UN TÉMOIGNAGE
l'intelligence, et de « l'humanité ». C'est cette dernière qualité surtout qui m'a fait impression.
N'ya-t-il pas là quelque chose comme d'une citation de la France à l'ordre du jour des peuples assemblés? Notre « nouvel esprit d'organisation » a frappé M. Wytlie Williams, dans sa visite aux armées. Ce témoignage nous serait plus précieux encore si nous pouvions l'étendre jusqu'aux civils. Acceptons-le comme le réconfort, venu, au cœur de Faction même, d'une espérance de commencement.
Où je suis surprisse l'avoue, que le regard d'un étranger ait si profondément pénétré, c'est lorsque notre amical visiteur associe l'idée d'une armée invincible à la suprême considération morale de son humanité. Tout le Français est là, en effet, également prompt à l'excès de ses défauts, de ses qualités, mais toujours prêt, sous l'action d'une haute influence morale, à donner de lui-même au delà de ce qu'il paraissait possible de lui demander, M. Wythe Williams a raison de le proclamer, bien que ce soit presque l'équivalent d'un tour de force, pour un non-Français, de l'avoir pu découvrir. Il ne nous plaît pas de séparer jamais la France de l'humanité. Nous voulons assurément notre place grande et belle, — nous ne serions pas hommes si nous pouvions sentir différemment, — mais profitable à tous, au même titre qu'à ceux qui l'auront gagnée.
On nous a souvent reproché d'être surtout des porteurs de pensées générales, mais des pensées générales, qui doivent être nécessairement des pensées généreuses, apportent avec elles, si l'on peut éviter le danger de vivre dans l'abstrait, de nobles, de fortes compensations. C'est ce qui amène cette parole aux lèvres de M. Wythe Williams r Armée invincible du point de vue de la puissance, de l'intelligence, de F humanité, avec ce trait final: C'est cette dernière qualité, surtout, quim'a fait impression. Eh oui ! ce ne sont pas des machines à tuer, ces soldats que la mitraille égaie et à qui la baïonnette seule donne soudain un éclair de fureur, ce ne sont pas des pièces artistemenL
forcées, usinées, affinées, d'un engrenage de tuerie, ce sont des hommes imparfaits, mais capables de s'achever héroïquement dans la suprême beauté d'un sacrifice total pour une idée, c est-à-dire pour une vue d'idéal à réaliser.
Là M. Wythe Williams trouvera la cause profonde de cette naturelle et touchante fraternité des chefs et des soldats. Tous du môme éJan se donnent, sans réserve, à cette France qu'ils ont résolu de sauver, mais tous, du socialiste extrême à l'extrême réactionnaire du Syllabus, reçoivent une « puissance » supérieure, une force tf invincibilité, de cette prétention, dont on ne peut pas contester la grandeur, que leur France constitue, à leurs yeux, une force inépuisable « d'intelligence, d'humanité ». C'est à la fois la tradition de la Révolution française et delà déclaration d'indépendance des Etats-Unis.
Et que devient, en ce cas, la différence d'idéal? dira-ton. Est-il donc besoin de nous élever jusqu'à Sirius pour la réduire à ses véritables porportions ? L'idéal absolu n'est pas de l'homme : nous le savons trop bien. Le plus ignorant d'entre nous a reçu l'assurance que notre vérité n'est qu'une élimination, plus ou moins précise, d'erreur. Aux heuresdécisives,lamodeslie s'impose dans nosaffirmations. N'admirez- vous pas comme chacun, au premier signe du péril général, s'est tacitement donné pour règle dominante l'obligation de toutsubordonner à des devoirs si hauts qu'ils dépassent même l'intérêt du pays, puisque l'avenir des hommes y est engagé?
