TOUJOURS L'ENDURANCE
Certes, il estplusfacile de recommander Fendurance que de la mettre en pratique, car cette haute vertu peut demander à certaines heures une rare obstination de volonté. Pourtant, nous sommes tenus, si la résolution que nous avons prise est profonde, de fournir toute la somme d'efforts que l'heure commande sous la forme et pour la durée de temps imposée par les événements à maîtriser. En matière de sacrifices, il n'est point de choix : on accepte ou on refuse les exigences de la fatalité. La France vaut-elle que nous lui donnions tout de nous-mêmes et de tout ce qui nous entoure? Il n'y a pas d'autre question.
J'ai souvent entendu dire que le sacrifice du soldat, au
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moins, se faisait d'un seul coup. Radicale méconnaissance de l'effort militaire qui veut un maximun d'énergie prolongée jusqu'au couronnement de l'explosion finale de toutes les forces disponibles. S'il n'en est pas demandé même somme à ceux de Parrière, c'est que l'âge ou l'infériorité physique, réduisant les valeurs d'activité, l'abdication de la personnalité n'en est pas moins méritoire, puisque, à l'exemple de l'homme des tranchées, chacun de l'arrière doit donner aussi tout ce qu'il a.
Seulement, ce tout, il faut vraiment qu'il se dépense en désintéressement absolu, — ce qui est fort beau à dire, mais parfois bien dur à exécuter. Hors de l'excitation du combat, sans voir surgir en face de soi l'adversaire qui représente la cause exécrable, tout homme silencieusement est requis d'ajouter pièce à pièce les petites et les grandes misères de chaque heure, de chaque jour, pour en faire un sublime holocauste dont la grandeur probablement sera méconnue, — si même ceux qui sont incapables de ce parfait héroïsme ne trouvent pas l'occasion de le déprécier. Inférieur à sa cause, qui ne consentirait pas d'en prendre son parti ?
Le plus misérable d'entre nous n'est jamais sans des .velléités de grandeur. Ne comptent que ceux qui sont capables d'en vivre au moins quelques parties. A l'appel d'événements qu'ils n'avaient ni prévus ni préparés, des héros se sont levés sur notre terre pour apporter l'appoint d'une noblesse — que la France veut toujours présente — à l'amas glorieux des noblesses passées. Eh bien! ces « civils » de tout âge et de tout sexe qui ne sont pas normalement sous les obus — mais peuvent s'y trouver demain grâce aux Zeppelins, aux aéroplanes perfectionnés et aux monstres d'artillerie d'une portée de trente kilomètres — peuvent, peut-être encore, vivre plus grand et plus beau. Car ils ne seront point appelés à connaître la griserie des honneurs qui, ne vînt-elle qu'à l'heure même où se clôt la vie, est ressentie par la plupart des hommes comme la souveraine expression de la gratitude publique
envers celui qui a généreusement payé sa dette envers la , ie, — au delà même souvent de ce qu'il avait reçu.
Oui, ceux qui auront souffert muis le dire, sans permettre qu'on le voie, prenant je ne sais quelle joie sauvage à cacher une plaie d'honneur, comme d'autres un chancre de honte, ceux-là ne connaîtront point la gloire d'un m d une citation, d'un article de journal. Peut-être nelaisseront-ils môme pas derrière eux le témoignagne d'une parole amie essayant de surprendre en leur faveur quelque c d'un hommage ou d'un simple regret.
Que leur importe, s'ils savent que la loi supérieure des choses est dans l'impassible indiiTérence de l'univers dont ni soleils, ni planètes, ni atomes ne se laissent arrêter, dans leur course aux recommencements, par les cris de douleur ou de triomphe du plus infime insecte ou du plus grand de nos génies ! Ils n'-ont point choisi leur lot. mais ils l'ont accepté, et il se pourrait bien que ce fût la plus haute vertu des hommes sur la terre. Ilsn'ontrien demandé d'autrui, parce qu'ils trouvaient tout en eux-mêmes. On ne peut demander à la foule de se hausser consciemment à cette réalisation d'idéal. Et cependant il se pourrai i que nous passions, avec superbe, chaque jour, devant de silencieux héros inconnus, tout fiers de leur obr-eurité profonde, fautifs seulement de nous refuser ie réconfort d'exemples au-dessus du commun.
VHoimne Enchaîné, 10 juillet 49(5.
