DÉFENSE DE LA FRANCE
SW FZRB01fm& ET SV BIATÉBXEX
3ntr0)ucttoii.
« si j'étais n)i de France, il ne se tirerait pas un coup » de canon en Europe sans ma permission. • {Paroles du grand Frédéric)
Cette noble pensée que nous désirerions voir accomplie, indique suffisamment le but que nous voulons atteindre , et présidera sans cesse à notre travail.
Si la Prusse, avec une population de 13 millions d'ames composée de peuples divers , avec un sol peu fertile , avec un territoire
* Dans les deux premiers livres, nous avons établi la situation politique de la France, tant à Vextérieur qu*à l'intérieur. Cette exposition était indispensable pour faire apprécier la justesse de nos observations et la nécessité des réformes et des améliorations que nousaUont réclamer. FI fallait poser ces prémisses pour en tirer les conséqumeet et les appliquer à notre système militaire , colonial , administratif et financier. Ce sont ces conséquences qui vont être développées dans ce livre et dam ceux qui vont suivre.
reMerré et d'une longueur démesurée , avec un revenu de 190 millions de francs, peut entretenir et mettre en campagne, dans Tespace d'un mois, neuf corps d'armée présentant 350,000 combattans instruits et exercés; que pourrait faire la France si favorisée parla fécondité de son sol , la douceur de son climat , l'agglomération de ses provinces , sa richesse , sa nombreuse population , et son esprit
militaire?
La France , peuplée de 33,500,000 âmes, ayant 1,050,000,000 de francs de revenus , devrait pouvoir mettre en campagne dans le même espace de temps et porter sur le Rhin et les Alpes vingt-trois corps d'armée , comptant 900,000 soldats instruits et disciplinés.
Pour ne pas pousser la conséquence de cette proportion aussi loin , nous nous bornerons à proposer une armée active de 300,000 hommes et une réserve exercée qui , formées toutes les deux od vingt corps d'armée, présenteront 750,000 combattans sous les armes , en temps de guerre.
Cette organisation sera d'autant plus facile que nous en possédons tous les élémens ; et certes , quand , toute proportion gardée , le roi de Prusse peut mettre sur pied une armée plus nombreuse que k nôtre , avec des ressources bien inférieures à celles que nous possédons , le gouvernement français peut-il se laisser accuser de m vouloir accomplir ce que ferait à sa place le gouvernement prussien ; c'est-A-dire se laisser taxer d'incapacité ou de mauvaise tolontél
Il faut que le cabinet français songe bien que long-temps la force des nation^ ne sera pas seulement dans le développement de l'industrie et de la civilisation , mais encore dans la possession de grandes forces militaires inunédiatement disponibles. Qu*il mé^ dite donc sur l'admirable système employé parla Prusse pour tenir ses armées sur un pied respectable 1 C'est ce système seul qui a pu élever et qui peut maintenir ce royaume au rang des cinq grandes puissances de l'Europe.
Mais que, par des principes d'économie^ la Prusse réduise de moitié la force de ses armées et le nombre de ses soldats , qu'elle abandonne le maintien de son organisation militaire et, avant peu d'années, elle tombera au rang des puissances du second ordre , et ne sera plus consultée dans les grandes questions européennes. Adoptons son système militaire , nous qui ne comptons aucun allié vf-
ritable on Europe , et qui n'en avons pas voulu ; adoptons-le , non pour faire la guerre , non pas ménoie pour reprendre nos frontières naturelles, mais au moins pour conserver à la France sa délimitation actuelle , pour éviter une troisième et dernière invasion , et par suite le partage de notre belle patrie.
Et qu'on ne dise pas que nous voyons tout avec une prévention aveugle ; nous avons démontré dans le premier et le second livre de cet ouvrage quels sont nos ennemis , quels sont leurs projets et leur puissance ; en présence de ces faits, il y aurait incurie ou trahison à ne pas se mettre en garde contre eux *.
