CLERGÉ ÉPISCOPAL
Revenu moyen de chaque individu ou de chaque cathédrale.
2 archevêques à 400,000 francs.
25 évêquesà 130,000
Revenus des 32 cathédrales, collégiales et corporations ecclésiastiques réunies
(5,208,000 fr.), moyenne 163,000
Sur ces 32 collégiales , cathédrales , etc., 10 à 12 sont très peu apanagées, d'autres le sont d'une manière excessive. Nous citerons quelques unes de ces dernières :
Durham possède. 700,000 francs.
Westminster (compris l'école) 500,000
Windsor 485,000
Wmcester 320,000
Oxford 305,000
Tels sont, en partie, les abus monstrueux qui protègent l'EgHse établie , et dont profitent les membres de la haute aristocratie. Telles sont les sommes immenses perçues sur le peuple d'Angleterre et d'Irlande , non pour honorer et soutenir la rehgion modeste et sublime du Christ, mais pour faire vivre somptueusement, et trop souvent scandaleusement , les membres favorisés du haut clergé de ces deux pays.
Après avoir lu cet exposé sincère , que tout homme impartial prononce entre la chambre des communes qui demande la réforme modéré© de l'Eglise, et celle des lords qui ose, au xix« siècle, soutenir l'état de choses actuel.
Maintenant il nous reste à développer les autres causes qui contribuent à maintenir la puissance de l'aristocratie anglaise.
Cette aristocratie s'appuie sur des privilèges, dos titres, une grande instruction et d'immenses propriétés territoriales. En France, nous commençons à rire des titres de noblesse , depuis que l'empire et la restauration ont prodigué ceux de comte et de baron , et
même rendu ceiii ^e marquis ; mais, en Angleterre , il nVn est pas ainsi : les nobles forment une classe à part fort respectée et peut-être plus considérée aujourd'hui que la noblesse française ne l'était il V a un siècle.
Tous les lords séjournent dans leurs grands domaines, a l'exception de ceux qui ont leurs propriétés dans l'Irlande. Ils tiennent une représentation vTaiment royale ; mais , ce qui constitue une grande partie de leur influence , c'est la sagesse qu'ils ont eue de se mettre à la tète des entreprises nouvelles, des sociétés utiles, en un mot, de se faire les protecteurs de tout ce qui convient aux intérêts du comté qu'ils habitent.
A cette conduite , fruit d'une adroite |K)litique, et aux privilèges dont ils jouissent , ils joignent tous les avantages que donne une fortune immobilière immense. Leurs domaines contiennent, au moins, le tiers de la surface de l'Angleterre et de l'Irlande. Il y a tel grand personnage qui possède plusieurs lieues carrées do pays *, et ces terres renferment une multitude de domaines dont les fermiers sont les serviteurs dévoués, nous allions presque dire , les vassaux du propriétaire.
(]es grandes propriétés forment des majorats en faveur du fils atné auquel est dévolue exclusivement toute la fortune de ses pères; ses frères et sœurs sont en quelque sorte à sa discrétion et, tant que ces domaines seront inaliénables , ils formeront la base inattaquable do la force et de la puissance de l'aristocratie. Pour renverser cette base , il faudrait qu'une loi ordonnât l'abolition des majorats et prescrivit , comme en France, l'égalité de partage entre tous les enfans.
Il reste au ministère whig une tâche bien difficile à remplir, si elle n*est tout-à-fait impossible dans l'état de choses créé par la conquête , par les privilèges et par la constitution de l'aristocratie : réformer les corporations municipales , abolir les dîmes, faire une loi sur les pauvres d'Irlande , etc., sont des mesures indispensables que, tôt ou tard, la chambre des communes finira par obtenir de la
* I^ duc de Sulhcrland po^ède un domaine en lù-ofifie qui couvre f iniliîon d'arres (405,000 becl.). On assure que le duc de Norlhumberlind poMédc on biens fonds un revenu de 4 millions de francs, cl que les ducs de IlevtHi- ^htre, deBedforl cl de Buthiand jouissent . rliarun, d'environ trois million» de rentes en propriétés territoriales.
