‹ La France depuis 1830Chapitre 98 sur 156 · modifi. 34 die. 1833, f permutation entre MM · texte numérisé non relu

modifi. 34 die. 1833, f permutation entre MM

MIapstère marécb. Soult ) \ I/Armnt et Thian.

ou Thiers-Guizot. / Ê nouTeani mlnlslrea«

3 — Même ministère, 18 juillet 1834. f 6* — 3* modifl. 18 Juillet 1834,

\ nMréclLGéftfd,pré8ld.

Crise ministérielle, 37 octobre 1884. Démiiaiondef ministree.

&• M. de Baiiano, préild. 10 noT.1834. Mialiléredeatroliitufi.

6* 3 — Marécb. Mortier, prés. 18 no?. 1834. RuDlrée du mialitèredu

11 octobre.

Crise ministérielle, féTrier 1836. . . . Démissk» du marécbal

Mortter.

11 — M. de Broglie,présld. 13marsl83&. T«— Vmodlfl.M.deBroflle

président.

8* — S* modifl. & février 1888, (déml8SlOBdtM.H«mem.)

7« 6— M. Tbiers, présU. 33 féTrier 183«... 36«oAt 1836,démtsaioii

des ministree sur la question #CipaaiM.

8* a --• Ministère Molé-Guiiol, M. Mole, prés, a septembre 1838.

Crise ministérielle, 7 mars 1837 à ToceuioB du r^et du

la loi de di^onelieM.

8* M. Mole, présid. 16 aTril f 817 Quatre mlnletrei setlaT

9 ministères pendant 74 mois. 8 modlficatleés.

Du tableau statistique ci-contre il résuHa qu*au 30 avril 1837» dans Tespace de six ans et neuf mois , la France a eu le bonheur d*étre gouvernée par neuf ministères , si Ton y comprend cduides Irotf joMTf : ministères qui ont éprouyé huit modifications.

Que, dans ce laps de temps, il y a en près de six mois d'interrègne ministériel , et que deux au moins ont eu lieu , soit au commencement , soit dans le cours des sessions.

Pendant ces interrègnes, et surtout pendant le dernier, les chambres votaient 4es lois , les tribunaux jugeaient , Fadministration allait tant bien que mal ; il n'y avait que la machine ministérielle qui ne fonctionnait pas. La paix et Tordre régnaient dans le pays ; le désordre et ranaichie étaient dans le gonvemement!

II appert encore de cette statistique que , pendant ces êepi années environ «irente-hultichoix ont été blto par ta coaronne; mais si, de 00 nombre, on déduit quniorase ex-miniitreB qaimB peuvent plus rentrer au pouvoir, les uns à cause de décès , d'autres par sutte de leur grand âge ou du libéralisme de leur opinion » il s' sui^n;quelefu<fragerojal s'est reqlonaé^ ooome nous Tai dit^ dans le^^isrcle de quatam personnes appelées vingt-qoatoe

an minîst^.

Plusieurs .d*eotre elles ont été nommées et renommées, dans divarsea circonstances, A des ministres différons; preujïa incontesiaUe de leur haute capacité et de leur «ptitude univewUe , car on aie peut accuser le pouvoir de caprices.

Rappelons ces diverses mutations :

M. d'Argout, 22 novembre 1830, marine;

— 13 mars 1831 , coromeroe et travaux publics ;

— 25 décembre 1832 , intérieur et cultes;

— 5 février 1836 , finances.

Le même homme d*état s'est chargé de Viniinm de tous les ministères , un seul excepté , celui de rinstructton pubUqae. M. Thiers, 11 octobre 1832 , intérieur ;

— 25 décembre 1832 , coaunerce et tffavMix publies ;

— i avril 183<^ , intérieur et travaux publics ;

— 22 février 1836 , présidence et aflaires étrangères. Cependant M. de Montalivet a montré une spécialité plus distincte car, appelé cinq fois au pouvoir, il a occupé quatre fois le ministère de Tintérieur.

Il eèi entré à oe deroier miniftlôre, ie S novembre 1S30.; A celui de Tmalniction fiublique « te 18 mm iSSi; A rintéiienr , le 27 avril iSffll , ea nmpluDenttit de M. Mner,

malade;

— kaafevrierlSae;

— ie 16 avril 1837.

Od remarquera en outre qve les dé^rtemens miBiatàrtels >élaieBi modifiés ou déconipoeéft, lelon k vobnté des miaMreB ûiflinns.

Ainsi , les cultes passent , iuivani des œnvieBances peraemMiHes, soit à l'intérieur, soit â la justioe.

Ainsi ; les itraYaux |Nibiios w>nl au «ûonmeroe ou i l'iiAàrieur, le ^ avril 188^.

Ainsi, la présentation des ioîsde doiia&esTenfMiil,.lei&ayiili8S7, du ministère des finanees à oehii du commene , Me. » de.

Un ministre de la marine , après ai««r fltfdé Jef pnrtrfaniHns de rintérieir, du commeroe et des finances^ estiauîouid'hni diracteur de la banque.

Un procureur général devient ministre du oommeNe et des manuCactures , etc.

Citer de tels exemples, c*est presque dire qu'en France les plaoes sont faîtes pour les hommes et non les bonuMs pour les |iaoes.

Maintenant , indiquons quelques unes descauses4|ai ont produit tant de crises mànistériëUes.

Le premier cabinet dure trois mois; certains memkroSt ayant été jugés trop peu populatrespour résister aux mauvemeos qui se préparent à l'occasion du procès des ministres de la restauration , prennent le parti de se retirer. €e sont : MM. Guiiot, de BrogUe » In maréchal iiérard et le baron Louis.

M. Lafiitte obtient la présidence et entre aux afinres aveo MM. de MonUlivet, MérHbou, Soult et d'Argoot.

Quelques dissentimBitt.politiqiias, pois h 4|«estion étrangère , et principalement Témeutedu iS fénrrier et Jejac de Tarcfavéché et de SaintrGermain-l'AuxMTois.fenvenaBt aeminlitéredoatla durer a été de quatre mois. •

M. Laflitte se retire avec MM. Mérilhou et Dupont (de l'Eara).

Arrive le ministère du 13 mars, dont les actes méritent use attention i)articulièro. Pour les mieux apprécier, reoMutons A la révolution do juillet.

Il est un (ait reconnu par tous les partis , par tous les écrîvaios politiques , et confirmé par toutes les mesures du gouvemement , c*est qu'à la fin de 1830 , on s* attendait en Europe à une guerre de principes , c'est-à-dire à une guerre entre les monarchies despotiques et la France ralliée au régime de la liberté.

