‹ La France depuis 1830Chapitre 36 sur 156 · RÉGIMENS · texte numérisé non relu

RÉGIMENS

infanterie.

En Angleterre et en Ecosse.

En Irlande

Aux Indes-Orientales . . .

A Malte

A CoHou et aux Iles Ioniennes

A Gibraltar

Aux autres colonies. . . .

il y a 2 bataillons par régiment, et 10 compagnies de 50 hommes par bataillon.

Mais , chose étonnante, et qui prouve jusqu^où a été la prodigalité ou le désordre de l'administration , c*est que pour une armée de 100,000 hommes , il y avait, en 1836, 515 généraux , soit un général pour moins de 200 soldats !

On voit par cet état qu'en temps de guerre , le gouvernement anglais peut tout au plus verser sur le continent un corps d'armée de 40 à 50 mille hommes ; mais, au moyen de ses immenses richesses , il lui est facile de doubler ce nombre en levant , dans le royaume-uni, un corps de volontaires, et en Allemagne, des légions auxiliaires.

Son artillerie est ce qu'il y a de plus parfait et de plus perfectionné en Europe.

Sa cavalerie est montée avec des chevaux de choix et même de luxe.

Quant à son matériel , il est immense : 25,000 pièces de canon en fer et 12 à 1,500,000 fusils sont toujours en réserve.

Il nous reste à parler du plus grand et du plus puissant instrument de force que possède T aristocratie , celui qu'elle défend avec le

plus de vigueur, celui qu*elle soutiendra jusqu*^ la dernière extrémité : le clergé !

Parmi les moyens de consolider leur autorité et d*augmenter leur pouvoir y certes , les tories n'avaient pu neiger la religion qui exerce une si grande influence sur le peuple.

On se souvient que, sous le règne de Uenri VUI , T An^terre rompit avec la cour de Rome , et que ce monarque se fit chef de la nouvelle secte qu'il institua , et désigna depuis sous le nom dVglise anglicane.

Les biens des couvons et des prêtres papistes furent confisqués; ils servirent à doter les dignitaires et les ministres du nouveau culte. L'ancien essuya de vives persécutions , et ceux qui y restèrent fidèles, perdirent leurs emplois et la faculté d'en occuper aucun à l'avenir.

Ainsi, un peuple qui se croyait et qui se disait libre était en quelque sorte privé de la plus précieuse des libertés : celle de la confeience ! Il fallait opter entre ces deux alternatives : ou renoncer à la l«ligion de ses pères, ou perdre la faculté d'exercer aucune (onction publique et salariée ; en restant fidèle à son culte, on s'exposait en outre à subir les persécutions du gouvernement et les insultes de la populace ; de plus, on était forcé de contribuer aux frais de la nouvelle égHse par des dtmes , des redevances, etc.

La partie des trois royaumes où cette tyrannie pesa de la manière la plus' dure fut T Irlande. Les habitans de cette contrée, en raison de leur attachement à l'église romaine, furent traités en parias. Ils étaient exclus de tous les emplois et accablés de charges : bien loin de leur accorder aucune somme pour les frais de leur culte, on leur faisait payer, à des taux exorbitans, les émolumens des évèques et des pasteurs do 1* église anglicane : nous allons en administrer les preuves.

La population de Flrlande s'élève en somme ronde à 8,000,000 d'ames, dont 6,800,000 catholiques, 700,000 épiscopaux, et 500,000 protestans dissidens.

Ainsi, 7,300,000 habitans contribuent aux frais du culte de 700,000 de leurs compatriotes !

Le territoire est divisé en 32 diocèses, 1,380 bénéfices, et 2,450 paroisses. 11 y a des diocèses , tels que ceux de Dublin et d' Armagh, oil rbn compte plus de 100,000 épiscopaux, tandis que dans d'au-

Ires » ceux d'O'Emby , Kelmacduagh et KeUsnora , par exemple , il n*en existe que 1,350 , 560 et 236.

Les bénéfices sont dans la même proportion: un simple bénéfice, Belfast, comprend, à lui seul, plus de membres de léglise anglicane que six diocèses ensemble comprenant 63 bénéfices.

Il y a quarante bénéfices qui ne comptent pas un seul membre de Féglise établie.

Le haut clergé se compose de 4 archevêques et de 18 évêques. fly a, en outre, 30 chapitres renfermant 280 grands dignitaires prébeodiers ou chanoines ; la plupart de ces dignitaires et prébendiers jouissent d*un ou de plusieurs bénéfices , dans lesquels ils sont chargés des devoirs des ministres de paroisses ; mais , parmi eux , 42 dignitaires et 52 prébendiers ne sont pas astreints à ces devoirs : dans ce cas, le culte est desservi par des vicaires payés par eux à bas prix, en sorte que leurs bénéfices ne sont autre chose que des sinécures.

