‹ La France depuis 1830Chapitre 96 sur 156 · DE L OPPOSITION · texte numérisé non relu

DE L OPPOSITION

Mieux yaut améliorer et contenir, qac renverser et détruire.

On entend par opposition , dans un gouvernement représentatif, la réunion d'un certain nombre de membres des assemblées législatives qui désapprouvent la marche suivie par le pouvoir. Tantôt c*est r aristocratie ou T influence religieuse qui combat un gourer— nement populaire; tantôt c*est la démocratie extrême ou modérée qui essaie d'arrêter, dans ses tendances rétrogrades , un cabinet nommé sous l'influence d'un parti privilégié. L'esprit d*opposition étant un des attributs de l'esprit humain , et devant toujours avoir sa part dans l'organisation politique d'un pays, les législateurs ont dû s'occuper et se sont occupés souvent en eflet du soin de régler sa part d'action et son ascendant sur les aflaires de l'état. Parmi les nombreuses constitutions qui se sont succédé en France depuis la révolution de 89, celle de l'an VIII , imitant une institution des

beaux temps delà république romaine, décréta le tribunal, qui devait être le siège de Topposition ; mais bientôt ce corps politique fut puni de son dévouement à une mission toute patriotique ; fl se vit rayé des constitutions de Fempire par la plume d*un conquérant, plume de fer comme son épée. L'opposition, n'ayant phis d* organe officiel, se réfugia partout, gagna tous les rangs de la société et, un jour, l'empire s'écroula tout entier sous reffort de ce dissolvant actif. Aujourd'hui , l'opposition a une double tribune, également retentissante , celle des chambres et celle de la presse. Son action n'étant plus clandestine est par suite peu dangereuse, si ce n'est quand elle fait entendre , aux applaudissemens unanimes du pays , des vérités funestes au pouvoir; dans ce cas , elle s'élève à l'état de puissance et presque toujours de puissance victorieuse.

L'opposition est un des premiers éléinens du gouvernement représentatif; elle en assure la durée, en le préservant des hostilités extra-parlementaires qui ne manqueraient pas de naître, si elle venait à se taire sur les bancs législatifs. Un de nos plus grands orateurs la comparait à une soupape de sûreté adaptée au mécanisme constitutionnel et qui laisse continuellement échapper le trop plein de la volonté nationale.

Maintenant, quels sont les devoirs de l'opposition? (Nous parlons d'une op])osition loyale et dynastique; nous nous occuperons bientôt des autres.!

Ils consistent à surveiller la marche du pouvoir, à contrôler ses actes , à se rendre l'organe des besoins de la nation , à poursuivre le redressement de ses griefs , à apporter sa part de lumière dans la discussion des lois , à provoquer ou proposer elle-même des mesures qu'elle juge nécessaires ou importantes. Mais, selon nous, l'opposition ne doit pas se borner seulement à une surveillance active des tendances du gouvernement , elle ne doit pas seulement songer à combattre tel ou tel ministère , et è garder vis-à-vis dos diiïérens cabinets qui se succèdent au pouvoir une attitude défiante; elle doit encore éviter le reproche qui lui a été fait si souvent en France , de ne formuler aucim système gouvernemental et de se renfermer dans un esi)rit d'hostilité systématique, sans but déterminé , sans autre intention que de se créer des droits à une vaine popularité. L'opposition doit toujours se rappeler qu'elle n'est pas tellement éloi^née du pouvoir qu'une vicissitude dans Umî majorités