Quand les gouvernemens absolus sont liés par des traités et leurs intérêts, quand ils tiennent en disponibilité 1,200,000 hommes prêts à être lancés sur nous **, nous pouvons bien en préparer 750,000 pour nous défendre, surtout lorsque cette sage prévoyance
* • Sir Robert Peel a critiqué l'état de nos relations étrangères. Il prétend que le système que le ministère a adopté lui a ùié toute l'influence sur les afTaires des autres nations ; mais quelles étaient donc les relations extérieures de l'Angleterre en 1830 (époque où les tories étaient au pouvoir) ? à celte époque, les membres de l'opposition actuelle croyaient que la guerre éclaterait dans les trois mois ; nous , au contraire, nous avons maintenu la paix pendant six ans. Je ne prétends pas que la guerre eût infailliblement éclaté si les tories fussent restés au pouvoir : mais leurs principes et leur système\de gomernemeni ne perroettaientguère de compter sub lb m aintun DE LA PAIX. Si l'opposition avait conservé le pouvoir, don Miguel que nous avons déclaré usurpateur, aurait été reconnu par elle roi de Portugal et ao bout de six mois don Carlos roi d* Espagne,
» Une alliance avec don Carlos serait contre nature, parce que des hommes de religions et de sentimens divers formeraient une ligue pour re(af(/ef la civilisation du genre humain, La question soumise à la chambre est d'une haute importance , non seulement pour l'Angleterre, mais pour l'Europe entière. Il ne s'agit pas pour la France de se prononcer entre les partis rivaux en Angleterre, mais entbe les principes des deux partis qui se combattent dans tous les pays de l'Europe ; et de la solution de cette question dépendront, plus ou moins, la tranquillité, le bien-être et le bonheur de l'humanité. »
{Discours de lord P aimer ston à la chambre des communes le i9 avril 1S37, (fani la discussion sur le traité de la quadruple alliance,)
** « Jetez donc les yeux sur l'Europe. N'ctes-vous pas au lendemain d'une » grande révolution ? Est-ce que les fortes oscillations imprimées au monde » politique par le renversement d'une dynastie et d'un principe on 1830 sont
■ calmées?
« Que les ministres nous le disent. Qu'ils nous disent si du cabinet de Pétert-
» bourg au cabinet de La Haye, et jusqu'à ceux des petites cours d'Italie, jus- » qu'au camp de don Carlos , un réseau d'hostilités sourdes et impatientes • n enlace pas la France de juillet? Qu'ils nous disent si l'amitié d« la Prune ne
■ tient pas surtout aux seulimens personnels de son vénérable souverain que
iraugniente le budget que de 8 millions , susceptibles encore d*un^ réduction de plus des deux tiers si , au lieu de 20 bataillons de tirailleurs , on n*en veut former, dans la première année , que 10 compagnies.
Aux personnes qui blâmeraient nos craintes et les traiteraient de vaines chimères , nous dirons : Quand Napoléon possédait les deux tiers de TEurope centrale et passait le Niémen à la tète de 500,000 hommes dont 80,000 de cavalerie , si quelqu'un , en juin 1812 , se fût présenté et lui eût dit : « Dans vingt mois tu auras tout )> perdu ; la France sera envahie , Paris sera occupé par les Cosaks, » et ton empire réduit à Ttte d'Elbe, » évidemment Fauteur d'une semblable prédiction eût été considéré comme atteint de folie ; car on pouvait bien croire à des revers en voyant Tempereur se jeter dans des expéditions si aventureuses ; on pouvait regarder comme possible que plusieurs campagnes malheureuses le ramenassent sur le Rhin ; mais prévoir alors que, dans l'espace de vingt mois, il serait renversé ; que la Pologne, l'Allemagne, la Suisse, la Hollande et l'Italie seraient reconquises , et que la France ellemême serait envahie, cela ne pouvait venir à la pensée de personne , et pourtant cela s'est réalisé !