IMPOSSIBLE
La (io:r//r de ï:, nue fort écrivait, i autre jour, qir
-ne attendait de nous, c'est que la supériorité des armes allemand. m t&m mît en di der la paix. Avec tout le 'minent-
■s, je m>e permets d'aflirmer qu'il n'y a p< tilleric et de bombes gtpkyxtuttes p ur ner i itat.
IMPOSSIBLE
Nos Boches, qui ne peuvent nécessairement nous juger que sur eux-mêmes, se trouvant créatures à subir sans douleur toute excision de ce qu'ils appellent leur personnalité nationale, ont pu croire que nous deviendrions magiquement d'esprit germanique-, après leur victoire à venir, comme ils se mueraient, eux-mêmes, en n'importe quoi, pourvu que la botte du vainqueur fût assez lourde sur leur visage. Et voilà justement ce qui, dans aucun cas, ne peut être. Faute d'une psychologie suffisamment objective, leur (iazette de Francfort attend de nous précisément la chose qu'il nous est impossible de leur accorder : notre collaboration pour l'ultime déshonneur du nom français.
Ils veulent de nous plus qu'il n'est en notre pouvoir de leur donner. Il devait y avoir, dans le sac de Sancho, un proverbe pour dire : Qui ouvre !trop la bouche se la voit fermer. C'est bien ce qui leur arrive^Quand nous avons perdu PAlsace- Lorraine, le cœur saignant, il restait la France comme on l'a dit excellemment. La France î c'està-dire toute une force de passé, toute une force d'espérance, d'où nous pouvions atténuée une continuation, toujours belle, delà vie des aïeux, vers un renouveau de grandeur.
Nous n'étions pas morts, et nous voyions devant nous des chances de reprendre — pour les achèvements heureux où nous appelait notre histoire — de -hautes traditions de pensées. C'est une autre affaire aujourd'hui, où rien ne peut plus nous être demandé qui ne soit la répudiation de toute notre vie de race dans le reniement de nous-mêmes. Macbeth n'avait tué que le sommeil. Qu'est-ce que ce supplice auprès de celui qui nous laisserait vivre après avoir tué, en nous, l'espérance, c'est-à-dire tari la «source de toutes les impulsions de la vie? Celte fois, nous ne pourrions plus concevoir la pensée de nous refaire, puisque nous aurions proclamé, nous-mêmes, à la face du monde, que la France n'a plus de raison d'être.
Bismark, Troitschke, Bernhardi, et leurs sous-intellectuels, sont venus pour nous exposer scientifiquement leur théorie de la germanisation de l'univers, et leRuiser, aid-é
de ses deux millions de socialistes, se présente sur les champs de bataille de France et de Belgique pour la mettre en action. En action contre qui ! Non plus seulement contre le peuple français, comme en 1870, quand l'Autriche, ingérée, mettait l'Allemagne en goût de sanglantes ripailles. Non ! Contre tout ce qui reste, cette fois, neutres ou combattants, de l'Europe indépendante. Même, si nous devions être anéantis, il nous resterait l'honneur d'avoir été les premiers à faire front.
C'est que nous avions reconnu d'instinct (pas assez tôt, malheureusement, pour nous y préparer comme il aurait fallu) l/énormité de l'enjeu que l'empereur allemand allait jeter, au nom de son peuple, sur le tapis, tout en mares de sang, de nos plaines françaises. Et voilà qu'en effet la grande partie impériale est engagée. Nous avons vaincu à la Marne. Notre puissance de vaincre n'est pas épuisée. Elle ne peut pas l'être, parce que le soldat français — silencieux, jusque-là, à sa machine ou à sa charrue — a compris qu'un suprême honneur lui était magnifiquement échu: celui de représenter, en cette lutte hors de toutes les proportions de l'histoire, avec sa propre cause, assez belle, la cause même de l'humanité. On lui avait dit jadis qu'il était le soldat de Dieu. Il se sent le soldat de l homme, à cette heure, et ne s'en tient pas pour amoindri. Admirez, alors quelle force lui peut venir des deux plus fortes impulsions de l'espèce humaine: le sentiment concret qu'il défend le sol de son foyer, sa patrie, sa pensée, sa langue, son histoire, la beauté de la France qui toute s'abîmerait dans la nuit s'il pouvait défaillir; et l'enthousiasme, renouvelé de ses pères, d'un idéalisme qui le fait le champion de l'humanité.