parlementaires ne puisse le lui donner. Il faut donc qu*elle se tienne toujours prête à prendre le timon des affaires et qu'elle ait un système d'administration à substituer sur-le-champ à celui qu^elle combat. Un autre devoir de l'opposition , et qui est la conséquence des observations précédentes, lui prescrit de se tenir dans une limite de modération telle , qu'elle ne fasse jamais des discussions une arène brûlante où les passions se heurtent avec fureur ; il est ditOcile , en effet , que la considération qui est due au gouvernement , ne souffre aucune atteinte au milieu d'une lutte violente , et c'est ce qu'une opposition loyale doit éviter avec soin si elle ne veut se fermer à tout jamais le chemin du pouvoir, ou si elle ne veut pas que ce pouvoir arrive entre ses mains désarmé de l'influence dont il a besoin. En principe , selon nous, tout opposition vraiment patriotique doit se proposer pour but d'arriver aux aflaires. Celle qui se formerait dans une assemblée législative avec l'intention de n'accepter jamais le ministère, ne rendrait pas au pays le service qu'il attend d'elle, et ne tarderait pas à devenir factieuse. Que veut le pays , en effet? c'est que le pouvoir soit accessible à tous; c'est que surtout les capacités y arrivent sans efforts, parce que c'est là que les hommes d'expérience ou de génie peuvent être le plus utiles à l'état. Eh bien l si vous y renoncez volontairement , si vous adoptez une ligne de conduite qui vous en éloigne forcément , vous vous rendez coupable d'un acte de véritable félonie envers vos commettans.

Mais nous sommes allé plus loin en soutenant qu'une opposition dénuée de l'espoir d'arriver aux affaires doit finir par devenir factieuse et opposer au gouvernement une résistance extraparlementaire ; en effet, un parti ne peut jamais consentir à abdiquer toute influence et se résigner tout au plus à jeter un éclat stérile par quelque parade oratoire ; il doit donc arriver que ce parti perdant, par son exaltation politique, toute autorité, même dans les discussions ordinaires, et refusant cependant de s*annu* 1er politiquement, tendra la main, d'abord secrètement, puis bientôt ostensiblement aux partis qui s'agitent au dehors de Tenceinte législative. Quand l'opposition devient factieuse, elle produit un autre résultat ; c'est d'entraîner le gouvernement aux demièrei mesures. Nous savons bien que souvent c'est une tactique habile pour un parti que de perdre le pouvoir en le poussant, par une

hostilité systématique , aux dernières extrémités ; mais comme ce parti ne peut réussir dans cette déplorable stratégie qu'en se compromettant lui-même de la manière la plus grave, il s'ensuit qu'on jette le pays dans une cruelle nécessité de se défier à la fois de l'opposition et du pouvoir.

C'est un résultat que doivent éviter tous les honnêtes gens.

Disons maintenant quelques mots de l'opposition sous le gouvernement actuel : les légitimistes et les républicains ne peuvent être comptés dans les rangs d*unc opposition loyale; des partis qui déclarent hautement qu'ils veulent détruire et renverser la constitution politique d'un pays et lad^mastie qui occupe le trône, ne peuvent contrôler de bonne foi la direction du gouvernement. Rien de plus naturel que de se déclarer l'adversaire d'un système politique et des hommes qui l'ont conçu; mais du moment que l'on se sert, pour le combattre, de moyens extra-parlementaires , du moment que Ton a recours à la force et à la violence, on se met en dehors des lois et on perd ses droits de citoyen.

Vous voulez avoir la liberté de l'attaque, soit : accordez du moins au gouvernement la liberté de se défendre, et ne venez pas invoquer le bénéfice des lois pour arriver à détruire ces mômes lois; elles sont faites, ces lois, pour protéger les citoyens , pour défendre ceux qui les reconnaissent^ et non pour[servir d'armes à ceux qui veulent troubler Tordre public, à ceux qui veulent détruire la paix du pays.

Quand on veut prendre place dans l'opposition, il faut, hautement, nettement, franchement déclarer que l'on reconnaît et que l'on veut maintenir la charte et la dynastie de 1830 ; hors de là, on n'est plus homme do l'opposition, on est ennemi juré, ennemi mortel, prêt à recourir aux dernières extrémités.

C'est pour avoir méconnu ce principe si incontesté qu'une partie de l'opposition actuelle s'est compromise et a trouvé peu ou point de sympathie dans la nation.

Sous un autre rapport, il ne faut pas perdre de vue que l'opposition a toujours sur le gouvernement un immense avantage ; c'est que n'administrant pas , elle n'encourt aucune responsabilité et ne répond nullement de ses actes ; si l'événement dépose contre elle, elle n en poursuit pas moins ses attaques ; s'il justifie ses prévisions , alors elle vante bien haut la profondeur de ses vues.

