IL FAUT VAINCRE J
qu'un équilibre de libertés. L'Italie reste neutre, et je ne crois pas me risquer en prédisant que ce grand spectacle fera bientôt la pleine lumière dans l'âme du peuple italien, que des gouvernements à courte vue avaient follement engagé au service du germanisme contre tout ee qui nous reste de latinité.
Et voici enfin que la Russie est arrivée au canon, la première, la Russie qui, hier encore, paraissait le dernier asile en Europe, du despotisme asiatique, la Russie qui, par l'initiative de ses derniers Tsars, s'est ouverte à la liberté, la Russie qu'un incomparable mouvement intellectuel a déjà mise au premier rang de la culture civilisée, la Russie, le magnifique pont d'idéalisme et de volonté par où les activités réveillées de l'Asie nous apporteront, avec un renouveau de force, de nouveaux cadres d'énergie. C'est bien ce que redoutent les féodaux allemands qui tiennent le peuple sons la haut*1 pression de leur bureaucratie, et ne craignent rien tant qu'un changement de la discipline intellectuelle qui pourrait détruire le grand ressort de leur gouvernement : l'obéissance. Ainsi aux soldats allemands même, la Russie, la France, l'Angleterre apporteront, en dépit d'eux-mêmes, une délivrance de pensée.
Les soldats allemands, nos pères, avant i 870, les avaient
déjà rencontrés sur beaucoup de champs de bataille où la
fortune, assez souvent, ne leur fut pas favorable. Demain,
de nouveau, le grand livre de comptes va s'ouvrir, nous
devrons résister, peut-être, à un colossal effort sur tous les
fronts à la fois. Le choc sera terrible. Les hommes de
l'Allemagne seront reçus comme ils doivent l'être par des
soldats français.
L'Homme Libre, 4 août 4914,