution libre, aucun développement dans les facultés d'agir et de penser ; facultés qui , dans ce siècle , deviennent des besoins impérieux et forment la moitié de la vie des hommes. Quoique les peuples soumis à la domination autrichienne, et presque tous d'origine, de mœurs et de religion différentes , aient quelques assemblées représentatives ou états provinciaux , ils n'en sont pas moins soumis au joug de plomb du cabinet autrichien, et malheur aux novateurs qui oseraient élever la voix ! Olmutz, leSpielberg et le carcere duro les attendent I Ce gouvernement est implacable quand on froisse sa politique ; nous savons comment il a traité le général Lafayette et ses compilons d'infortune; et nous venons de voir comment il a traité les malheureux patriotes italiens. Quoique fort occupée de prévenir la contagion de nos principes, l'Autriche n^en pense pas moins à nous empocher de reprendre une attitude imposante. Car , l'Autriche sent bien qu'une guerre heureuse rendrait â la France ses frontières naturelles , la rapprocherait davantage du centre de l'Allemagne et de l'Italie,, et doublerait son influence en Europe.

EUe sent mieux encore^e si la France peut renoncer à posséder ritaBe, elle ne peut renoncer au désir sage et politique de la rendre libre, indépendante et de la réunir sous un même sceptre, afin d' acquérir un allié puissant qui couvre ses frontières au sud-est. (Ici nous ne parlons que de la haute Italie , il ne s'agit nullement des états de Rome et de Naples. ]

On saitcependant (eth conduite del' Amérique du nord et de la Bavière envers la France l'a trop bien confirmé) que les peuples sont quelquefois plus ingrats que les individus ; mais en supposant que la France ne puisse compter sur la vive reconnaissance des Italiens,

en leur donnaot la liberté, elle pourrait du moins compter sur leur fidélité à son alliance , parce que, sans elle, ils ne tarderaient pas à être envahis de nouveau et i retomber sous le joug autrichien.

Nous avons dit que le plus puissant des motifs qui détermineDt la politique actuelle du cabinet de Vienne est la peur que la force de la Russie lui inspire : rien n*est plus vrai. U Autriche, quoique méfiante et ombrageuse, cédera néanmoins toujours auciar» parce qu'ayant déjà adhéré si imprudenunent au partage de la Pologne, elle a augmenté d'une manière démesurée la puissance de la Russie, et ouvert son flanc gauche à cette ambitieuse voisine. Son oonsenlement à l'anéantissement d'un royaume si nécessaire i Féquilibie européen Ta ,pour ainsi dire, forcée à commettre une seconde bute plus funeste que la première : l'acquiescement à ce que la couronne de Pologne fût dévolue à Temp^peur de Russie.

Citons un fait plus récent, plus décisif encore , et qui démontrera, en outre, que la Russie marche toujours vers ses fins avec méthode et par degrés.

Psar le traité d' Andrinople, la Russie a obtenu le partage du pouvoir suprême dans les principautés de Moldavie, de Yalachieet de Servie , qui entourent la Hongrie i l'est et au sud , et bien plus encore la eesaion des bouches du Danube, de ce grand fleuve, de cette artère qui vivifie l'Autriche et la Hongrie. Eh bien 1 l'Autriche atrelle osé protester contre un empiétement si dangereux pour ses frontières, si nuisible à son commerce, à ses débouchés, et qui dé*signe si bien les futurs projets des Russes sur Gonstantinople? l'Autriche s'est tue et a laissé faire.

Ces Hautes conmiises évidemment par pemr ontr-elles édairé ce cabinet sur son avenir, sur sa conservation, sur sa vraie politique ? nullement ; il voit son rival devenir tous les jours plus fort, plus puissant, et , bien foin do s'opposer à sa mardie progressive , il se contente de* regarder cet état de choses avec un eflroi qui augmente sans cesse. Tout porte i croire qu'il commettra la troîsiàme, la dernière et la plus irréparable de toutes les erreurs , en laissant les Russes faire en Turquie ce qu'ils ont pratiqué en Pologne , et en acceptant la part que le lion voudra bien lui accorder : il restera l'alUé de la Russie jusqu'à ce que le$ temp$ êùimU tmwê, jusqu'au moment où un czar ambitieux voulant s'avancer au sudouest de TEuropi', et se trouvant gêné ou arrêté par la masse au-

Irichienne, dira à son gouvernement, en le saisissant corps à corps : maintenant à nous deux, il ne s'agit phu de regarder V Occident , c'est à C Orient qu'il faut faire face. Alors T Autriche déplorera ses concessions y sa fausse politique , Tabandon de ses voisins au nord et au sud ; mais il sera trop tard.