On se retrouvera, adoucis, transformés, peut-être même réformés. Des idéals divers, on retiendra surtout ce qui peut, ce qui doit cohabiter, coopérer. Car, pour avoir serré les rangs devant l'ennemi, on ne se résignera pas aisément ;i [es de serrer. Sans doute «les partis de domination cherrln'ientàreprendre des avantages. L'instinct desahit national l'emportera sur tout. Voyez ce qui est arrivé de Denise polfticrue d'une prétendue « renafssanceTeîrgîeuse *« Quand il est apparu que le Pape ne voulait pas condamner l'Autriche, dernier soutien «lu pouvoir temporel, et que sa
bienveillance pour la Belgique dévastée était de pure forme, taudis que le monde noir romain et Y Osservatore Romano, journal du Vatican, déployaient tout leur zèle pour empêcher ritalie d'intervenir en faveur de la Triple-Entente, le silence s'est fait subitement chez nous sur la reviviscence de Faction romaine. Une assez belle leçon sur laquelle chacun pourra méditer, lorsque, malgré tant de faiblesses d'enhaui, notre grand et bon peuple, de sa volonté, de son cœur, de son sang, aura refait sa France,, la France de l'humanité.
V Homme Enchaîné, 26 mars 1915.
Adieu, Brandès. Il faut,, pour que la conversation soit autre chose qu'un simple cliquetis de mots, quelques données communes de sentiments ou de pensées. Je ne découvre rien de pareil entre nous. J'accorderai que c'est ma faute si j'ai pu me méprendre si gravement sur votre caractère, sur votre esprit. Il n'y a, pour moi, d'autre moyen d'expier mon erreur que de la confesser en toute sincérité, et de renoncer, sans reproches, à d'inutiles efforts de conciliation entre des intelligences qui ne peuvent plus se concilier.
Lorsque j'aurai dit, en effet, q;iie je ne vous comprends pas, je n'aurai point suffisamment marqué l'irrémédiable dissentiment qui nous sépare. Il me faudrait trouver des formules, des mots non encore inventés, pour exprimer l'absolue incompatibilité de nos manières de voir et de comprendre, dans l'effroyable tourmente de feu et de sang que des volontés humaines ont déchaînée sur l'Euro; e, et qui m'apparait comme la plus grande catastrophe mondiale que l'histoire ait j,amais connue.
En ce conflit irréductible, dont la solution ne se peut plus trouver que dans le succès militaire de l'une ou l'autre partie, je crois découvrir qu'il n'est aucun continent, aucun peuple, aucun homme des plus obscurément engagés dans
les voies de la civilisation, qui ne se trouve intéressé. Et comme j'essaye, au moins, de m'expliquerce que je ne comprends pas, j'arrive à me faire une psychologie des processus humains qui ont jeté l'Europe et l'Asie dans cette épouvantable aventure. Je puis ainsi parvenir, de bonne foi, à interpréter, à classer les phénomènes de la nature qui produisent, en légitime descendance d'un Bismarck, un Guilaumell, digne chef d'un peuple allemand.
A la vérité, ils ne nous apporte rien de nouveau sous le ciel, puisque, dès l'apparition des premiers humains, la règle de la violence brutale tendit à s'instituer parmi nous. Ce qui fait la nouveauté de leur cas, dans l'entreprise de domination universelle à laquelle ils prétendent que leur culture particulière leur donne droit, c'est qu'ils s'arrogent philosophiquement le privilège d'une providentiellesurhumanitéqui leur confère, sur tous les peuples, une puissance de juridiction légitimant les pires attentats. Tout au fond, il y avait, sans doute, quelque chose de cette tératologie mentale dans l'obscur cerveau d'Attila. La grande infériorité de l'explosion volcanique, c'est qu'elle n'a point conscience des maux d'humanité dont elle est la cause. Est-ce à l'avantage ou au désavantage des hommes (puisqu'il faut leur donner ce nom) de Louvain, de Dinant ou de Reims, chacun de nous est libre d'en juger puisque nous n'avons pas encore le sabre de Guillaume II sur la tête.
En tout cas, les manifestations de la force brutale dans e monde, et les résistances des faiblesses coalisées, au nom d'une règle de droit que tout le monde admet dans les mots à la condition de le pouvoir violer plus ou moins dans les laits, est la substance même de l'histoire. Je serais donc nexcusable d'avoir cru découvrir dans le Kaiser et dans son peuple en armes, rien qui fût de fondamentale différa avec les précédents spectacles de l'humanité. Le « vieux Dieu allemand » n'est pas même un progrès sur le fétiche du sauvage.