chambre des lords. Mais ce ne sont là que de vains palliatib au mal qui agite l'Irlande et qui fera de l'insurrection une déplo-^ rable mais irrésistible nécessité. Les débats élevés à ce sujet dans le parlement , le conflit qui existe entre les deux chambres, ne sont que les escarmouches de la grande bataille qui doit se livrer, un jour, entre les riches ou nobles propriétaires de ce royaume et la population. Dans T Irlande, les deux tiers des terres sont possédés par le clergé ou par la noblesse. Ces biens sont aussi des majorais inaliénables , en sorte que les cultivateurs , ne pouvant jamais devenir propriétaires quoi qu'ils fassent , restent forcément des serfs misérables attachés à la glèbe.
Il y a encore d'antres abus qui mettent le comble à la misère du paysan irlandais : c'est que ces domaines sont loués par de longs baux à de grands fermiers et, comme nous l'avons dit, qu'ils ne sont pas habités par les propriétaires. D'une part, les grands fermiers sous-louent de fortes parties de terre à de moyens fermiers , et ceux-ci à de petits fermiers ; d'autre part enfin , ces derniers distribuent quelques acres aux paysans. Par ce mode de fermage ainsi subdivisé , les domaines sont cédés aux colons à des prix extrêmement élevés et, quand vient une année de disette, ils sont réduits à une aifrcuse misère.
D'autre part, comme les grands possesseurs de ces domaines résident presque tous en Angleterre et dépensent leurs revenus hors de l'Irlande, ils privent cette malheureuse contrée du peu de commerce et des avantages qu'ils lui procureraient naturellement en y séjournant. L'Irlande y perd encore les embellissemens , les assy— nissemens et les grands travaux que les riches propriétaires ne manqueraient pas d'y faire , et qui seraient une ressource pour les pauvres ; aussi n'y voit-on pas ces établissemens utiles au pays, au comté, que les lords anglais instituent dans la Grande-Bretagne.
Telles sont les principales causes qui , au fur et à mesure que sa population augmente, rendent l'Irlande plus misérable. Le contraire est arrivé en France, par suite de la révolution de 1789 qui a aboli les majorais, ordonné Tégalité de partage des héritages entre les enfans, et mis en vente les biens du clergé et de la noblesse : le paysan <^t devenu propriétaire ; il a vu ses labeurs récompensés par le premier des avantages en ce monde, la propriété I c'est pour lui, c'est lK)ur son bien-être, c'est pour ses enfans qu'il travaille, et alors il
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le fait ayec joie et bonheur. L'état et le goutèrDemetit se resaeBleiit du tnen-^tre du cultivateur propriétaire, parée' qu*il s attache au sol , À la prospérité et à Tordre du pays tout aussi bien que le riche» et qu*il est toujours disposé à le défendre.
En Iriande, il n en est pas ainsi malheureusement : quelques mil* liera d* hommes riches et égoïstes OBtpotlr tributaire» 7 millions de leurs semblables , que des lois féodales tendent à maintenir toujours au rang des parias.
Le paysan iriandais mal logé, mal nourri, mal vètii, travatUè nuit et jour pour payer ses fermages et proeurer du pain à sa fa^ mille ; souvent il ne peut y parvenir , et sa plus cruelle* souffrance, peut-être, est de songerqu'il n*a aucune espérance de sortir de cet état de misère et de pouvoir améliorer son sort !
Avec la marche de la civilisation , avec les lumières actueUea, et surtout en présence d'un parti irlandais , qui a ses représentans au parlement, et pour chef l'indomptable 0*Connell , l'oppression vraiment barbare de l'Irlande peut-elle durer long-temps encore? n'estr-il pas à craindre que ces hommes ne viennent un jour à se compter et à se demander en vertu de quels droits ils sont ainsi impitoyablement exploités par une aristocatie sans entrallies !
Voilà la grande plaie de l'Irlande , celle à laquelle il faut porter un remède efficace ; les hommes d'état dans ce pays la connaissent; mais comment la cautériser, quand Tambition, Fégotsme, la religion dominante et les tories s'y opposent !