Quant à nous , fidèle à notre devise tout pour h France et pour

la liberté, nous ne dissimulerons pas que» si nous ations eu f hou-* * neur de rester député , nous aurions souvent soutenu le gouverne* ment et défendu certaines mesures que l'opposition a rqK)us8ée8.

Pour justifier cette assertiqn , nous rappelleroi^ quelques circonstances où y suivant nous , l'extrême gauche a tait fausse route , et s'est nui d'une manière grave dans l'opinion des honunes raisonnables; etconune, en définitive, ce sont eux qui éclairent et diri^ gent la nation , c'est leur opinion qui assure la vraie popularité ; la seule que d'honnêtes gens doivent ambitionner et qui soit désirable.

Citons un seul fait arrivé sous la restauration : en 1819, Louis XYIII revint au système constitutionnel et a{^la au ministère MM. Desselles, Gouvion Saint<]yr, baron Louis, de Serre etc.; c'était obtenir de la restauration, dominée par la sainte-alliance, le pavillon Marsan et les jésuites, un ministère aussi libéral qu'il était possible de l'espérer. En effet, M. de S^re présenta un projet de loi sur la liberté de la presse que les ultra appelèrent ia loi athée.

Le maréchal Saint-Cyr fitmieux encore. Pour empêcher le renouvellement des abus, des profusions scandaleuses faites aux émigrés et des dilapidations qui avaient eu Ueu avant son avènement, il établit un système admirable de comptabilité ; puis, pour créer un précédent constitutionnel , il rendit aux chambres un compte par lequel il établissait une économie de 6 millions opérée sur Tannée qui venait de s'écouler ; mais , d'un autre cêté, il réclamait 8 millions pour organiser l'armée de réserve dite des vétéramy afin de placer tous les anciens officiers de Tannée et mettre la France en état de résister à TEurope.

Jamais mesure plus constitutionnelle , plus libérale, plus nationale R*avait été présentée ; en effet , le maréchal pouvait fort bien employer les 6 millions qu'il rapportait sur les services de l'année 1818, à Torganisation de Tarmée de réserve et, pour compléter les 8 millions, en prendre 2 sur son budget courant; rien au monde n'était plus facile; la mesure eut passé inaperçue. Cependant le ministre agit autrement, car il voulait donner à ses successeurs un bon exemple à suivre; il voulait faire respecter le droit des chambres , il voulait faire voir à la nation le but patriotique qu'il voulait atteindre. Dans cette circonstance , il compta entièrement sur le cêté gauche, dans la conviction où il était que les députés qui siégeaient sur ces

banci sentiraient que , pour résister à la sainte-alliance et at^r «be poBtiqnier indépendante , î! était indispensable d^étabHr , d'organiser une force mlHtairo imposante, et qo^ls rerraienlf areb jofe i^Iiace» tous nos anciens et braresmilitaires, jusque M àbattdoMéb^. thMes ! le maréch^ se trompait ; son projiet , maF eomprH , M NipMaaé^, toujours sous prétexte d^ économie , et Ton tit PextMM pmtÊÊ&BB joindre atfx membres âe la droite qui , eut âVr vkétM^ stffaiMt A mefreiffie ce qu'ils Ceâsaient.

Lé maréchal fut si indigné de cietteopposittMi, et si délblé es ne pouvoir rien faire pour son pays et ses anciens camarades^ qoTil donna sa démission; ses amis eurent toutes les peitfes êa monde à la lui (aire retirer.