Aux personnes qui diraient que nous allons augmenter de 8 millions nos dépenses déjà si considérables , nous répondrons : Save^-
» l'àgcpeut d'un moment à l'autre écarterdes conseils paciGqaes de l'Europe? « Qu'ils nous disent si un jour de sédition à Constanlinople ne ferait pai éva- » nouir cette fiction d'empire ottoman , et n'ouvrirait pas en Orient elen Occi-
> dent cette nouvelle guerre de succession qui renouvellera tous les rapports des » cabinets entre eui ^ Si, dans un tel provisoire de choses, il y a ici un homme » assez hardiftour répondre six mois de VEurope etaccepter le gouvernement à m celte condition, qu'il se lève et qu'il le prenne. Le gouvernement lui appar-
• Uent par droit d'audace. 11 est plus savant que la destinée et plus audacieux » que la Providence, etc., etc.
• Ne vous y trompez pas, la question espagnole, vous ne l'avez pas tranchée, » vous l'avez igournée. Elle reviendra une fois , dii fois : elle reviendra avec
> des complications nouvelles, avec des circonstances plusimpératlves. C'est la » cause de vos alliances territoriales et celle de la réforme politique dans le » monde qui se plaide à main armée en Espagne.Vous y serez infaillement en-
• traînés. •
{Discours de M. de Iximartine sur la conversion des rtnlet & p. 0;t), téauce de ta chamUre des députée, du 17 avril 1838.)
* « J'ai démontré que l'esprit militaire, éteint chez nous, vivait encore chez » nos voisins ; qoe notre armée, qu'aucune réserve n'appuyait, n'élait pas en
> proportion avec les forces qui pourraient nous attaquer. » {De l'E»prit militaire en France, par le général Mai. Lamarque, 189fi.)
vous ce que nous ont coûté les deux invasions, à part Thonneur du pays et la perte de tant de places et de provinces?
Un milliard et demi ! !
Savez-vous ce que nous a enlevé la restauration , en sus des dépenses ordinaires et nécessaires au service de Tétat , pendant seize ausde règne?
3 milliards 735 millions ; total h> milliards 335 millions , taisant en rentes 5 û/^ une dépense annuelle de 211 millions 750,000, en supposant aos rentes placées au pair et non à 60 et 61 francs comme elles Tout été en 1817. (Voyez art. 3, chap. i du livre II.) D'après cela, la France peut bien s'imposer, chaque année, un sacrifice de 8 millions de plus pour se dispenser d'en payer un jour 212 ; nous avons tort de dire qu'elle doit éviter de faire des sacrifices d'argent, disons plutôt qu'elle doit éviter la honte, le joug et le partage; car, songeons-y bien , cette fois il s'agira d'être ou de n'être pas ; fo be, or not to be , comme dit Barolet dans Shakespeare.
Aux publicistes qui prêchent la diminution des dépenses quand même et en font leur thème continuel ; aux publicistes qui s'appuient des journaux anglais pour inviter les chambres à soulager le peuple par la réduction des cadres de l'armée , et qui citent l'exemple de la Grande-Bretagne où il n'y a que 35,000 soldats , les 70,000 autres étant répartis dans les colonies ; nous répondrons :
D'abord est-il juste et rationnel de comparer deux états aussi disr semblables que la France et l'Angleterre ?
Sous le rapport politique, le gouvernement de la Grande-Bretagne n'a guère changé depuis cent cinquante ans ; il n'a pas à se défendre contre un prétendant ; il est reconnu et respecté par tous les Ad— glais ; il n'a point à combattre dans son sein des républicains d'un côté , et des jacobites de l'autre.
Sous le rapport géographique , l'Angleterre est une tle séparée du continent et éloignée de toutes les grandes puissances de l'Europe , 9 l'exception de la France ; elle a toujours des alliés parmi ces grandes puissances ; et nous, nous n'en avons aucun. Ensuite elle est couverte en première ligne par la confédération germanique et par le Hanovre; en seconde ligne, par la France et par la Belgique; mais ce qui garantit bien mieux encore sa sûreté, ce sont ses flottes; pour Tattaquor chez elle il faudrait faire des armemens maritimes immenses. Ces armemens coûteraient des sommes énormes, et de-
— asomanderaioutypourétro achevés, non des mois, mais des années entières ; ainsi , elle ne pourrait être ni surprise , ni attaquée à Fimproviste.
