POUR LES BERNOIS
J'en veux à nos voisins de l'Est de m'obliger toujours à parler d'eux, car je pourrais trouver d'autres sujets de réflexion. Mais quand on possède un petit domaine auquel on a la faiblesse de tenir, et que de l'autre côté de la haie on voitquotidiennementapparaîtrelafigurede Polyphème, encadrée de deux bras menaçants au bout desquels brillent des lames d'acier, on est fatalement conduit à chercher la pensée secrète de son voisin.
Je dis la pensé secrète parce que la pensée publique, à ne considérer que les mots, serait plutôt rassurante. Si Polyphème aiguise le fer, c'est pour la bonne règle et parce qu'il redoute, en toute franchise, que je ne le mange tout cru. La peur que je lui inspire est véritable à ce point qu'il accumule « la poudre sèche » au fond de sa demeure, et braque sur mon jardin un attirail de combat comme il ne s'en vit jamais. De temps en temps, pour calmer son effroi, il pousse aussi un cri de guerre, et grogne d'une voix rauque qui m'emplirait de terreur, à mon tour, si je ne saqu'il n'y a là, pour lui, que le moyen d'apaiser ses nerfs.
bon Cyclopc, d'ailleurs, est philosophe à ses heures crainl point d'engager la conversation sur les plaisirs nage. 11 m'aime au Fond, sa naturelle bonhomie le porte à m'en faire l'aveu, et. si je voulais simpleenlrefâ son service, L'univers serait jaloux de madeslinée. Il ne me cache point, d'ailleurs, qu'il a reçu du ciel la approprier tout ce qui est nécessaire pour lui «rmettredé faire, à sa manière, le bien de l'humanité. C'est e pour cela que le bien dr L'humanité se trouve indislement lié au grand sabre de Polyphème. Si je n'en