Revienons maintenant à quelques actes de feppoeitiott &tlpn/kf I8W. Elle a eu , en 1880 et 1891 , le grand tort de pousser le goavsrnemenC àla guerre de toutes ses forces et par tou» \m moyens ; el d'abord, eu se royant secondée dans ses tentatiyes par les légUnistes , ne dCTait-dle pas réOéchir qu'il y arait un daii^ ceitfeifi peur le tréne de juillet à ph)?oquer PEurope dans tm pateit mametà ? Puis, detait^fle ignorer q^ nous avions peu ée 8oMaWs|;MRla» que nous étions stfns eavaleHè, sans artâlerie, sans nMièrîtf disponible et qu'une crise commerciale et industrieflo sans exemple désolait le pays et avaH rearversê un grand nombre defortulm ; que le trésor était sans ressources et que tocrédit étaK épufcé ; en outre, n aurait-éne pas dû songea qu*avec des masses iodiseipIlDées, on peut Inen se barricader dans les rues, on pent bien entraprendre une révolution; maisqu*en rase campagne, les nnsses neservetatqii'à so faire battre plus facilement; enfin ne dovait-elle pas comprendre que la guerre était le plus sûr moyen de retenir les tories au pouvoir, de retarder les effets du réform-bill et de joindre FAn^bterre avec ses flottes et ses trésors à la sainle-alBanoe I

Le second reproche que nous lui adresserons , c*e6t de n'avoir pa* compris le système de Casimir Périer , et d'avoir oombatta etl homme d'état sous tous les rapports et dans toutes les questioas ; el pourtant nous avons établi ailleurs que ce ministre était entré loyalement dans le système constitutionnd et ne s'était pasméprissur la portéedela réfolution de juillet; nous reprocherons eacoMà r opposition de s'être réunie à la droite, et de s'être , en quehiu^ sorte, laissé diriger par l'éloquent orateur de ce parti , en refàsasl

d'approuver le traité d'indemnité passé avec les Etats-Unis de f A^ mérique du Nord. Devait-eRe oublier dans quelle dreonstance cet acte diplomatique avait été conclu ? Derait-elle oubfier que c* était à r époque où la France, pouvant craindre TéventuaMIé d'une lutte contre!' Europe entière, avait besoiii d'alliés et de refuges pour ses vaisseaux? devait^le euMier que ce fui sous les auspices et sous \k direction du digne général Lafayette q«e les bases de cet arrangement furent arrêtées et que le général imposa 4 ses enfans l'obligation de le défendre I Nous savons personnéliement les erreurs où l'opposition est tombée à cette époque et toutes les illusions qu'elle s est faite/

Mais ce qui nous a le plus étonné dans Toppositioii systématique de Vextrème gauche, ce qui nous a affligé profondément , c'est la manière peu clairvoyante dont elle a jugé la guerre civile d'Espagne, lors de l'arrivée de don Carlos dans les provinces basques.

Comment n'a-t-elle pas vu, surtout après le séjour de M. de Bourmont dans le camp des deux prétendans en Portugal, que ce n'était pas seulement d'wie guerre des Basques pour conserver leurs fueroiy que ce n'était pas seulement d'une guerre entre deux rivaux, entre deux prétendans au trdne d'Espagne qu'il s'agissait, mais bien d'une guerre entre le despotisme d'un c6té et la liberté de Vautre; d'une guerre entre un prince avoué et soutenu par la sainte-alliance et une reine conslitutionneHeL.. NousTavouorn avec peine, cet aveuglement nous a paru aussi incompréhensible que la vivacité avec laquelle les journaux de l'opposition engageaient les Espagnols à repousser les secours de la France en assurant que nos soldats n'interviendraient que pour comprimer leur libert^é/*

* Dans UD voyage que noas lîmet en Brelagne, nous nous, rencontrâmeiken malle-poste avec un honorable membre de l'opposUioii ; H nous assimrit de la meilleure foi du monde que, par ses relations d'affaires et de famille en Angleterre et en Amériqae, il savait pertinemment que le président Jakson adhérerait i de Bouyelles proposillons et nes'ofreDseffait pas de nos ratas. Lagoerre, suivant lui, n'était pas à craindre ; on tremblerait de nous la déclarer; TajOlaire enfin serait facilement arrangée avec 19 ou 15 millions, etc., etc.. Tel était cependant Taveugleraent des membres de l'opposition ; mais, à la t#«rmiret que les choses ont prise depuis, nous demanderons i l'honorable membre 9>% n*est pas revenu un peu sur son opposition et s'il n'a pas pensé que la question était beaucoup plus sérieuse qu'il ne se l'était imaginé d'abord, puisque, sant l 'intervention de r Angleterre , les hostilités auraient eu lien inSyilttltnienft.