Malgré sa position insulaire et éloignée du centre de FEurope , malgré ses colonies , ses richesses , sa force et ses alliances , le gouvernement anglais songe-t-il , par mesure d'économie , à réduire sa marine , à négliger ses arsenaux , son artillerie , ses approvisionnemens? Loin de là ; tout est préparé de manière à armer inunédiatement ses nombreux vaisseaux, et à braver les flottes du monde entier.
En esMl de même de la France resserrée par des frontières qui conunencent à cinquante-quatre lieues de sa cq)itale, et observée par des voisins redoutables toujours sous les armes ? Non , sans doute. La France est une puissance tout à la fois continentale et maritime.
Si cotte position est fort avantageuse en temps de paix , en temps do guerre elle oblige le pays à diviser son attention , ses forces, et à dépenser^dessonunes très fortes pour Tentretien de sa marine ; dans le cas où il f aurait une guerre de principes , ce serait à la France , placée à Tavant-gardc des peuples constitutionnels , à soutenir le premier choc et à former presque seule le corps de bataiOe, car il n*y a que la Belgique pour la seconder ; l'Espagne et le Portugal, dans l'état do leurs Cnanccs, et en supposant la première de ces puissances complètement pacifiée , ne pourraient guère nous aider que de leun vœux. D'aiildurs il est douteux que l'Espagne, A Fégard de laquelle nous exécutons si mal le traité de la quadruple alliance , consentit jamais à venir à notre secours.
La position de la France et de l'Angleterre est donc en tout point dissemblable ; on no peut dire à une nation continentale menacée , observée par de puissans adversaires : Prenez pour exemple une nation insulaire dont la marine est le premier et le plus sûr boulevart.
Ainsi y conseiller à la Franco de réduire ses armées, c'est lui pro- |)oser de confier son existence et sa liberté à la bonne foi et à la générosité des tories et des rois absolus; et Dieu sait comment cette générosité s'est manifestée à l'égard de la Pologne , du Danemark, de F Italie! comment cette bonne foi a respecté la capitulation du maréchal Saint-Cyr à Dresde, celle do Paris à l'égard du maréchal Ney et de nos musées , la neutralité de la Suisse en ISl'k et en 1815,
— asile traité avec Napoléon confiné à Ttle d^Elbe ; enfin c<Hmnent cet rois ont respecté le droit des gens lorsqu'ils ont tait assassintr, à Rastadt , les plénipotentiaires français , etc., etc.
Les cruelles leçons données à nos pères seront-elles donc tour jours perdues pour nousl
Aux patriotes exaltés qui à une année préfèrent des yolontaires, des levées en masse, nous dirons : Avec des hommes levés à la h&te , mal armés , sans organisation , avec des masses indisciplinées , on peut réussir dans un coup de main , on peut soutenir une insurrection, on peut même faire une révolution; mais, avec ces masses et ces volontaires , soutenir en campagne une guerre longue et régulière , nous le nions formellement /
Pour faire la guerre , il faut des troupes exercées , bien années , et surtout parfaitement façonnées au joug de la discipline ; car sans discipline il n'y a pas d'armée; il faut ensuite une administration militaire éclairée , des approvisioanemens considérables en vivres et munitions ; il faut des ambulances, des hôpitaux ; ii'faut des trains du génie , des pontons; il faut surtout un grand matériel d'artUleric et une cavalerie nombreuse et exercée ; sans toutes ces conditions et d'autres encore , i) n'y a pas moyen de tenir la campagne contre des armées régulières ; et ces élémens do force ne s'obtiennent qu'avec beaucoup de soins , de temps et de persistance. Des volontaires rempliraient-ils ces conditions? Nullement; plus Os seraient nombreux et plus il y aurait d'anarchie et de confusion dans leurs rangs, plus les approvisionnemens seraient difficiles ou gaspillés ; bientôt le mécontentement et le désordre se mettraient dans les flots de cette multitude qui s'anéantirait d'elle-même , en peu de temps, sans livrer un seul combat. Voilà ce que Thistoire de tous les temps et de tous les peuples a prouvé d'une mani^ incontestable.
