PENSEES DE GUERRE
... Je l'ai dit bien souvent. Nous avons, nous, de l'arrière, notre rôle aussi, dans cette énorme aventure. C'est de faire face de tous les côtés. Nous élever au-dessus- des considérations de parti, sans permettre qu'à la faveur de notre désintéressement les hommes d'ancien régime cherchent à profiter de la chance pour préparer un retour de réaction. Nous discipliner fortement, pour ne rien faire qui puisse diminuer quoi que ce soit du plein de notre effort militaire. Ne laisser rien prescrire de nos institutions républicaines, pour lesquelles tant du plus beau sang fut versé, rien de nos libertés, rien de nos droits au plein contrôle parlementaire, et ne vouloir le reconquérir que pour en faire aussitôt
profiter nos soldats. Enfin, si la grandeur de cette tragédie dopasse les forces de nos cerveaux de gouvernement, tenir bon toujours pour le droit, pour la légalité, en vue d'accroître matériellement et moralement notre action militaire, en sauvant de précieuses vies menacées par nos syndicatsd'insuf fisances, en tenant haut le moral d'hommes qui n'iront de plein cœur au sacrifice que s'ils sentent que l'égalité de tous devant le danger cesse d'être livrée au caprice de la faveur, en cherchant à réaliser l'union de tous les Français, non dans des psalmodies de rhétorique, mais dans la confiance, nécessaire à tout homme qui fait son devoir, que son voisin, petit ou grand, du ministre au simple soldai, ne se peut exempter du sien.
L'Homme Enchaîné, il janvier 1915.