** Aujourd'hui l'opposition a changé 4'opinion et de iMgnge, il est vrai les événemens l'ont éclairée.

Il faut le dire cependant , un seul journal (le$ Débaiê) a jugé sainement la question; il a démontré les dangers queFarrivôe de doo Carlos faisait courir à la cause constitutionnelle en France et Tébranlement que son installation à Madrid communiquerait indubitablement au trône do juillet. Depuis lors, le publiciste distinguo qui traite, avec tant de lucidité et de patriotisme, les queations ex- Heures a changé d* avis 1 . . .

Quant à nous, nous n* avons pas varié, et les événemens surveôus depuis n ont donné que plus de force à notre conviction.

Après avoir adressé ces reproches à Topposition , qu'elle nous permette encore de lui donner quelques avis et de la prier de prendre pour modèle la conduite que tient en Angleterre le parti O'Connel, parti qui est au moins aussi avancé dans le mouvement que le côté gauche de notre chambre.

Au lieu d* aider au renversement du ministère wigh, il ie sou— tient franchement, car il sait qu'après lui, les tories Wendraient au pouvoir, et que ces hommes, loin de céder aux vœux, aux besoins du peuple, ne chercheraient qu'à détruire toutes les libertés conquises par le reform-bill, et peut-être le reform-bill lui-même. II sait que les tories pousseraient secrètement la sainte-alliance à la guerre contre la France a6n de détruire ce foyer de civilisation et de lumières, et que la liberté une fois détruite dans notre pays, et notre pays lui-même une fois partagé, les tories auraient moins de peine à maîtriser le peuple anglais.

Les radicaux comprennent la nécessité pour les peuples libres de se soutenir mutuellement et, pour eux-mêmes, celle de soutenir le ministère wigh qui , seul, veut et peut maintenir sincèrement Talliance avec la France.

Cette conduite sage prouve que les hommes populaireset éclairés, qui composent ce parti, savent apprécier les difficultés que les ministres libéraux ont à surmonter ; qu'ils savent se contenter de progrès lents, de demi succès et transiger à propos. Que l'opposition prenne donc exemple sur ces patriotes sincères et intelligens ; qu elle ne se demande pas seulement par qui le ministère est occupé, pour soutenir une lutte systématique contre lui. Elle ne doit considérer que les mesures qui sont déférées à la chambre ; et quand

f\hi le» trouve utiles au pays, favorables à la cause do la civilisation et de la liberté, soo devoir est de les appuyer.

L'op|K>sition peut être certaine que chaque mouvement fait en avant, quelque lent qu'il puisse être, est toujours un progrès et un moyen d*arnver à do nouvelles conquêtes. Qu elle repousse ces maximes qui ne sont faites que pour les fanatiques ou les insens(S : Tout ou rien. Le despotisme ou une liberté illimitée.

Mais que les membres de Topposition rejettent surtout Tappui drs lôgilimistes ! ce sont gens fort habiles , ayant un système bien arrêté , et marchant, par tous les moyens, à la réalisation de leur système; tandis que vous, hommes d'opposition libérale , vous marchez i votre but vivement , trop vivement quelquefois et sans arriére-|)ensée ; la lutte nVst donc pas égale. Régie générale: quand les li'gitimtstes vous secondent , quand ils attaquent ou soutiennent une mesure, regardez A deux fois avant de vous joindre k eux ; pesez , mesurez les motifs qui les font agir, el quand vous les aurez appréciés , soyez en sûrs , presque toujours vous reconnattrez que vous étiez dans l'erreur, que vous faisiez fausse route en marchant de concert ; c'est qu'en effet , ce qui convient aux partii^ans de l'absolutisme ne saurait convenir aux amis de la liberté ot de la civilisation.