L'Allemand s'est donné pour mission de maîtriser: nous, d'affranchir. Disparaître du monde ou le sauver, ai concours de nos grands alliés (parmi lesquels je n'oublie ni la Belgique ni la Serbie), telle est la prodigieuse alternative que la fortune soumet à notre choix. C'est ce qui Gonfond dans une fraternité française, enfin retrouvée,
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toutes nos classes sociales qui, hier encore, croyaient se hnïr parce que trop de funestes élans les avaient séparées. C'est ce qui jette nos enfants aux tranchées, nos enfants qui cherchaient leur voie dans nos affreuses querelles et qui soudainement, grâce à l'Allemagne, l'ont trouvée. C'est ce qui fait que tous les peuples s'éveillent, comme aux grands jours de l'histoire, à la voix de la terrible guerrière que Rude a projetée hurlante sur Paris pour que les peuples puissent l'entendre de toutes parts. Nous et nos compagnons d'armes nous savons où elle nous conduit. Elle nous emmène à des efforts de liberté, de justice, de bonté, de beauté qui. ne fussent-ils que des efforts, laisseront une ass^z noble trace de notre passage.
. . . Voilà le champ que vous avez fait, que vous avez voulu, ô prophètes de la Germanie ! Comme les soldats de Cambyse, engloutis dans les sables, accourez avec tous vos engins de mort, pour être ensevelis, enfin, sous les montagnes de cadavres que vous aurez accumulées. Vous ne pouvez pas vaincre parce que vous entreprenez de remonter le cours de l'histoire humaine, qui va des dominations de la force aux progressives libérations.
Vous ne pouvez pas vaincre parce que, derrière nos armées que vous voyez en ligne, il y a des forces de fatalité historique, et de volonté raisonnée, et de conscience indéfectible qui nous poussent, lâches ou braves, aux suprêmes vertus d'héroïsmes toujours croissantes, que commandera l'excès toujours croissant de votre sauvagerie.
Vous ne pouvez pas vaincre parce que la force d'un jour ne peut plus être que d'un jour quand elle tente de s'installer dans une violation du droit.
Vous ne pouvez pas vaincre parce que votre force est de servitude organisée pour gangrener les sociétés humaines de votre décomposition de culture.
Si puissante qu'elle soit, qu'est-ce que la plus merveilleuse machine, si l'homme n'est pas au levier? La poignée
LA FaANCE DEVANT L'ALLEMAGNE
é\à levier n'est pas pour voire main servile; il faut là ame dion de virilité.
Vous ne pouvez pas vainciv que toutes vos servi-
tudes savamment agencées ne font de vous que des automates, qui peuvent imiter les mouvements de la vie libre, mais ne sont pas la liberté. Les nations vont à un équilibre d'indépendance: ce que n'ont pas pu taire potes
nie, ce n'est pas Guillaume II qui pourra le réaliser.
Non. Vous ne vaincrez pasr vous ne pouvez pas vaincre parce que nous sommes tenus — sous peine de nous voir souffletés par notre histoire, par nos pères, par nos enfants — de nous succéder jusqu'au dernier sur le front, pour prendre toujours et toujours plus de vos basses vies en donnant généreusement des nôtres tout ce que la noblesse de notre sang réclamera. Vous ne vaincrez pas parce que vous ne po^riez pas faire que tout ce qui est digne du nom d'homme, sur la terre habitée, ne s'émût si nous devions fléchir, et que, dans des revers que n -us jugeons impossibles, vous verriez se dresser devant vous, aux de l'Angleterre et de la Russie, — inépuisables d'hoi: et d'argent, — des alliés que nous sentons déjà fié sants, et qui, la grandeur du danger soudainement apparue, jetteraient de suprêmes renforts sur vos derniers soldats vaincus d'épuisement La victoire ne peut paprcwir vous, vous dis-je. Quelques-uns d'entre vous peuvent y croire encore parce que, Titans raffinés, vous avez construit de nouveaux engins pour accumuler l-Vli<-n sur' Ne savez- vous donc pas que les Divinitésirent pas ainsi à escalader l'Olympe? Nous somme haut, et votas, êtes trop bas.
Ht vous ail -tupides de- vos monstrueux ofer
de vos nuages d'aspln \i<\ qu'ils n*Dus mettent eu é a «Impositions de nous suh-ider après !«■ d&bora avez pas amea biei Nmi-. I
vous connaissons : vous, vous n(WK»®«nail! <
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C JNTRE LE THÈME DE LA PASSIVITÉ Cô3