Les innombrables armées dos Perses ont été vaincues par quelques milliers de Grecs ; des nuées de barbares ont été anéanties par quelques légions romaines ; enfin, des milliers d'hommes en Amérique ont été détruits ou réduits à l'esclavage par quelques centaines
* Ce n'est pas le nombre, mais TorganisatioD, rinslruction et rhabitmle da danger qui conslUuent la force.
(De l'Esprit mitiiaireen France, par M. le généra! Mai. Lamarqoe, page 54;
d'Espagnols. Telle est et telle sera toujours la supériorité de la discipline, de la tactique et de Forganisation sur le désordre» sur Tignorance et sur les masses. Et nous-mêmes, dans les premières campagnes de la révolution , qu^avons-nous obtenu avec nos levées en masse et nos volontaires avant qu'ils aient été aguerris et disciplinés *? U suffît de parcourir Thistoire de la révolution pour trouva de nom— breux exemples des désordres qu'ils ont commis et des pertes qu'ils ont fait essuyer.
Ces citations sufliront sans doute à la justification des principes que nous avons posés ; seulement nous donnerons , par opposition,
' « Biron partit do Valenciennes et vint camper A Quiévrain , le f** mai
• 1792; de Quiévraio, il alla jusqu'à Boussu où le général Beanliea avait des
• troupes légères ; lui-même occupait les hauteurs près de Monsavecsa petite
• armée.
» BIron n'avait fait aucune disposition ; mais il n*j en afait aucune à dire » contre Tévénement imprévu qui arriva : deui régimens de dragons , tans
• voir d'ennemis, se mettent i fuir en criant qu'on est covp^, qu'on têt trahi, » mettent l'infanterie en désordre et l'entraînent. Les aides de camp de Da-
• mouriez les conjurent de s'arrêter et veulent les rallier. Pour toute ré- » ponse, on les menace, on tire sur eux. Toute l'armée se débande et n'est
• suivie que par 5 ou COO hulans ou chasseurs qui pillent le camp de Qulé- » vrain, les équipages de Biron et la caisse militaire. Cette armée arrive dans
• le plus grand désordre i Valenciennes , où joignant la licence la plus cri-
• minelle à la terreur la plus vile, elle veut massacrer le maréchal Rocham-
• heau et ses ofBéiers généraux.
» Le même jour, à la même heure, Théobald Dillon, maréchal de camp, » sort de Lille, arrive à Bessieux avec 5,000 hommes, dont un tiers A cheval; an
• peut corps autrichien de S à 900 hommes, sortant de Toumay, se montre ;
• la cavalerie fait le même cri que celle de Biron , passe sur le corps de son » infanterie, s'enfuit jusqu'à Lille sans être poursuivie, abandonnant ar-
• tillerie, chariots , équipages. Théobald rentre dans Lille avec les fuyards ; > il est massacré par ses soldats avec un lieutenant-colonel du génie. »
(Collection d€i Mémoires relatifs à la révolution firançaite») Voilà comment se conduisent des troupes sans discipline au moment d'une révolution Maintenant voyons combien on peut compter sur des volontaires et sur de nouvelles levées.
(Lettre de Dumouriez à l'assemblée nationale.)
Sainte-Menehould , 10 décembre 1703.
• J'ai été obligé d'abandonner le camp de Grandpré ; la retraite était fliite, » lorsqu'une terreur panique s'est mise dans l'armée. 10,000 hommbs ont fài
• devant 1,500 hussards prussiens; la perle ne monte pas à plus de 60
• hommes et quelques bagages. Tout est réparé et je réponds de tout , etc.
« Il se trouvait à Chàlons 8 à 10 bataillons de volontaires ou fédérés qui, i
• l'arrivée des fuyards , au lieu de les arrêter, avaient pillé les magasins et » avaient repris le chemin de Paris en commettant les plus grands excès et 9 publiant que Dumouriez était un traître, etc., etc. •
(Collection des Mémoires relatifs à lu révolution française,)
quelques exemples des grands résultats que Ton peut obtenir avec des troupes disciplinées , exercées et aguerries.