Les républicains poussaient à la guerre conune moyen de renverser le gouvemement et de proclamer le régime de la démocratie absolue ; les légitimistes , comme moyen d'obtenir une troîtfèmo restauration avec le secours des étrangers.

L'attitude énergique do la France , l'armement dos |riaces et des gardes nationales , l'augmentation considérable de Tarmée , en imposèrent à la sainte-alliance ; et, malgré le mauvais vouloir et les instances de l'empereur Nicolas , les souverains de la Prusse et de l'Autriche , instruits à l'école du malheur, se contentèrent de tenir leurs armées sur le pied de guerre.

Il faut le dire aussi : l'Angleterre loin d'offrir ses trésors al son appui à la coalition , s'interposa entre les deux partis. Enfin , la révolution de la Belgique et celle de la Pologne présentaient à la saintealliance des obstacles qu'il fallait] renverser avant d'arriver jusqu'à nous.

C'est dans ces graves circonstances qu'arriva le ministère Périer ; et c'est au caractère et à la fermeté , au patriotisme éclairé et au dévouement de cet honune d'état que l'Europe dut là conservation de la paix.

Ajoutons encore qu'il fut parfaitement secondé dans ses eflorls par l'ambassadeur de France à Londres, et qu'il trouva un puissant appui dans le bill de réforme, événement immense qui fiiisait passer le pouvoir des mains de l'oligarchie dans celles des wiglis et qui fondait notre alliance avec les Anglais sur cette base si large et si solide ! — L'émancipation de deux grandes nations.

Le chef du cabinet du 13 mars ne contribua pas moins à la conservation de l'ordre à l'intérieur, et par l'énergie de son caractère, et par sa glorieuse persistance dans les principes politiques qu*iL avait nettement formulés, dès son avènement au pouvoir.

Nous allons rappeler ces principes, afin qu'on puisse les comparer aux doctrines des hommes d'état qui se prétendent si témérairement ses successeurs et ses imitateurs :

1*" Casimir Périer ne voulut entrer au ministère qu'à la condition

qu'il serait président réd et responsable, et que tout ministre qui s* écarterait de sa direction serait à l'instant remplacé.

2^ Il ne voulut gouverner qu'avec la légalité, refusant toutes les lois d'exception , même aux députés de l'Ouest, lorsqu'ils sollicitaient la chambre de comprimer, par des moyens violens , l'insurrection de la Vendée.

3° Il voulut consulter le vœu national et provoqua de nouvelles élections ; mais, en rendant cet hommage au pays, il se garda bien dinfltiencer les opérations des collèges ; il eut même la loyauté de recommander aux autorités locales la plus stricte neutralité ; les circulaires publiées à cette époque en sont une preuve sans réplique.

^^ Il n'employa jamais ni menaces, ni corruption^ ni cUptation pour obtenir la majorité dans les chambres ; il ne voulut la conquérir qu'en faisant passer, dans l'esprit des députés et des pairs, la conviction que son ministère était franchement constitutionnel ^ dynastique et national.

5** Pour combattre les factieux et les émeutes , il ne s'appuya que sur les lois et la garde nationale.

6° Enfin , c'est dans sa résistance aux exigeances et aux démonstralions hostiles de la sainte-alliance que se sont manifestés, dans tout leur éclat, son noble caractère et son ardent patriotisme.

Tout le monde connaît la décision prise par le cabinet du 13 mars 1831 , lors de l'invasion du roi Guillaume en Belgique; tout le monde sait que c'est à l'intervention de notre armée que cette puissance alliée dut la conservation de son indépendance , et que la France eut la satisfaction de ne pas voir retomber au pouvoir de son ennemi invétéré les nombreuses places fortes de la Belgique ; tout le monde connaît encore le défi que porta la France i l'Autriche en occupant Ancône ; mais ce que tout le monde ne sait pas, ce sont les graves discussions que cette occupation souleva entre Casimir Périer et les ministres étrangers.

Le cabinet autrichien , fidèle à son système de protectorat ou plutôt de suzeraineté sur toute l'Italie, occupait déjà les légations qui venaient de s'insurger ; de là il menaçait d'envahir les états de l'église pour maintenir sous sa sujétion le royaume de Naples, lorsque , par Vexpédition vigoureuse et politique d'Ancône, le ministère français vint arrêter ses desseins ambitieux et prouver qu'il

tie ronsentirait pas à ce qiie V Italie fût traitée en pnrrince autrichienne.

Pour montrer, dans tout son jour, la SormeCé de Canmir Péner et le aenthnent qu'il avait de la dignité nationale , noua citerona a fait généraleiDent ignoré , c'est la réponse qu'il fit aux amfcaaia deurs de Russie et d'Autriche, dans une entrevue qu'9 enl avec eux, au sujet de roecnpatiomtf Anotae.

Nous nous rendions un jour chei loi, caviren sept à kaii niaines avant sa mort, nous le trouvâmes ptle, défait, et agitation inexprimable.

a Les malheorein, s'écriaitril, oser venir me meaacet; » déclarer que si nous ne voulons pas évacuer Ancône , ils » deront ce refus conune un acte d'hostilité I ! . . . »

Puis il se leva et se promena è grand» pas dans le salon ; qaaad il eutreiHÎaun peu de calme^il nous dît avec ieu : «Voicila réponse » que je viens de faire à MM. d*Appony et Fono di Borgo, qui so^ » tent d'ici à l'instant :

« Apprenez que l'Italie ne vous appartient pas, que les peuple* » sont libres de choisir leur gouvernement ; que f ai fait occuper » AncAne parce que vous avez fait occuper les légations ; apprfner. 9 enGn , que partout où vous interviendrez, la France inlenriendn » à l'instant même. »

Après cet elVort , il s'assit de nouveau et tomba dans mt gnoJ affaissement , puis nous montrant ses bras nus et décharnés , liiî autrefois si fort et si vigoureux , il ajouta :

<v Je meurs à la peine ; dans peu de temps ma carriéro aéra finie: y» mais jusqu'au terme fatal je combattrai les factions et je aootien- » drai le glorieux drapeau de la France. »

BientAt après il succomba à ses maux , et le paya perdit en loi le plus grand ministre qui ait gouverné la France depuis de longne« annéi^. Ce ne fut qu'après sa mort que ses adversaires commencèrent à lui rendre justice.

