‹ La France devant l'AllemagneChapitre 101 sur 133 · ENDURER · texte numérisé non relu

ENDURER

Cependant, ii arrive que des peuples qui ont une histoire ne comprennent pas leur intérêt comme on le conçoit à Berlin. Notre folie est de rester nous, tels que nous a faits une succession de volontés ancestrales séculairement continues. C'est pour cela que nous sommes en armes, c'est pour cela qu'un destin, auquel nous ne pouvons nous soustraire, veut que nous combattions jusqu'au dernier. atte offre un tout autre champ que celles dont les moins scrupuleux historiens nous ont fait le récit, car jamais l'enjeu ne fut ainsi de tous les continents de la terre habitée avec leur ceinture d'océans.

La gloire du passé n'est une raison de vivre que si les fils de grands ancêtres sont de taille à les égaler. Reims et beaucoup d'autres choses encore font un très beau compte d'histoire. Les Grecs avaient Phidias, le plus grand tailleur de pierres qui sera jamais, et Périclès et une prodigieuse lignée de cerveaux, et de cœurs, jusqu'au plus grand qui fut Démosthène, dont le Macédonien ne put venir à bout que parce que l'hellénisme n'était plus qu'un souvenir. Affreux prolongement des supplices de l'histoire jusqu'à la dynastie germano-scandinave et son digne produit : Gounaris !

Que sert de dire, en cet effondrement de tout : « Celuici ou celui-là n'a pas été ce qu'il aurait dû être. Tel ou tel chef s'est montré inférieur à son devoir ? » En des formes quelconques, surtout lorsqu'on a fait, comme nous, tant de tapage pour des conquêtes verbales de liberté, les gouvernants ne sont faibles que lorsque les peuples eux-mêmes viennent à défaillir. Méditons sur ces choses, et ceignons-nous les reins pour les épreuves, et ayons le courage de sonder notre cœur. Fermes, c'est la victoire qu'aucune invention de tuerie allemande ne pourra conjurer. Qu'est-ce que des misères d'un jour, si vieillards, femmes, enfants sont debout, silencieux et forts, derrière ceux qui s'offrent à la mort pour ce qu'il y a de plus grand dans l'àme humaine? Tout un peuple en action, c'est un beau mot. Mais c'est une plus belle chose encore, — hon-

neur suprême de ceux qui sont capables de la réaliser.

Rien ne m'a plus profondément ému et ne m'a donné plus de confiance dans le sang de la race que les lettres d'un enfant de quinze ans, fils d'un instituteur, qui me supplie, sans une parole de romantisme ou de fanfaronnade, d'obtenir qu'il lui soit fait une place aux tranchées. La loi inexorable refuse ce bras et ce cœur. « Alors, monsieur, qu'on m'envoie en Serbie ! Tout ce que vous voudrez. Je veux me battre. Je veux me battre. » Et rien de plus. Les hommes qui font de tels enfants ne connaîtront pas Giiéronée.

Endurance donc, mais une endurance de force, une patience de volonté que rien ne peut fléchir, ni les méthodes de décimation d'un ennemi qui, en aucun cas, ne peut vaincre que si nous nous abandonnons nous-mêmes, ni les insuffisances d'organisation ou d'armement qui viennent des fautes passées ou présentes, mais qu'il dépend de nous de réparer par des sacrifices qui referont plus belle, plus nôtre, la France des grands jours.

L'Homme Enchaîné, 9 juillet 19/ 5.

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