Les évoques trouvent la source de leurs richesses dans leurs biens territoriaux , les dtmes et le patronage ou le courtagedes bénéfikses.

Leurs terres, avec les parcs et palais y attenant, contiennent

ASByOOO acres d'Irlande , environ le dix-neuvième de la surface

totale de cette tle.

Les ^Mmes perçues au profit du clergé seulement s'élèvent à

phu de 13 millions.

Quant aux droits prélevés par les évêques , à titre de ipa!^(miaqt, sar les nominations aux bénéfices , ils leur rapportent -presque autant que les autres revenus do leurs diocèses.

-Le plus riche archevêché , celui d' Armagh , produit un -revenu nel de plus de 400,000 francs.

Le plus riche évêché, celui do Derry , produit plus de 300,^000^ francs, et ces immenses émolumens peuvent encore s'accroître d'un -tiers en sus.

Les revenus de tous les archevêchés et évêchés s'élèvent à plus de 4 minions, ce qui présente pour chacun d'eux une moyenne de 180,000 francs et au-delà.

D*après le rapport des conunissaires chargés de faire une enquête sur Jes revenus de l'église d'Irlande, le montant ides somoies. perçues annuellement par les 284 dignitaires, prébendiers el^ha-

Doines, s élève également à près de k millions; ce qui donnerait â chacun une moyenne de 1^,000 francs environ.

11 faut observer cependant qu*il n*en est pas ainsi : la doyenDerie de I>om a rapporté, en 1810» 92,000 francs.

Les revenus des bénéfices paroissiaux découlent de trois sources: les terres de glèbe , les dîmes et le produit appelé argent des ministres : toutes ces sommes réunies s'élèvent à plus de 15 millions.

Maintenant récapitulons les revenus de F église établie en Irlande :

22 archevêchés et évèchés k millions.

28{i' dignitaires , prébcndiers et chanoines 4

sa ministres de paroisse 15

Pour 850 individus, total des revenus perçus 23 millions,

qui donnent , pour chacun , une somme annuelle de 27,000 frans , 38,235 francs suivant Pebrer.'

Un état de choses aussi monstrueux est-il soutenable ? et peuton invoquer la cause du ciel pour opprimer 7 millions d* hommes, et pressurer une population malheureuse et misérable , afin d'entretenir dans le luxe et Tabondance un clergé qui ne forme pas la neuf-millième partie de la population ?

Mais pourquoi , se demandera-t-on , les tories persistent-ils à se refuser à l'adoption du bill de réforme présenté à cet effet par la chambre des communes ? pour quel motif le rejettent-ils avec tant de force ? Nous allons le dire.

C'est pour que les coryphées des tories, les familles des Bercsford, des Clancarty, des Rodens,des Lawrence, des Plumket,etc., puissent jouir et disposer, en faveur de leurs parens, de leuts amis, de leurs protégés, de ces places si énormément rétribuées ; c'est pour qu'un évèque laisse en mourant 7 à 8 millions de francs à ses héritiers ; c'est pour qu'un lieutenant de marine puisse être nonuné archevégue , un membre de la chambre des communes , doyen ^ et l'éditeur d'un journal, chancelier : feu l'évèque de Derry , le comte de Bristol, a vécu vingt ans en Italie,

* histoire financière et slaliniquc yénératc de l'empire britannique, par Ptbio Pcbrer. Paris, 1834. Voir pages 96, 90 el 97, 5« vol. Le revenu du clergé d'Ir- Uinde esl évalué â plus de 1,300,000 livres sterliiigs (37,500,000 fjr.), et, d'tprè» le rapport soumis au |iarlement , à 1,232,000 livres slerlings (30,800,000 trX

au milieu de la plus grande dissipation, et le grand primat Kokehy vivait à Bath , sans jamais visiter l'Irlande.

Et les tories de crier i Fimpiéléy quand on propose de réformer de pareils abus ! el dr Robert Peel de dire que l'église n'a d'autre soutien que sa pureté, quand on voit un tiers au moins des évoques, des dignitaires et des desservans de l'église d'Irlande absens, de leur résidence , passer leur temps sur le continent , ou dépenser leurs immenses revenus à Bath , à Brighton ou à Londres I

Mais, ce n'est pas dans l'Irlande seule que régnent des abus aussi révoltans , il en existe de semblables en Angleterre.