Nous nous laissons si facilement égarer par Tesprit de parti que. dans certains journaux, on fît d'amères plaisanteries sur la pr«r d'AncAne. On feignait de méconnatirc , ou on ne jugeait paa bien toute la portw de cet événement ; on se demandait si les exploilsde )a révolution de juillet devaient se l)orner à la surprise d'un^ place •le siierre appartenant an pape , etc., etc. , etc. Mais on se

liien de convenir que l'occupation de ce poste important était une espèce de cartel jeté à FAutriche et à la sainte-alliance ; c'est bien dans ce sens que les tories jugèrent cette grave qaestioB, lorsque leur chef, lord WeDhigton , en fit un sujet d'atteque tm plein parlonnil contre le ministère wigh. Il lui reprocha amèrement d'avoir aonffert une occupation qui donnait à b France kn moyens de délxNrder Taile gauche de Pamaiée autrichienne en ItaUe , et d'avoir ainfli hiissé affaiblûr lemeillenret le ploB amsien riiéde T Angleterre^ c'est-à-dire des tories.

Poursuivons maîntenani la revue des mintitres qui ont succédé à Casimir Périer ; nous exatmttierons, ensuite, s'Hs ont suivi ses p9incipes politiques.

MM. Louis et Montalivet quittent !e ministère quelque temps après la mort de cet homme d'état.

Le cabinet du 11 octobre 1832, dans lequel entrent MM. Thiers et Guizot, est, un peu pTus tard, placé sous la présidence du maréchal Soult.

Ce cabinet , destiné à vivre plus long-temps que les autres , éprouve quelques modifications.

Le rejet de la loi sur l'indemnité aux Etats-Unis d'Amérique décide la retraite de M. de Broglie ; par suite de nouveaux arrangemens , MM. Barthe et d' Argout sont sacrifiés et appelés , Tun à la présidence de la cour des comptes, Fautre au gouvernement de la banque. Alors M. Duchâtel est nommé au ministère du commerce sur la présentation de M. Guizot.

C'est sous ce ministère qu'éclatent les révoltes d'avril à Lyon et à Paris.

Malgré les services rendus par le maréchal Soult, MM. Tliiers et Guizot parviennent à le faire remercier. Il est remplacé à la présidence et à la guerre par le maréchal Gérard. Le maréchal voulait r amnistie ; il ne peut l'obtenir, et profite de cette circonstance pour se retirer.

Dans r impossibilité de s entendre sur son remplacement , MM. Thiers et Guizot se divisent , et tous les ministres donnent leur démission.

Sur ces entrefaites apparaît T étrange ministère Bassano , dit des trois jours , auquel succède celui du 11 octobre , avec cette seide

rhodificatioii que M. le maréchal Mortier est porté à la préndenoe

ot à la guerre.

Mais au bout de trois mois , le digne maréchal , fatigué du rôle

auquel il s* est prêté avec peine, résigne son ministère.

La crise causée par cette retraite dure long-4emps ; ploaieurs combinaisons sont tentées , et déjà même on annonce un miniatére doctrinaire pur, quand M. Tliiers se décide à rester dans le cabinet sous la présidence de M. de Broglie : le replâtrage miniatéiid se consomme le 12 mars 1835.

C*est dans cet état de choses que survient le rapport de H. Humann sur la conversion des rentes, rapport priêenti sam lapartici-pation de ses collègues, La chambre approuve le principe de la con— version et force , par cette décision , tous les ministres à donner leur démission.

A la suite d'une crise do dix-sept jours , M. Thiers parvient k former, le ^ février 1836 , un cabinet sous sa présidence; hoaIgré la vive opposition des doctrinaires, il traverse heureusement la session.

Ce cabinet s était affermi; Topinion publique Tappuyait, parce qu*il voulait assurer Tentière possession de TAlgérie à la France , soutenir la cause constitutionnelle en Espagne et resserrer les liens de Talliancc anglaise ; mais cette marche nationale ne convenait ni à certaines personnes ni aux étrangers ; aussi , en l'absence dei chambres , le ministère se vit remplacé, le 6 septembre, par le cabinet mi-doctrinaire Moli-Guizot, dont la dissolution , prévue d*a— vance, n*arriva que le 7 mars 1837, en pleine session ; triste, mais inévitable résultat de cette fausse et bâtarde politique qui veut îkm entrer, dans la combinaison d'un cabinet, des hommes à principes souvent opposés !

Tel est l'abrégé historique des mutations et modifications ministérielles. Remarquons, en passant, qu'elles n'ont pas étédétominées, pour la plupart, par la volonté des chambres, mais seulement par une volonté supérieure et par la prédominance dans nos aflai— res d'un système extra -i>arlementaire.

Honneur pourtant soit rendu au ministère du 22 février ; la France n'oubliera pas qu'il s'est retiré en masse plutôt que d'abandonner l'alliance anglaise et de déserter la cause constitutionnelle en Espagne, qui est celle de la liberté en Europe.

Voici le moment de nous demander si les ministres qui ont succédé à Casimir Périer et qui, on ne sait pourquoi, se sont intitulés les continuateurs de son système, ont réellement suivi sa ligne politique. Nous ne le pensons pas, car, s*ilen était^nsi , ils auraient défendu et affermi la liberté de la Péninsule , comme ce courageux ministre Tavait défendue en Belgique ; ils auraient compris la nécessité de couvrir nos frontières au midi, comme celuin^i les avait couvertes au nord ; ils auraient resserré les liens qui unissaient la France et la Suisse , au lieu de les affaiblir, et cela pour plaire à nos ennemis et avoir le misérable honneur d*adresser à la Suisse régénérée, depuis 1830, des injonctions au nom de l'Europe y c'està-dire au nom de la sainte-alliance.

Cette tendance rétrograde de notre politique a été appréciée comme elle le méritait par un des souverains de la confédération germanique. Le général "*", qui avait eu Fhonneur de le connaître quand il n*était encore que prince royal , traversant , il y a peu d'années , la capitale de ses états , s'empressa d'aller lui présenter ses hommages. Préoccupé de l'idée que la guerre était inévitable entre la France et la sainte-alliance, il rappela au prince que c'était à Napoléon et aux efforts de la France que son père avait dû le titre de majesté et une grande partie de ses états ; en reconnaissance de ces services, il le pressait de s'unir à notre pays et de faire des propositions d'alliance au cabinet des Tuileries : a Je m'en gar- » derai bien, répondit le roi ; cette avance me nuirait au lieu de me » servir, car j'ai la conviction que votre gouvernement s'empres- » serait de faire part de ma proposition à l'empereur Nicolas et i » M. de Metternich, afin de s'en faire un mérite et de gagner par là » leurs bonnes grâces. »

Et pourquoi tant de faiblesse et d'aveuglement? parce qu'on a été dupe de paroles mielleuses et intéressées , de quasi promesses d'alliance avec des dynasties légitimes I et c'est à de telles déceptions qu'on a sacrifié la dignité de la France, en envoyant nos jeunes princes faire des visites aux cours de Berlin et de Yiennel c'est à ces apparences trompeuses qu'on a sacrifié la cause de la liberté en Espagne et notre alliance intime avec la Suisse!

