AVANT LE SIGNAL
Ce qu'on voit aujourd'hui ne s'était jamais vu. Les armées allemandes sont, de toutes paris, en marche sur nos frontières. Les troupes ennemies sont alignées aux poteaux-frontières, tandis que les nôtres sont sagemeni retenues à dix kilomètres, atin que Faction ne s'engage de notre côté que lorsque le fait de l'agression allemande ne pourra plus être contesté. Pour nous provoquer, de petits détachements pénètrent sur notre territoire, renversent des poteaux télégraphiques, arrachent des rails, s'emparent du matériel du chemin de fer, des chevaux de réquisition, enlèvent des conscrits, tuent des soldats, s'avancent à plus de dix kilomètres dans l'intérieur du paya, violentant les habitants, commettent tous les actes ordinaires aux détrousseurs de, grands chemins, et dans l'espérance que nous riposterons en engageant l'action militaire, qui leur permettrait de nous attribuer mensongèrement le rôle d'agresseurs.
On ne saura jamais tout ce qui se peut allier de vile hypocrisie à la brutalité sauvage de ces bêtes de proie. Le manifeste de Guillaume II à cet égard, est la honte des hontes Par tous ses organes, par tous ses agents, par des journalistes français môme, il nous a fait crier qu'il ne voulait pas la guerre, sans qu ou pût jamais lui arracher une parole, un acte, en faveur de la paix. Hier, son ambassadeur à Paris, qui ne pouvait pas tenter d'expliquer pourquoi il reste à son poste landis que les armées de son maître nous font la guérie, disait à l'un de mes amis :
« Répétez bien à tout le monde que nous ne voulons pas la guerre. Notre malheur est de ne pas savoir ce que veut l'Autriche, à qui nous sommes tenus de demeurer indissolublement attachés, comme vous à la Russie. Mais nous ne voulons pas la guerre et nous ferons tout ce qu'il est possible pour l'empêcher. »
A ces paroles quels actes ont répondu ? La déclaration de guerre à la Russie parce qu'elle s'était permis de répondre, par une mobilisation sur les frontières autrichiennes à la mobilisation de l'autre côlé de la frontière. La déclaration de guerre à la Russie, au moment où l'Autriche accepte la proposition de médiation de sir Edward Grey, c'est à-dire à l'heure précisément où disparaît le conflit qu'on nous avait donné pour la cause des préparatifs de guerre. Où est le provocateur? où est l'agresseur? qui donc oserait discuter la question sérieusement? Le Kaiser déclare la guerre à la Russie, et il viole la neutralité du Luxembourg et de la Belgique pour marcher contre nous.
Cependant, ses ambassadeurs à Pétersbourg comme à Paris demeurent à leur poste pour en imposer aux puissances et leur taire croire que la suprême rupture n'est pas accomplie. Les pins simples lois de l'honneur flétrif-ser.t ces fourberies. Ces créatures inférieures n'y trouvent matière qu'a de grossiers propos de lourde joie ou à des invocations au dieu du banditisme en troupes armées.
C'est ainsi que Guillaume II s'adresse à son peuple pour lui dire que « des yens envieux » le forcent À une juste « dé ense » et qu'il va montre r à ses ennemis ce que c'est qui de « provoquer C Allemagne ». D'un autre, une telle impudence paraîtrait d'un fou, puisqu'il serait impossible de citer ni un acte de provocation , ni une parole qui put ins irerà quiconque l'idée de se mettre ci dét ense Mais, d'un chef de piraterie qui veut jeter ses bordes surla France, con.me leurs aïeux se précipitaientsur Rome pour de grandioses entreprises de pillage, couronnées d'une joie stupide de domination meurtrière, ce n'est que la fortune