L'ETAT DE GUERRE
Maintenant, haussons nos cœurs, et prenons garde que riellemenl, par leur labeur, et moralement par leur vertu civique, les non-combattants peuvent venir efficacement en aide aux hommes qui sont à l'ennemi. Ton- ceux qui concourent, d'un*' façon proche ou lointaine, à lœuvrc de ravitaillement, soit pour l'alimentation, soit pour IVquipement ou les urnes, se pénétreront de eetle idée que Leur effort n'est pas Bioinj nécessaire qi:e celui des sol-
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dats qui sont en ligne, et n'épargneront rien, rien, pour faire au delà même de ce qui leur sera demandé.
Quant aux secours de la Croix Rouge, nous savons bien que nos vaillantes femmes seront dignes de ceux qu'elles ont donnés à la patrie. J'en ai vu hier, enfiévrées de la plus noble ardeur. Elles ont mieux à faire que de pleurer ceux qui partent. Elles vont les suivre. Beaucoup d'entre elles sont déjà à leur poste de balaille. Pour nous, civils, qui sommes des extrêmes « services de l'arrière », nous ne manquerons pas de leur fournir abondamment tout ce qui pourra nous être demandé. En cela encore, il n'est pas un de nous qui ne puisse apporter son aide à tous ceux qui, en quelque forme que ce soit, sont aux frontières pour s'offrir au premier choc de l'envahisseur.
Ce premier choc sera rude, car les forces ennemies ont pu se rassembler en nombre, en très grand nombre, avant même que la mobilisation à ciel ouvert eût été décrétée. Pendant ce temps, sans doute, nous avons pu largement renforcer nos unités, pour éviter toute surprise. Mais il était de la plus haute importance que nous ne fissions pas, au regard de l'Europe, figure d'agresseurs, et tandis que l'Allemand faisait la mobilisation avant de l'avoir annoncée, grâce à son décret sur l'Etat de guerre, le gouvernement français, justement préoccupé des conséquences, procédait avec toutes les précautions nécessaires pour qu'on ne pût pas, mensongèrement, lui attribuer une initiative d'agression.
Aujourd'hui l'évidence est éblouissante. Nous n'avons rien dit, rien demandé, rien fait à l'Allemagne, et déjà notre frontière a été forcée. Alors qu'il n'y a pas de déclaration de guerre, alors que l'ambassadeur allemand est encore à Paris, des troupes en armes ont pénétré sur notre territoire, arraché nos rails, arrêté des trains qui se présentaient sous la protection des traités, volé des locomotives, accompli des déprédations qui sont de leurs joies ordinaires. Mieux encore, les voici qui violent la neutralité du Luxembourg, garantie, avec toutes les grandes
puissances de l'Europe, par la Prusse elle-même. Ils passent la frontière, en route sur Longwy et Nancy. Pendant ce temps, l'Autriche accepte la proposition d'intervention de sir Edward Grey, et V ambassadeur de François-Joseph, comme l'ambassadeur d'Allemagne, est toujours à Paris pour bien marquer que la guerre n'est pas déclarée. Il faut s'attendre à tout de ces gens-là.
S ils ont sur nous, comme il est possible, l'avantage passager de l'agression, pour la raison que je viens d'expliquer, nous devons nous attendre à ce qu ils se soient concentrés pour nous porter un coup de massue au point qu'ils jugeront le plus faible. C'est une hypothèse qui n'est pas faite pour nous troubler. A la guerre, tour à tour, l'avantage du nombre se trouve de l'un ou de 1 autre côté. Nous ne pouvons pas espérer de résister victorieusement sur tous les points à la fois. L'élan dans la marche en avant, la fermeté résolue quand il faut céder momentanément le terrain, voilà les deux qualités qui déterminent la victoire finale, et c'est de la victoire finale que dépend la vie même de notre patrie.
C'est à ce but unique que doit tendre l'unanimité des efforts, aussi bien de ceux qui sont au combat que de ceux qui leur doivent la meilleure organisation des énergies nationales où ils ont besoin incessamment de puiser. Pour les ressources matérielles tout le monde s'y mettra de bon cœur. Mais il faut bien nous pénétrer de cette idée que les iessources morales ne sont pas d'un moindre poids dans la balance de la guerre, car il n'est pas de meilleure aide pour le soldat que de se sentir soutenu par 1 unanimité du pays, On a dit que le vaincu était celui sur le moral de qui l'autre pouvait agir suffisamment pour le mettre dans un état d'esprit qui lui l'ait regarder sa défaite connue acquise. En d'autres termes, on n'est vaincu que lorsqu'on s'estime vaincu. Eh bien ! aujourd'hui notre cas est d'un peuple y?// ne peut pas être vaincu, puisqu'un autre traité de Francfort serait, cette fois, incomcapatibleavec la dignité du nom français.