Nous avons encore un autre reproche grave à adresser aux successeurs de Casimir Périer ; c'est de s'être servis des deux grands

moyens gouyernementaux de la restauration : rintimidatiao d'ane part , et la corruption de Tautre.

Es ont eu garde d'inculquer aux administrés et aux administrateurs ces principes d'éternelle morale :

1^ Sacrifier tout à l'intérêt du pays ;

^ S'occuper ensuite de sa province et de sa localité;

S** Puis de ses amis et de sa famille ;

k^ Puis enfin de soi-même.

On a préféré retourner la question, et on a posé en principe qoe la première vertu est l'égolsme;

Que la deuxième est le népotisme et le soin de sa famille ;

Que la troisième consiste à satisfaire à l'esprit de localité et aux désirs des électeurs ;

Que l'étude des besoins du département constitue la quatrième ;

Enfin, que les intérêts de la France, si toutefois, après tant de soins étrangers , il y a encore place pour elle dans notre esfNnt, ne doivent venir qu'en dernier lieu.

On ne saurait trop le répéter, la plaie qui nous dévore et qui nous dégrade, c'est l'esprit d'individualité ; et , chose fatale ! le gouvernement lui-même s'est fait jusqu'ici l'instigateur de cette passion anti-sociale 1 Ainsi , par exemple j le ministre fait sa cour, en présentant des mesures qui lui paraissent propres i se concilier les faveurs du pouvoir, et le désir de conserver son portefeuille lai fait employer tous les moyens dont il dispose pour capter les voix des députés. Rien n'empêche ensuite les députés de suivre les erremens ministériels ; après avoir eu soin de se pourvoir, ils songeront donc , avant tout , aux moyens de conserver les voix des électeurs de leur arrondissement ; plus tard, ils s'occuperont de remplir les devoirs de leur mandat.

Parmi les autres fautes des ministres qui ont prétendu hériter des traditions du cabinet du 13 mars, nous ne pouvons omettre ceDe qui leur a tait si souvent oublier ce principe vital de notre organisation politique, l'irresponsabilité du roi dont ils ont invoqué le nom dans dos discussions publiques. Pour n'en citer qu'un exemple : n'a-t-on pas entendu , i l'occasion de notre triomphe devant Anvers , un ministre venir attribuer cette expédition à une aiugutie volonté? Un pareil précédent ne devait-il pas avoir pour résultat do

faire reporter dorénavant sur la royauté toutes les mesures mioi»térielles, bonnes ou mauvaises?

On fait courir à la royauté un danger non moins grand, en ne prêtant aux discours officiels que le langage d'une imprudente flatterie. A Tenvi des ministres, les chefs des corps constitués s'efforcent de prouverque notre sécurité et notre avenir reposent sur le roi ; toute doctrine semblable est dangereuse, parce qu'elle indique un but aux attentats et un point de mire aux balles des assassins ! mais elle est surtout absurde ; en effet, dans Un pays où la constitution admet deux chambres représentatives, où la magistrature est inamovible et l'administration admirablement organisée ; où une garde nationale dévouée et une armée fortement disciplinée garantissent l'ordre et la liberté, le roi peut succomber sans que le repos du pays soit un instant compromis ; nous prétendons davantage :

La plus grande gloire du roi consiste à consolider tellement, en France , l'ordre et le respect des lois, que la transmission de la couronne à son fils ait lieu sans désordre et sans secousse.

L'opinion sévère que nous venons d'exprimer sur les ministres qui ont succédé à l'administration ferme et éclairée de Casimir Périer, s'applique surtout au parti que Ton a désigné, à tort ou à raison, sous le nom de doctrinaire. Quel que soit notre désir de nous laire sur les personnes, pour ne combattre que des principes, nous nous sentons pour ainsi dire entraîné par notre sujet à examiner et à discuter d'une manière spéciale le système politique de ce parti.

Si nous avons bien compris l'esprit qui le dirige et la théorie qui a présidé à tous ses actes, nous croyons pouvoir assurer que cette théorie repose tout entière sur VaUiance de la légitimité et delà liberté L'idée de cette alliance était grande et noMe sans doute, et digne de l'homme vénérable qui l'avait conçue dans les premiers temps de la restauration. Malheureusement elle nous semble impraticable, car l'expérience des temps passés et des temps modernes a suffisamment démontré l'incompatibilité absolue et étemelle du principe du droit divin et de la liberté populaire. En effet, les princes qui ont régné ou qui régnent encore en vertu du premier de ces principes, n'attribuent qu'à Dieu l'origine de leur pouroiret ne doivent compte qu'à lui seul de la manière dont ils Texereenl.

I..es peuples leur appartiennent aussi bien que le territoire de rempire; maintenant, qu* est-ce que la liberté? Evidemment la focultè pour les peuples d'user de certains droits dont le but est de limiter les prérogatives du pouvoir ; ces droits portent donc une atteinte évidente à la légitimité et se mettent par le fait même de leur existence dans un état d'hostilité flagrante avec elle; or, comment la doctrine pouvait-elle raisonnablement espérer qu*une famiUe régnant au nom du droit divin, remontée sur le trône de ses pères par la puissance des baïonnettes étrangères, irritée surtout de Texil que lui avait imposé une révolution victorieuse, consentirait de bonne foi à sanctionnoT par des concessions volontaires ce qu'elle appelait une longue révolte? Cette famille n avait rien appris et rien oublié ; elle était demeurée immuable dans ce qu'on |M>urrait appeler son fanatisme politique, pendant que le siècle marchait à pas de géant, détruisant les vieux sceptres, les dernières couronnes féodales et la doctrine anti-sociale de l'absc^utisme royal. Voyez si les Stuart se sont souvenus deTécbafaud de Witehall, si Gustave a voulu transiger avec son peuple, si les rois de Naples, d'Espagne et de Prusse ont tenu les promesses faites à leurs sujets, en 1813 et 18H!...