Ces mêmes soldats que Ton a vus fuir sans combattre, que Ton a vus piller les magasins de Tannée, massacrer leurs officiers, ont été pourtant, un peu plus tard, les vainqueurs de Fleurus et d'Arcole. D'où vient cette différence? De ce qu*ils étaient aguerris, organisés et formés à la discipline comme au respect de leurs chefs.
C'est avec 40,000 hommes de bonnes troupes de ligne que Bonaparte a fait son immortelle campagne de 1796 , qu'il a gagné vingt batailles rangées contre des forces toujours supérieures, qu'il a affranchi l'Italie et couvert son pays d'honneur et de gloire.
C'est avec 120,000 soldats disciplinés , endurcis et exercés pendant plusieurs années au camp de Boulogne * que l'empereur a entrepris son admirable campagne d'Austerlitz , pendant laquelle il a vaincu et pris, en deux mois, les armées autrichiennes et russes.
Plus tard en 1813, Napoléon à la tête de 200,000 hommes a pu gagner non les batailles mais seulement les champs de bataille de Lutzen et de Bautzen sur les Prussiens et les Russes; là se sont bornés ses stériles avantages. D'où vient encore jcette différence? c'est (|u'il n'avait que de nouvelles levées, que des conscrits jeunes, peu aguerris , et surtout point de cavalerie.
On le voit, pour faire la guerre d'une manière heureuse, il faut remplir toutes les conditions que nous avons posées. Si une seule vient à manquer, on perd une chance de succès et le sort des armes est compromis.
Concluons donc des leçons données par l'histoire, par les grands capitaines et par les hommes d'état , qu'un peuple doit toujours tenir son armée organisée, disponible, prête à entrer en campagne, et égale en force à celle de ses ennemis naturels , si ce n'est par la (|uantité du moins par la qualité de ses soldats, C'est à ces conditions qu'il pourra vaincre s'il est attaqué, et c'est en raison de ses
* Qu'on se rappelle ce qu'était notre infanterie en sortant des camps de Bruges et de Boulogne, et que l'on compare les batailles d'Austerlitz et de Wagram : d'Austerlitz où nos fantassins froids, intrépides, manœuvriers poavalent aussi défler l'univers ; de Wagram où leur ineipérience avait besoin de l'appui de tant d'artillerie, de tant de cavalerie ! Ils vainquirent aassl , mais ne fallait-il pas tout le génie de celui qui commandait ?
{De l'Esprit militaire en France, par Ir général Max. La marque, pages 89-90; 1826.)
])réparatirs et de son attitude redoutable que souvent il conflenrera la paix. Sous quelque rapport que l'on veuille envisager la question, on trouvera qu*ily a honneur, sûreté, avantage dansFavenir, et même économie à préparer son armée en temps de paix de manière, non seulement à garantir le territoire de la Franco contre une coalition possible, mais encore à faire au besoin la guerre offensive avec succès.
Désormais , le succès de la campagne est assuré à celui qui le premier pourra porter sur le théâtre de la guerre le plus de forces disponibles et les faire donner à point.
Or, en supposant une nouvelle coalition, la France ne doîl-elle pas proGter de la réunion compacte de son territoire et de la facilité de ses communications pour , en peu de jours , pouvoir lancer ses masses du centre à la circonférence? ne doit-elle pas, aussitM qu*elle sera prévenue de la marche des Russes et des troupes venant de la Prusse orientale et de la Hongrie, couronner les Alpes et occuper les rives du Rhin depuis Bàle jusqu'à Nimègue. Sans ces précautions et cette initiative, elle est déjà à moitié vaincue, car la ligne de ses frontières actuelles ne peut être défendue.
Après tout, que demandons-nous? ce que toute la nation demandait et voulait en 1830 : Farmement des places, l'organisation de l'armée de telle sorte que , sans surcharger le budget, cette armée soit nombreuse, disciplinée et tellement exercée qu'elle putae entrer sur-le-champ en ligne de bataille. Tout le monde a vu joste à cette époque ; chacun a compris la position de la France ; et ce n'est pas parce que des circonstances fortuites ont détourné momentanément l'orage, qu'il ne peut un jour retomber sur nooi plus terrible que jamais.