Ce qui n'est pas sans déconcerter présentement la plupart des esprits de civilisation, en dehors de Berlin et de
Copenhague, c'est que tant de sïècles de culture intellectuelle et morale aboutissent soudain h l'éclat des primitifs recommencements. Mais qu'est-ce que cela en comparaison du spectacle qui nous est donné par un homme, nécessairement dégagé de toutes basses contingences, et qui se trouve conduit, par on ne sait quelles voies détournées de son hyperculture, à prendre obliquement parti contre les droits élémentaires des peuples et des individus, en faveur de la puissance brutale dont sa patrie et lui-même ont le plus cruellement souffert?
Oui, je dis : prendre parti, ô Brandès, malgré tout le mal que vous vous donnez, comme on dit en argot parisien, pour avoir l'air de ne pas avoir l'air. Car vous ne prendrez personne au filet de vos savantes réticences dont la puérilité éclate à tous les yeux. Croyez-vous que ceux de nos hommes qui donnent leur vie, tous les jours, pour la défense du sol natal, n'aient pas acquis le droit de vous juger, vous qui abdiquez si légèrement vos devoirs de juge ? Ils crient qu'en présence d'un attentat individuel ou public, celui qui ne prend pas parti se prononce, avec l'aggravation d'une franchise obscurcie. En ce cas, il y a devant la victime, celui qui tient le couteau, celui qui l'aide et celui qui, pouvant intervenir de sa parole ou de son acte, lève les yeux au ciel, pour être en état de dire : « Je n'ai rien vu. »
Eh bien, Brandès, vous n'êtes même pas cet homme-là, car voici qu'il vous survient des scrupules en faveur de ceux qui renouvellent sur nous le crime dont vous avez souffert. Vous ne voulez pas de l'humiliation de V Allemagne. Quoi qu'il puisse arriver, votre nom eût, sans doute, été sauvé de l'oubli (si ce mot a un sens devant l'éternité du temps et de l'espace). Mais la parole que vous avez prononcée là, dans les circonstances où elle vous est échappée, vous assure, peut-être, une place plus durable encore dans le souvenir des hommes par l'attestation d'un état d'âme bien propre à justifier tous les grands malfaiteurs publics des annales humaines.
Qu'est-ce donc qui pourrait mieux consolider les attentats contre le droit que la soumission des communes vilités, ou l'empressement de « penseurs » à se mettre au service de la force qui les opprime ? Pour asservir l'humanité, il faut, sans doute, des Guillaume II, des . Treitschkc, des Bernhardi. Il faut encore des Qstwald (qui ont IV de leur nationalité), et des Brandès, faisant figure de blessés qui se lèveraient du champ de bataille pour combattre contre la cause même dont ils furent l'honneur. Cela, je suis bien obligé de l'admettre, puisque j'ai le spectacle sous les yeux, mais il nous sera permis de tirer gloire, pour les hommes, de ce que c'est une nouveauté.
Oui, retenez-le, lecteur, la crainte de M. Brandés, dans les circonstances actuelles, est que l'Allemagne puisse « humiliée ». Le Danemark a été humilié par \e peuple de seigneurs qu'est la race allemande. La France aussi, j.e crois, et la Belgique même ; peul-êire Braudos ie reconnaîtra-t-il. Il n'a pas protesté. 11 refuse même de s'expliquer à cet égard, alléguant que son silence (assez prolixe) est d'or — d'un or qui ne résisterait pas à la pierre de touche. Mais sa crainte suprême est que les machinateurs du plus grand attentat contre la civilisation, contre l'indépendance
uples, contre la dignité de l'espèce humain leurs des épouvantables forfaits dont saignent encore la Belgique cl la France n'éprouvent une humiliation. Que mon pays soit vaincu, déchiré, dévasté par le canon allemand, avant qu'un Français se rencontre pour en arriver là.