Ces considérations finirent par frapper profondément Thomme habile qui s'était fait le chef de la doctrine; il n'attendit pas la révolution do 1830 pour reconnattre son erreur. Dès 1820, quand il s'aperçut que le parti légitimiste voulait attaquer les libertés publiques en altérant la loi électorale, il rompit avec M. de Serre, son élève et son ami. Mais ses adeptes n'imitèrent pas un si noble exemple; au contraire, ils aidèrent M. de Serre à préparer la loi du double vote, tandis que l homme honorable que nous venons de citer, conséquent avec lui-même, et fidèle à son amour éclairé pour la charte, sacrifiait sa place de conseiller d'état à ses convictions. C'est ainsi qu'en 1830 il a refusé une haute influence dans les aflaires publiques, plutôt que de paraître répudier les principes qu'il avait professés au commencement de la restauration. Disons même que ce n'est qu'après les plus vives instances que ses amis ont obtenu qu'il continuerait à éclairer la chambre de ses lumières. Certes , le parti doctrinaire renferme des hommes éminens , des hommes surtout façonnés au pouvoir ; mais , après cet hommage rendu à la vérité, il nous sera permis de dire qu'après 1830, comme

en 1820, ils ont eu le tort de vouloir garder à tout prix Tadminis^ tration du pays; qu'ils n'ont jamais consentie recoiuiattre leurs fautes et qu'enfin, plutôt que de reculer devant les conséquences palpables et évidentes de ces fautes, ils ont préféré proclamer le principe de leur infaiUibilitéH Dès 1830, le désir de paraître fidèles au système qu'ils avaient arboré sous la restauration, leur a fait imaginer la théorie politique la plus étrange qui soit jamais venue à la pensée d'un honune d'état; la théorie d'une quasi^Ugitimité appliquée à la dynastie de juillet ! Et qu'on ne dise pas que ce mot de qua$i-légitimité a pu échapper au chef de ce parti dans l'entraînement de l'improvisation; il n'en a pas été ainsi. Ce mot avait été long-temps médité et préparé ; ce mot renfermait , en lui seul , tout un système de réaction et d'erreur ; qui pourrait en douter, quand on songe que l'orateur était le même qui avait écrit en 181i : « La légitimité des Bourbons a été suspendue et non détruite ; » on ne fait pas un rot légitime; et un pays assez heureux pour » en posséder un, doit savoir et vouloir le conserver, etc. »

La doctrine de la quasi-légitimlté avait un premier tort , le plus grave de tous : celui de méconnaître l'œuvre de Juillet et d« contester au peuple les droits imprescriptibles en vertu desquels il avait appelé au trône le duc d'Orléans.

Vouloir rattacher au principe de la légitimité une dynastie po-pulaire était une tentative insensée ; car, à part qu'elle ne pouvait avoir aucun succès auprès des souverains absolus pour lesquels elle était faite, elle tendait à élever, entre le trône et la nation, une ligne de démarcation dangereuse surtout pour la royauté.*

Voyez, en effet, comme on a couru sur cette pente funeste qu'avait établie, pour le trône de Juillet, la doctrine delà quasi-légitimité : on est entré dans les voies de la restauration ; on a tout fait pour faire oublier le baptême populaire et se glisser dans l'alliance ab-

* Et d'ailleurs quelle est donc Tongine de cette légltimilé que certains écrivains nous ont représentée comme l'ancre de salut de toute monarchie ? Nos annales ne nous ont-elles pas appris comment Hugues Capet a su usurper le sceptre de Charlemagne sur ses héritiers légitimes ?

Elevé au trône par l'élection dt^grands duroyaume (leudes) et non du pei»ple, il eut le bonheur de vaincre l'héritier ligiiime , Charles de Lorraine, et de le faire prisonnier à Laon avec sa famille. 11 le conduisit ensuite i Orléans et l'enferma dans une tour, où l'infortuné prince termina sa carrière, deui ans après , laissant deux enfans qui moururent sans postérité.

soiutiste : c'est ce que va prouver un examen rapide mais exact de la conduite et des actes du parti qui est entré au ministère le 6 septembre.

Établissons d* abord comment, sous un gouvernement conatita— tionnel , un ministère doit être composé.

Dans un état libre, il faut que des honunes qui se respectent et qui veulent être honorés n'arrivent au pouvoir qu'avec un chef qai soit l'expression vivante , le symbole incarné du système pc^tique du cabinet. Ce système, complètement arrêté par tous les membres duministère et approuvé par la couronne, doit obtenir la nMjorité dans les chambres.

n faut que ce système soit hautement publié , afin qu'amis el ennemis le connaissent; les uns pour s'y rallier, le soutenir, le défendre , les autres pour le combattre , s'ils le jugent convenable.

Quand il n'en est pas ainsi , quand des ministres se présenteot sans système , sans accord, sans homogénéité, sans la confiance et l'appui des chambres , qu'arrive~t-il ? C'est qu'au lieu d'être les conseillers de la couronne , ils n'en sont que les dociles instrumens.

Au lieu d'avertir, d'éclairer le monarque , ils tendent i l'égarer.

Au lieu de conserver l'harmonie et l'union dans le calMoet , ib cherchent à se supplanter, à se nuire et à se détruire réciproquement.

Mais ce qu'il y a de plus fâcheux dans cet état de clioses » c'est que le plus incapable devient souvent le plus important, parce qu'U cherche à paraître le serviteur le plus agréable , tandis que le ministre le plus utile et le plus distingué est souvent traîné i la remorque du plus insignifiant de ses collègues.

Bientôt la désunion se glisse dans le cabinet , on se divise sor vingt questions , et une désorganisation complète se bit sentir à chaque semestre. Voilà ce qui est arrivé au ministère du 6 septembre.

Les membres de ce cabinet sont entrés aux afiaires i la dérobée, en l'absence des chambres, en remplacement d'une administration qui venait de se retirer en masse et avec honneur, pour une cause nationale et politique : première faute.

Ils avaient deux chefs distincts et deux systèmes différens. Le président nominal dti conseil était plus libéral et plus désireux do

marchef dans le système constitutionnel que le chef des doctrinaires ; de là incompatibilité de principes qui , tôt ou tard , derait amener une rupture : deuxième faute.

Vainement le président du conseil veut retenir Vardeur, l'enthousiasme de quelques uns de ses collègues; l'adresse Votée par la chambre à une grande majorité fait croire aux doctrinaires que cette majorité leur est inféodée, qu'ils la tiennent à leur disposition et qu'il ne leur reste plus qu'à ordonner du sort de la France.