C'est pourquoi nous croyons fermement que cette puissance, regardant de pareils résultats comme fort éloignés, restera fidèle à la triple alliance ; qu'elle ne s* unira pas avec la France constitutionnelle, et qu'en cas d'une guerre générale , elle se tournera contre nous. Toutefois, il est bon de remarquer que l'Autriche, qui tremble ainsi devant la Russie, pourrait lui opposer des populations compactes , un pays fertile en ressources de toutes espèces , un grand matériel de guerre et une armée de 5 à 600,000 hommes.

Conune nous n'avons à prendre aucun modèle dans l'armée autrichienne, nous n'entrerons dans aucun détail sur son organisation proprement dite. La discipline y est sévère, les réserves y sont bien tenues, bien exercées, surtout les rumens dits des frontières; sa cavalerie, parfaitement montée, manœuvre à merveille, mais l'armée n*a pas assez d'officiers en comparaison du nombre de soldats. C'est un défaut qui tient à des vues d'économie, et qui a fait perdre à TAutricho bien des batailles. Ses régimens d'infanterie sont bons, mais un peu lents et lourds ; ils ont bien moins d'élan que les Prussiens; toutefois nous les avons vus, sous le prince Eugène et sous Farcbiduc Charles, lutter avantageusement contre les Français, tant il est vrai qu'à la guerre chaque peuple a son tour de faveur.

Pourvoir l'Autriche changer de politique, pour que son gouvernement devint libéral et constitutionnel, il faudrait l'avènement au trône impérial d'un grand prince, d'un homme éclairé, d'un nouveau Joseph II, avec plus de prudence dans l'exécution de ses réformes. Mais de tels hommes sont rares ; il faut des siècles pour les produire. Pourquoi Joseph II est-il venu cinquante ans trop tôt !

Ce que nous venons d'exposer brièvement nous autorise à maintenir FAutriche dans l'alliance des puissances absolutistes, conséquemment dans l'opposition aux pays constitutionnels.

ARTICLE SIXIÈME

De la Bavière.

Certes si Ton pouvait compter sur FaiTection d'un peuple queFoii a sans cesse soutenu contre ses ennemis et pour lequel on a toujours combattu; si Ton pouvait compter sur la reconnaissance d'un prince dont on a augmenté la puissance et les états, que, de simple électeur, on a élevé à la dignité de roi, et dont le petit-^ls, grâce i l'appui des Français, a été appelé au tr^ne de la Grèce , la France devrait être bien assurée de Falliancede la Bavière.

Il n*en est rien pourtant, et jamais peuple ne donna un plus grand exemple de T ingratitude humaine que les Bavarois.

Le souverain de ce pays qui, dans sa jeunesse, aimait les plaisirs et cultivait les lettres avec succès, est devenu, dans son ftgemûr, un prince dévot et absolu.

Le système imaginé par les tories de tourner tous les peuples contre la France a encore été suivi à l'égard de la Bavière ; on a voulu, par ses intérêts , réunir cette puissance au faisceau de la coalition. Dans ce but, on a ajouté i ses états le duché de Deux- Ponts, le palatinat du Rhin et, pour la rendre à jamais notre ennemie, on lui a livré Landau et son territoire arrachés à l'ancienne France. Ces pays , situés sur la rive gauche du Rhin , ont été donnés à la Bavière, en échange deFInvertel et du Tyrol repris par l'Autriche en 181 &>. Les états de Wurtemberg et du grand-duché de Bade les séparent de la masse du royaume. Par cette cession et surtout par celle de Landau, l'aristocratie européenne a voulu rendre tout rapprochement impossible entre la France et son ancienne alliée.

Et pourtant il n'était pas nécessaire de stimuler le roi actuel pour l'exciter à se montrer l'adversaire de la France constitutionnelle; tous ses actes ont prouvé , et son aversion pour la liberté, et son adhédon aux principes de la sainte-alliance. S'il a laissé subsister encore le simulacre de constitution octroyée à la Bavière, c'est que cette constitution n'existe que de nom, et qu'elle ne gène en aucune manière l'exercice du pouvoir absolu . Il n* y a dans ce royaume ni liberté d'élection , ni liberté de la presse , ni liberté de discus- Mon. C'est un gouvernement despotique avec des institutions qui

laissent au souverain le régime du bon plaisir. Dans son système rétrograde, le roi s* est montré aussi dévoué à rAutriche et à la Russie qu*hosti!e â la France. La Gazette ^Àugsbourg, qui est soudoyée par la Russie et écrite sous Tinfluence de la diplomatie de rAutriche et de la Prusse, nous a attaqués de la manière la plus outrageante , sans que notre gouvernement ait eu assez de dignité pour en demander raison. Voici , entre autres, ce que cette feuille contenait en 1836 :

Extrait de la Gazette ^Àugshourg.

