PENSÉES DE GUERRE
d'humanité, et je ne jurerais pas que, si la tâche est rendue plus rude par l'indolence d'organisateurs défaillants, ils n'en éprouvent une satisfaction d'orgueil à penser qu'il était besoin d'eux pour faire ainsi face de tous côtés.
La surhumanité de ce sentiment, jugé par eux, tout naturel, à force de simplicité, voilà ce qui les emporte au delà de l'ordinaire mesure, voilà ce qui fait, qu'à l'heure môme où beaucoup d'entre eux s'ignorent peut-être, ilsnous apparaissent si grands, comme si la longue silhouette qui se profile sur la route, au coucher du soleil, s'était subitement redressée pour vivre, tandis que l'infime réalité décrue aurait pris sa place dans la poussière. Tels je les vois. Tels ils sont. Ils sauvent la France, ils la font de leur sang, livrés aune force intérieure qui les rend capables de tout emporter. Un et tous, fraternellement dévoués au chef comme au plus humble des camarades, riant au froid des tranchées ou se frayant un chemin, à la baïonnette, au plus fort de l'humaine avalanche, ils nous révèlent que les plus invraisemblables légendes des grands combats de notre race n'étaient que simples vérités.
L'Homme Enchaîné, 15 décembre 1914.