VERS LA FIN DU FLEAU
La retraite des armées d'invasion, sous la poussée des troupes anglo-françaises, s'effectue décidément avec une précipitation de déroute. Partout l'ennemi se retire en désordre, s'allégeant de tout ce qui embarrasse sa fuite, sans qu'on puisse encore exactement préciser la cause profonde de cet immense désarroi.
La bataille de sept jours est une grande victoire anglofrançaise, dont les conséquences ne peuvent encore être évaluées.
... Gardons-nous bien, toutefois, decroire que nouspuissions compter sur une série ininterrompue de succès jusqu'à l'écrasement final de l'agresseur. Le rideau tombe sur les horibles scènes de l'invasion étrangère en Belgique et en France. Un coup mortel a été porté au prestige de « l'invincible » Kaiser, qui ne s'était jamais battu. Nous l'avons refoulé, expulsé militairement sur toute la ligne, etnosinfa-
tigables soldats, ardents à la poursuite, le reconduisent d'une vitesse accélérée, baïonnette aux reins. Mais ce serait démence d'imaginer que nous en ayons à peu près fini avec un adversaire qui va retrouver des forces, et même de grandes forces, sur son territoire inentamé. Une grande partie de ses moyens militaires sont encore intacts. La discipline automatique reprendra bientôt son pouvoir. La lutte sera longue encore, et semée nécessairement de péripéties imprévues. L'enjeu est trop gros pour que l'empereur allemand puisse se résoudre soudain à abandonner la partie. Je lui fais l'honneur de croire à sa résistance éperdue. Mais la destinée le tient à la gorge. Il est aux mains de l'inévitable.
L'Allemand n'est pas aussi prompt que le Français a rebondir sous le coup du malheur, mais il a la discipline militaire dans le sang, et une naturelle soumission à ses chefs: on en peut faire, aux heures tragiques, un redoutable instrument. Les forces, encore intactes, de l'Empire lui fournissent d'énormes ressources pour la résistance, et même, parfois, pour l'offensive. Apprôtons-nous donc aux grands eC'orts qui nous seront encore demandés. Des fautes graves ont été commises de notre côté. Nous aurions pu les payer cher. La fortune, qui nous devait une revanche, nous a permis de les réparer d'une façon tante. Tachons de ne plus rien donner à l'imprévu. Nos chefs militaires viennent de subir victorieusement les plus rudes épreuves. A nous de leur faire confiance en leur accordant le crédit de patience et de fermeté dont :
fatalement besoin.
L'Homme Libre, io septembi
LA PREMIÈRE CAMPAGNE D'HIVER Li'YSER, L'IMMOBILISATION DES FRONTS