Encore une obsen'alion en terminant ce chapitre : On se demande encore en France si des membres de l'opposition l>euvent accepter d'un pouvoir qu'ils combattent des grades et des places. A nos yeux la résolution de cette question ne peut souffrir le moindre doute. L'acceptation d'une mission par un membre de l'opposition se conçoit , quand elle a un but d'utilité générale; mais il ne |H3ut en être de même pour une place administrative ou (manciére. Quand un combat un ministère, c*est qu'on trouve «ion administration mauvaise et dangereuse pour le pays et la li-

iHTté.

Or, l'administration se compose d' actes d'une part, et do l'autrc,^ (hi choix des fonctionnaires ; dans ce cas , comment un membre (le rop|K)sition peut-il combattre le ministtTe dans ses actes et l'approuver dans si's choix?

Va wni% le demandons; aprôs n\nir arcep(«'* une place d'un ninèi<^>i-n*, un député de I f>pp(»]»ilion |NMit-il , sans rcKigir, venir

lo lendeniaiD le combattre à la tribune, ou bien , s'il se tail » ne craindra-t-il pas do passer pour un homme qui sait capituler avec sa conscience ?

Nous le disons bien haut ; la morale et la délicatesse ne permeltent pas d'ajouter les favewn du pouvoir à Yhomimir et à la jKgmlarité de Topposition.

Telle est la maxime des honmies politiques de la Grande-Bretagne ; quand un ministère se retire, tous ses amis politiques placés dans de hauts emplois donnent leur démission et passent à Topposition.

Tôt ou tard cet exemple de probité et d'honneur sera imité en France. Alors seulement, les principes du gouYememeat constitutionnel auront pris racine chez nous.

Nota. Nous avons vu avec autant de plaisir que les principes qui viennent d'être développés étaient partagés par le chef de Topposition dynastique et ses honorables amis , que nous avonséprouvê de peine, en voyant quelques uns de ses collègues former un coiBÎtê électoral avec les chefs républicaine; en se séparant d'eux, qw» qu'il Imr en ait coûté , l'honorable M. Barrot et ses amis ont hit un acte de courage , de patriotisme et de sens dont il iaut les féliciler.* Ils ont compris que des hommes qui n'ont pas les mêfenesjirincipes ne pouvaient s* entendre sur les moyens d'arriver à un but diflEteeet : et que, pour défendre la charte et la dynastie de 1890» on oc pouvait se réunir A ceux qui se vantent hautemmi de vouloir ks renverser. Une alliance, au contraire, se conçoit entre les républicains et les légitimistes ; car les deux partis veulent Je renversemont de [ce qui existe en France. Qu'ils s'allient donc comme ils l'ont déjà tait dans maintes circonstances, cela est naturel, nuis cela n'est pas dangereux.

Du reste les membres de l'oppositioB qui sont entrés dans le comité électoral , ont dû s'apercevoir de la mauvaise position où ils s'étaient placés , quand ils ont vu les éloges que leur ont donné la Gazette de France et la Quotidienne.

* J'ai déploré la scisf Ion qal s'eit opérée dtni ToppoilUon constiUitloaMlto p4)ur la formation d'un comité mixte dans lequel \t parti répMhmim w vsuil pA* se Tondre , mais dans lequel 11 entrait enteignct diploiféesy coniervanl lei

lir^lfnlion!^ i iiru-léfjulcx^ prtytexitini contre nos principvs , etc., etc.

/tttre d« M. (Milnn Jhrmt, ifu 79 octobre t9Zl,àM. C^ambêlU )

Cette étrange aMociation est dooc une preuve nouvelle que, dans le siècle où nous vivons, on sacrifie tout i une vaine popularité ; c'est ridole à la mode ; c'est A elle que Ton immole sa conscience, ses convictions et le bien du pays. Tel qui brave le pouvoir et se rit des ministres, tremble conuneun enfant devant le feuilleton d'un petit journal.

Au surplus, le grand jury national a Cait justice et a prouvé sans réplique que la France n*est ni républicaine ni légitimiste.

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