Oh ! je sais votre apologie, Georges Brandes, car q uelquc chose vous avertit, en dépit de vous-même q i hu-
miliation » dont vous ne voulez pas pour FAUern;; t'acceptez peut-être avec un peu trop de résignation pour votre pays, comme pour vous-même. Que dites-vous donc? Que la France ne vous a pas secouru Lorsque vous fûtes lubré. Je l'en blâme. Mais parée que les démembreèdent, u a- t-il pas la justement une cause d'inquiétude pour ceux qui peuvent avoir. i quelque
. d une indépendance nationale, du même d
élémentaire dignité des individus ? Ne vous écriez pas, Brandès. Je ne prétends pas que cela doive vous conduire à la guerre. Vous dites que vous êtes neutre parce que la neutralité du Danemark a été proclamée par une affiche de votre roi. Je ne savais pas que ce monarque eût le pouvoir d'abolition sur les consciences.
Personne n'a jamais pu vous demander de faire quoi que ce soit pour violer la neutralité danoise. Mais vous êtes homme, en même temps que Danois, et c'est votre jugement d'homme que je vous ai demandé, et que vous vous refusez à faire connaître, non pas pour la raison que vous dites, mais parce que, seul à seul, ce qui vous reste de puissance critique ne vous permet pas de l'affronter. Permettez-moi de vous laisser en tête à tête avec un éminent journaliste espagnol, M. C. ïbanez de Ibero, qui écrivait récemment : « Mon pays est neutre, et je l'approuve cl être neutre, mais moi, je ne le suis pas. »■ Belle parole, dure leçon.
Tranquillisez-vous, d'ailleurs. La France est vraiment assez punie d'avoir méconnu son devoir envers votre pays. Nos enfants, sur les champs de bataille, expient la faute de leurs pères, sans se plaindre et sans même demander du secours. Mais je crois que vous chercheriez vainement dans le monde, endehors des parties intéressées, quelqu'un pour comprendre que, parce qu'une nation, qui est victime au même titre que vous, ne vous a pas secouru, vous soyez obligé de vous apitoyer sur le commun bourreau.
Gela m'avait paru le dernier mot de la sirrabdication . Vous me résvvrviez encore uue surprise supérieure. Car j'apprends de vous, maintenant, que, même si nous devions vous offrir de réintégrer vos compatriotes danois du Slesvig dans le giron de la mère-patrie, vous hésiteriez à une acceptation qui pourrait indisposer l'Allemagne contre vous. Cela, c'est le dernier mot. Ne cherchez pas un abîme plus profond sous vos pieds. Il n'y en a pas. L'idée de repousser des Danois du Danemark, parce qu'il pourrait arriver que ceux qui les ont arrachés du sol natal n'en fussent pas contents, me paraît si voisin de la démence (pour employer un mot trop
doux) que les hommes n'ont pas encore fabriqué une épithète pour la qualifier dignement.
J'en reste là, Brandès, car vous ne pensez pas que je vais m'arrêter aux diversions dont vous avez l'innocence de me tenter. Vous faites le procès de la Russie. Vous ne le ferez jamais plus sévèrement que je n'ai fait la critique du régime républicain dans mon propre pays. Tous les peuples, tous les gouvernements ont leurs fautes. Gela n'empêche pas, je dois l'avouer, que l'âme slave ne me paraisse fort belle et que j'attends d'elle beaucoup pour un renouveau de la conscience européenne que votre Germanie fait un effort de méthode implacable pour annihiler. J'aila prétention d'être et de rester un défenseur des Polonais. Gomment oubliezvous de dire un seul mot du régime allemand qui fait si cruellement saigner les Polonais de Posnanie ? Notre victoire, ai-je écrit, affranchirait les Allemands eux-mêmes de leur servitude intérieure — supposé que leur tempérament le permît.