Dans l'enivrement de leur triomphe , rien ne leur parait impossible ; de là les dangereux aris donnés au trône , les mesures fâcheuses qu'ils lui ont proposées ; de là ce débordement de lois politiques y de lois d'exceptions, de lois de familles , de lois dites financières dont on a accablé les chambres. Examinons l'esprit et la portée de ces lois :

La loi sur la réduction du droit sur le sel a été présentée, moins pour soulager les dix départemens de l'Est , que pour s'assurer les trente voix des députés de cette partie de la France qui avaient déclaré l'intention où ils étaient de voter contre le ministère si justice n'était pas rendue à leurs commcttans. *

La loi sur les sucres, éminemment anti-financière, puisqu'en ré-

* On ne croyait guère qae le ministre des finances du cabinet du 6 septembre, dont la haute capacité est généralement connue, présenterait cette loi avant d'avoir traité, avec la compagnie des salines de l'Est , de la résiliation de son bail. Cette compagnie avait été forcée, par diverses circonstances, de demander merci au gouvernement , et son prix de bail avait été réduit , pour dixans, de 1,800 à 1,300 mille francs; ce terme expirait en 1840; eh bien! par le projet ministériel , le gouvernement a eu la légèreté de se mettre i la discrétion de la compagnie ; car, réduire dans l'Est le prix du sel de dix francs, c'était présenter une mesure dont on n'avait pas calculé toute la pwtée ; c'était renoncer au monopole entier de la compagnie des salines de l'Est ; c'était dire à la chambre : Ordonnez la libre fabrication, abandonnez un faible revenu de 400 mille francs et rendez la liberté à l'Industrie. Mais présenter un tel projet avant d'avoir traité avec la compagnie , c'était placer le gouvernement dans une fausse position. Aussi , le ministre des finances du 15 avril l'a-t-il hautement reconnu à la tribune, dans la séance du 10 mai 1837, par ces mots :

« Eh bien ! je déclare qui* si j'avais eu à présenter une loi qui eût eu poor » résultat d'amener la résiliation du bail de la compagnie , Je ne me serais » présenté devant la chambre qu'avec des conventions librement arrêtées » entre le gouvernement et la compagnie , avec des agens de la compagùle « ayant capacité pour traiter. »

Celte faute n'a pas tardé à porter ses fruits : quand un ministre alModoBne l'initiative en matière de finances , quand il fait bon marché des ressources

duisant de deux cinquièmes le tarif sur le sucre des colonies et en ne proposant aucun droit , si faible qu'il fût, sur le sucre indigène, elle menait droit à T anéantissement d'un revenu de 50 millions. Cette loi , disons-nous , n'a été présentée que pour obtenir le vote des députés des ports de mer et surtout pour complaire i un publicistc distingué d'une des grandes villes du Midi.

L'abandon de notre système d'amortissement n'a été proposé , n'a été imaginé, la loi enfin sur les travaux publics n'a été conçue* que pour gagner des voix et influencer les élections qui devaient suivre. C'est dans le même but que le ministère a tout fait pour éloigner indéfiniment la conversion des rentes. D'abord, il a fait voter par la cliambre , dans la session de 1837, 193 millions de travaux d'utilité publique ; et, pour mieux atteindre son but, le ministre des finances a imaginé de faire verser à la caisse des consignations les 100 millions déposés au trésor par les caisses d'épargne. C'estpar ces projets de lois qu'il voulait faire disparaître les &• à 500 mfllions que son prédécesseur, dans le but d'accomplir la conversion, avait cherché à réunir, tant par ces deux ressources qu aux moyens d'une émission de bons royaux, d'emprunts à la banque, etc., etc.

Cependant le projet de M. Humann , auquel la chambre s* était associée , était aussi patriotique que légal et financier, car ce plan diminuait la dette de l'état de 20 millions d'intérêts et pennettait d'appliquer cette somme, soit à la réduction des impôts, soit aux dé-

da trésor, la chambre, on doit en être sûr , demandera toujours un peu plut encore.

Au lien de se contenter d'un sacriûce de 1 million de revenus offert par le ministre, la commission a proposé et la chambre a adopté :

]« Le sacriûce du produit entier des salines.... 1,415,000 fr. en 1836;

2« La renonciation à la concession des bancs de sel gemme , qui ont coûté i la compagnie 3,100,000 fr. accordés aux soi-disant inventeurs , qu'il faudra lui rembourser, et par suite l'abandon des salines qui ont coûté plusieurs millions et qui se vendront peut-être 100,000 francs ;

3<» Après cette concession, viendra infailliblement l'abaissement du droit énorme sur le sel , et le trésor subira cette nouvelle perte sans compenmtio»t si le ministère ne prend l'initiative et ne demande les moyens de remplacer cette réduction.

DTcia, Nous reviendrons sur cet objet dans le chapitre sur les douanes et les contributions indirectes.

* • S'il 7 avait une vérité qui pût paraître hors de contestation, c'était qoe » le remboursement et les grands travaui publics ne pouvaient être entrepriik 0 simultanément. » (Dibatê du S5 février 1838.)

Voilà la secret des projets ministériels.

penses urgentes du ministère de la guerre , soit à des travaux publics.

Cette grande opération consolidait le crédit public, tandis que le détournement indirect des fonds consacrés à T amortissement est une violation de la foi publique et des engagemens contractés par le gouvernement envers les créanciers de Tétat; bien plus,il com* promet tout Favenir de la France.

En effet , s'il considère que notre dette publique, y compris les pensions et la dotation de la caisse d'amortissement , s'élève à 319 millions dont 189 millions de rentes constituées, tout homme qui aime son pays , tout homme d'état ou de finances cherchera à diminuer un aussi lourd fardeau ; et si , en temps de paix et de prospérité, loin de rembourser aucune partie de notre dette, nous détournons les fonds consacrés à ce remboursement, quand voi>drons-nous et quand pourrons-nous nous libérer?...

Après avoir ébranlé le crédit par notre mauvaise foi, à quel taux trouverons-nous à emprunter dans les temps malheureux? et ces temps sont-ils si loin que nous les ayons déjà oubliés? ne nous souvient-ils plus qu'en 1831 la seule appréhension d'une guerre avait fait descendre le 5 pour 0/0 à 74- francs ? ce ne serait donc qu'à des prix très bas que nous pourrions opérer nos emprunts. Viennent ensuite deux ou trois années de calamités et de guerre ; viennent des années de disette et des émeutes , et bientôt notre dette sera doublée ; nous le disons avec conviction : en poursuivant le système du 6 septembre, on rend toute amélioration intérieure , toute réduction d'impôt impossibles ; on paralyse l'action de tous les ministères; on réduit le gouvernement à l'impuissance, ou l'on marche droit à la banqueroute.