Ajoutons que les moyens de domination et de puissance de l'a— rialocratie anglaise n'ont que fort peu diminué.
Malgré le bill de réforme , ses forces, on l'a vu , sont encore immenses ; aussi, déjà deux fois depuis cette loi , a-t-elle tenté de s'emparer du gouvernement. Les toriet l'essaieront encore, et peut-être réussiront-ils ; c'est pourquoi nous engageons le gouvernement français à ne compter sur l'alliance anglaise qu'avec un ministère wigh. Cependant nous pensons que, dans tous les cas , il faut la rechercher ot la ménager, mais qu'il serait dangereux de lui faire des sacrifices importans.
Après avoir énuméré les ressources et les élémens de foret* (fui restent encore aux tories , il est utile et même nécessaire de rappeler au lecteur les actes de leur politique extérieure depuis moins d'un siècle: c'est dans ce but que nous le renvoyons au
chapitre Jltwté, où il a déjà jeté les yeux et médité profondément sans doute sur un tableau où sont retracés, par ordre chronplo- 9que, les faits les plus importans de T intervention des Russes dans la politique européenne , depuis Pierre-le-Grand jusqu'à nos jours. On y verra la haute influence que Faristocratie anglaise a toujours eue sur les déterminations du cabinet de Saint-Pétersbourg, ainsi que la preuve irrécusable de la tendance des tories vers les principes absolutistes de la sainte-alliance; ce qui ressortira aurtoul clairement d'un examen attentif de ce tableau, c'est la haine profonde qu'ils ont toujours nourrie contre la France , et qu'ils ont poussée au point de lui sacrifier la vraie politique de TAngleterre et les intérêts de FEurope.
Les faits incontestables que nous rappelons, prouveront aux personnes les plus prévenues conmie aux personnes les plus impartiales que l'oligarchie anglaise , par ses alfiances et ses intimités avec la Russie, a toujours provoqué et favorisé l'ambition de cette puissance. C'est en haine des progrés de la civilisation et de la liberté qu'elle lui a applani tous les chemins et ^'elle a renversé tous les obstacles qui pouvaient l'arrêter. C'est pour l'exciter à combattre et i assujétir les peuples libres qu'elle a abandonné à sa soif dévoxanle de conquête tantôt la Perse , tantôt la Turquie , tantôt la Pologne, tantôt la Suède, tantôt le Danemark , etc.
De ces faits , enfin , l'on pourra conclure si bous avons jugé jainement la question , et si nous avons raison de craindre, pour la France, le retour des tories au pouvoir.
Donnons une autre preuve de leurs passions hostiles cofltre aous:
La cinquième coalition, cimentée par l'Angleterre en 1813, a «oùté à cette puissance iH millions sterling (en francs 2 milliards 860 millions] : à <;ette époque elle avait à sa solde un nûllion de eombattans.
If
Pour couvrir des déponses aussi colossales , les emprunts s* élevèrent.
En 1813 à 59,000,000 sterl. en Tr. 1,475,000,000
Et en 1815 à 45,000,000 1,125,000,000
Suivant Howe et Stevenson , la totalité des sommes levées sur la Grande-Bretagne, par la voie des emprunta et des impôts, pendant les vingt-trois années qui s'écoulèrent de 1793 à 1816, s'életa àenyiKm 1 ,504 millions iterl. , en francs 39 milliards 100 millions, dont 1 milliard sterling (25 milliards de francs) fut dépensé pour la giierre et la marine ( ce chiffire nous parait trop élevé ) , c'est-à-dire ^le si les tories ont eu la gloire incontestable' de replacer les Bûurbons sur le trône de France, cette gloire a coûté à F Angleterre en- ▼irOD 16 milliards de francs (voir ci-aprés le tableau dés augmentationa et réductions de la dette ) .
Ces chiffres joints aux faits que nous venoni de rappeler , proti^ vent évidemment que, sans la désastreuse campagne de MobooW et aea suites (unîtes , l'Angleterre aurait succombé sous le poids de ses charges , surtout si l'emperem* avait pu résister quelques années encore.