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A l'assemblée de Bordeaux, c'était, du point de vue moral , Chanzy qui avait raison quand il refusait de traiter, parce que l'ennemi ne pouvait pas matériellement occuper le pays, et qu'une résistance même désespérée, si elle était résolue, eût amené son épuisement. Mais M. Thiers devait entraîner l'assentiment général quand il montrait le pays dénué de ressources dans un état de dépression qu'une effroyable continuité de catastrophes n'expliquait que trop bien. Aujourd'hui, avec l'aide de l'Angleterre, lesressources de tout ordre ne peuvent en aucun cas nous manquer. Au contraire, c'est l'ennemi, coupéde l'Océan, qui va se trouver aux prises avec des difficultés de ravitaillement qu'ilaura quelque peine àsurmonter. Ni l'équipement, nil'armement ne pourront nous faire défaut, et certes nous ne nous manquerons pas davantage à nous-mêmes. Alors, si le moral est vraiment à la hauteur des circonstances, nous ne pouvons pas être vaincus. Même étant admis que certaines parties de l'organisation russe présentent des défectuosités, l'armée russe elle-même, contre des adversaires, tels qu il n'en est pas de plus redoutables, a donné des exemples d'héroïsme devant lesquels l'ennemi lui-même s'estineliné.Etvoilàque, parun incroyable coup de théâlre, il jaillit du Japon même, à l'adresse de l'Angleterre, et par conséquent de la France et de la Russie, un cri d'aide inattendu, qui nous avertit que la plus haute civilisation de l'Asie s'émeut à la pensée de la civilisation de l'Europe sousletalond'undominateursansâme, sanscœuretsansfoi.
Dans ces conditions pour que notre pleine maîtrise de nous-m^ines se révèle, dans sa force irrésistible, à nos alliés, à nos omis, à nos ennemis encore, pour qu'ils apprennent enfin qui ils ont devant eux, il faut que toute l'énergie morale de notre population civile — de Paris au dernier village — s'affirme hautement par la discipline tranquille que notre premier devoir est de nous imposer. Tout ennemi de Tordre public est l'ennemi de la patrie. Quand la France est envahie, il n'y a plus de place pour les cœurs douteux. Ce n'est plus l'heure des rêveries qui pourraient excuser
de braves gens. Pour ceux qui essayeraient de jeter la discorde parmi nous, même s'il ne peut être établi qu'ils sont des agents de l'étranger, les bons Français ne peuvent voir en eux que des eunemis publics qui doivent être mis, d'autorité, horsd'étatde nuire à la patrie en danger.
La capitale doit être gardée, cela est d'élémentaire prudence, mais ebaque citoyen, môme le plus humble, peut servir, s'il concourt au maintien de la paix civile en donnant lui-même le bon exemple, comme en le prêchant à autrui. Songez que, si l'ordre pouvait se faire automatiquement, tous les agents de la force publique seraient à l'ennemi. A nous de faire qu'il n'en soit réservé que le plus petitnombre. Et puis, pas de récriminations inutiles! Pas de manifestations, toujours dangereuses. Pas de tentatives de substituer la rue au gouvernement.
Le cabinet actuel n'a pas été fait en vue des circonstances. On n'a pas le droit de douter qu'ilne soitanimé de l'absolue volonté de se donner tout entier au devoir. Au stoïcisme de la population — dans l'épreuve des revers — nos ministres doivent répondre par une abnégation, par un dévouement qui, s'il n'étaient pas de toute heure, seraient l'équivalent d'une trahison. Ils nous recommandent dans un manifeste de ne pas nous « laisser aller à une émotion injustifiée ». Leur pensée est toute de sagesse. Si l'émoi ion du pays n'est que trop justifiée, ce qu 'i 1 faut demander au x Français, en un pareil moment, c'est de n'en laisser passer au dehors que la quantité nécessaire pour fortifier la résolution de chacun et accroître la confiance de tous dans le au définitif.
Nous en sommes à la lune de miel pour ce qui est de iar,cord du pouvoir exécutif avec le sentinuml populaire. 11 y aura, comme en toute guerre, de sombres jours. Pour surmonterles diss^nlinirnlsinévitablcs, il faul une autorité momie qui achève L'autorité de la loi. Celle autorité aux gouvernants à la conquérir dans L'épreuve Tentas [6fl bonnes volontés sont sou* leur main. Il leur appartient de les mettre en œuvre. Personne qui ne demande