Qu'on se pénètre bien de ce principe incontestable :

« Celui qui, après avoir emprunté dans des temps de détresse et D de gène , ne rembourse pas dans des temps de paix et de pros- » périté, ne mérite aucune conBance, car il est un ibu ou un » homme do mauvaise foi. »

Les doctrinaires , dans le but de se créer une majorité à tout prix, ne se sont pas contentés de proposer et de faire adopter des mesures législatives dangereuses ; long-temps avant la session , ils avaient donné des ordres dans les bureaux du personnel de leurs ministères pour réserver les places et les faveurs aux députés amis

du pouvoir, et comme si la marche de radministration eût dû rappeler complètement les beaux jours de la restauration , les fonctionnaires publics députés furent menacés de destitution en pkÎDe tribune , en pleine chambre , s'ils no votaient pas dans le sens do gouvernement. A quoi ont abouti tous ces calculs » toutes ces séductions et toutes ces menaces ?

A se tromper soi-môme.*

Ck>mmo les leçons que Teipérience a données aux autres ne nous touchent guère , le ministère du 6 septembre avait besoin d*en recevoir une qui lui fût personnelle, et elle lui a été infligée d'une façon cruelle, par cette même chambre qui avait voté à une grande majorité une adresse en sa faveur.

La loi do disjonction ayant été mise aux voix par assis et levé . le ministère obtint évidemment trente ou quarante voix de majorité ; aussitôt un message fut expédié au château pour annoncer ee triomphe. Mais 6 vanité des prévisions humaines I ô instabilité des choses de ce monde I dans le moment même où le message était introduit auprès d'un auguste personnage , la chambre rejetait le projet au vote du scrutin secret.

Ce n'est pas tout ; aux lois dites financières le ministère du 6 septembre ajouta des lois politiques, des lois d'exception.

Après la loi de disjonction vint celle de non-révélation ensevelie dans les cartons d'une commission de la chambre des pairs.

Et celle de dè|>ortation qui vraisemblablement ne sera plus rcprèsent*^.

C'est pourtant malgré l'éclatante défaveur qui avait accueilli ces difTèrons projets que les ministres du 6 septembre sont venus prèsentiT don lois d'apanago et de dotation.

Appri^iant bien retendue de leur impopularité, ils ont essayé do faire descendre avec eux la majesté du trône dans Tarène des passions parlementaires et à leur première faute ils en ont ajouté une plus grave encore, celle de pro|)oser des mesures contraires aux lois et aux sentiniens du pays.

Le projet sur la dot de la reine des Belges était non une question politi(|ue , comme le prétendait le ministère , mais une question

' r.n sii mots. M. Guizol et .«fi amis ont fail plus de mal i la monarrliir (onstitutionnclleque M. Odiloii-Uarrutetses amis ensii ans !...

Uonrmlde Purit, 22 avril IS3S.*

d'argcut ; bien plus, il était contraire à l'art. 21 de la loi du 2 mars 1832, qui dispose:

« Qu'en cas d'insuflisance du domaine privé , les dotations des » fils puinés du roi et des princesses ses filles seront réglées, s'il y 0 a lieUf par une loi spéciale. »

Après une disposition aussi explicite et avant d'engager une si déplorable lutte , avant d'exposer la royauté à succomber devant un injurieux libelle, il ne s'agissait que d'établir si le domaine privé était insuffisant ou non. Là gisait toute la question.

£h bien ! do l'aveu même du ministère, le domaine privé s'élève à 75 millions à répartir sur cinq tètes. Car sur les huit enfans du roi , trois sont dotés à part.

Le prince royal , par l'état.

Le duc d'Aumale, par la succession du pnnce de Condé.

Le prince de Joinville, par celle de madame Adélaïde.

Il reste donc 15 millions pour chaque prince ou princesse. Ainsi , il n'y avait pas insuffisance; et si vous pensiez, aurait-on pu dire aux ministres, et cela était fort convenable, qu'à l'occasion d'une union politique, la France dût ofTrir un souvenir à une des filles do sa majesté , il fallait présenter cette alliance comme utile au pays et vous en rapporter à la générosité des chambres.

Voyez , en eflfet , ce qui s'est passé à l'occasion du mariage du prince royal ; le ministère demande une dotation avec déférence et dignité : qu'en est-il résulté? dans l'espace de trois jours, les mêmes députés qui avaient rejeté les projets de lois politiques et exceptionnelles, examinent, délibèrent et votent à une immense majorité une loi qui accorde au prince royal 2 millions de dotation et 1 million pour les frais de noces et d'établissement; et la nation entière d'approuver et d'applaudir I

Après la loi de dotation venait une nouvelle proposition, et la plus impopulaire de toutes, le projet de la loi sur l'apanage qu'aurait suivi de près, sans aucun doute, la question du rétablissement des majorats et d'une aristocratie privilégiée. Il y avait dans cette proposition deux choses qui répugnaient aux sentimens du pays. D'une part, demande exagérée d'argent ; de l'autre dissimulation de la valeur de la dotation.

Demande exagérée d'argent , puisque le duc de Nemours devra recevoir un jour du domaine privé 15 à 20 millions.

Dii»âiinulation delà valeur de la dotation, puistju on prt-scuUit. comme produisant un revenu de 500,000 fr., des domaines qui valaient ko millions et surtout des forêts qui renrermaient pour 10 millions et plus de futaies bonnes à couper?

On ne s arrête guère quand on est lancé dans une aussi fausK voie; aussi, dès le 3 mars 1837, M. le garde-des-sceaux annoii{at-il à la chambre qu'il ne tarderait pas à l'entretenir des précautioii» à prendre pour la sûreté de la personne du roi , etc.

Le lendemain, pressé de s'expliquer et voyant le mauvais eflet produit par ses indiscré^^es menaces , le ministère en fut réduit à les désavouer.

Au moment où il proposait toutes ces lois impopulaires , ses fougueux amis publiaient «qu'en otant au roi l'initiative exclusive D des lois et le choix du président de la chambre des députés parmi n les candidats présentés par elle, eu dtant à la pairie rhéréditê. ^> en abaissant le cens électoral , en accordant aux chambres FiDÎ- » tiative, etc. , on avait démocratisé la monarchie. »

i'aroles imprudentes qui , en faisant connaître les regrets du parti doctrinaire , ne découvraient que trop le but qu il voulait atteindre.