Voici les documens que nous avons puisés, en partie, dans un ouvrage publié en Angleterre en 1830, intitulé : Observations sur la part que le clergé tire de la fortune publique. ( Remarks on the consumption of public wealth by the clergy). Les revenus de l'église anglaise proviennent de ses propriétés territoriales , des dîmes, des revenus affectés aux universités , des établissemens ou écoles de charité publique : des offrandes de pâqucs , de church-fees ( dons ou offrandes forcées, aux enterremens, relevailles, baptêmes, mariages, etc.).

La réunion de ces divers produits présente une somme totale de 136 millions de francs qui , répartis sur environ 8,000 prélats , grands dignitaires , doyens , archidiacres , prébendicrs pluralistes , béo^ciers, etc., présente, pour chacun d'eux, une somme annuelle de 17,000 francs environ *

Ces revenus sont loin d'être également répartis ; indépendamment des cumuls , il existe, dans la disproportion des émolumens dont jouissent les ecclésiastiques du même rang , des abus très grands.

Voici ceux que nous avons relevés dans le rapport de la commission d'enquête sur les revenus ecclésisastiques instituée^ par le pariement. [London 1835. )

Les revenus de l'évêque de Landaff ne s élèvent qu'à 92ï liv st. (23,000 fr.), quand ceux de beaucoup d'autres prélats excèdent la rétribution des plus hauts fonctionnaires de l'état. On peut citer, pntre autres , l'archevêque do Cantorbéry dont le revenu est de

* Pablo Pcbrer évalue la lotalilé de re revenu à près de 4 millioBs de livre» slerlings, en francs 100 millions el par Individu 12,500 fr. Nous croyons qnll fait erreur.

M0,€00 francs , Tévèque de Londres , de 500,000 francs , et celui de Durham , de 476,000 francs.

Les revenus des prébendiers , ^Hmnoines , archidiacres , varient de 5,000 francs à 50,000 francs.

Plusieurs doyenneries, comme celles de W«tminster, de Windsor, Saint-'Paul, Salisbury, Exeter, etc. , sont très riches et rapportent à leurs possesseurs des produits annuels de 35,000 à 100,000 francs.

Ou trouve la môme injustice et la même disproportion dans la distribution desémolumens du clergé des paroisses. Il y a plusieurs cures qui sont mieux dotées que certains évôchés , et qui rapportent plus do 60,000 francs par an. On peut en dire autant de certains vicariats, qui possèdent de vastes domaines ou de bonnes dotations et quelquefois Tun et Vautre.

On rencontre les mêmes abus dans les établîssemens de charité publique, dont les revenus passent par les mains du clergé. Il y a 11,342 bénéfices et 7,191 bénéficiers seulement qui jouissent de la totalité du revenu du clergé des paroisses. D* après ce que nous avons établi précédemment , on trouvera que le clergé des paroisses possède un revenu total de 90 millions de francs au moins qui , divisé par le nombre des bénéfices, donne 12,500 francs pour la quote-part de chacun d'eux ; de ces revenus énormes il faut déduire à la vérité les faibles émolumens de 500 à 1,000 francs , que quelques uns de ces riches bénéficiers paient à un remplaçant que Ton nomme curate.

D'un autre côté, on ne peut nier qu'il y a quelques cures et particulièrement quelques vicariats dont les dîmes sont entre les mains des séculiers, et qui n ont pas même de maison prcsbytériale. Ainsi, dans un travail dressé en 1809 pour donner la classification des bénéfices pauvres , on en a compté 4,000 qui no donnent à leurs possesseurs qu'un revenu de 2,050 à 3,750 francs.

Dans un document parlementaire, publié en 1830, qui offre le nombre et les rétributions des cures de T Angleterre et du pays de Galles, pour Tannée 1827, on trouve les détails suivans :

Sur 4,254 curâtes, il y en avait 1 ,031 dont les appointemens étaient de 1,500 fr.; 59 dont les revenus étaient de 500 à 750, et 6 qui n'avaient que 250 à 500. Il n'y avait que 84 curâtes qui eussent au-delà de 4,000 francs; ol pourtant les curâtes sont la partie vraiment militante des ministres de l'Eglise; ou peut les

ttmiler âce qu'étaient autrefois^ en France, nos excellent euréâ'dd campagne.

Au reste, voici un tabloau qui représente la répartition exacte des revenus du haut clergé anglican , d'après le dernier rapport de la commission d*enquête du parlement.

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