A l'appui de notre qiinion , nous sommes heureux de pouvoir citer ce qu'a dit Montesquieu dans son Etprit dn (ou, livre ix, chap. VI :
a Pour qu'un état soit dans sa force, il faut que sa grandeur soit » telle, qu'il y ait un rapport de la vitesse avec laqudle on peut » exécuter contre lui quelque entreprise, et la promptituA qu'il » peut employer pour la rendre vaine: comme celui qui attaque » peut d'abord paraître partout, il faut que celui qui défend puisse » se montrer partout aussi. »
Ces basos posées , il nous reste à dire comment nous concevons
la défense du pays et rorganiBation de l'armée française , pour atteindre le but que nous nous proposons ;
D*abord , la défense du pays ne peut reposer que sur la garde nationale et sur Farmée.
Selon nous, l'organisation de l'armée doit être telle qu'elle coûte le moins d'argent possible au trésor ; que le gouvernement ne puisse maintenir sous les drapeaux, en temps do paix, que le nombre de soldats strictement nécessaire au service de l'intérieur, tout en conservant en disponibilité de grandes masses exercées. Pour résoudre ces trois difficultés , nous emprunterons nos idées aux traditions impériales si malheureusement délaissées et au système militaire de la Prusse.*
Les cadres de l'état-major seront fixés et restreints.
Les forces de terre seront toujours organisées en escadrons, en bataillons de guerre, en brigades, en divisions et en corps d'armée, commandées, en temps de paix comme en temps de guerre, par les mêmes chefs. A ces corps seront attachées, dans des proportions convenables, des troupes d'artillerie, du génie, une forte réserve et un matériel suffisant.
D'après les préceptes des hommes de l'art, nous chercherons à obtenir l'union intime des trois armes : infanterie, cavalerie, artillerie.
Pour la facilité des revues, des manœuvres et delà comptabilité, tous les corps seront égaux en nombre, depuis la simple compagnie jusqu'au corps d'armée.
11 y aura, outre le service ordinaire des corps d'armée, des
* « J'avais proposé, dès les premiers Jours de la restauraUon, d'adopter eo parlie l'organisation prussienne ; Je voulais qu'on divisât la France en cercles militaires, qu'on formât autant de légions que nous avons de départemens, et que ces légions, recrutées avec des hommes pris dans les cercle», eussent par année six mois de congé et six mois de service sous les dra- |)eaux ; nous ne soldions ainsi que la moitié de notre armée , et nous rendions, pendant la moitié de l'année , à l'industrie et à l'agriculture 120,000 soldats qui, par leur travail, auraient créé de nouveaux capitaux. » Je ne sais plus quelles raisons Orent rejeter ce plan dont on a iuccesfi^ vement essayé quelques parties, mais qui n'était praticable qu'en l'adoptanl dans son ensemble. Peut-être a-t-on cru que trois ans ne suffiraieni pat pour former un soldat; la Prusse n'en Juge pas ainsi dans ses provinces cifrhénanes. On fait plus encore dans le royaume des Pays-Bas : U, l'homme assujéti à cinq ans de service, ne passe sous les drapeaux que la première année ; les quatre autres. Il reste dans le sein de sa famille , avec l'ohllgttion de se rendre pendant un mois seulement dans son régintf Dt. • ( Du l'Esprit militaire en France, par le général Mai. Lamarqae, 1S36.)
batteries d'artillerie et des corps de cavalerie de réserve organi«H en brigades et en divisions.
Il y aura, enfin, des corps francs organisés i Tayaoce, niais nou sous les drapeaux ; et pour combattre à armes égales les troupei légères de lennenii, telles que ses chasseurs et ses cosaques, il sen créé vingt bataillons de tirailleurs, choisis parmi les plus adroit! tireurs de l'armée.
Ces détails seront donnés dans les chapitres suivans.