L'assistance vraiment décisive que les tories donnèrent à la Russie, n'eut pas seulement pour résultat d'accabler l'Angleterre sous le poids d'une dette énorme , mais encore de donner à Taristocratie ani^aise un rival formidable dans le cabinet de Saint-Pétersbourg. En effet, l'empereur iilexandre, en se faisant le protecteur de tous les gottfernemens absohis en lutte avec leurs sujets , devait se créer coprés d'eux une influence capable de balancer et peut-être de détndie celle des tories , qui ne pouvaient disposer des mêmes é\é^ mens de force et de puissance que lui.
Aussi Castelreagh, voyant avec effroi que sa haine aveugle pour la France et la liberté l'avait conduit à enlever â l' Angleterre sa havte prépondérance sur les affaires de l'Europe , pour la transmettre à la Russie , ne put survivre à son désespoir et mit fin à ses jours.
Cofisidérot en effet combien le cabinet de Saint-Pétersbourg s est servi ou plutôt a abusé do la connivence de l'aristocratie anglaise. Gdie-ei l'a aidé à s'emparer delà Finlaude, de la Moldavie orientale, de la Bessarabie ; àé^k elle l'avait laissé absorber la Pologne , occuper la Crimée et les provinces au sud 4u Caucase appartenant
à U Turquie et à la Perse , et prendre une influence à peu près souveraine en Grèce, en Servie, en Moldavie, en Valachie. Ce n* était pas assez; elle a autorisé l'empereur Nicolas à enlever à la domination du sultan les sujets russes, ou se disant tels, établis en Turquie ; ce qui équivaut , en défimtive , à implanter au sein des états musulmaDS un gouvernement étranger.
En terminant cet article, nous donnerons encore deux preuves nouvelles de la haine des tories contre la liberté, et de leur dévouement avenue aux intérêts de la Russie.
En 181<k, au congrès de Vienne, F Autriche proposa de garantir Tintégralité de l'empire ottoman ; l'Angleterre s'y opposa: qu'estil résulté de cette foute? c'est que la Russie en prenant les armes contre la Porte, en 1828, eut grand soin de publier dans son manifeste que la Turquie n'avait pas Hé eompriu dam h$ ttipylaiùmt réparatricet du traité de Vienne,
Quelques années après la révolution de 1830 , quand les tories furent parvenus à ressaisir un instant le pouvoir , qui envoyaientils en ambassade à Saint-Péterbourg? Le premier sectateur de l'absolutisme , le plus grand ennemi des lumières et de la civilisation , le partisan de Don Miguel et de Don Carlos , l'ami et le confident du duc de Wellington , le type modèle de l'aristocratie , lord Londonderry, le même homme qui avait dénoncé les Polonais comme des rebelles , et flétri de l'épithète de trahison toute lutte contre la tyrannie.
Aussi, l'empereur Nicolas, pour témoigner aux tories sa reconnaissance des services qu'ils ont rendus à la Russie et de ceux qu'ils pourraient encore lui rendre , pour resserrer l'union intime qui existe entre eux , a-t-il reçu lord et lady Londonderry, lors de leur voyage â Saint-Pétersbourg en 1837, non comme de simples particuliers , mais comme des souverains.
Pendant leur séjour, ik ont été comblés de soins et d'atteotîoes par la fomille impériale ; afin de leur donner des marques plus sensibles de faveur, l'empereur a choisi, lui-même, dans le musée impérial, des vases magnifiques et divers objets d'un grand prix qu'il leur a envoyés.
U a honoré en outre le marquis d'une décoration significative: nous voulons parier de la médaille instituée en commémoration de la prise de Paris en 18H.
Ce n*e8l pas tout eocore ; d'après les ordres positib du czar , ces îUustres personnages, à leur retour, ont été logés dans le palais impérial de YarsoTÎe , et ont reçu du maréchal prince Paskéyitch des hooneurs qu'on ne rend ordinairement qu'à des tètes couronnées. Cest ainsi que Fautocrate prouve son attachement et sa gratitude i sesalliés les tories.