Berlin, 5 mars 1836.

« L'occupation de Cracovie est une réponse énergique aux dé- » clarations de la tribune française sur Tindépendance de la Polo- » gne et les traités de 1815, et en même temps une amère censure )) de ses discours ; c'est la réponse de Léonidas au roi Xercès : a Viens les prendre! » Lorsqu'on passe en revue l'histoire fran- » (aise depuis six ans, on ne peut s* empêcher de remarquer que B la Uberté de la parole est devenue une autorisation de faire des » phrases plus sonores que significatives ; elle a dégénéré en abus » delapolémiqueparlementaire, et l'on s*est habitué à se payer de i> mots vagues et creux au lieu de s'attacher aux faits.

« Aussi long-temps que l'Europe a bien voulu regarder comme » on grave événement qu'un discours eût été prononcé à la cham- » bre des députés , et que les amis de l'orateur fussent venus en » foule le féliciter au pied de la tribune , les Français pouvaient » encore, à toute force , se considérer comme la grande nation; mais » cette mystiGcation touche à son terme. Quelle influence réelle B ont maintenant en Europe les événemens intérieurs de la France? A Qui s'occupe ici du ministère français ? Peu nous importe le » plus ou le moins de capacités et de lumières des doctrinaires ou du » tiers parti ; on s'aperçoit aisément en France qu'il n'y a plus 9 départis , et qu'il n'existe plus dans ce pays que des coteries riva- » les et mesquines. Tout se borne aujourd'hui à unepolitique d^é- » piciers.

» L'Europe se détourne non pas avec effroi , on ne s'effraie pas » de pareilles puérilités , mais avec mépris de toutes ces coteries » tracassières. On se contente d'agir , suivant les lois de la poUti- » que et de l'équité, et l'on ne s'inquiète pas même de leur exis-

» tence. On traitera TafiTaire de Cracovie comme on a traité les » autres jusqu'ici ; la France criera ; on la laissera crier comme ce$ » mfam qu'on apaise avec un joujou , et tout demeurera comme » devant.

» Mais si la France osait tirer du fourreau sa longtêeépée^ pour » ttpoTUT jutqu'au Bkin ses vieux instincts de conquête , alors 9 die verra ce qui aura lieu. Si les Français ne peuvent oublier les » limites du Rhin , il est aussi des millions d'Allemands qui ne » peuvent oublier cdUs des Vosges , et qui se souviennent do Ros- » bachy chaque fois que la France parle d'Iéna. Certes , bien d'au- » très souvenirs se rattachent à celui-là , et l'on peut encore dé- » membrer de la France , comme naguère V Alsace ^ la Lorraine et la » Frandie-Comté y pour en refaire des provinces allemandes ; alors » la France pourra , si elle le veut , raconter ses conquêtes dans le » style de son vingt-neuvième bulletin. »

Le Journal des Débats du 30 mars 1836 répond à ces injures d'une manière si digne et si victorieuse , sa réponse entre si bien dans notre manière de voir , qi)e nous n'avons rien de mieux â faire qu'à citer son article.

Paris, 39 mars 1886.

' 0 Nous cherchons en vain à nous expliquer pourquoi depuis x> quinze jours la correspondance prussienne de la Goutte dÀuge- » bourg est devenue si injurieuse pour la France. La presse fran- » çaise a déjà relevé l'insolence d'un de ces articles émanés de » Berlin , et H. de Mornay y a fait allusion à la tribune. Nous » trouvons aujourd'hui dans la Gazette d'Àugsbourg du 22 mars )) une nouvelle insulte datée de Berlin : » a On parle beaucoup » depuis quelques jours d'une intervention française en Espagne, » (écrit le correspondant prussien] , et si F on ne savait pas que » cette intervention aura le mime caractère qtte tout ce gui s'ett fait » en Francs depuis six ans^ il y aurait lieu de s'inquiéter ; mais on » peut assurer , sans crainte de se tromper, que tout ce qui s'élève » au dessus de Vescamotage d^Ancône est en deçà du cercle de la po- » litique française. On peut, contre des Arabes et des Bédouim sans » discipline, remporter de petites victoires à l'aide de grands moyens )) militaires; mais les troupes enthousiastes de Charles V saufl raient repousser victorieusomcnt une attaque de la France. »

a U nous est impossible de ne pas faire plusieurs remarques sur 9 cet article injurieux.

