‹ La France devant l'AllemagneChapitre 114 sur 133 · POUR LE SOLDAT · texte numérisé non relu

POUR LE SOLDAT

. . . J'éprouve un grand plaisir à parler des rapports entre officiers et soldats, parce que l'ancienne morgue professionnelle, sottement imite'e du Prussien, a presque complètement disparu. Tous au même devoir. Tous de la même volonté'. Tous dans la même union fraternelle pour la sauvegarde du foyer, pour le salut de la patrie. Toutes les formes de l'idéologie ont uni , ou prétendu unir, les hommes t!e tout temps. Les chrétiens eux-mêmes, porteurs d'une religion d'amour, n'ont cessé de s'entre-tuer, ce qui atteste une force de groupement défaillante, tandis que le ralliement pour la défense de la terre des anciens, de lTiistoire qu'elle a produite, et du persévérant effort des générations vers un idéal de vie nationale, a partout suscité les plus grands, les plus beaux développements d'énergies.

Voilà pourquoi je suis heureux de constater que, sans que la discipline en ait souffert, jamais les soldats et les officiers de la France ne furent si intimement, si parfaitement soudés. Ils veulent la même chose et de la même façon. Ils ont résolu d'obtenir, parla même noblesse du même sacrifice total, la délivrance du sol français, heureusement liée à la libération de tout ce qui représente une dignité d'àme, une indépendance de volonté, non seulement en Europe, mais dans l'ensemble de la civilisation. En vérité, une telle

cause vaut la peine de se mettre en guerre, car le soldat vit ainsi au delà del'homme infime, en allant, sous un tel drapeau, au-devant Je la mort.

Nous en sommes ià, et c'est bien ce qui faitnotre supériorité infinie sur ces tueurs de femmes, et ces tortureurs d'enfants qui s'abandonnent, par doctrine, àtous les crimes de l'animalité, pourque leur Àlicmagned' abjecte servitude soit au-dessus de tout, y compris d'abord le sens moral de l'homme civilisé. Ces brutes s'évertuent contre de malheureuses créatures sans défense pour le droit de répandre et d'accroître leur ignominie. Et puisque nous luttons pour ce qu'il y a de plus haut dans l'humanité, sachant que des siècles de nobles combats ne peuvent aboutir au triomphe de ce qu'il y a de plus bas, nous pouvons fournir des efforts d'énergie physique et morale qu'aucun ennemi, fut-il un pur miracle d'organisation machinée, n'est capable de surmonter. Tous ces ballons d'essai, en vue des conversations sur une paix boche, montrent assez que ces magnifiques « vainqueurs » ont gardé assez de bon" sens pour comprendre à quel point d'abaissement nous ne manquerons pas de les amener.

C'est notre petit soldat, avec ses officiers de tous grades, qui, ayant accompli cette première partie de la besogne, se prépare, dans la sereine simplicité des grands cœurs, à y donner le coup d'achèvement.

. . . J'ai dit la solidarité de cœur et d'âme qui soude indéectiblement les hommes et leurs chefs dans le combat. Quel qu'en soit le nombre, iis sont un. Demandez donc au général Marchand, comment, en Champagne, il a pu accomplir, d'un prodigieux élan, une tâche qui paraissait ton; près de l'impossible. Il est tombé, et trop de ses officiers avec lui. Mais demandez à ce qui reste de ses solda1-, el à toute l'armée, s'il manquera d'hommes pour le suivre, quand la -lire qui devait être mortelle lui aura rendu ]<• plein de sa puissance d'action. Ecoute/ 1 tts parler des

officiers qui les conduisent au feu. Ecouti z ceus -ci parler

l'emprunt de guerre 299

de leurs soldats. Ces beaux connaisseurs en vaillance se respectent mutuellement, s'admirent, s'aiment dans une conception héroïque du devoir qu'aucun peuple d'aucun temps ne pourra dépasser.

L'Homme Enchaîné, 1 novembre î91h\

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