Est-ce bien en compromettant ainsi la royauté qu'on peut s'en dire les fidèles et exclusifs serviteurs "f Ah! c*est plutôt le cas do répéter celte maxime: Les flatteurs n'ont jamais sauvé les rois; ils nont servi quà ks perdre.

Mieux avisés, heureusement, les ministres du 15 avril ont retiré la loi dite d'apanage; par cette saf:e mesure, ils ont évité à la lamille roynh' lt*s désagrémens d' une discussion qui se serait terminée par riumiiliation d'un vote négatif.

Concevra-t-on encore cpie, pour présenter des lois de dotation et d'apanage , les ministres doctrinaires aient choisi l'époque où une crise commerciale désolait le pays, où la classe pauvre était on soulTrnnce, où nos principales villes manufacturières se voyaient dans la nm^ssitédo laisser leurs ouvriers sans travail, où un hiver d'une ri):u(*ur et d'une durée sans égale avait arrêté tous les travaux et auiinit'nlé crudlenimt le prix dts denrées?

Que si, au suj(*t dt' leur inhabileté gouvernementale, les doctriiinires rrpnussairnt l«*s preu\«'< (\Mf* nnus avons donmVs, nuu» pour-

-agirions invoquer, à l'appui de notre opinion, les aveux de leurs propres journaux.*

Ainsi , amis et ennemis s'accordent à le dire : votre impéritie et votre aveuglement ont mis en danger le trône et semé dans le pays la souffrance et la désaffection; grâce à vous , l'anarchie est descendue dans les chambres , dans l'administration et dans les masses. Votre système n'a enfanté que des collisions pour alK)utir à des crises et à une désorganisation générale.

Certes on a peu de titres à l'habileté quand , au bout de tant de peines , de labeurs et de soins , on n'est parvenu à obtenir que de si tristes et de si funestes résultats.

Puisse cette épreuve décisive éclairer le pouvoir et le détourner de former jamais un ministère doctrinaire ; un tel cabinet amènerait infailliblement les mêmes résultats que le ministère Polignac.

Puissent aussi les leçons qu'ils ont reçues éclairer ces messieurs et les ramener dans la voie progressive et libérale de juillet.** Ils ont trop de talens pour se réduire au métier de courtisans; qu'ils servent donc la cause de la liberté, qu'ils contribuent à établir les vrais principes constitutionnels, et ils mériteront la reconnaissance

* Parmi un 1res grand nombre , noui citerons deui articles : le premier tiré de la Poix , le second du Journal de Paris,

• Celle solution (crise ministérielle) présente des obstacles sérieui el sou-

• levé de profondes reflétions, ffous aimons à espérer qu'elles ont frappé les

• hautes parties contractantes et jusqu'au trône lui-même, qui ne pourrait

• supporter plus long-temps tant danger une situation dont aucune de nos > époques parlementaires n'a oITertd'eiemple. • [fx» Paix ^ 14 am/ 1897;.

« Plus nous allons , plus la dissolution sociale opérée par et tripoiage pré-

• undu ff'pr^entoi// augmente et s'aggrave; plus les intérêts agricoles, in- ■ dustriels, commerciaui du pays entier sont frappés de stupeur. Tout reste » suspendu, anéanti. Pourquoi, se demande chacun , une fois cette pUle mf- » nistérielle tant bien que mal replAtrée, pourquoi ne rev tend rtlt-il fias une

• nou>elle crise , une nouvelle scission dam trois mois, dans six mois?

• Je le dis avec une profonde douleur , l'état actuel du goaTememenl doit

• être un sujet d'alarmes pour tous Its amis de la France et de la monarchie » de juillet. Depuis deui ans, l'instabilité parlementaire augmente et la force

• du pouvoir royal diminue dans une progression effrayante... Cf<i une disor-

• ganisaiion universelle, et le pays, ditpt et victime de cette parodie où on le force

• de prendre un râle , s' alarme et se disaffectionne de plus en plus, •

{Journal de Paris, 29 mars 1837.)

* * Quand on lit la brochure que M. Duvergier de Haurannc a dirigée contre le système politique de M. Fonfréde ; quand on lit le discours de M. Jaabert !^ur les fonds secrets ; quand on voit , enfin, comment ces messieurs reviennent . en 1k;)8, aui principes du gouvememenl représentaUf, ooesl teoléde s'écrier : Vivent les doctrinaires .'... quand ils ne sont plus au pouvoir!...

du pays, et \U asseoiront leur influence sur des bases impérissables.

En terminant ce chapitre, nous les prions de méditer rarrèt que leur chef a porté, il y a quinze ans, sur le gouvernement delà restauration :

a Que fera ce gouvernement qui voit la société mal administrée » s'agiter sous sa main? Inhabile à la gouverner, il entreprendra )) de la punir ; il n*a pas su s^acquitter de ses fonctions , il usera de » la force ; il demandera aux autres pouvoirs de lui prêter leur i> force, et comme à celui dont la puissance est la plus active , c*est » au pouvoir judiciaire qu'il demandera de sortir de sa sphère lé- » gitime pour lui prêter la force qu*il n'aura pas pu trouver en lui- » même.»

Et si ces paroles ne suffisent pas, qu'ils écoutent cdles qu'a prononcées le grand orateur du parti légitimiste dans la discussion sur la loi de disjonction :

a Les beaux jours de la restauration , dans ses temps de prospén rite , de force , de sécurité , ce sont précisément les années où la y> restauration a été sans loi& d'exception , sans tribunaux exhwrt- » dinaires.

» Le passé nous le dit assez , tous les gouvememens se sont » suicidés, ou parce que leurs principes étaient mauvais, ou parce i> qu'ils se sont ditoumii^ écartés, éloignés de leurs principes !

9 Pourquoi la restauration est-elle tombée? Parce qu'elle a été

» infidèle à son principe Elle s'est laissé entraîner à l'habileté

i> et aux conseils de théoriciens politiques , et elle est tombée enfin » le jour où, après avoir secoué ses liens , elle a voulu entrer aussi » dans les moyens exceptionnels , etc. n

Concluons ainsi :

Que les ministres soient réellement responsables ;

Que les trois pouvoirs soient indépendans ;

Alors la charte sera une vérité et le gouvernement constitutionnel ne sera pas unmensongel

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