c La première y c'est que ces insdentes paroles se trouvent dans » un journal censuré y ce qui leur donne une toute autre impor- » tance que si elles se trouvaient dans un journal anglais ou fran- » çais ; en France et en Angleterre, les journaux étant libres , le » gouTemement n'a point à répondre de ce qui s'imprime , il n'en » est point comptable. Mais il n'en est point de même de la Gazette » tAnÊgAoïurg^ journal bavarois y qui ne parait que sous l'autorisa- » tion de la censure. Dans cet état de choses , nous ne concevrions » pas que notre gouvernement ne se plaignit pas des injures qui » sont insérées contre la France dans la Gazette d^Àugsbourg. Nous » ne concevrions pas qu'il ne demandât pas des explications à cet » égard au ministre de Bavière , et qu'il ne ftt pas cesser ces in- » suites. Qu'on songe , en efTet , qu'il y a récidive, qu'il y a huit n jours, à peu près, le même correspondant de Berlin insultait déjà 9 la France , et cela nous amène à une seconde remarque qui a dû » fraj^per tous les honunes attentifs, o

Etaitr^e pour remercier le cabinet prussien de ces notes insolentes y que le prince royal a été faire une visite à la cour de Berlin? Dans tous les cas, ce voyage et ces prévenances étaient au moina intempestifs.

On pourrait passer d'indécentes sorties à la presse dans un pays libre ; mais, dans un royaume où la censure existe, supporter de telles injurqs , c'est prouver jusqu'à quel degré de faiblesse le gouvernement de la France est descendu.

Il nous semble, toutefois , que nous aurions dû demander satisfaction d'une manière assez forte pour l'obtenir, et que, dans le cas où elle nous eût été refusée , nous aurions dû tenir à honneur de faire retirer sur-le-champ notre ministre de Munich et de suspendre Fenvoi de tout subside et de tout secours au roi Othon.

Entretenir, en Bavière, un ministre de Franco pour lire les injures que la presse censurée adresse au pays qu'il représente, c'est se soumettre volontairement à une dégradation qu'un grand peuple ne peut et ne doit supporter. Donner des subsides au rpi do la Grèce, quand son père nous laisse outrager dans ses états , c'est rendre le bien pour le mal, c'est donner une prime d'encouragement à r ingratitude; sans doute cette morale peut être fort bien

placée dans les Sainù Evangiles , maïs elle n'a pas été inscrite dans la charte de 1830.

£t pourtant nous n* avions pas besoin de cette leçon pour nous rappeler comment, en 1813, nos bons alliés li&s Bavarois ont signifié leur déclaration de guerre à la France , en venant bravement se placer à Hanau sur les derrières de nos armées ; culbutés honteusement, ils n*en sont pas moins restés les fidèles sujets de la saintealliance; on se ^souvient aussi, en Lorraine et en Champagne, de leur invasion en 1815. Les routes suivies par leurs colonnes étaient dévastées et brûlées comme si un torrent de feu tes eût traversées.

Si des sujets nous passons au souverain , nous pouvons être assurés que ses sentimens pour la France ne sont pas changés. En avançant en âge, il devient plus absolu et plus dévot ; chaque jour, il restreint davantage le développement des libertés publiques dans ses états; il persécute les hommes libéraux et constitutionnels ; il rétablit les moines et les jésuites, et certainement si la triple alliance nous fait la guerre, il sera le premier à joindre ses troupes aux siennes. Nous le classons donc au nombre des adversaires de la France, et c*est pour cette raison que nous désirons que notre pays ait une armée nombreuse , fortement organisée et toujours prête à entrer en campagne, afln d'avoir raison de la malveillance de nos petits voisins avant Tarrivée des soldats du Nord.

La Bavière a 4,000,000 d'habitans, 60,000,000 fr. de revenus , et une armée de 30,000 hommes en temps de paix ; en temps de guerre, elle peut la porter à 60,000, et entretenirten campagne 40,000 hommes.

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