La Russie, l'Angleterre et la France dont l'union doit se maintenir indissoluble, après la guerre, luttent contre l'Almagne pour maintenir leur droit à l'indépendance, c'est-àdire des conditions d'existence sans lesquelles la vie n'est qu'une dégradation. Les petits Etats, qu'ils aient ou non combattu, en profiteront comme tous les autres. Tant pis pourceuxquinele comprennent pas. Vous me faites remarquer, avec une délectable ironie, que nous ne sommes pas encore vainqueurs. G'est la vérité. Laissez-nous faire. Une suffit pas d'avoir traversé notre pays pour le connaître. Il y a une force en nous que votre intelligence ne pourrait saisir que s'il s'y joignait quelque chose du cœur. Un mois avant la guerre, j'écrivais à un journaliste de Vienne : « J'aimerais mieux voir la France écrasée qu'asservie. » A chacun le choix pour son pays. Le nôtre est irrévocable, Si la fortune nous était contraire, vous apprendri que cela veut dire. Vous voyez que la conversation entre nous est désormais sans objet. Adieu, Brandès.
L Homme Enchaîne, 29 murs 194$.
d'outre-monts 237
DWTRE-MONTS
... Je veux prendre acte de l'excellent article par lequel M. Paul Scarfoglio, du Mattino de Naples, a voulu, dans les circonstances actuelles, nous apporter publiquement son témoignage. Ce dont je lui suis reconnaissant, c'est qu'il aura (sans parler de l'avantage d'éclairer son pays) réconforté de braves gens prêts à tout donner silencieusement d'eux-mêmes pour une grande et noble cause, mais satisfaits de penser que des frères de race leur demeurent fidèles de pensées et savent les juger comme eussent fait les communs ancêtres.
Sur le prodige du rétablissement de cœur et de nerfs dont témoigna la victoire de la Marne, M. Scarfoglio s'exprime sans emphase, avec la sobre simplicité de l'écrivain qui n'a besoin que d'opposer le tableau truqué de la prétendue dégénérescence française au spectacle émouvant de la réalité. Tous les hommes sur le front, tous les Français au sacrifice. Les soldats ébahissant de leur vaillance joyeuse l'ennemi qui les croyait vaincus; les femmes, en sérénité fi ère, donnant leurs fils, d'un mouvement héroïque et muet ; la nation tout entière résolue, dans le calme, aux pires extrémités du devoir pour la patrie : voilà ce qu'il a vu et dit avec la simplicité d'expression que commandait l'événement dans sa pure beauté.
Les glaces de l'hiver, le vent, la pluie, la neige, la boue des tranchées, pas plus que l'ouragan de fer et de feu, n'ont, un seul moment, vu fléchir l'immuable bonne humeur de héros qui se font un jeu du danger. Sourire aux lèvres, yeux brillants de promesses heureuses, nos nobles blessés, canne ou béquille en main, emplissent nos boulevards d'invincible espérance, et toute cette foule, vêtue de deuil, hélas ! mais où l'on chercherait en vain la crispation du visage, la saccade du geste, l'éclat de voix, indices précurseurs de l'énervement, c'est le peuple français
qui passe, soutenu d'une résolution tranquille, telle qu'aux plus grands jours de son histoire, il n'en avait probablement pas connu.
Aux vallées paisibles de la Normandie, je vois des femmes occupées aux travaux de la terre, avec des enfants orgueilleux du secours de leurs petites mains, tandis que des vieillards conduisent la charrue. Placidement affairées, des ménagères, à la traversée du village, vaquent aux soins du bétaii, ou tricotent pour le soldat. Pas un cri ne vient rompre le dramatique silence qu'ont laissé derrière eux les absents. Tout ce monde est muet, non pas même d'une souffrance, d'une colère contractées, muet d'une volonté sereine qui s'est incorporée à toutes les sensations, à toutes les pensées, à toutes les actions de chacun, au delà de laquelle il ne conçoit rien de lui-même ou d 'autrui . De même nos promeneurs parisiens que je rencontre, chaque dimanche, au bois de Boulogne, au parc de Saint-Cloud et jusque dans la forêt de Saint-Germain G'est ce qui a surtout frappé , avec juste raison, M. Scarfoglio. Ils sont muets, avec Pair paisiblement heureux de gens qui se sont donnés tout entiers à Punique devoir, et vivent, satisfaits, d'une seule pensée.
U&errtmc Encliamé, 30 mars 1916.